logo

IL EST INDESTRUCTIBLE, PUISQU’IL EST DÉJÀ MORT / P3C1E30

P3C1E30 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 30)

 
N°175 / IL EST INDESTRUCTIBLE, PUISQU’IL EST DÉJÀ  MORT / P3C1E30

 
C’est l’histoire où Arthur s’éveille. C’est aussi l’histoire où l’on commence à deviner où se trouve la base des Méchants, « en Harpie ». C’est enfin l’histoire où la fille de Clèm, Amaïa, naît, sur le trône de pierre.

  Lundi 13 juin
8 heures
Agotchilho

  Il s’éveille dans une eau chaude, épaisse, soyeuse, où la peau glisse sans efforts, coule sans clapots, dans une odeur d’herbe foulée et d’algues, un bruissement d’envol de papillons sous la fraîcheur d’un rideau de peupliers, l’été, dans des glissements onctueux de gomme arabique sous la pulpe des doigts… Dans une eau bucolique où il flotte, léger, une eau moelleuse où il somnole, une eau bruissante, à peine, où il sombre dans la paix…

 
Il entrouvre les yeux dans une pénombre de pierres rouges où vacillent des flammes d’or chaud, découvre la surface mordorée de cette eau qui le baigne, le porte, léger, tendrement complice de ses lassitudes qu’elle absorbe, dissout, efface, souffle léger et tiède à la surface de son esprit. 

  Peu à peu se dénouent les douleurs de ses muscles, les aigreurs de sa gorge, les crispations de ses angoisses…
 
Il entrouvre les yeux… 

  Une cuve de pierre où sourd cette eau si chaude qui le porte si bien, et qui, en débordant sans cesse, produit ce bruissement paisible et berceur… 

 
Il flotte entre deux eaux, la nuque reposée sur un coussin de mousse et les bras écartés sur des pierres du fond que l’on a disposées juste à la bonne hauteur…

  Il est bien…

 
Il sourit…

  Un mouvement, au bout de la cuve, l’eau en frémit à peine, on s’approche de lui, dans l’eau, tout doucement :
- Tu t’éveilles… Bonjour…

 
Béatrace sourit, le visage près du sien, se colle contre lui, se presse tendrement, se niche, se love, l’enserre, l’embrasse…

  - Bonjour Arthur revenu, mon homme grand et fort… Bonjour… Je suis heureuse…
 

Arthur referme les bras sur toute sa tendresse, porté par l’eau complice, il referme les yeux, de plaisir cette fois, se dresse légèrement (ces petits seins durcis sur sa poitrine creuse)… Du coup il se lève pour de bon, sans relâcher Béa, pousse un cocorico sonore et triomphant… et retombe en riant, parce que le fond glisse, en buvant une tasse de l’eau suave de sa baignoire…

  - Pfff… Toi, ici ? Et moi ? Mais qu’est-ce qui se passe ? 

 
Il embrasse Béa qui émerge à son tour, la moustache en bataille, cherche à la soulever… et tombe de nouveau, de faiblesse, cette fois…

  - J’ai faim ! Explique-moi ! 

 
Il a fallu deux heures et quatre bols de soupe pour le sortir de l’eau bienfaisante du bain.

  Tijules est accouru en entendant les cris (il était dans la pièce voisine et pataugeait avec les autres enfants).

 
Amaïa, sobrement triomphante, est venue expliquer ce qui s’est passé. 

  Eusèbe, Clèm, Jeanne, tous, sauf Rébéquée, retenue au port, et Vic, resté au journal, tous sont accourus aux appels de Béatrace !
 
Arthur, corps (affaibli) et âme (vigoureuse), se trouve enfin réintégré tout entier au giron chaleureux de leurs forces regroupées.

  - Vic a prévenu Ravot, dit Clèm, qui s’essouffle vite (demain ou après-demain, lui a dit Amaïa, tu t’assiéras au siège où naissent les enfants !)…
- Ravot ? demande Arthur…
- Le commissaire. Tu l’as rencontré à Saint Tignous, mais Amaïa l’a admis « en bas ». Il est devenu un ami. Il va falloir que l’on t’explique ce qui s’est passé ici, et que toi aussi, tu nous racontes ce dont tu te souviens…
- Il ne faut pas trop le fatiguer, s’interpose Amaïa, il est encore très faible…
- Mais non, je…
- Mais si, tu ! insiste Béa en lui tendant un cinquième bol de soupe.
- Il est fort le bougre, grommelle Eusèbe ému.

Amaïa confirme :
- Il est indestructible, puisqu’il est déjà mort…


 
- Et avec tout ça, on en est où ?

  Arthur est revenu avec tout le monde au bureau N°1.
 
Complètement perdu, il essaie de comprendre, de renouer les fils… Lui, il en est encore à la mort de Daouj et à l’écorché de l’île Guamblin… Et à cette immense faiblesse…

  Alors on essaie de lui expliquer, de résumer les évènements, et surtout, de lui faire comprendre l’importance qu’a prise la Nouvelle Réna…

  Bien sûr, il perçoit immédiatement et en miroir, l’importance de tout ce qu’il a vécu, et de ce qu’il a retenu. Qu’il était censé oublier. Qu’il aurait oublié si… SI. 

  Il ne sait pas pourquoi, par quel miracle il n’a justement pas oublié.

 
Tout cela va lui revenir sans doute. Il faut qu’il sorte, qu’il parle, comprenne. 

  - Attention, objecte Rébéquée. Il ne faut pas sortir… Il y a encore au moins deux Amazones dans la nature, sinon trois. J’ai dû laisser partir le Mélanippé vendredi soir sans le fouiller. Et il navigue vite, d’après ce que j’ai pu relever… 

  On explique à Arthur que c’est le bateau sur lequel se sont embarqués Daniel Forpris et peut-être une Amazone, celle qui a tué la Vorme. 

  Encore des flèches marquées Hybris, comme celle qui a tué Daouj.
 
On lui explique qui était Edmonde de la Vorme Séchée, et ce que l’on sait des tenants et aboutissants de la chose, ce qui mène à Ted et Jo, et…

  Arthur interrompt les explications :
- Mais alors, le Mélanippé va en Harpie !
- En Harpie ?
- Oui, là d’où je viens, là où j’ai vu Pouacre, l’Élu et Boufigue. Et… quelqu’un d’autre aussi, qui m’a permis de me souvenir… Mais je ne sais plus…
- On doit aussi y trouver le laboratoire où ils produisent leurs saloperies, souvenez-vous des « matières précieuses » dont parlait Tomie avant d’être tuée, remarque Victor…
- Il est suivi par satellite, précise Rébéquée, et…
- … et par Ôoumloc, ajoute Amaïa qui veut assister à la renaissance d’Arthur et surveiller ses efforts pour, au besoin, les limiter.
- Il y a autre chose. Comme je le disais quelqu’un est intervenu pour que je me souvienne, mais, comme pour tout ce qui précède cette intervention, j’ai oublié… Je me souviens de ma capture dans l’avion que l’Élue a appelé la Flèche d’Argent, de mon arrivée en Omphalie… Oui, de tout cela, je me souviens…

 
Ravot, depuis son arrivée, est resté silencieux, assis dans un coin. Il faut dire que depuis trois jours, il n’est pas à la fête… Mais là, il réagit :
- Attendez, il n’y a pas que le Mélanippé. Vous vous souvenez sans doute des voitures qui ont disparu le soir du meurtre de Luis ? Une Rolls entre autres. Embarquées sur l’Hippolyte qui était propriété d’un armement russe : « Стрелка деньг. Stryélk Dyéng »… La Flèche d’Argent. Les voitures ont été débarquées en Mauritanie, à Nouakchott. Avec un chargement de matériel mécanique… Des pièces pour moteurs de bateaux, paraît-il… On a soupçonné un trafic de voitures…

Rébéquée intervient :
- Et le Mélanippé se rend à Dakhla, au nord de Nouakchott, sur la côte du Sahara occidental… C’est dans le même secteur, non ?
- L’Hippolyte doit se trouver sur sa route de retour, en direction de Mourmansk, où il arrivera s’il réussit à passer les glaces, ajoute Ravot, pensif…
- D’où venait le Falcon qui m’a déposé à Biarritz ? demande Arthur…
- En principe de New York, mais c’est peu probable : ses réservoirs contenaient encore trop de carburant pour qu’il vienne de New York, d’après l’enquête de Lepif. Il n’avait pas dû parcourir plus de 3500 km. Il n’avait d’ailleurs nul besoin de s’arrêter à Biarritz pour faire le plein de carburant. Or l’équipage a présenté son arrêt comme une escale technique. En fait, il s’est posé pour « livrer » Arthur et les deux Amazones qui ont tué le maire et le Conseiller en matière d’économie électorale. Autre chose : j’ai reçu confirmation ce matin de ce que la peau qui couvrait le cadavre du maire est bien celle de Luis et je dois revoir Amélie qui m’a annoncé d’autres découvertes…

  Un court silence…

  - Le cadavre du maire ? demande Arthur qui est resté en arrêt devant cette information…
- Il a été tué vendredi dernier, et le Conseiller en matière d’économie électorale aussi, mais lui, de deux flèches, explique brièvement Ravot, Cela fait partie des évènements importants de ces derniers jours… Pour en revenir à ce que je disais, il est possible que l’avion vienne de Harpie, reprend-il…
- Si le Mélanippé semble s’arrêter en pleine mer et si la signature satellite de quelques palettes reste marquée à l’endroit où il s’est arrêté après son départ, nous saurons exactement où est leur base principale, affirme Rébéquée.
 
- C’est vrai, approuve Arthur, un peu perdu dans cette avalanche d’informations, mais il n’en reste pas moins que le Hai II ne s’y trouve certainement plus et que nous ignorons où il est allé ! Or sa base de repli ne se trouve ni en Omphalie ni en Harpie… Et qu’en Harpie subsiste le mystère de ma mémoire. Si « on » ne l’avait pas préservée, et je ne sais ni qui a pu le faire, ni comment, le plan de Pouacre aurait fonctionné et… je préfère ne pas penser à ce qui se serait produit…

  Béa, assise près de lui penche la tête sur son épaule :
- Il ne s’est rien passé, tu es sauvé, et nous aussi…
- Grâce à Ôoumloc, murmure Amaïa. Mais aussi grâce aux forces qu’il a mises en œuvre et qui ont réussi à contrecarrer celles qu’avait détournées Pouacre. Peut-être pourrons-nous les réutiliser…
- Grâce à toi, à ton peuple, et à sa Mémoire, Amaïa, mais il se passe trop de choses en même temps, murmure Arthur en secouant la tête… La solution est là, quelque part… Mais quel bordel !!!
- Il faut que tu te reposes, intervient Amaïa. Que tu retournes au bain de guérison et que tu laisses les évènements reprendre leur place dans ton esprit. Béa va t’accompagner et…
- Ahhhh, gémit Clèm avec un regard de détresse… Je crois que…

 
Amaïa se lève et vient auprès d’elle, puis elle fait un signe et un instant plus tard, deux Boules se présentent à l’entrée du bureau, portant une civière :
- Je m’y attendais et j’ai demandé à ce que notre peuple t’accompagne. Viens, laisse-nous t’aider. Vous pouvez nous suivre, ajoute-t-elle à l’intention des autres, mais Arthur doit se reposer…

  C’est ainsi qu’est née Amaïa, fille de Clèm et de Victor, sa mère étant assise sur le trône de pierre aux côtés de Rébéquée et d’Amaïa la Grande, Mère des Goums, devant les Malfort qui forment sa famille et l’assemblée des Goums qui dansent d’un pied sur l’autre, tandis qu’un frémissement de l’eau de la mare laisse percevoir la présence du Grand Crabe à qui la Mère offrira le placenta de la délivrance, cependant que, plus loin, dans le bain de guérison, Béatrace réapprend à Arthur les gestes tendres de l’amour.
 

PERQUISITION / P2C3E10

P2C3E10 (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 10)

 
N° 133 / PERQUISITION / P2C3E10

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot et son équipe perquisitionnent l’atelier de fabrication de saucisses de l’usine Lartigo, malgré les pressions et l’opposition du maire et du conseiller en matière d’économie électorale.

  Lundi 6 juin
14 heures
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

  - Eh bien, Lepif, que se passe-t-il ?

 
Le commissaire, suivi d’Eusèbe, est entré en coup de vent dans son bureau. Lepif tape nerveusement sur son ordinateur :
- Ce qui se passe ? Oh, c’est très simple, dix minutes après que j’ai eu envoyé la demande de mandat de perquisition, je recevais un coup de fil du maire, suivi à cinq minutes d’un autre du Conseiller en matière d’économie électorale : pas question d’ennuyer la plus brillante entreprise de la région pour satisfaire la paranoïa de fonctionnaires irresponsables…

  Ravot réfléchit une seconde en hochant la tête :
- Très intéressant, très intéressant… Comment avez-vous avez fait la demande ?
- Comme d’habitude : un coup de fil personnel de votre part au procureur, confirmé par un mail et un fax…
- Et qui a pu en avoir connaissance ? Appelez-moi le procureur…
 
Eusèbe s’est assis sur un coin du bureau de Ravot, renversé dans son fauteuil « chef de bureau » Baumann.

- Allo, Monsieur le Procureur ? Ravot. Vous savez pourquoi je vous appelle ?

Le commissaire et le procureur s’apprécient depuis qu’ils collaborent, après les « évènements » d’il y a deux ans. Et puis ils se connaissent de longue date… Lorsque Ravot a été nommé, la situation était confuse et l’un comme l’autre ont travaillé à l’éclaircir sans faire trop de dégâts…

- Le mandat ? Je suis en train de le rédiger, Lepif m’a expliqué que vous aviez trouvé des implants dentaires dans une chaudière, mais que vous ne pouviez pas en faire état… J’ai donc fait ouvrir une instruction à propos de la disparition d’une certaine Gertrude Pilon, comme l’a suggéré votre adjoint. Très bien ce Lepif, très bien…
- Oui, il n’est pas mal, mais ne le dites pas trop fort, il manifeste une certaine tendance à l’hypercéphalie… Pour ce qui est des implants, vous avez bien fait de ne pas en parler directement : cela mettrait en grave danger nos informateurs… Mais ce n’est pas de cela que je voulais vous parler. Avez-vous subi des pressions ou entendu des remarques au sujet de l’usine Lartigo en question ?
- Non, bien sûr. Et il ferait beau voir ! Mais… Attendez… ma secrétaire me fait signe que l’on m’appelle sur l’autre ligne. Ne quittez pas…

   Ravot fait signe à Lepif de reprendre le téléphone pendant l’attente :
- Comment ont-ils pu savoir que j’ai fait demander un mandat de perquisition ? Et en quoi sont-ils concernés ?

Eusèbe, interrogé, hausse les épaules…
- Comment voulez-vous que je le sache ? Il doit y avoir un coup tordu sous roche, ou un bon pot-de-vin à récupérer, à moins qu’ils ne craignent d’être impliqués d’une manière ou d’une autre dans quelque chose qu’ils savent ou qu’ils soupçonnent… Mais il est vrai que cette concordance d’intérêt est étrange de la part de ces irréductibles concurrents électoraux… Pour ce qui est de savoir comment ils ont appris ce projet de perquisition, vous êtes mieux placé que moi pour le découvrir…

 
Lepif fait un signe et le commissaire reprend sa communication :

- Oui, excusez-moi, Ravot, c’était le Préfet… Comment avez-vous deviné ? Il vient de me faire savoir qu’en « haut lieu » on souhaitait que Lartigo ne soit pas inquiété…
- Et qu’avez-vous répondu ?
- Que l’exécutif n’avait pas à se mêler du judiciaire, non mais !!! Cependant, faites attention, mon vieux : cela vient de l’Intérieur, et ça, c’est votre hiérarchie… Je vous envoie votre mandat et je lance une procédure avec le juge qui sera désigné, pour vous couvrir ! Normalement, ce devrait être Foutral, c’est un jeune, très actif.
- Merci, Procureur. Je vais essayer d’aller vite…

  Il raccroche, l’air soucieux :
- Lepif, de quels effectifs disposons-nous ?
- Pélot et Martial doivent être rentrés, j’ai demandé au commissaire Catachrèse s’il pouvait venir de Pau, et il nous envoie Amélie Fouad, sa chimiste, pour les prélèvements, et on a une dizaine d’agents sous la main…
- Elle arrive bientôt cette Amélie ?
- Elle est là ! chantonne la petite chimiste mignonne en passant la tête par la porte entr’ouverte du bureau. Le planton m’a dit que vous étiez tous ici et que vous m’expliqueriez ce qui se passe…
- Comme si Pourticol en savait quelque chose ! grogne Lepif, ce qui lui attire un regard surpris puis ironique de Ravot qui se garde bien de tout commentaire.
- Eh bien, Lepif, il vous reste à rassembler tout le monde en tenue d’assaut et nous partons.
- Je ne pense pas que ce soit ma place… remarque Eusèbe.
- La presse, mon cher, la presse… Vous avez votre carte ?
- Toujours, répond Eusèbe en brandissant le carton plastifié qu’il garde précieusement dans sa veste.
- Je ne pourrai pas vous laisser entrer dans l’usine puisqu’il s’agit d’une opération officielle couverte par le secret de l’instruction, mais il peut se passer des choses intéressantes au-dehors… Alors, en route…  

 
Un quart d’heure plus tard, trois voitures suivies d’un car de police s’arrêtent devant la grille à claire-voie des usines Lartigo.

  De la première voiture, conduite par Lepif, descendent Ravot et Amélie (c’est vrai qu’elle est mignonne, cette petite rouquine, avec ses drôles d’yeux de chat pas tout à fait pareils et ses taches de rousseur). De la deuxième, conduite par Martial, descendent les deux autres inspecteurs, dont un Pélot suant et soufflant. De la troisième s’extrait Eusèbe qui a agrafé sa carte au revers de sa veste. Le car reste sagement en retrait.

 Ravot s’approche de la grille coulissante derrière laquelle le poste de garde est bien visible. 

  Un vigile y somnole en feuilletant distraitement une revue que Ravot reconnaît pour être de celles que

la Nouvelle Réna publie maintenant à la gloire des Élus, mélange de mangas et de romans photos aux couleurs fluos qui racontent comment les Élus sauvent le monde par leur action quotidienne sur le temps, comme dans cette histoire où leur souffle transcendant fait fondre la neige de la congère où s’est enlisé l’autocar scolaire qui transporte les petits tétraplégiques de cette banlieue sud, si malheureux de ne pouvoir manger les Saucisses que le Puant Putois Putassier leur a lâchement et sauvagement dérobées, les réduisant à une dépression terrible…

 Il est vrai que l’action de la Nouvelle Réna porte de plus en plus sur les banlieues où ils parviennent à remplacer les circuits traditionnels de distribution de la drogue qui souffrent de problèmes d’approvisionnement (un effet bénéfique de la météo !). Et qui, bien sûr, s’en vantent :

la Paix dans les banlieues par l’Action de

la Nouvelle Réna ; le Grand Putier vous amène

la Paix ; les Élus vous apportent l’Espoir du Monde Meilleur ; bannissez le Désordre, mangez des Saucisses. 

  Parce que maintenant, ce sont des Saucisses… Et que les boîtes de saucisses ont été rebaptisées des « pyxides », du nom des coffrets qui servaient à transporter les hosties consacrées ! Saintes Saucisses…

  Ravot passe sous la petite barrière qui ferme le passage étroit réservé aux piétons. Le vigile lève un regard surpris :
- Eh, vous, là ! qu’est-ce qui…
- Police ! l’interrompt Ravot en brandissant sa carte. Prévenez votre direction et ouvrez la grille !

Le vigile décroche un téléphone, appuie sur un bouton et discute un petit moment avant de répondre :
- Mon chef va venir vous parler, je ne peux pas vous ouvrir comme ça…
- J’ai un mandat de perquisition et j’entrerai de gré ou de force !
- Oh, la grille est solide, vous savez…

Ravot sourit :
- Lepif, appelez les renforts, Monsieur fait des manières. Faites donner nos agents…
- Avec plaisir, commissaire…
- Mais, vous n’allez pas…

 
Lepif fait un signe au car et les dix hommes qu’il contient, casqués, visière baissée, lourdement bottés, cuirassés de gilets pare-balles, gantés et armés de mousquetons en descendent pour se ranger devant la grille fermée.

  Et tandis que l’inspecteur lance ostensiblement un appel à renforts, Ravot fait signe à un agent musclé de le suivre sous la barrière et lui ordonne d’entrer dans le poste de garde pour ouvrir la grille. La porte vitrée du poste est fermée à clé par le vigile passablement affolé. Ravot confirme son ordre et l’agent brise d’un coup de crosse de mousqueton la vitre de la porte, passe une main gantée dans le trou, tourne la clé restée dans la serrure et entre dans le poste où le vigile se réfugie derrière son bureau en balbutiant « vous ne pouvez pas… vous ne pouvez pas… », tout en brandissant un pistolet tremblant que l’agent lui fait sauter des mains d’une baffe négligente. Puis il appuie sur le bouton « ouverture » du pupitre. La grille s’ouvre.

 
L’agent conduit à Ravot le vigile effondré qu’il tient par le cou, avec l’air satisfait du cocker qui rapporte le lièvre pantelant aux pieds de son maître.

- Embarquez ce zigoto dans le car ! commente le commissaire d’un air négligent. Pour rébellion ! ajoute-t-il en se retenant de rire.

  C’est alors qu’ils sortent du bâtiment.

 
« Ils », c’est une grande femme sèche en tailleur noir, encadrée de deux hommes en costume cravate, eux-mêmes escortés du maire, écharpe tricolore sur la bedaine, et du Conseiller en matière d’économie électorale.

  La grande femme, cheveux gris fer tirés en un petit chignon et lunettes à grosse monture d’écaille, précède le groupe de deux pas, l’air d’être très très pas contente du tout de la situation, non mais !
 
Son cou fripé maintenu par un ruban de velours noir se tend comme celui d’un oiseau maigre derrière un menton pointu, pointé sur les envahisseurs qu’il transpercerait pour un peu. 

  Non mais !

  - Madame Edmonde de la Vorme Séchée, je présume ? commissaire Ravot. J’agis sur mandat de perquisition ordonné par Monsieur le Procureur de

la République et vous somme de nous ouvrir vos locaux sans résistance ni dissimulation.
- Mais commissaire, c’est inouï ! proteste le maire qui a rattrapé la directrice et tente de s’interposer, au risque de s’éborgner au menton pointu pointé.
- Monsieur le maire, je vous prierai de rester à l’écart de tout ceci. Je vous ferai convoquer ultérieurement pour que vous puissiez expliquer par quel miracle vous vous trouvez ici maintenant.
- C’est inadmissible ! proteste à son tour le Conseiller en matière d’économie électorale. Voilà une entreprise exemplaire exposée à la collusion d’un groupe de presse et d’intérêt pour le moins louche. Je vous prie de noter mon opposition à ces méthodes policières honteusement brutales et indignes de notre République. Nous tirerons au clair cette vindicte. Il faudra vous expliquer sur la présence de ce… monsieur (il désigne Eusèbe) au service de qui vous semblez avoir abdiqué toute raison…
- C’est une collaboration indigne ! poursuit le maire…
- Il est vrai qu’en matière de collaboration, vous êtes expert, reprend Ravot. Cependant, j’en suis à ma deuxième sommation…

  La grande femme lève une main, l’air plus pincé que jamais :
- C’est bien, messieurs. Mes assistants (elle désigne les deux costumés qui n’ont toujours rien dit) vont vous conduire.
- Votre présence sera nécessaire, précise Ravot. C’est la loi. C’est vous qui dirigez cette entreprise.
- C’est ennuyeux, je n’ai pas de temps à perdre…
- Vous m’en voyez désolé. Je répète : c’est la loi. En revanche, vos… amis (il désigne les édiles) ne seront pas autorisés à nous suivre. Mais ils pourront discuter avec Monsieur Malfort, puisque la presse doit rester au-dehors pendant l’acte judiciaire que constitue la perquisition proprement dite…

  Le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale se regardent :
- Non merci. Ce monsieur incarne une presse qui ne correspond pas à l’idée que nous nous en faisons…
- Je vous attendrai ici, commissaire. Rassurez-vous, j’ai déjà de quoi rédiger un article qui ne manquera pas d’intéresser ces Messieurs…
 
- Eh bien allons-y. Je désire tout d’abord visiter les ateliers de fabrication des saucisses  « Spéciales Initiés », en commençant par le début, c’est-à-dire la totalité de vos stocks de matière, pour poursuivre par la fabrication proprement dite, jusqu’aux stocks de produits finis. L’inspecteur Fouad ici présente procèdera à tous les prélèvements qu’elle pourra juger utiles. L’inspecteur Lepif et l’inspecteur Pélot procéderont aux fouilles éventuelles, et l’inspecteur Martial restera pour commander les forces extérieures.

  Deux heures plus tard, et malgré les protestations multipliées de la directrice et de ses assistants (« Vous ne pouvez pas entrer ici sans tenue spéciale » « Eh bien fournissez-la ! » « Enfilez ces blouses et ces sur-bottes », « Vous ne pouvez pas ouvrir cette machine en fonctionnement » « Eh bien, arrêtez-la ! », « Vous allez casser la chaîne de froid » « Regardez, chère Madame, regardez : votre regard congèlerait la banquise », « On ne peut pas arrêter l’incinérateur » « Mais si, mais si, il suffit de l’éteindre », « C’est très chaud ! » « Nous reviendrons en fin de visite, ce sera refroidi », « Prenez un carton entier, mais pas une saucisse par-ci par-là » « nous n’avons pas la place de prendre un carton par-ci par-là » « Vous ne pouvez pas photographier » « Je vais me gêner ! » « Non, pas l’ordinateur, nous en avons besoin ! » « C’est un réseau vous en utiliserez un autre » « Que faites-vous là ? » « Une copie des mémoires centrales »), sous les yeux d’employés uniformément distants et hostiles, et qui n’attendent manifestement qu’un signe des « patrons » pour faire un mauvais parti aux visiteurs, les quatre policiers sortent rejoindre Martial, ravi d’avoir coupé à la corvée de fouille.
 
Ravot, Lepif, Pélot et Amélie Fouad retirent leur blouse salie (surtout celle de Lepif qui a dû aller avec Amélie effectuer des prélèvements peu ragoûtants dans l’incinérateur juste avant de finir la tournée) (satisfait, Lepif, satisfait : ils y ont « trouvé » quatre drôles de vis et ont fait signer le PV de saisie par la patronne qui ne les a pas suivis jusque dans les entrailles fuligineuses de la chaudière encore brûlante, et qui a haussé les épaules devant ces bouts de ferraille…) (Voir P2C2E22 et P2C3E6).

Les blouses sont jetées dans l’incinérateur toujours éteint qu’un employé grincheux referme et redémarre devant eux. Il regrette manifestement de n’avoir pas pu profiter de la présence de Lepif et d’Amélie dans le four pour appuyer sur son bouton rouge…

  Trois glacières de viandes et de saucisses, une unité centrale d’ordinateur, un disque dur de copie, amené par Amélie, grande prêtresse informatique (elle n’est pas que chimiste) de l’équipe de Catachrèse et soigneusement bourré de tout ce qu’elle a pu prendre…

 
- Ne vous plaignez pas, ma chère, nous étions en droit de saisir le serveur central de l’usine, et de visiter les autres ateliers. Mais pour répondre aux conseils de modération de vos amis, nous n’avons effectué qu’une copie succincte… J’espère que vous apprécierez notre discrétion et que vous nous pardonnerez le dérangement que nous vous avons causé. Votre vigile sera libéré demain et nous nous contenterons d’une admonestation. Il a fait de son mieux pour répondre à vos instructions et il a eu la chance de tomber sur un policier expérimenté et d’un grand sang-froid… Un jeune fonctionnaire aurait pu riposter quand il a sorti son arme… Bref, vous recevrez un compte-rendu officiel de nos conclusions s’il s’avère que vous vous trouvez placée en examen, sinon, eh bien, nous vous rendrons simplement vos biens après analyse. Mais ne craignez rien. Nous sommes tenus au secret professionnel…
- Vous aurez affaire à nos avocats… Votre intervention n’a pas été justifiée. Je ferai agir mes relations…
- Je n’en doute pas une seconde et vous souhaite une agréable fin de journée… Mes hommages…

  - Avez-vous trouvé quelque chose dans leur informatique ? demande Ravot à Amélie, de retour au commissariat
- C’est trop tôt pour le dire. Il faut regarder dans l’ordi. Ils m’ont paru protester un peu trop vivement lorsque nous l’avons embarqué : c’est celui qui pilote leur chaîne de fabrication, un simple serveur. La réaction était démesurée. En revanche, la copie du serveur n’a pas paru les gêner outre mesure…
- J’ai eu l’impression qu’ils avaient eu le temps de retirer tout ce qui est gênant, si gênant il y a eu. Rien de spécial dans les chambres froides où toutes les origines de viande sont tracées, rien de spécial dans les stocks de produits finis… Le matériel est nickel… C’est trop bien. Et les guignols qui nous attendaient…
- Tsss… Les édiles, Lepif, les édiles… Au fait, Malfort était parti ?
- Oui commissaire, il est parti en même temps que le maire… Il m’a dit qu’il vous rappellerait…
- Eh bien, il nous reste à dépouiller tout cela. Au boulot !
- Je vais rentrer analyser les échantillons prélevés pour vérifier la nature des viandes dans les produits finis. Par l’ADN on devrait savoir si c’est du porc, du bœuf, du poulet…
- … ou du Pilon… enchaîne Lepif.
 

LES ÉLUS CANNIBALES ? / P2C3E20

P2C3E20 (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 20)

 
N° 144 / LES ÉLUS CANNIBALES ? / P2C3E20

 
C’est l’histoire où Eusèbe Malfort se demande, dans un article de son journal, si les Élus doivent être considérés comme d’horribles criminels cannibales. C’est la fin de la deuxième partie du feuilletonton de Tonton Raspoutine. La troisième est prête…
 
Mardi 7 juin
17 heures

La Lanterne du Fort

  Article publié ce jour dans le journal régional «  La Lanterne du Fort » :
 

Les Élus cannibales ?

C’est tout naturel…


 


Du nouveau à Saint Tignous sur Nivette, qui depuis les « évènements » d’il y a deux ans, lorsque les Écolocroques s’y étaient installés, somnolait dans une paix retrouvée. Chacun était retourné à ses occupations paisibles, on avait tout fait pour oublier de possibles rancoeurs en une sorte d’amnistie tacite…


On aurait quand même pu remarquer un fait insolite : cette cité, donc, avait été choisie comme base de départ par les Écolocroques. Bien. Cela, c’est du passé. Mais voilà que, par l’un de ces miracles qui font que la foudre peut frapper deux fois au même endroit, cette cité donc, se trouve avoir été également choisie par les « Élus » pour être le « berceau » de la Nouvelle Réna !


Vous me direz comme il se doit : « c’est tout naturel »…

  Bien sûr, les Élus restent nimbés d’une brume de mystère, d’une aura de transcendance, d’une distance sacrée qui les rend à la fois précieux et indiscutables dans leur perfection…


Tout le monde, et surtout, tous les Initiés, les nombreux Initiés, tout le monde reconnaît le plaisir que procure leur approche, l’étrange bonheur que l’on éprouve à côtoyer leurs Mystères, à la fois si simples et si étranges que ceux qui les touchent n’en conservent qu’un souvenir heureux et vague…


Tous les Initiés savent quelle joie procure l’approche renouvelée de ces retrouvailles fusionnelles qui, deux ou trois fois par semaine, les amène à processionner autour du Putier central, joie maintenue active par la consommation assidue des Saucisses de Pyxide que procure

la Nouvelle Réna. 

  C’est tout naturel… 

  Même si c’est un peu cher…


Mais non, voyons, les réunions sont « indemnisées »…
 
Nos lecteurs locaux savent déjà, et les autres l’apprendront certainement avec plaisir, que ces fameuses Saucisses sont, ou plutôt, étaient fabriquées ici, à Saint Tignous sur Nivette, dans l’usine dite Lartigo, du nom de son fondateur (en dernière minute, nous apprenons que cette production est « délocalisée » à Bordeaux). Bref. L’usine Lartigo a été rachetée il y a peu par une certaine Finette de Sainte Fouillouse, charmante jeune femme dont les Tignousais sont pour la plupart en droit d’ignorer le nom. Mais pas l’image, puisque c’est son visage radieux qui figure avec celui de l’Élu sur les innombrables affiches et publicités où il se prépare manifestement à l’embrasser, comme il embrasserait sans doute une épouse très chère…


Et quelle Initiée ne rêverait d’être ainsi épousée par l’Élu ?

  Saint Tignous sur Nivette a donc encore été distinguée par le sort.

  Or, voici quelques jours, disparaissait l’une des personnes les plus proches de ce « berceau » de

la Nouvelle Réna que nous évoquions plus haut :


Tout le monde, à Saint Tignous a rencontré Gertrude Pilon, et connaît son caractère enjoué et pétulant. Ses parents ont été d’honorables commerçants de notre ville et ils lui ont laissé de quoi vivre facilement. Poussée par sa nature militante, elle a mené diverses activités bénévoles au sein d’associations écologistes, basées pour la plupart d’entre elles, à la MJC.


A ce titre sans doute, elle s’est trouvée « en première ligne » lorsque les Écolocroques ont ouvert leur bureau de recrutement dans notre ville, et c’est avec toute la fougue de sa sincérité qu’elle a collaboré à ce mouvement bourré de bonnes intentions… et de sous-marins atomiques. Comme beaucoup, elle s’est dit que

la Cause méritait

la Menace, et que

la Menace exclurait l’Action…


Nous savons tous comment s’est achevée l’histoire. (voir Résumé Première Partie)


 
Je ne reviendrai pas sur les manipulations et les enlèvements, dont ma famille, mes amis mes collaborateurs et moi-même avons été victimes de la part des « Numéros » qui dirigeaient en sous-main cette organisation qui visait rien moins que l’instauration d’un pouvoir totalitaire sur la planète. 

  Curieusement, mais c’est certainement un hasard, ce premier bureau des Écolocroques, à Saint Tignous sur Nivette avait été placé sous la direction d’une certaine Finette de Sainte Fouillouse, celle-la même qui a racheté les conserveries Lartigo pour y fabriquer les Saintes Saucisses de Pyxide, celle des affiches que nous évoquions…

  Bref, Gertrude a disparu. Comme, avant elle, a disparu, voici un mois, Arnaud Boufigue, créateur du système Super Troc, depuis « reconverti » en l’un de ces  « C’est tout naturel  », qui hébergent

la Nouvelle Réna un peu partout en France et dans le monde me dit-on.

  Mais il doit s’agir d’une autre sorte de disparition, puisque Arnaud Boufigue fait l’objet d’un mandat d’arrêt international après l’assassinat encore non élucidé de notre collaborateur Luis Ottouadla…
  Lundi, une information confidentielle a conduit le Commissaire Ravot, qui dirige les services de police de Saint Tignous sur Nivette, à effectuer une perquisition dans la fameuse conserverie.


Jusque là, rien que de routine, pourrait-on penser, et tous les restaurateurs et artisans bouchers, pâtissiers ou poissonniers de la ville et d’Europe subissent des contrôles de la part des services d’hygiène sans que ces contrôles soient baptisés « perquisition », et sans qu’interviennent des forces de police ! Alors, pourquoi ce déploiement de képis ?

  Avertis de l’opération par un informateur, nous avons pu y assister de l’extérieur, la perquisition proprement dite restant bien sûr confidentielle.


C’est avec surprise que nous avons observé qu’il avait fallu faire usage de la force pour pénétrer dans l’établissement, gardé comme un véritable bunker ! Et le commissaire Ravot s’est trouvé confronté à l’opposition formelle des édiles de la cité, à savoir, Monsieur le Maire, ceint de son écharpe, et le Conseiller en matière d’économie électorale, Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse (que l’on dit lointain cousin de Finette), qui ont protesté contre « ces méthodes policières honteusement brutales et indignes de notre République». (Notre photo)


Nous supposons que les édiles ont été avertis de la perquisition par la direction de l’usine, puisqu’ils s’y trouvaient. La direction de l’usine était donc elle-même au courant. Nous ne sommes sans doute pas les seuls à bénéficier d’informations. Mais s’il est légitime d’avertir la presse, il l’est moins de prévenir le suspect… Les édiles ont refusé de nous recevoir pour répondre à nos questions. Il aurait sans doute été intéressant de savoir en quoi cette suspicion pouvait les concerner… Quant à Madame Edmonde de la Vorme Séchée, qui dirige l’établissement, elle reste égale à sa réputation de silence impénétrable. N’a-t-elle pas été surnommée « le Sphinx » par ses employés ? Mais chutt, ne compromettons personne… 

  Revenons à la perquisition : elle a donné lieu à des prélèvements, effectués sur les stocks de matière première et de produits finis. Aurait été également saisi du matériel informatique.

  Or, hier après-midi sont tombés les premiers résultats issus des analyses des prélèvements effectués :

Ont été trouvés dans un incinérateur quatre implants dentaires, identifiés formellement pour avoir appartenu à Gertrude Pilon, d’une part. D’autre part, des traces d’ADN humain ont été relevées dans l’un des lots de saucisses analysés…

 
À fin conservatoire, toute la production aurait dû se trouver saisie. Las, elle avait déjà été, elle aussi, « délocalisée » à Bordeaux…

  La directrice de l’établissement, madame Edmonde de la Vorme Séchée a été interrogée par le commissaire Ravot et remise en liberté après avoir fourni diverses indications qui sont restées secrètes.

  Nous tiendrons nos lecteurs au courant des développements de cette affaire.

  Le dossier complet « Écolocroques » est disponible sur le site de notre journal.
 Eusèbe Malfort.


Dernière minute

Un enlèvement à Saint Tignous sur Nivette


 


Nous apprenons l’enlèvement, ce matin à onze heures de « Jo et Ted », deux jeunes compères bien connus de Saint Tignous sur Nivette où ils font l’objet d’une estime générale. L’enlèvement s’est produit « chez Mado », le bar de la place de

la Mairie, rendez-vous des jeunes et des moins jeunes, pour une fois désert à ce moment de la journée. Jo et Ted, qui y avaient leurs habitudes, venaient d’entrer dans le bar « pour prendre un café avant d’aller au travail », nous a raconté Mado, « lorsque deux individus déguisés en gangsters américains  les ont braqués avec des espèces de pistolets en plastique jaune ». Mado, qui s’est courageusement interposée, a alors reçu une violente décharge électrique, émise par l’une de ces armes, dans laquelle le commissaire Ravot a reconnu un taser, arme incapacitante utilisée par la police américaine, qui délivre des décharges de 50 000 volts.


Lorsqu’elle a repris connaissance, tout le monde était parti !


Ni Jo, ni Ted ne se sont présentés à leur travail, à la conserverie Lartigo, et ils ne sont pas revenus à leur domicile.

  Il est évident que ni l’un ni l’autre ne dispose d’une fortune quelconque qui justifierait un enlèvement crapuleux visant une demande de rançon. Ces jeunes gens étaient d’anciens camarades de Luis Ottouadla, tragiquement assassiné il y a environ deux mois, comme nous l’avons rappelé plus haut.

 
Le commissaire Ravot lance un appel à témoins : toute personne ayant, soit assisté à la scène, soit rencontré l’un de ses protagonistes, doit le contacter au plus vite au commissariat de Saint Tignous sur Nivette.


Et voilà, conclut pour lui-même Mouchoir en mettant la dernière main au texte qu’Eusèbe lui a fait passer sur quelques feuillets arrachés à son bloc. Inutile de le faire relire… Depuis le temps… Mouchoir a un regard attendri pour les pattes de mouche qu’il vient ainsi de transcrire sur le clavier de l’ordinateur. Il a un soupir nostalgique pour le temps pas très lointain où il tapait le texte sur sa machine mécanique avant de l’envoyer par pneu à la compo où les linotypistes…

Allez, on finalise…
  Une dernière touche à presser et le journal tout entier est transmis par satellite à ses abonnés Internet, professionnels ou privés, partout dans le monde. Il arrive aussi à l’imprimerie, au sous-sol, pour les quelques dizaines de milliers d’abonnés régionaux qui devraient en recevoir l’édition papier demain à l’aube.
 

Le problème reste de savoir quand ils le recevront effectivement !
  Depuis que le temps fait des siennes et que les communications sont devenues aléatoires, on ne peut plus jurer de rien.
 

Et cependant Mouchoir est resté optimiste : le Patron s’en tirera. Arthur reviendra. Arthur sauvera le Monde !
 

Mais il est peut-être le seul à y croire encore…

 

ET C’EST LA FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE

DOCUMENT EXCEPTIONNEL N°1


LE DOCUMENT



           raspoutine1.jpg


Ce document exceptionnel, qui serait daté de 1911, nous intéresse à plus d’un titre.

  Il nous intéresse d’abord par son origine : Il a en effet été retrouvé dans les archives que l’on croyait perdues du Couvent des Conceptionnistes de Saint François de Dunkerque, qui a été rasé avec le reste de la ville en 1940. Cela explique sans doute l’exceptionnelle présentation de la Sainte Brouette de Bénédictions Conceptuelles (ou Conceptionnistes selon d’autres acceptions) qu’il pousse devant lui dans la Joie des Retrouvailles.

  Le Frère Raspoutine aurait en effet à cette époque parcouru secrètement l’Europe sur les traces des troupes cosaques qui ont occupé Paris  du 31 mars au 2 juin 1814, et le Nord du pays, plus tardivement, jusqu’en 1818.

Il faut savoir que, très dévots, quoique orthodoxes, les cosaques ont laissé quelques traces derrière eux.

Les SÅ“urs Conceptionnistes de Saint François, dont l’ordre avait été établi pour soutenir l’Immaculée Conception qui s’imposait comme Vérité éternelle dans l’Église au temps de sa fondation (de la fondation de l’Ordre, et non de celle de l’Eglise), avaient eu la joie de voir cette sainte doctrine se vérifier par de multiples miracles après le passage des troupes russes.

Près d’un siècle plus tard, le Frère Raspoutine, qui avait pour l’occasion revêtu la bure franciscaine, était venu tâter les beaux fruits de leur glorieuse et sainte descendance.

  Il nous intéresse ensuite par l’évidente ressemblance qui existe entre ce rare portrait du moine russe et Tonton Raspoutine lui-même. Jugez-en d’après les photos qu’il a fournies dans sa biographie, modestement succincte.

Il nous intéresse aussi par le fait qu’il pulvérise les assertions absurdes d’Igor Knyazkin, le directeur du centre de recherches sur la prostate de l’Académie des Sciences Naturelles de Russie, que nous avons rapportées dans l’évocation de la GÉNÉALOGIE de Tonton Raspoutine, sur lesquelles nous ne reviendrons pas. Suivez le lien hypertexte si vous tenez à les relire dans toute leur absurdité.

Il nous intéresse enfin par l’espoir qu’il ouvre : d’autres documents existent certainement, que Tonton Marcel continue de rechercher, avec une patience toute bénédictine.

Il annonce… peut-être… une antique photo du moine prise dans ses œuvres au sein de l’un de ces couvents pieusement visités…

Peut-être… Plus tard… Bientôt…

Retour à la page d’accueil

DOCUMENT EXCEPTIONNEL N°2




LE DEUXIÈME DOCUMENT EXCEPTIONNEL




L’hostie XXL 


 

Ce deuxième Document, tout aussi exceptionnel que le premier, proviendrait d’un autre monastère Conceptionniste, mais situé à Klown, en Syldardurie.

  D’aspect étrange, réalisé selon une technique encore mystérieuse qui allie la peinture sur cuivre et des à-plats d’émaux en grisaille, il est identifié par une inscription gravée à son verso dont nous vous donnons la traduction, effectuée par Cloclo Chatapus (gentille hôtesse dont vous ferez la connaissance dans la troisième partie du récit) :

    En ce jour de fête de l’an 1913 après la Nativité, où nous célébrons l’Immaculée Conception de la Vierge Marie, mère de Notre Seigneur, par la grâce de Dieu Toujours Vierge, nous avons reçu la visite de Frère Raspoutine, envoyé par notre bien-aimée protectrice la grande-duchesse Anastasia de Russie, avec l’accord de notre bien-aimé souverain, le saint roi Vlad Tefèsz[1].

Grâces en soient rendues au Père, au Fils et au Saint-Esprit.

Amen.

  Le Frère Raspoutine, précédé de sa Sainte Brouette est venu nous enseigner les mystères de l’Immaculée Conception, Alléluia, Alléluia, Alléluia.

 

C’est à cette occasion qu’alors que, pour souffler, il expliquait la fabrication des hosties à notre Mère Supérieure, Novellita Nichonova, se produisit le Miracle :

 
À peine fut-elle moulée que l’hostie de taille habituelle destinée à la célébration du Saint Sacrifice de la messe, se mua en hostie géante, montrant par là toute l’estime que le Ciel portait à celui qui nous était adressé et à ses œuvres.

  Tendrement émue par cette manifestation divine, notre Mère Supérieure tomba à genoux pour rendre grâce, se trouvant ainsi confrontée à la Sainte Brouette que le Frère Raspoutine avait, par modestie, rangée sous la table.

  Et grâces furent rendues.

  Amen.

 
Par ailleurs, le Chroniqueur de l’Osservatore Romano, l’organe officiel du Vatican, relatait ce miracle dans les termes suivants :

  « Lors, l’hostie standard calibre 26 se mua en une exceptionnelle hostie XXL, de celles que le Saint Père utilise lors des Célébrations Solennelles de Saint Pierre de Rome.

Lors, de par l’émotion que soulevait en elle cette évidente manifestation de la grandeur divine,
la Mère Supérieure chut sur ses deux genoux.

Face à la Sainte Brouette (voir Document 1), elle rendit grâce à Dieu, dans le flot jaillissant d’une oraison jaculatoire, tandis que le Frère Raspoutine criait sa joie. »

 L’inscription, tout comme le récit qui est fait par le Chroniqueur de ce glorieux « Miracle de l’Hostie XXL », font référence à la Sacrée Brouette de Raspoutine, qui ne peut qu’être celle que montrait le Document Numéro Un précédemment révélé par Tonton Marcel !

  Ainsi deux Documents se recoupent-ils à plusieurs milliers de kilomètres de distance et ratiboisent-ils définitivement les assertions ridicules d’Igor Knyazkin, le directeur du centre de recherches sur la prostate de l’Académie des Sciences Naturelles de Russie quant à la pseudo relique de Popa !

  Merci Tonton Marcel pour cet éclaircissement apporté à un Miracle oublié, même par la Légende Dorée de Jacques de Voragines qui en a pourtant vu bien d’autres. Un peu plus tôt, il est vrai.

 Mais la Vérité est éternelle et partout elle triomphe.

Retour à la page d’accueil




[1] Vlad Tefèsz, de la dynastie des Vladocsoz, était le père de Vlad Tferfout-Engran, lui-même grand-père de l’actuel Mélancs Ier, roi de Syldardurie. Il était donc l’arrière-grand-père de Mélancs Ier. Tout cela sera développé en Quatrième Partie.
 

LE MIRACLE DE LOURDES / P1C2E2

P1C2E2 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 2)

 
LE MIRACLE DE LOURDES / P1C2E2

 
C’est l’histoire où, devant la grotte sainte, nous rencontrons Isidore Scope, Père Blanc de son état, et où il fait une curieuse trouvaille.


Vendredi 15 avril
7 heures
Lourdes

  A ces heures-là, devant la grotte Massabielle, y’a pas foule. Le jour point à peine, juste ce qu’il faut pour distinguer la déco : béquilles, grilles de protection contre les pèlerins voraces capables de démonter le rocher pour emporter un souvenir gratuit.

Or, les souvenirs gratuits sont au commerce local ce qu’un vol de criquets est à un champ de mil, pense le Père Isidore (Père Blanc en mission prospecto-disciplinaire Ã