IL EST INDESTRUCTIBLE, PUISQU’IL EST DÉJÀ MORT / P3C1E30
P3C1E30 (Partie 3 / Chapitre 1Â / Episode 30)
 N°175 / IL EST INDESTRUCTIBLE, PUISQU’IL EST DÉJÀ MORT / P3C1E30
 C’est l’histoire où Arthur s’éveille. C’est aussi l’histoire où l’on commence à deviner où se trouve la base des Méchants, « en Harpie ». C’est enfin l’histoire où la fille de Clèm, Amaïa, naît, sur le trône de pierre.
 Lundi 13 juin
8 heures
Agotchilho
 Il s’éveille dans une eau chaude, épaisse, soyeuse, où la peau glisse sans efforts, coule sans clapots, dans une odeur d’herbe foulée et d’algues, un bruissement d’envol de papillons sous la fraîcheur d’un rideau de peupliers, l’été, dans des glissements onctueux de gomme arabique sous la pulpe des doigts… Dans une eau bucolique où il flotte, léger, une eau moelleuse où il somnole, une eau bruissante, à peine, où il sombre dans la paix…
 Il entrouvre les yeux dans une pénombre de pierres rouges où vacillent des flammes d’or chaud, découvre la surface mordorée de cette eau qui le baigne, le porte, léger, tendrement complice de ses lassitudes qu’elle absorbe, dissout, efface, souffle léger et tiède à la surface de son esprit.Â
 Peu à peu se dénouent les douleurs de ses muscles, les aigreurs de sa gorge, les crispations de ses angoisses…
 Il entrouvre les yeux…Â
 Une cuve de pierre où sourd cette eau si chaude qui le porte si bien, et qui, en débordant sans cesse, produit ce bruissement paisible et berceur…Â
 Il flotte entre deux eaux, la nuque reposée sur un coussin de mousse et les bras écartés sur des pierres du fond que l’on a disposées juste à la bonne hauteur…
 Il est bien…
 Il sourit…
 Un mouvement, au bout de la cuve, l’eau en frémit à peine, on s’approche de lui, dans l’eau, tout doucement :
- Tu t’éveilles… Bonjour…
 Béatrace sourit, le visage près du sien, se colle contre lui, se presse tendrement, se niche, se love, l’enserre, l’embrasse…
 - Bonjour Arthur revenu, mon homme grand et fort… Bonjour… Je suis heureuse…
Â
Arthur referme les bras sur toute sa tendresse, porté par l’eau complice, il referme les yeux, de plaisir cette fois, se dresse légèrement (ces petits seins durcis sur sa poitrine creuse)… Du coup il se lève pour de bon, sans relâcher Béa, pousse un cocorico sonore et triomphant… et retombe en riant, parce que le fond glisse, en buvant une tasse de l’eau suave de sa baignoire…
 - Pfff… Toi, ici ? Et moi ? Mais qu’est-ce qui se passe ?Â
 Il embrasse Béa qui émerge à son tour, la moustache en bataille, cherche à la soulever… et tombe de nouveau, de faiblesse, cette fois…
 - J’ai faim ! Explique-moi !Â
 Il a fallu deux heures et quatre bols de soupe pour le sortir de l’eau bienfaisante du bain.
 Tijules est accouru en entendant les cris (il était dans la pièce voisine et pataugeait avec les autres enfants).
 Amaïa, sobrement triomphante, est venue expliquer ce qui s’est passé.Â
 Eusèbe, Clèm, Jeanne, tous, sauf Rébéquée, retenue au port, et Vic, resté au journal, tous sont accourus aux appels de Béatrace !
 Arthur, corps (affaibli) et âme (vigoureuse), se trouve enfin réintégré tout entier au giron chaleureux de leurs forces regroupées.
 - Vic a prévenu Ravot, dit Clèm, qui s’essouffle vite (demain ou après-demain, lui a dit Amaïa, tu t’assiéras au siège où naissent les enfants !)…
- Ravot ? demande Arthur…
- Le commissaire. Tu l’as rencontré à Saint Tignous, mais Amaïa l’a admis « en bas ». Il est devenu un ami. Il va falloir que l’on t’explique ce qui s’est passé ici, et que toi aussi, tu nous racontes ce dont tu te souviens…
- Il ne faut pas trop le fatiguer, s’interpose Amaïa, il est encore très faible…
- Mais non, je…
- Mais si, tu ! insiste Béa en lui tendant un cinquième bol de soupe.
- Il est fort le bougre, grommelle Eusèbe ému.
Amaïa confirme :
- Il est indestructible, puisqu’il est déjà mort…
 - Et avec tout ça, on en est où ?
 Arthur est revenu avec tout le monde au bureau N°1.
 Complètement perdu, il essaie de comprendre, de renouer les fils… Lui, il en est encore à la mort de Daouj et à l’écorché de l’île Guamblin… Et à cette immense faiblesse…
 Alors on essaie de lui expliquer, de résumer les évènements, et surtout, de lui faire comprendre l’importance qu’a prise la Nouvelle Réna…
 Bien sûr, il perçoit immédiatement et en miroir, l’importance de tout ce qu’il a vécu, et de ce qu’il a retenu. Qu’il était censé oublier. Qu’il aurait oublié si… SI.Â
 Il ne sait pas pourquoi, par quel miracle il n’a justement pas oublié.
 Tout cela va lui revenir sans doute. Il faut qu’il sorte, qu’il parle, comprenne.Â
 - Attention, objecte Rébéquée. Il ne faut pas sortir… Il y a encore au moins deux Amazones dans la nature, sinon trois. J’ai dû laisser partir le Mélanippé vendredi soir sans le fouiller. Et il navigue vite, d’après ce que j’ai pu relever…Â
 On explique à Arthur que c’est le bateau sur lequel se sont embarqués Daniel Forpris et peut-être une Amazone, celle qui a tué la Vorme.Â
 Encore des flèches marquées Hybris, comme celle qui a tué Daouj.
 On lui explique qui était Edmonde de la Vorme Séchée, et ce que l’on sait des tenants et aboutissants de la chose, ce qui mène à Ted et Jo, et…
 Arthur interrompt les explications :
- Mais alors, le Mélanippé va en Harpie !
- En Harpie ?
- Oui, là d’où je viens, là où j’ai vu Pouacre, l’Élu et Boufigue. Et… quelqu’un d’autre aussi, qui m’a permis de me souvenir… Mais je ne sais plus…
- On doit aussi y trouver le laboratoire où ils produisent leurs saloperies, souvenez-vous des « matières précieuses » dont parlait Tomie avant d’être tuée, remarque Victor…
- Il est suivi par satellite, précise Rébéquée, et…
- … et par Ôoumloc, ajoute Amaïa qui veut assister à la renaissance d’Arthur et surveiller ses efforts pour, au besoin, les limiter.
- Il y a autre chose. Comme je le disais quelqu’un est intervenu pour que je me souvienne, mais, comme pour tout ce qui précède cette intervention, j’ai oublié… Je me souviens de ma capture dans l’avion que l’Élue a appelé la Flèche d’Argent, de mon arrivée en Omphalie… Oui, de tout cela, je me souviens…
 Ravot, depuis son arrivée, est resté silencieux, assis dans un coin. Il faut dire que depuis trois jours, il n’est pas à la fête… Mais là , il réagit :
- Attendez, il n’y a pas que le Mélanippé. Vous vous souvenez sans doute des voitures qui ont disparu le soir du meurtre de Luis ? Une Rolls entre autres. Embarquées sur l’Hippolyte qui était propriété d’un armement russe : « Стрелка деньг. Stryélk Dyéng »… La Flèche d’Argent. Les voitures ont été débarquées en Mauritanie, à Nouakchott. Avec un chargement de matériel mécanique… Des pièces pour moteurs de bateaux, paraît-il… On a soupçonné un trafic de voitures…
Rébéquée intervient :
- Et le Mélanippé se rend à Dakhla, au nord de Nouakchott, sur la côte du Sahara occidental… C’est dans le même secteur, non ?
- L’Hippolyte doit se trouver sur sa route de retour, en direction de Mourmansk, où il arrivera s’il réussit à passer les glaces, ajoute Ravot, pensif…
- D’où venait le Falcon qui m’a déposé à Biarritz ? demande Arthur…
- En principe de New York, mais c’est peu probable : ses réservoirs contenaient encore trop de carburant pour qu’il vienne de New York, d’après l’enquête de Lepif. Il n’avait pas dû parcourir plus de
 Un court silence…
 - Le cadavre du maire ? demande Arthur qui est resté en arrêt devant cette information…
- Il a été tué vendredi dernier, et le Conseiller en matière d’économie électorale aussi, mais lui, de deux flèches, explique brièvement Ravot, Cela fait partie des évènements importants de ces derniers jours… Pour en revenir à ce que je disais, il est possible que l’avion vienne de Harpie, reprend-il…
- Si le Mélanippé semble s’arrêter en pleine mer et si la signature satellite de quelques palettes reste marquée à l’endroit où il s’est arrêté après son départ, nous saurons exactement où est leur base principale, affirme Rébéquée.
 - C’est vrai, approuve Arthur, un peu perdu dans cette avalanche d’informations, mais il n’en reste pas moins que le Hai II ne s’y trouve certainement plus et que nous ignorons où il est allé ! Or sa base de repli ne se trouve ni en Omphalie ni en Harpie… Et qu’en Harpie subsiste le mystère de ma mémoire. Si « on » ne l’avait pas préservée, et je ne sais ni qui a pu le faire, ni comment, le plan de Pouacre aurait fonctionné et… je préfère ne pas penser à ce qui se serait produit…
 Béa, assise près de lui penche la tête sur son épaule :
- Il ne s’est rien passé, tu es sauvé, et nous aussi…
- Grâce à Ôoumloc, murmure Amaïa. Mais aussi grâce aux forces qu’il a mises en œuvre et qui ont réussi à contrecarrer celles qu’avait détournées Pouacre. Peut-être pourrons-nous les réutiliser…
- Grâce à toi, à ton peuple, et à sa Mémoire, Amaïa, mais il se passe trop de choses en même temps, murmure Arthur en secouant la tête… La solution est là , quelque part… Mais quel bordel !!!
- Il faut que tu te reposes, intervient Amaïa. Que tu retournes au bain de guérison et que tu laisses les évènements reprendre leur place dans ton esprit. Béa va t’accompagner et…
- Ahhhh, gémit Clèm avec un regard de détresse… Je crois que…
 Amaïa se lève et vient auprès d’elle, puis elle fait un signe et un instant plus tard, deux Boules se présentent à l’entrée du bureau, portant une civière :
- Je m’y attendais et j’ai demandé à ce que notre peuple t’accompagne. Viens, laisse-nous t’aider. Vous pouvez nous suivre, ajoute-t-elle à l’intention des autres, mais Arthur doit se reposer…
 C’est ainsi qu’est née Amaïa, fille de Clèm et de Victor, sa mère étant assise sur le trône de pierre aux côtés de Rébéquée et d’Amaïa la Grande, Mère des Goums, devant les Malfort qui forment sa famille et l’assemblée des Goums qui dansent d’un pied sur l’autre, tandis qu’un frémissement de l’eau de la mare laisse percevoir la présence du Grand Crabe à qui la Mère offrira le placenta de la délivrance, cependant que, plus loin, dans le bain de guérison, Béatrace réapprend à Arthur les gestes tendres de l’amour.
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