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Frère Jean des Entonnoirs

Frère Jean des Entonnoirs

  Ce moine franciscain est rencontré par le plus grand des hasards et par Jeanne et Eusèbe Malfort dans l’avion Pau-Paris en P3C2E2 (lien).
 
Il se montre fort en gueule et grand amateur de Chablis, qu’il délaissera plus tard au profit du Jurançon. Mais c’est une autre histoire.

  Retour de Paris, ils retrouvent Frère Jean et l’aimable hôtesse Cloclo Chatapus avec qui ils voyagent de nouveau. Un vol assez mouvementé d’ailleurs P3C2E6 (lien). Au cours de ces rencontres, Jeanne expérimente sur l’homme de robe les effets de l’annihiline d’Amélie.
 
Ce qui entraîne quelque désarroi métaphysique chez le saint homme, qui vient s’en étonner, sinon s’en plaindre à Saint Tignous sur Nivette, en compagnie de sa tendre Cloclo Chatapus : P3C2E18, P3C2E19, P3C2E20 (liens).
 

Présenté à Amaïa, mère des Goums, il révèle sa vraie nature : le peuple dont il est issu n’est autre que l’ancien clan goum des Ours !

Les retrouvailles sont chaudes : P3C2E34, (lien).
 Et en P3C2E35
, alors !
  Et c’est pas fini…
 
 

17 novembre 2008 - Aucun commentaire
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FRÈRE JEAN DES ENTONNOIRS / P3C2E2

P3C1E46 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 2)

 
N°191 / FRÈRE JEAN DES ENTONNOIRS / P3C2E2

 
C’est l’histoire où Eusèbe et Jeanne, se rendant à l’Élysée, font la connaisssance de Frère Jean des Entonnoirs et de Cloclo Chatapus, gentille hôtesse.

clocloorson



Mercredi 15 juin
Départ pour Paris

  Les places ont été retenues par l’Elysée. 

  Il y a queue à l’enregistrement.
 
Un moine, devant eux.

Un gros.

Un peu agité peut-être. 

  On discute, et on les traite avec les égards polis que l’on doit aux gens du troisième âge et demi dont les places sont payées par l’Elysée.

 
Le moine, grand gaillard barbu à l’épaisse toison brune sommée d’une large tonsure éburnée[1] entretenue au Miror, porte un grand bâton et refuse de s’en séparer : c’est son bâton pastoral. Sa houlette. Et un moine ne se sépare pas plus de sa houlette qu’une charmante hôtesse de ses houppettes[2] habituelles. 

  Jeanne pense que c’est un franciscain, Eusèbe, que c’est un dominicain. Ils lui demandent. C’est Jeanne qui a gagné : les dominicains sont en noir et blanc, les franciscains en sépia. Il appartient à l’Ordre des Frères Mineurs, vit dans une petite communauté établie dans la montagne, au-dessus de Marinoval, il s’appelle Frère Jean des Entonnoirs de son nom d’Eglise, et il défendra jusqu’au bout son bâton, qu’une douce hôtesse tente de lui enlever avec un sourire tendre et d’une main câline. 

 
Au deuxième sourire, il cède avec un gros soupir, et le bâton rejoint dans la soute les houppettes de l’hôtesse. 

  Privé de son bâton et pour ne point se laisser abattre, le moine offre aux témoins compatissants une gorgée du Chablis qu’il serre précieusement en un jéroboam ventru qu’il vient de déboucher pour en vérifier la qualité sacerdotale, après l’avoir extrait du creux profond de la vache informe qu’il porte à bout de bras. 

 
Ils disent non merci, pour n’avoir point à lever la bombonne quadruple qui doit peser le poids d’un moine mort[3]

  Le moine vif adresse un regard de compassion très chrétien à leurs pauvres bras affaiblis par l’âge et cherche des yeux dans l’environnement désespérément sec et platement utilitaire du hall inoxydable, un gobelet salvateur qui leur permette de partager chrétiennement, comme il sied, ses libations.
 

Mais il n’a pas le temps d’aller au bout de ses investigations. 

  Les passagers sont appelés pour l’embarquement et il leur est demandé de souscrire de bonne grâce à la fouille de leurs bagages à main, chaussures, et tout ça, avec portiques et machines qui regardent dedans sans les ouvrir.

 
Les passagers qui se trouvent devant Eusèbe et Jeanne ne font rien sonner d’alarmant, juste un bandage herniaire renforcé et une armature blindée de soutien-gorge rural, mais révèlent dans les sacs rayonzixés de nombreuses boîtes de saucisses de pyxide, ce qui ne gêne en rien leur passage mais trahit l’importance de la pénétration de l’intoxication chez les aviomobilistes.

  Le moine ne transporte qu’un bréviaire peu usagé, trois paires de chaussettes de laine bleu marine (tricotées par des sœur clarisses), deux slips à poche « Petit Bateau » assortis (mais non point tricotés, c’est la couleur qui est assortie), une boîte d’hosties petit modèle (Ø 28), non consacrées, deux paquets de Biscuits Petit Jésus, et son jéroboam de Chablis de messe. 

 
Sommé d’avoir à s’en débarrasser par le contrôleur qui procède à la fouille de sécurité avant l’embarquement, et qui lui explique que les liquides sont proscrits en cabine, Frère Jean des Entonnoirs refuse fermement de se séparer de son outil de travail et déclare préférer le consommer illico presto, en un sain sacrifice, plutôt que d’admettre un éloignement injuste, profanateur et quelque part (il a dit quelque part mais n’a pas précisé où) arbitraire, des saintes espèces. 

  Et donc, traire pour traire, il se descend le flacon derrière le scapulaire d’un seul trait puissant et sans respirer, rote un peu en disant amen, et fait observer au vétilleux contrôleur que là où il se trouve maintenant, le saint liquide pourra voyager en toute sécurité, nonobstant un éventuel renard de trou d’air dont la compagnie serait alors responsable. 

 
Dont acte.

  On lui explique les sachets de secours, il montre la bombonne, et il devient évident que le secours est tout juste prévu pour une secrétaire anorexique ou un cadre supérieur bien élevé qui soigne sa ligne et son cholestérol.
 
Ou un Anglais.

  On frémit, mais on assume, et le moine est autorisé à embarquer.

 
Embarquement interrompu par la sourde protestation d’une dame valétudinaire et dotée de longues dents jaunes et de longs gants gris, membre d’une association qui a pour raison de vivre la lutte contre les discriminations diverses opérées à l’encontre des minorités forcément malheureuses et opprimées, et qui a relevé un trait aussi raciste qu’homophobe dans la manière que le moine a eue de parler d’arbitraire, puis de traire, ce qui crée une double équivoque en introduisant une césure perfide au sein d’un mot qui n’en demandait pas tant. 

  Les passagers la huent un peu pour presser un mouvement qui tend à s’éterniser à propos de broutilles, peccadilles, vétilles et autres brimborions d’autant plus secondaires que personne ne se sent concerné par la minorité évoquée par la dame, la troupe passagère ne comprenant que cinq Mélano-africains, trois Mélano-mélanésiens, deux Ictéro-chinois et quatre Ictéro-japonais dont un seul comprend notre idiome. 

 
Et un Anglais. 

  Roux. 

 
Outre les caucasiens rosissants ordinairement majoritaires. 

  Mais pas d’arbitres, qui eussent pu se sentir visés.
 

C’est donc sur un flop idéologique que la vertu de la dame se replie sur soi avec d’obscurs grognements de frustration scandalisée, que le moine apaise par l’offrande rédemptrice d’un biscuit de Petit Jésus. 

  La dame  l’accepte malgré tout, par grandeur d’âme, et elle se conforte en outre d’une saucissette discrètement et égoïstement absorbée lorsque le moine lui a tourné le dos.  

 
On monte dans l’avion. 

  C’est un petit, mais il est bien plein. 

 
Il faut dire que la fréquence des vols a diminué depuis que le mauvais temps a imposé des détournements, des ajournements, des retards tels que plus une seule ligne aérienne ne peut se targuer d’être « régulière », surtout l’hiver. 

  Aujourd’hui, ça va, on décolle à l’heure, et l’hôtesse pousse son petit chariot de boissons et de grignoteries entre les rangées de passagers.

Le hasard a placé le moine sur le siège unique situé de l’autre côté de l’allée par rapport à Eusèbe et Jeanne. 

 
Jeanne prend un café et une saucissette, en croisant les doigts pour que la « poudre de protection » qu’Amélie a bricolée avec Amaïa et qu’elle leur a administrée avant le départ se révèle efficace. Eusèbe aussi. En plus, ils se sont gavés de soupe.

  Le moine s’endort et ronfle, nimbé d’une gloire acidulée d’effluves de Chablis. Il déborde un peu de son siège. Surtout sa cuisse droite.

  Eusèbe regarde par le hublot défiler les blanches hauteurs du centre de

la France encore enneigées, sillonnées en fins traits noirs de quelques cours d’eau et de quelques grands axes routiers. 

  Sans rien dire, Jeanne vérifie le « petit matériel » qu’elle a rangé dans le sac qu’elle a ressorti du coffre à bagages placé au-dessus de son siège, « pour prendre un mouchoir ». 

  Apparemment, la poudre d’Amélie est efficace, puisqu’elle ne ressent aucun des effets particuliers qui lui ont été décrits en cas d’intoxication.

Son euphorie présente est juste liée au plaisir du voyage aérien en compagnie d’Eusèbe.

 
Le moine s’éveille, ouvre des yeux globuleux, rote, et se lève d’un coup en se cognant au coffre à bagages. Il retombe, sonné, avec un grognement rageur et un fracas de siège torturé.
 
On le regarde.

  Une hôtesse se précipite : c’est celle qui a réussi à lui prendre son bâton avec un sourire tendre et d’une main câline. 

 
Mais cette fois, le bonhomme semble plus nerveux. 

  Or, malgré les entraves que lui impose son habit flottant, ça n’en est pas moins un sacré morceau de moine, et la mignonne employée de transport aérien se retrouve, sans malice, les quatre fers en l’air au milieu de l’allée, dévoilant la charmante petite culotte blanche brodée de petits coeurs roses que dissimulait sa stricte jupette d’uniforme gris.

Ça crie un peu, et le moine se lève, mu par d’indistinctes intentions.

 
La seconde hôtesse se précipite alors au secours de sa consoeur qui se redresse vite, tant pour reprendre une position plus digne que pour se défendre de ce qu’elle perçoit comme une agression possible encore que surprenante du fait d’un saint homme. 

  La seconde hôtesse brandit un paquet de saucissettes dites de secours : son dernier stage « sécurité » lui a appris qu’elles sont susceptibles de guérir de manière quasi instantanée l’agitation imprévue parfois constatée chez certains passagers qui en sont gros consommateurs.
 
Mais elle s’empêtre dans les quilles encore quelque peu éparses de sa collègue qu’elle renvoie au tapis, pour la plus grande satisfaction d’un passager voisin qui découvre pour la seconde fois les petits coeurs roses brodés sur la petite culotte blanche. 

  Et même un petit frison qui dépasse. Yeah !

 
- Ouille, dit la petite mignonne hôtesse troussée derechef en s’effondrant sur la fesse droite.
- Merde, dit la seconde hôtesse, en lâchant les saucissettes qui se perdent sous les sièges.
- Grrrrr !!! grogne l’ursidé monastique, maintenant debout dans l’allée en fixant d’un œil vorace les  fuseaux soyeux des mignonnes cuissettes que découvre la petite jupe relevée jusqu’aux petits coeurs roses.
- Pschiitt, fait la petite bombe pharmaceutique que Jeanne presse sous les naseaux dilatés de Brun en rut, dont l’habit s’est soudain orné, sous la cordelière nouée, de rien moins qu’une proue de drakkar.
- Flop, fait ladite proue de drakkar en sombrant mollement parmi les plis de la bure, tel, englouti, le vaisseau viking heurtant dans le brouillard un iceberg imprévu au fin fond froid d’un fjord.
- Ouf, fait la seconde hôtesse, comme un vrai diplomate en période de détente.
- Ouf, fait la petite hôtesse en se redressant et en rajustant son pimpant uniforme sur les  fuseaux soyeux de ses mignonnes cuissettes. Mais avec un léger retard et un petit éclat dans l’œil gauche.

Et elle se frotte la fesse droite.

  - Qu’est-ce qui m’arrive ? demande le moine ahuri par cette succession d’évènements.
- Rien du tout, lui explique Jeanne en rangeant sa petite bombe au fond de son sac. Vous avez fait une crise d’asthme, sans aucun doute. J’avais ma Ventoline à la main, je vous en ai envoyé une petite dose…
- Mais je ne suis pas asthmatique, se défend le moine, confus de se trouver ainsi au centre d’un incident.
- Oh, on n’en est pas toujours conscient, vous savez…

 
La petite hôtesse se rapproche, semble-t-il partagée entre la crainte et la petite lueur qui danse toujours dans son œil gauche. 

  Elle pose tendrement une main câline sur le gros bras musculeux du moine confus :
- Vous devriez vous asseoir, Monsieur le Moine, s’il y avait un trou d’air…
- Un trou d’air (il rougit)… Bien sûr… Je… Je suis désolé, Mademoiselle, je ne sais pas ce que j’ai bien pu faire… Je m’étais endormi, et…
- Ce n’est rien, appuie la seconde hôtesse qui s’est rapprochée. Un trou de mémoire consécutif à un trou d’air sans doute. Cette contagion des trous est fréquente dans les transports aériens. D’ordinaire une saucissette en vient à bout. Mais ma maladresse…
- Je suis tellement confus…

 
La mignonne petite hôtesse pose tendrement sa main câline sur l’épaule musclée du moine, qui frémit sous l’âpre bure : 
- Voulez-vous que je vous apporte à boire, Monsieur le Moine ?
- Frère Jean. Appelez-moi Frère Jean… Frère Jean des Entonnoirs, pour vous servir…
- Moi, c’est Cloclo… Cloclo Chatapus…

Elle a un sourire. 

  Il a un soupir.

 
- On arrive, signale la seconde hôtesse…
- Et… mon bâton ? demande le moine histoire de dire quelque chose…
- Il voyage dans la soute, répond la petite hôtesse en rougissant va savoir pourquoi. Avec mes houppettes. Je vous le rapporterai moi-même. Dans l’aérogare. Lorsque nous aurons débarqué. Il est très beau.

  Et on s’est posés.
 


[1] Mais non, il ne s’est pas fait couper les burnes. Z’avez déjà vu des burnes sur une tonsure, vous ? Ça ferait zeuils de crocodile dans un marigot. C’est seulement que ladite tonsure a l’aspect de l’ivoire, enfin, quoi !

[2] Comme disait un F’è’ d’Out’e Me’ qui s’était fait ‘ouler dans la fa’ine pa’ le Pè’ Supé’ieu’… Comme ça, pou’ le plaisi’…

[3] D’un âne. On dit d’un âne mort… Bon, mais avec un moine, c’est plus marrant. Et puis j’aime les ânes.

VERS L’ÉLYSÉE / P3C2E3

P3C2E3 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 3)

 
N°192 / VERS L’ÉLYSÉE / P3C2E3

 
C’est l’histoire où Eusèbe et Jeanne quittent l’aéroport et traversent Paris où il se passe de drôles de choses au sein des Enfants de Dieu. Ils arrivent à l’Élysée.

  Mercredi 15 juin
11 heures
Paris

 
Ni Eusèbe ni Jeanne ne sont passés par l’aérogare. 

  Une voiture noire aux vitres fumées est venue les accueillir au pied de la passerelle et le commandant de bord en personne, à leur descente, leur a signifié, non sans une certaine curiosité, qu’une voiture de la Présidence les attendait sur la piste.

  Le moine a encore remercié Jeanne pour son intervention, remarquant au passage qu’il éprouvait une curieuse sensation « de lucidité ». 

  Et puis il s’est éloigné, guidé par la petite hôtesse, l’air rêveur.
 
Le chauffeur de la grosse voiture noire s’est incliné en leur ouvrant la portière, et ils sont partis en direction de l’Elysée.

  A la sortie de l’aéroport, devant la grille qui ferme cet accès discret réservé aux Officiels, gardé par des gendarmes lourdement armés jusques aux dents d’engins offensifs et de dispositifs défensifs, deux jeunes filles chaudement vêtues d’épaisses doudounes matelassées et souriantes jusques aux dents elles aussi, distribuent des tracts aux passants en dansant devant eux, manifestant ainsi une euphorie plus grande que nature en ce lieu écarté et livré à la méfiance policière où ne passent que des Importants discrets.
 
Le chauffeur s’étant arrêté pour montrer quelque prestigieux laissez-passer au pandore de service, lourdement armé jusques aux dents d’engins offensifs et de dispositifs défensifs, ainsi que je l’ai indiqué, Eusèbe fait descendre sa glace en pressant le bouton ad hoc qu’il a repéré sur l’accoudoir rembourré de cuir fauve de la portière, et hèle discrètement la fille qui chante en s’approchant :

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue,
 
C’est-tout na-tu-rel…

  La force de son chant
La tension de son arc
 
C’est-tout na-tu-rel…

  Sans s’arrêter de chanter et tout en tapant du pied pour bien marteler le rituel « C’est tout na-tu-rel», elle tend une brochure publicitaire à la main qui émerge de cette grosse voiture noire dont la vitre reste ouverte tandis qu’elle poursuit sa chanson :
 
Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue

  C’est-tout na-tu-rel…
 

Elle s’éloigne de quelques pas, pour prendre du champ, et revient en ondulant de la croupe et entrouvrant sa doudoune sur un tee shirt transparent où tressautent deux petits seins tendrement dodus et sombrement fleuris, tandis que sa compagne lui enlace la taille avec un sourire éclatant destiné aux inconnus de la grosse voiture officielle, sans cesser de chanter :

  La vigueur de son bras
Et son œil infaillible
 
C’est-tout na-tu-rel…

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue
 
C’est-tout na-tu-rel…

  Là, elles continuent peut-être, mais la voiture démarre et Eusèbe referme sa glace parce qu’il ne fait point chaud.

  Jeanne hoche la tête avec commisération :
- Pauvres filles… Elles me rappellent ces gamines qui « militaient » pour les Enfants de Dieu, tu te souviens de cette secte ? Tu avais fait une série d’articles là-dessus…
- Ils appelaient ça le Flirty Fishing, à la fin des années 70. Une sorte de prostitution « sacrée » qui rapportait de l’argent et des protections à la secte. Qui a été dissoute, mais s’est bien sûr reconstituée sous un autre nom… Attends, oui, ça me revient : on les appelle maintenant
la Famille, mais il y a quelque temps, c’étaient les « Singing Arrows », les Flèches Chantantes…
- Les Flèches chantantes… Elles semblent avoir été récupérées par les Flèches d’argent, non ?

  Autoroute, circulation fluide… 

  Jeanne et Eusèbe lisent le prospectus :


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Périph…

 
Jeanne tend le prospectus à Eusèbe, sans un mot.
 
Porte de Saint Ouen… On arrive sur les Boulevards…
 
Arrêts aux feux. 
 
Rue d’Amsterdam. Une supérette à l’enseigne de la lyre. La queue devant la porte… Un peu plus loin, autre magasin à la lyre, autre queue. Il semble à Eusèbe, qui en fait la remarque, que cette queue soit « encadrée » de vigiles…
 
Très peu de circulation, peu d’animation. Des magasins fermés.
  - On est mercredi, remarque Jeanne, tout cela me semble bien calme. Il est près de midi, non ?
 
On entre dans la cour de l’Elysée à l’instant où les ministres descendent le grand perron, suivis du Président qui les salue l’un après l’autre. 
 
Huissiers, gardes républicains au garde-à-vous… Journalistes qui se pressent, caméras…
 
Les voitures officielles se succèdent emportant le ministre de ceci cela…
 
Le chauffeur conseille à Eusèbe et à Jeanne d’attendre que le cirque soit terminé et que les journalistes soient partis…
 
Eusèbe, qui a « couvert » pour son journal de nombreuses périodes de crise politique, connaît bien les lieux et la musique qui règle ce genre de ballet, et tout le monde attend patiemment…

LE RETOUR DU MOINE / P3C2E6

P3C2E6 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 6)

 
N°195 / LE RETOUR DU MOINE / P3C2E6

 
C’est l’histoire où diverse explications et certains trous d’air trouvent, dans l’avion Pau Paris où se croisent le Frère Jean des Entonnoirs et Cloclo Chatapus, gentille hôtesse,  d’étranges rélations avec d’autres obscures histoires, elles, de chats. 
 
Mercredi 15 juin
13 heures 15
Aéroport

  La voiture officielle les dépose devant l’aérogare à 15 heures quinze. 

  Le départ est prévu à 15 heures trente.
 
Ils ont tout juste le temps de se faire enregistrer, et puis de passer les contrôles… 

  Une grande silhouette de bure : le moine est lui aussi de retour vers Pau.
 
Il se précipite vers eux, à la fois réjoui et préoccupé, ce qui lui donne un air d’en avoir deux assez surprenant chez un homme de sa corpulence :
- Vous voilà ! « Elle » m’avait bien dit que vous seriez de retour sur ce vol ! Alors, j’ai laissé tomber ma réunion épiscopale pour vous parler. Je suis le Frère Jean des Entonnoirs, et vous avez soigné mon « asthme » à l’aller…
- Je m’en souviens parfaitement, répond Eusèbe, amusé par l’agitation du bonhomme dont la trogne, aussi allumée que barbue, reflète tout autant l’excitation que l’imbibition.

- Chablis ? demande Jeanne en levant le nez dans le flux parfumé de son haleine.
- Meursault, avec la poularde, répond-il avec un grand sourire.
- Poularde ? demande Eusèbe avec un regard en coin vers la petite hôtesse qui est manifestement du voyage…
- Oh… Monsieur Malfort… Qu’allez-vous penser… C’est tout au plus une grâce du Ciel qui l’a placée aussi… simplement dans le même… appareil. Et je la crois bien éveillée. Cette enfant est charmante…
- Dites, les matous, s’insurge Jeanne, avant de songer à croquer l’oiselle, il serait bon de passer dans la salle d’embarquement sans oublier les gélines confirmées !

  On passe les contrôles, sans histoires cette fois, le moine n’ayant plus de liquide en vache.

 
- J’ai demandé à être placé près de vous. Je l’ai demandé à notre « amie » (regard glissant vers la petite hôtesse qui semble les tenir au vert dans un coin de son œil fripon). Nous sommes dans les meilleurs termes, elle et moi (sourire d’Eusèbe). En tout bien tout honneur (il baisse les yeux). Mon état m’impose la réserve… Mais cela n’empêche les sympathies… Bref, elle nous a permis d’être voisins de siège… J’aimerais… vous parler… vous demander…

  On est appelés pour l’embarquement. 

 
L’avion est plus gros que celui de l’aller, et il comporte cinq sièges par rangée au lieu de trois : trois et deux au lieu de deux et un.

  Eusèbe et Jeanne auraient aimé commenter entre eux le plan de défense qu’ils ont établi avec le Prédlarép, mais ils se retrouvent tous les trois côte à côte, avec un lumineux sourire de la petite hôtesse en prime.
 

Heureuse de faire plaisir… 

  Nature généreuse… 

 
On discute, on s’arrange : Eusèbe au centre, Jeanne près du hublot et le moine près de l’allée de circulation, ce qui lui permet un certain étalement fessier par débordement latéral gauche, côté allée.

  - J’ai écourté ma réunion pour avoir une chance de vous rencontrer de nouveau, après que la gentille hôtesse m’ait informé (en confidence) de l’heure prévue de votre retour. Et peut-être ainsi de comprendre. A vrai dire, je me trouve dans la plus grande confusion. Le repas que j’ai partagé avec quelques frères et notre Supérieur Episcopal était fort bon, comme il se doit, mais pourquoi y avoir tellement parlé d’encens à acquérir, et de ces Biscuits de Petit Jésus qui n’ont pas grand-chose à faire avec notre Foi ? Et lorsque je suis parti, la conversation roulait sur les parts de marché que l’on pourra obtenir grâce à la vente de ces biscuits qu’ils ne cessaient de grignoter. Je me suis trouvé mal à l’aise… Et même, car je vous en dois l’aveu, lorsqu’ils ont, comme ces faux culs de Jésuites, affirmé que c’était « pour Sa plus grande Gloire », je n’y ai pas cru ! J’ai bien senti qu’ils étaient poussés par… Je ne sais quoi…

 
Un trou d’air… 

  - Décidément, les voies de l’air sont aussi tourmentées que les miennes ! reprend Frère Jean…

 
« Ici le commandant de bord. Nous abordons une zone de turbulences. Veuillez regagner vos sièges, boucler vos ceintures et replacer vos bagages à main dans les coffres prévus à cet effet, ou les maintenir solidement sous votre siège » annoncent les haut-parleurs de la cabine. 

  On obtempère à l’injonction raymonbarrienne[1], et les hôtesses parcourent l’allée pour contrôler l’application de la consigne.
 
Et crac. Retrou d’air.

  Par un hasard que je ne qualifierai pas (il est bien connu que les voies du Ciel sont impénétrables), la petite hôtesse en était arrivée à la rangée qui nous intéresse de par la présence des seuls personnages que nous connaissions dans l’aéroplane. En fait, elle contrôlait le ceinturage des deux passagers situés de l’autre côté de l’allée, quidams indifférents et britanniques, retour de leur bureau de Londres en direction de leur résidence de banlieue sise à Soumoulou, près de Pau. 

 
Penchée vers eux, elle se trouve saisie par le décrochage subit de l’aile gauche, qui, provoquant une brusque glissade bâbord de l’appareil la propulse en sens inverse, du fait de la seule inertie de sa masse (41 kilos, soit un sac de plâtre un peu humide).

  Ce qui la projette avec une précision que je ne qualifierai pas non plus[2] sur les genoux de Frère Jean des Entonnoirs. 

 
Conscient des risques que la charmante jeune personne encourt en cette circonstance du fait de l’agitation qui perdure dans l’atmosphère environnante, et pour la protéger des dangers d’un incontrôlable vol plané dans la cabine, tout autant que pour obéir aux injonctions du pilote, le moine la ceinture immédiatement, lui évitant ainsi de se trouver ballottée ici ou là, d’un bras lui encerclant la taille et de l’autre, sa large main ouverte, lui maintenant la poitrine. 

  Ainsi plaquée contre lui, elle ne risque plus de s’envoler. 

 
L’hôtesse. 

  Trous d’air multiples.
 

L’atmosphère est ici très mal tenue.

  On ne dit rien pendant un moment, histoire de laisser passer ces désordres atmosphériques. 

 
Eusèbe rigole.

  Jeanne aussi.

 
Frère Jean s’accroche et semble quelque peu crispé, voire congestionné, mais il est vrai que l’agitation est grande et que les Anglais du siège voisin protestent contre l’inconfort des lignes aériennes françaises. Ils finissent par se taire lorsque leur breakfast Fish and Chips refait surface.

Heureusement que la compagnie a prévu des sachets adéquats et que, en habitués de la ligne, ils en connaissent l’usage.

  Frère Jean maintient ce qu’il peut comme il le peut, pressant de ses grandes mains tous les reliefs mobiles ou mouvants, voire émouvants, s’ancrant dans tous les creux disponibles de la malheureuse hôtesse qui, après avoir suffoqué d’angoisse rétrospective devant le risque qu’elle a encouru, manifeste d’un sourd feulement sa reconnaissance pour son sauveteur dont elle caresse du bout de ses doigts fins les rudes mains crispées sur ses fragilités.

 
L’atmosphère se calme et le pilote fait savoir que c’est bon, on peut se détacher.

  - Ouf, fait l’hôtesse en se relevant après que Frère Jean l’ait libérée de son valeureux soutien qu’il a maintenu un certain temps après ce message rassurant.
 
Au cas où.

  Elle défroisse son uniforme mis à mal, veste de travers et jupe remontée dans la mésaventure.  

 
Sa petite culotte est rose avec des nounours marrons. 

  Puis elle se tourne avec un large sourire vers son bienfaiteur :
- Merci beaucoup, Frère Jean, vous m’avez évité une chute dangereuse, et peut-être même de multiples fractures douloureuses et, qui sait, des plaies et des bosses disgracieuses qui, bien que considérées comme accidents de travail, eussent pu nuire à ma jeune carrière, car une hôtesse doit savoir se tenir dans les trous. Mais n’aviez-vous pas laissé votre bâton dans la soute, avec mes houppettes ?

 
On se reprend.

  Le moine, lui aussi, reprend :
- Je disais… Pardon (il s’applique à déboucler sa ceinture coincée entre ses abdominaux musclés et la proue de drakkar qui a repoussé là-devant va savoir pourquoi)… Je disais que je voulais vous demander…

 
L’hôtesse, après un sourire, s’est retirée avec sa collègue qui, elle, a réussi à s’accrocher bêtement à un dossier de fauteuil. 

  Jeanne et Eusèbe se regardent en souriant :
- Vous vouliez nous demander ce que je vous ai fait, le reprend Jeanne (c’est vrai qu’il est un peu essoufflé, le pauvre). Et bien, je vous ai désintoxiqué.
- Désintoxiqué ?
- Désintoxiqué, appuie Eusèbe. Mais vous nous avez dit être du petit monastère qui se trouve au-dessus de Marinoval. J’ignorais qu’il fût encore occupé…
- Il l’est. Nous constituons une petite communauté de six Frères. Nous vivons assez isolés… Mais… J’ai très peur : je crains, devant tous ces évènements, je crains… d’avoir perdu la Foi…

  On approche de Pau.

  L’hôtesse (l’autre) prévient : altitude, température, il pleut sur Pau…
Attachez vos ceintures… La routine, quoi.

 
- Vous rentrez à Marinoval ? demande Eusèbe…
- Quand j’aurai récupéré mon bâton…
- Vous êtes attendu ?
- Non, je devais passer la nuit à Paris.

  La petite hôtesse contrôle les ceintures pour l’atterrissage. Elle est à leur hauteur. Elle sourit au moine en se penchant vers lui :
- Je vais vous rendre votre bâton, je vois qu’il est retourné en soute…

  Le moine hésite et regarde alternativement Eusèbe et l’hôtesse…

- J’ai fini mon service, poursuit-elle. Je rentre chez moi, à Pau où je possède un petit appartement très mignon pour moi toute seule. Je vous invite ? demande-t-elle en rosissant devant le gros ours monastique marron…
- Allez-y, pensez à la note 2 en bas de page : « La joie est la meilleure défense contre le démon », lui souffle Jeanne. Et passez nous voir demain à la Lanterne du Fort, le journal de Saint Tignous sur Nivette. Demandez Eusèbe Malfort et Jeanne. Vous serez attendu. Nous vous expliquerons tout. Je pense que vous pourrez nous aider.
- Je pourrai venir ? demande la petite hôtesse, j’ai une petite auto rouge, je pourrai conduire Frère Jean…
- Mais, objecte celui-ci…
- J’ai un excellent Jurançon, l’achève Eusèbe. Un petit fût…
- Deo gratias, conclut Frère Jean en se levant, la cabine s’étant vidée sur ces entrefaites.

  Et c’est là que l’on vit qu’à l’instar du chat de Schrödinger à la fois mort et vivant, certains bâtons de moine peuvent dormir en soute et rester fiers en froc tout en laissant au moment de leur départ, à l’instar d’un autre chat, du Chestershire, lui, quelques éclats de leur sourire aux jeunes filles.
 


[1] Raymond Barre, qui disait que pour leur sécurité, les Français feraient mieux de la boucler. Leur ceinture de sécurité, évidemment, qu’alliez-vous penser…

[2] « La joie est la meilleure défense contre le démon » disait Saint François. On ne peut donc y voir qu’une intervention divine.
 

L’APPEL DU PRÉDLARÉP / P3C2E17

P3C2E17 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 17)

 
N°206 / L’APPEL DU PRÉDLARÉP / P3C2E17

 
C’est l’histoire où le Prédlarép, désintoxiqué, appelle Eusèbe au téléphonepour lui dire toute ses inquiétudes.

  (C’est la suite immédiate de l’épisode P3C2E16)
 
Rien ne va… 

  En fait, rien ne va…
 
Arthur déteste cette attente creuse où il en est réduit à supputer, espérer, attendre.

 
Seule, Nouye reste impassible devant ses écrans…

  Et puis elle fait signe à Eusèbe, et on entend la voix du Président :
 
« Allo, Eusèbe Malfort ? »

  - Je vous écoute, Monsieur le Président… Nous attendions votre appel avec impatience…

  « Je n’ai pas voulu appeler depuis mon bureau, n’est-ce pas… Je suppose que la ligne est espionnée. Je me suis aperçu de l’énormité de la chose. Je dois être bref. Ne m’interrompez pas. Je suis descendu en ville sous le prétexte d’un loto… D’un loto ! A quoi en sommes Nous réduit, Je vous le demande… Ma voiture attend que Je sorte. Heureusement que le patron est un fidèle. D’habitude, il fait mon loto à ma place, mais j’ai argué d’une super cagnotte… J’ai donc peu de temps. C’est terrible. Je ne sais pas ce qu’ils manigancent exactement, mais depuis que vous m’avez ouvert les yeux, je crains le pire. Par exemple avec cette histoire de fabriques de saucisses… Ils en installent sept sur tout le territoire, qui sera bientôt entièrement quadrillé ! La France est hélas en pointe, mais bientôt, c’est le monde entier qui va y passer ! Et c’est pareil pour les usines d’eau. Après ce que vous m’avez dit et ce que vous m’avez donné comme antidote, je pense que l’eau pourrait être un vecteur idéal d’intoxication finale. S’ils en contrôlent la distribution, nous sommes perdus. Et ils en contrôlent la distribution. Donc nous devrions être perdus, n’est-ce pas ? J’enrage, mais me refuse au désespoir.
On fait la queue devant tous les points de vente, toutes les superettes C’est tout naturel  devant lesquelles je suis passé… Pourquoi ? Les rues sont désertes, sauf en ces endroits… Et ceux qui circulent ont des airs de zombies…
J’ai pu désintoxiquer mon chef d’état-major et le commandant des gardes républicains. Je vais en faire autant avec les ministres que je convoquerai dans mon bureau. Sauf le vautour du Confort, bien sûr, lui, il est intoxiqué par l’ambition, c’est un poison plus coriace que celui qui nous préoccupe, même s’il est plus banal, et je dispose de trop peu de produits… Je rentre partager avec le Gouvernement le café dans lequel j’aurai mis de la poudre d’annihiline que vous m’avez donnée… Et je leur en fournirai quelques doses, pour secouer leur entourage, lorsqu’ils y verront assez clair … Mais il faudrait que je puisse leur en donner suffisamment pour poursuive cette progression descendante…»

  - On y travaille, Président, on y travaille…

  «  Faites vite… Et puis j’ai bien envie de me tirer d’ici à la première occasion pour me réfugier sur une base militaire, à Villacoublay ou même à Cazaux, pour me trouver plus près de vous… 

 
- Méfiez-vous de Weide, elle est très dangereuse.

  « J’ai un plan ! Je vais la neutraliser avec le petit bâton que vous m’avez donné et je la confierai à l’officier des gardes républicains que j’ai désintoxiqué. Lui se chargera de réunir toute la garde pour lui faire subir le même sort. Après quoi ils l’incarcéreront discrètement. Et ils m’accompagneront par la route jusqu’à Villacoublay… »
 
- Il faut que vous restiez à votre poste, Président, et les ministres aussi, pour éviter de donner l’éveil…

  Hésitation…

 
« J’ai la pétoche mon cher, mais vous avez raison, je ferai front, il faut donner le change. Bon (un temps de réflexion)… Je conserverai la garde désintoxiquée à portée de main… Mon dircab remplacera Weise. Je l’ai désintoxiqué lui aussi et il a compris la situation. C’est un garçon intelligent… Si ses commanditaires tentent de contacter cette traîtresse, et ils le feront certainement, il dira qu’elle a la grippe ou je ne sais quoi… Je n’enverrai que l’officier de la garde à Cazaux pour contrôler la base et ramener les produits lorsqu’ils seront disponibles. Il vous amènera cette salope de secrétaire. Quand je pense que… Mais le devoir avant tout ! On fera partir la contre-attaque de là… J’ai une réunion à Strasbourg, avec mes homologues européens. Je mettrai dans le coup ceux qui me sont les plus proches… Je dois couper, le chauffeur… »

  Tonalité de la ligne…
 
Silence… 

  On réfléchit pesamment…

 
- Viens, Eusèbe, dit Jeanne. Le moine va arriver…
 

CRISE DE FOI / P3C2E18

P3C2E18 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 18)

 
N°207 / CRISE DE FOI / P3C2E18

 
C’est l’histoire où Frère Jean des Entonnoirs avoue son désarroi métaphysique à ses amis et où Jules Mouchoir suggère un traitement à l’Hépatoum.

 
Jeudi 16 juin
11 heures

La Lanterne du Fort


  - J’ai une crise de Foi…

  Frère Jean des Entonnoirs est assis devant Eusèbe et Jeanne dans la salle de direction-rédaction du journal. 

 
A ses côtés, la gentille hôtesse, Cloclo Chatapus, pimpante et fraîche, l’œil vif, le teint rose et le poil luisant, le couve d’un œil satisfait.

  - C’est peut-être le Chablis, risque Jeanne qui n’a pas prêté attention à l’orthographe…

- Faut prendre de l’Hépatoum…

Ça, c’est Mouchoir, qui fignole une mise en page sur un ordinateur, en tournant le dos au groupe.

 
Le moine grogne en se retournant et Cloclo rit et lui pose la main sur le bras pour l’apaiser, car Cloclo l’apaise et rit, tout comme elle rit quand on l’apaise. Cloclo sait se montrer symétrique dans ses réactions.

  Mouchoir, qui a entendu quelque chose d’inhabituel dans ce grondement animal, se retourne à son tour, et se trouve avec surprise en face d’un visage rouge et furieux sommé d’une tonsure éburnée et luisante, le tout monté sur une robe de bure de coupe (et de coule) très classique. Marron.
 
Il n’avait pas vu entrer le moine, s’étant contenté de saluer Eusèbe et Jeanne avant de replonger dans une nécrologie difficile à caler sur le carnet mondain. Et il s’étonnait de ne pas y voir l’avis annonçant les funérailles des édiles.

  - Je parle métaphysique, et on me répond cholagogue ! Qui c’est celui-là ?
- Pardonnez-moi, Monsieur le Moine, s’excuse Mouchoir qui, absorbé par sa tâche quotidienne, n’a pas suivi l’histoire et ne voit donc que le redoutable visage tourné vers lui sans comprendre ce qui peut motiver son ire. 

 
Il enchaîne :
- Je n’ai pas suivi l’histoire, absorbé comme je l’étais par ma tâche quotidienne, et ne vois donc que votre redoutable visage tourné vers moi sans comprendre ce qui peut motiver son ire…

  Et il ajoute, pour apaiser son vis-à-vis :
- Je suis un homme profondément pacifique, un peu perturbé certes par la découverte récente de l’attirance surprenante qu’une femme jusqu’ici inconnue et lointaine, quoique proche (soupir), exerce sur moi…    
 
Eusèbe et Jeanne rigolent :
- Excusez-moi, j’avais fait la même confusion, avoue Jeanne…

  Cloclo caresse doucement le bras de Frère Jean dont les muscles se sont noués, durs sous la bure.

 
Il se retourne et fait de nouveau face à ses hôtes :
- Je… Je suis désolé. Je suis… victime de manifestations incontrôlables de colère ou de… (il jette un coup d’œil à Cloclo, souriante)… Bref, il m’arrive de… sortir de mes… gonds sans véritables raisons (la main de Cloclo s’appesantit et elle fait la moue), enfin, le plus souvent sans raisons… Et je vous prie de m’en excuser (ceci à l’intention de Mouchoir vers lequel il se retourne, et qui est tout aussi surpris, par la colère qu’il a provoquée (et dont il n’a pas compris la cause puisqu’il n’accède pas à l’orthographe du dialogue), que par l’aveu qu’il vient de faire)…

  Il dit, Mouchoir :
- Je vous en prie, cela peut arriver : moi-même, quoique je me trouve surpris d’avoir provoqué cette colère dont je n’ai pas compris la cause (puisque je n’accède pas à l’orthographe du dialogue), je ne comprends pas pourquoi je viens de me livrer à cet aveu que je ne m’étais pas fait à moi-même… Il est vrai cependant que l’Hépatoum…
 

15 juin 2008 - Aucun commentaire
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