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RÉVÉLATIONS ET DÉCOUVERTES / P1C3E1


CHAPITRE 3




 

             Thulé



49 / RÉVÉLATIONS ET DÉCOUVERTES / P1C3E1


 

C’est l’histoire où l’on en apprend de belles sur l’or nazi et sur le Maire de Saint Tignous sur Nivette, et où Béatrace confirme ses exceptionnels talents de comédienne.

  Mercredi 20 avril
13 heures
Agotchilho

  Les Chochos se déplacent dans un silence surprenant. Rébéquée l’a déjà remarqué, mais là, elle a presque sursauté lorsqu’elle s’est aperçue du retour de la Gardienne qui tout à l’heure avait piqué le Numéro Deux au cou. En fait, ils sont revenus à quatre, trois hommes et la Gardienne, les hommes chargés d’une marmite suspendue à un bâton que deux d’entre eux portent sur l’épaule, le troisième chargé d’un sac de toile, et la Gardienne armée de son bâton d’ivoire. Parce que c’est plutôt de l’ivoire que de l’os. Un très vieil ivoire.

Ils sont entrés sans s’annoncer, à la mode Chocho pour qui l’intimité n’existe pas, et ils attendent, impassibles.

A leur tour, les autres occupants du bureau (qui commence à être très peuplé), se tournent vers les nouveaux arrivants, dans un silence interrogateur.
- Nous vous apportons de la nourriture, déclare la Gardienne au visage impassible.
D’un geste, elle fait signe à celui des Chochos qui porte le sac, et il en sort quatre bols de faïence ordinaire, trois bleus et un rouge, qu’il dispose sur un coin du bureau. Les deux autres ont posé la marmite et l’un d’eux, armé d’une louche, puise une soupe épaisse, d’odeur appétissante dont il remplit les bols.

La Gardienne fait alors remarquer que le bol rouge devra être réservé au Numéro Deux, puis elle déboîte la deuxième extrémité de son bâton et en sort un petit flacon :

- Deux gouttes dans son repas l’aideront à se souvenir : c’est de la potion de mémoire. Nous l’utilisons beaucoup car la mémoire constitue notre essence. C’est une potion très puissante. J’ai préparé celle-ci à son intention. J’y ai mêlé une potion de pouvoir qui le placera sous votre dépendance Nous n’usons jamais de ce type de potion, pour nous sans signification. Mais ces Pouyagoumyôs ont abusé de nous et Amaïa souhaite que nous les combattions désormais. Nous sommes vos alliés. Elle vous rejoindra dès que possible. Hélène se porte bien, Rébéquée. Je l’éveille petit à petit et lui rends force et souplesse par des exercices légers. Elle vous rejoindra aussi.

La Gardienne a reculé d’un pas :
- Nous vous laissons cette marmite. Nous vous en apporterons d’autre. N’oubliez pas : deux gouttes… Ne confondez pas les bols… Et quand il parlera, ne l’interrompez pas : la mémoire est un fil qu’il ne faut pas rompre. S’il s’endort, attendez son éveil, il ne faut pas le forcer. Cela risquerait de bloquer sa mémoire ou de provoquer sa méfiance. Il ne tentera rien contre vous et ne vous reconnaîtra pas. Vous serez pour lui ce que vous voudrez qu’il croie que vous êtes…

Les Chochos sont repartis dans le frôlement discret de leurs pieds nus.

  - C’est vrai qu’il fait faim et que ça sent bon, remarque Béatrace-Walkyrie (elle a repoussé sa mèche et repris sa voix naturelle) en s’approchant du bureau où sont posés les bols fumants.
Elle tend le rouge au Numéro Deux :
- Prenez et mangez, c’est tout droit sorti des cuisines du Walhalla.
L’œil brillant, il lape sa soupe sans un mot, après un salut tout pétri d’émotion.
- Arthur, tu as faim ?
- Oui, mais je reste ici pour surveiller les écrans, apporte-moi de quoi manger…
Elle s’exécute avec un large sourire.

  Le Numéro Deux a reposé son bol :
- Ach, ce chargement… Quel souci…
Ils se regardent, perplexes, et Arthur, un doigt sur les lèvres, leur fait signe de le laisser parler.
- Déjà pour l’amener à la frontière… Cent tonnes d’or de prises de guerre… Vous vous rendez compte ?
- Il régresse, il revient à la fin de la guerre, souffle Arthur.
- Cent tonnes d’or. Que les Juifs avaient caché, partout, dans leurs vêtements, jusque dans leurs dents ! (rire). Cent tonnes qui devaient arriver à Agotchilho par sous-marin, mais avec tous ces bombardements sur la base de Bacalan à Bordeaux, l’état-major a préféré le train. Un convoi déguisé en train sanitaire jusqu’à Paris, et puis en train de voyageurs régulier jusqu’à Pau, et renvoyé sur le réseau secondaire. Ach… Il avait fallu faire disparaître les deux convois  réguliers pour les remplacer sans laisser de traces. Gros travail… Charger mille caisses de munitions de cent kilos chacune, cinq barres de vingt kilos, dans des compartiments de voyageurs, jusqu’à cette gare espagnole pleine de chats… Et liquider les convoyeurs, qui croyaient transporter des munitions, pour charger dix camions accompagnés chacun d’une automitrailleuse. Dix camions, dix itinéraires différents jusqu’à Punta Camarinal… Et là, attendre un an pour tout rapatrier par sous-marin à Agotchilho… Vingt voyages… Une sacrée aventure ! Une sacrée aventure, Messieurs !!

Le Numéro Deux pérore devant ses trois auditeurs médusés.

- Je l’avais bien gagné mon petit repos à Saint Tignous sur Nivette après le transbordement ! J’avais bien gagné de retrouver cette salope (zââlôôôpe…) de femme du maire et son gros cul tout blanc. Un bon repas, des bons vins, une bonne chatte, ach, il me soignait le Maire ! Il me disait « Colonel, rien n’est trop bon pour mon ami le Colonel ! » en me servant lui-même son vin pendant que je pelotais sa femme. « Ma femme vous aime beaucoup, et moi aussi vous savez… » Et trois jours après, il tournait casaque ! Cochon de Français. Enfin, heureusement que j’étais là. C’est cette nuit-là que Malfort a empoisonné la garnison du Fort où j’aurais dû me trouver ! Cochon de Malfort !!! Mais nous serons vengés ! Croyez-moi, Messieurs, nous serons VENGÉS !!! (Il s’échauffe et s’énerve, tourne en rond dans le bureau, sous le regard des trois amis) Vengés !! Ach. Malfort !! J’ai essayé de me venger. Il a échappé ce cochon ! Echappé. C’est sa femme qui était dans la voiture que j’ai fait saboter ! Cochon de Malfort ! Il a échappé ! Ach ! (Arthur, livide, s’est redressé sur son siège et Béatrace a toutes les peines du monde à le contenir) Bref, quand le Maire nous a éveillés, sa femme et moi, c’était quoi son nom au fait, à cette zalope ? Mais on dormait bien (rire satisfait), j’étais redoutablement vigoureux à l’époque et je me souviens de l’avoir baisée toute la nuit… Bref, quand il nous a réveillés pour me dire de partir au plus vite, que le Fort était tombé aux mains de la bande de Malfort, j’ai dû me cacher ! ME CACHER !! Vous entendez, Messieurs, moi, MOI, Oberst Kuhhirt, me cacher à l’arrière de la Traction du Maire jusqu’à Marinoval, jusqu’à l’entrée que les Chochos avaient préparée pour accueillir discrètement les voyageurs et qui était reliée à Agotchilho par un petit train. Et dire que je n’ai même pas pu tuer ce Malfort !!! Mais ma vengeance sera bien pire ! Mon fils a eu là une idée géniale ! Géniale ! Au fait, je vais vous dire, entre nous, c’est tellement drôle… Cette nuit là, j’avais engrossé la mairesse ! On dit comme ça, non, la mairesse ? Ya ? Je l’ai engrossée cette zalope ! Cette grosse cochonne ! (il éclate d’un rire tonitruant) Le Maire de Saint Tignous sur Nivette aujourd’hui, z’est mon fils !!!
Le Numéro Deux rit à gorge déployée, tête renversée et bras levés, se tape sur les cuisses, et puis il s’assied d’un coup sur le siège qu’il a quitté, croise les bras sur le bureau et s’endort.

  Un lourd silence…

- C’était ma mère…
Arthur, le regard dans le vide, les larmes aux yeux…
Béatrace lui pose la main sur l’épaule…
- Cette ordure s’est vanté d’avoir fait assassiner ma mère…
Rébéquée se relève, sentant monter une rage meurtrière dans le ton glacé d’Arthur :
- Il en a fait beaucoup d’autres, Arthur. Contiens-toi, pour Clèm et Victor, pour le monde entier, je t’en supplie. Moi aussi j’aimerais le démolir petit bout par petit bout. Je t’en prie Arthur…

Arthur se rassied.
- Il faut dormir, tout le monde. Dormez, je veillerai, reprend Rébéquée…
- Viens, viens Arthur, viens dormir avec moi, souffle Béatrace, viens…
Et elle l’entraîne par la main et s’allonge près de lui sur le tas des rideaux accumulés dans un coin d’ombre. On entend quelques soupirs, quelques gémissements…

 
La tête sur le pupitre, devant les trois écrans du bureau, Rébéquée somnole… C’est tout autant la sensation d’une présence derrière elle qu’une sonnerie discrète qui l’ont éveillée, d’un coup lucide, comme elle en a coutume :
- C’est un message du Hai II, il faut que je réponde… marmonne le Numéro Deux debout derrière elle.
L’écran de droite s’est éclairé et un message s’affiche : « Sous-marins d’attaque détectés. Les prenons en charge. Communiquer réactions missile sur Washington. Réception dans une heure ».

- Qu’est-ce que cela veut dire ? demande Arthur qui s’est levé à son tour après s’être délicatement désemboîté de Béatrace, et qui, les traits tirés, se penche sur l’épaule du Numéro Deux.

Le Numéro Deux le regarde avec la déférence de son délire et lui répond qu’il s’agit d’un des messages compactés, « flash », que le sous-marin émet sans émerger via son antenne filaire à destination de l’un des satellites de transmission qu’ils utilisent, pour ne pas être détectés. L’antenne flottante est déroulée quelques minutes et sera redéployée dans une heure pour recueillir la réponse. Je devrai aussi annoncer ce qui est arrivé à l’U118 et à mon petit-fils, ajoute le Numéro Deux…

- Il n’en est pas question, votre devoir est de ne pas les perturber dans leur tâche. Je vous donnerai le contenu du communiqué, vous le mettrez en forme, lui indique Arthur avec un sourire féroce.
- Mais cependant…
Béatrace s’est approchée à son tour et pose ses deux mains sur les épaules du Numéro Deux en reprenant le « ton Hitler » :
- Faites ce qu’il vous dit ! C’est mon envoyé direct ! Dites que votre sous-marin et son équipage sont bien arrivés, pour ne pas les inquiéter : leur mission est capitale !

Avec un large sourire, le Numéro Deux s’assied derrière la console et appuie sur une touche :
- C’est l’accusé de réception, annonce-t-il. Cela indique que le message est bien arrivé et que tout est normal à la base.
Puis il compose le message, y ajoute codes et procédures et appuie sur la touche du début :
- Voilà, ils le recevront en une seconde dès qu’ils seront connectés au satellite. Ach, la technique facilite bien des choses. Mais l’objectif reste le même. Nous vaincrons !
- C’est bien, soldat, maintenant, allez vous reposer, lui intime Béatrace avec un sérieux absolu.
Elle lui désigne le siège du Numéro Un où, zombifié, il va s’effondrer avec un soupir de satisfaction.

- J’ai noté la procédure, remarque Arthur.
- Moi aussi, confirme Rébéquée.
- Moi itou, assure Béatrace. Et puis elle recule d’un pas et demande au Numéro Deux qui la regarde encore d’un œil trouble :
- La salle de bains ?
Il se redresse à demi pour répondre :
- Porte du fond à droite et première à gauche…
- Merci
- Che fous en prie…
Et il se redresse encore pour saluer d’une inclinaison prussienne du buste lorsqu’elle sort avec un petit geste à l’intention d’Arthur et de Rébéquée.

  A ce moment, l’écran du milieu affiche la dernière édition de la Lanterne :
« Les Écolocroques à Washington : un missile devant

la Maison Blanche…. »
Arthur et Rébéquée lisent rapidement et :
« Eusèbe Malfort nommé plénipotentiaire »
Et puis la nouvelle :
« Réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU »
- Décidément, il faut trouver le moyen de communiquer, déclare Arthur.

- Ach ! Malfort est dans la nasse !!! s’écrie le Numéro Deux manifestement réjoui et tout éveillé par la nouvelle.
- Mais… Quelle nasse ? demande Arthur.
- C’est comme… Tenez, en 1942, je commandais l’U114 qui devait combattre les convois Alliés dans l’Atlantique Nord, et j’avais été pris en chasse par un destroyer anglais. Je l’ai entraîné là où je voulais… Je me suis comporté comme un appât, un  lièvre, qu’il a poursuivi jusqu’à portée de torpille de mon frère de chasse qui l’attendait au détour d’un fjord. Il était tellement occupé à me pourchasser qu’il n’a rien vu venir ! Boum !!! Il doit encore se demander ce qui lui est arrivé !!! C’est une stratégie élémentaire, mais ça marche à tous les coups.
- Mais alors, quel est votre véritable objectif  si les Écolocroques sont un leurre ?

- Il a coulé à pic, sans avoir le temps de lancer un appel radio… Juste quelques dizaines de rescapés qu’on a laissés là à barboter ! Ach… Très drôle… C’est là que j’ai vu pour la première fois à quel point les crabes sont efficaces : la mer s’est mise à grouiller… J’ai cru que c’étaient des requins… Non ! Des crabes noirs, comme ceux qui sont ici pour faire le ménage, comme ceux qui ont bouffé ce petit con … Comment il s’appelait déjà ? Oui, Hector, c’est ça… Ach ! Vous auriez dû voir la tête des journalistes qui étaient venus le chercher ici, devant le spectacle !!! Ça les a rendus dociles tout de suite !!!
Le Numéro Deux s’esclaffe, rit aux éclats, se tape sur les cuisses…
- Hector ? demande Rébéquée dangereusement calme.
- Hector, le petit bonhomme qui avait voulu nous faire chanter, avec sa gamine boulangère, celle qu’on a donnée aux Chochos pour amuser le concierge, Hector, quoi. Ici, on ne dit plus « c’est un con », on dit « C’est Hector ». Il a gobé l’appât, l’hameçon et la ligne ! On lui a fait « découvrir » les Écolocroques, et transmettre le dossier au petit journal local pour qu’il enquête comme un grand. Malfort n’aurait jamais marché dans une histoire comme ça, mais si c’était un autre journaliste qui lui apportait, ça devenait assez crédible pour son crétin de fils !!! Ahhh ! Ahhh ! Ahhh ! Et moi je suivais tout ça à la piste !!! Mais on a commencé les choses sérieuses maintenant…

  Rébéquée et Arthur se regardent pour ne pas le voir, ne pas réagir, le laisser parler, l’écouter, comprendre sans bouger, n’offrir qu’un visage impassible.

Hector, le petit ami d’Hélène… Rébéquée ne comprend que trop bien, ou plutôt, croit ne comprendre que trop bien. Elle revoit l’image affolante de la pince qui se dresse derrière Jules… Elle comprend que Vic et Clèm ont dû assister à une horreur du même ordre, elle perçoit le chantage qu’ils subissent… Les communiqués qu’ils relaient s’ensanglantent… Où sommes-nous ? Qui sont ces gens ?
  Le Numéro Deux se pavane dans le fauteuil du Numéro Un, épanoui, ravi, heureux…
- Et le bonheur d’avoir retrouvé mon Führer ! Ach…
Il se renverse sur le dossier, paisible comme un vieux bébé.
- Il faut joindre mon père, souffle Arthur précipitamment, le prévenir, établir une communication sûre… Je vais remonter. Il y a un locotracteur disponible à la base de sous-marins. Je vais y aller. Dès que les Chochos reviendront… Je leur demanderai de me guider jusque là. De là je pourrai communiquer avec lui… En attendant, où est passée Béatrace ?
- Pipi, lui indique Rébéquée.
- Il faut envoyer le message au Hai II s’écrie le Numéro Deux soudain réveillé… Il faut…
Il se lève d’un bond et rejoint Arthur et Rébéquée dans le bureau technique, devant la console.

Arthur hésite regarde Rébéquée, surpris, et s’écarte du pupitre pour lui laisser la place tout en se plaçant derrière lui pour pouvoir l’assommer au besoin, on ne sait jamais :
- Transmettre les informations. Ach ! Eusèbe Malfort, on te tient ! Et il tape le message :
« Titres de la Lanterne :
« Les Écolocroques à Washington : un missile devant

la Maison Blanche…. »
« Eusèbe Malfort nommé plénipotentiaire »
Et le Numéro Deux retourne s’installer dans le fauteuil du Numéro Un, toujours aussi épanoui, dodeline un peu de la tête, la pose entre ses bras croisés, et s’endort.
 

ON FAIT LE POINT / P1C3E5

P1C3E5 (Partie 1 / Chapitre 3 / Episode 5)

  N°53 / ON FAIT LE POINT / P1C3E5

 
C’est l’histoire où Arthur récapitule brièvement les derniers évènements.

 
Mercredi 20 avril
16 heures
Agotchilho

 
Le Numéro Deux roupille toujours sur ses bras croisés lorsque Arthur revient dans le bureau, disposant dans le couloir un ultime relais.

Une discrète ovation l’accueille et, les effusions de Béatrace terminées (enroulement de la langue, empieuvrement des bras, ondulations des hanches, frisottis des moustaches, quasi pamoison qui fait rire discrètement Rébéquée), il essaie tout de suite la ligne qu’il a établie en semant, Petit Poucet nouveau, ses cailloux électroniques à intervalles réguliers tout au long de la voie du tunnel.

Bouton rouge qu’il presse, qui s’allume, tonalité qui réagit, bruits de connexion :
- C’est moi, Arthur. Je suis arrivé et la ligne directe fonctionne dans ce sens. Rien de neuf ici…
Voix du Dragon qui résonne dans le bureau par le petit haut-parleur qu’il a activé :
- Arthur, c’est vous, comme je suis heureuse ! La transmission est bonne. Vous êtes bien arrivé ? Je vous embrasse tous… Votre père est occupé à la rédaction. Il vous rappellera… Je dois couper, il a besoin de moi…

 
Du coup, c’est un retour en force de Béatrace à laquelle se joint Rébéquée, bien sûr plus… enfin, moins… et il se trouve entouré, embrassé, pressé, mais l’effusion est écourtée par l’éveil du prisonnier, toujours drogué par sa soupe.

L’œil trouble mais le port rigide, il se lève, se met au garde-à-vous et entonne un chant guerrier, d’une voix un peu cassée, en tendant devant lui la main droite. Après un premier couplet a capella, il s’accompagne en frappant le sol en cadence du talon gauche.

- l’Oberst Kuhhirt s’éveille, remarque Arthur…
- Le quoi ? demande Béatrace qui est parvenue à lover ses moustaches au creux de son cou.
 
Mezzo vocce, pour ne pas interrompre la joyeuse chanson du joyeux compagnon qui semble ravi de revivre un joyeux épisode de sa jeunesse joyeuse, Arthur lui explique que son père a reconnu dans la description qu’il lui a faite du personnage et le récit qu’il lui a rapporté de ses aveux, un certain Colonel (Oberst) Kuhhirt qui aurait échappé de peu à la capture de la garnison de Saint Tignous sur Nivette. Et qui avait été soupçonné de convoyer de l’or nazi vers l’Espagne. Ce qui confirme les dires du Numéro Deux. Et explique l’origine des ressources financières énormes des Écolocroques. Et peut-être sa vindicte anti-Malfort.

 
- Arthur, l’interrompt Rébéquée, pendant que vous étiez absent nous avons capté (elle montre le troisième écran qui montre un programme télé au cours duquel deux hommes débattent de la meilleure manière de monter les blancs en neige, car les programmes de télévision sont affichés en continu) une conférence de presse du Président…

Mais elle est interrompue par la sonnerie discrète du téléphone direct qu’Arthur a posé sur le bord du bureau où le Numéro Deux, qui en a fini avec son épisode musical et s’est rassis dans son fauteuil, vient de se rendormir la tête posée entre ses bras croisés, un sourire attendri aux lèvres.

 
Arthur prend l’appareil et presse la touche de connexion :
- Allo ? Ah, c’est toi papa, oui, cela marche très bien… Et nous sommes en totale sécurité dis-tu ? Sauf que le matériel provient des Services Secrets et qu’il est probable qu’ils ont conservé un canal de communication… J’espère qu’ils n’ont pas chez eux d’indicateur des Écolocroques… Rébéquée me dit que le Président… Tu es au courant et tu as l’enregistrement… Bien. Le journal va publier un compte-rendu… Oui, il sera automatiquement transmis aux Écolocroques puisqu’ils espionnent nos publications à la source. Oui, tu vas accepter la mission, bien sûr… Un édito. Parfait… Non, le Numéro Deux n’a rien dit de plus… Nous attendons… Peut-être se montrera-t-il plus explicite sur leurs objectifs… Mais nous ne pouvons pas le bousculer… Et Mouye, qu’as-tu pu faire pour elle ?

Arthur branche le haut-parleur pour que Béatrace et Rébéquée puissent écouter :
- Je lui ai donné des papiers plus sûrs. Et de l’argent, évidemment. Elle part dans une heure de Pau pour Paris, et puis Oslo et Bodø qui est l’aéroport le plus proche. Elle devrait y être demain soir vers 23 heures si tout va bien. De là, elle se débrouillera, m’a-t-elle dit pour trouver un avion taxi jusqu’à la base d’Andøya où elle devrait arriver discrètement le lendemain matin : il y a un petit aérodrome tout près, à Haugnes m’a-t-elle dit. Elle connaît bien l’endroit. Et elle prendra contact avec les Chochos du coin…
- Mais qu’est-ce qu’ils vont pouvoir faire ?
- Elle n’est pas bavarde tu sais… Elle semble savoir quoi faire. En fait je ne sais pas si les Chochos ont planifié quelque chose, je pense plutôt qu’elle va leur exposer la situation et leur répéter ce qu’a dit Amaïa…
- Dont on ne sait rien des intentions non plus, reprend Rébéquée…
- Non, enchaîne Arthur. Tu la connais mieux que nous (Béatrace se serre contre lui : il a dit « nous »…). Je pense que le mieux sera de lui demander lorsqu’elle reviendra. Et d’attendre que le Colonel Machin s’éveille !
 

TABLE DES MATIERES / PREMIERE PARTIE / CHAPITRE 3



CHAPITRE 3

(Avec une photo des abords de Thulé)



 49 / RÉVÉLATIONS ET DÉCOUVERTES / P1C3E1
C’est l’histoire où le Numéro Deux nous en apprend de belles sur l’or nazi et sur le Maire de Saint Tignous sur Nivette, et où Béatrace confirme ses exceptionnels talents de comédienne.

N°50 / MOUYE / P1C3E2
C’est l’histoire où l’on fait la connaissance de Mouye, alias Bertille de la Roche Affairée.

N°51 / PRÉPARATIFS DE DÉPART / P1C3E3
C’est l’histoire où Eusèbe Malfort rencontre Mouye et découvre Neandertal tout en préparant son voyage vers le Groenland.

N°52 / CONFÉRENCE DE PRESSE À L’ÉLYSÉE / P1C3E4

C’est l’histoire où le Président de la République fait une conférence de presse et nomme Eusèbe Malfort ambassadeur plénipotentiaire auprès des Écolocroques.


N°53 / ON FAIT LE POINT / P1C3E5

C’est l’histoire où Arthur récapitule brièvement les derniers évènements.


N°54 / SRI MARDOUK SHANKARA / P1C3E6
C’est l’histoire où Arnaud Boufigue, alias Sri Mardouk Shankara, manipule vigoureusement Gertrude Pilon, du collectif du 18 août, Varochaix, garagiste, professeur d’occitan et fondateur du parti Nari de Saint Tignous sur Nivette, ainsi que Félicien Belcoucou, Maire, lui, de Saint Tignous sur Nivette à qui il fait une mystérieuse proposition.

N°55 / CONSEIL DE SÉCURITÉ DE L’ONU / P1C3E7
C’est l’histoire où le Conseil de Séurité de l’ONU désigne Eusèbe comme représentant plénipotentiaire.

N°56 / EUSÈBE VA AGIR / P1C3E8
C’est l’histoire où Eusèbe Malfort se laisse convaincre par un tendre Dragon de parler à la télé.

N°57 / LE DISCOURS D’EUSÈBE CHEZ LES MARMORÉENS / P1C3E9
C’est l’histoire où, après un bref rappel de l’histoire des Marmoréens, et du rôle que ceux-ci jouaient dans la crémation des hérétiques, Eusèbe Malfort parle à la télé.

N°58 / L’ÉMISSION D’EUSÈBE / P1C3E10
C’est l’histoire où Eusèbe Malfort parle à la télé. Le président de

la République proteste, le Maire tente un coup de force et Jeanne prend les choses en mains aidée de Mouchoir. Eusèbe a disparu. Est-ce bien lui qui a parlé dans la télé ?

N°59 / L’ENLÈVEMENT D’EUSÈBE / P1C3E11
C’est l’histoire où Eusèbe Malfort, endormi par Sri Mardouk Shankara, alias Arnaud Boufigue, est emmené à Marinoval par Gertrude (qui médite sur les sous-marins béarnais) et Varochaix, et où nous commençons à comprendre comment le « discours » d’Eusèbe a été fabriqué.

N°60 / EUSÈBE, SAUVÉ DES ÉCOLOS / P1C3E12
C’est l’histoire où Eusèbe Malfort se réveille à Agotchilho.

N°61 / LE PUTSCH D’ARNAUD BOUFIGUE / P1C3E13
C’est l’histoire où Eusèbe Malfort semble intervenir pour soutenir Arnaud Boufigue, lequel se retrouve nez à nez avec Arthur Malfort, et ce qui s’en suit.

N°62 / ARNAUD BOUFIGUE A PARLÉ / P1C3E14
C’est l’histoire où Arnaud Boufigue dit ce qu’il sait et où, par ailleurs, on entend parler de l’Opération Alu.

N°63 / ARNAUD BOUFIGUE CONTINUE DE PARLER / P1C3E15
C’est l’histoire où Arnaud Boufigue continue de parler et où il annonce l’intervention de Finette de Sainte Fouillouse tandis que Mouchoir fait preuve d’initiative.

N°64 / FINETTE DE SAINTE FOUILLOUSE / P1C3E16
C’est l’histoire où Finette de Sainte Fouillouse arrive à Saint Tignous sur Nivette pour y ouvrir la première boutique des Écolocroques et où elle fait la connaissance de Mado et du Maire.

N°65 /

LA MALÉDICTION D’ÔOUMLOC / P1C3E17
C’est l’histoire où Rébéquée assiste au dangereux rituel de

la Malédiction d’Ôoumloc.

N°66 / ARTHUR INFORME LE PRÉSIDENT / P1C3E18
C’est l’histoire où Arthur Malfort informe le Président de la République des derniers évènements et de l’identité réelle du Numéro Deux. Mouye approche de la Nouvelle Thulé.

N°67 / UNE NOUVELLE « ÉMISSION » DU FAUX EUSÈBE / P1C3E19
C’est l’histoire où les Écolocroques font dire au faux Eusèbe qu’ils vont faire quelque chose pour lutter contre le réchauffement climatique.

N°68 / LE TERRIBLE RÉVEIL DE L’OBERST KUHHIRT / P1C3E20
C’est l’histoire où le Numéro Deux reprend les choses en mains et où il offre à Rébéquée et à Hélène l’occasion d’une terrible vengeance.

N°69 /

LA BOUTIQUE DE FINETTE / P1C3E21

C’est l’histoire où, aidée par Gertrude, Finette ouvre la boutique des Écolocroques à Saint Tignous sur Nivette et où Jeanne met un pain à Arnaud Boufigue.

N°70 / THULÉ / P1C3E22
C’est l’histoire où le Hai II arrive à Thulé et où le Numéro Un fait à Victor et à Clémentine les honneurs de la base centrale des Écolocroques. Où ils font aussi la connaissance du Numéro Quatre et du Docteur Pouacre.

N°71 / OPÉRATION ALU / P1C3E23
C’est l’histoire où Pouacre expose sa théorie du Pouvoir et commence à exposer ses plans.

N°72 /

LA FIN DU HAI I / P1C3E24

C’est l’histoire où nous assistons à la fin tragique du Hai I.

N°73 / LE COMMENT D’UNE PROPAGANDE / P1C3E25
C’est l’histoire où les Numéros exposent leur plan marketing et montrent à Victor et à Clèm comment ils peuvent manipuler leur image.

N°74 /

LA VIE D’ÉLÉONORE FENTASOU, PPP / P1C3E26

C’est l’histoire où l’on fait la connaissance d’Eléonore Fentasou, péripatéticienne professionnelle patentée, et où il se passe quelque chose à Gibraltar.

N°75 / LES ÉCOLOCROQUES FONT TOUT PÉTER / P1C3E27
C’est l’histoire où Victor et Clémentine assistent, depuis Thulé, à la diffusion de l’émission où le faux Eusèbe explique pourquoi les Écolocroques font péter le détroit de Gibraltar.

N°76 /

LA FIN DE TANGER / P1C3E28
C’est l’histoire où le monde apprend la fin de Tanger et où le Gulf Stream expire.

N°77 / COUP DE THÉÂTRE / P1C3E29
C’est l’histoire où Clémentine et Victor passent du tréfonds du désespoir à une joie inouïe, et où les Numéros ont une sacrée surprise.

N°78 / FIN DE PARTIE / P1C3E30
C’est l’histoire où se termine la première partie. Et pour les détails, ce sera dans la deuxième.


Hors série /  LE VACHER, CONSEILLER POUR LA FINANCE / P3C3E26

C’est l’histoire où l’on fait la connaissance de quelques personnages qui n’apparaîtront que beaucoup plus tard