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Humevesne et Suceprout

Humevesne et Suceprout


  Comme il est dit dans les « Personnages, Lieux et Trucs », ce sont des tueurs.
 
Un ancêtre de Humevesne dut à l’intervention personnelle du sire Pantagruel l’heureux règlement d’un différent qui l’opposait au seigneur de Baisecul, ainsi que le rapporte Maître Alcofibras. 

  Il n’en est pas devenu plus sage pour autant, cet épisode glorieux de son roman familial ayant été effacé par une vie déréglée.
 

Toutefois, les familles Humevesne et Baisecul sont étrangement restées liées au travers des siècles, ainsi qu’il apparaîtra dans la quatrième partie.

  Humevesne est encore appelé Pic à Glace, ou Droit au Cœur.

  Son complice  Suceprout, c’est aussi la Bricole, ou Couverture.

  Ils font leur apparition dans ce Feuilletonton, d’abord de manière anonyme, en P2C3E14, lorsqu’ils enlèvent les malheureux Jo et Ted, qu’ils vont ensuite assassiner en P2C3E18.

  Mado les retrouve par l’intermédiaire de certaines de ses « relations », en P3C1E8, et ils se retrouvent au commissariat de Saint Tignous en P3C1E9, avant d’eux-mêmes reconnaître Mado en P3C1E11.
 
Libérés abusivement, ils reviennent pour se venger de Mado en P3C1E25, sont repris et de nouveau libérés dans des circonstances obscures.

  Ils réapparaissent à Bordeaux où ils sont signalés à Mado en P3C2E27.

  A suivre…

MODE D’EMPLOI

MODE D’EMPLOI

 
Des liens sont créés, en principe en bleu souligné, mais il arrive que la couleur change mystérieusement selon d’obscurs caprices informatiques.
Pour naviguer facilement. Il suffit de cliquer.
 

La liste des PERSONNAGES, LIEUX et TRUCS, se trouve en « PAGES », dans la colonne de droite.
On y trouve aussi le portrait et la biographie de PERSONNAGES particuliers, et quelques développements ou précisions concernant des lieux, des évènements ou des machins. Avec des liens ad hoc.

 

Un Résumé (en principe à jour) se trouve à droite, dans la colonne des « Pages », comme il a été dit.

 

Les épisodes se suivent dans l’ordre de lecture et sont donc publiés (grâce à une petite bidouille de l’horodatage) dans un ordre inverse de celui qui est habituel en ces lieux, qui, lui, est plutôt évangélique, puisque les derniers parus sont les premiers lus.

La deuxième partie commence juste après le SUPER CONCOURS.

 
Arrivé en bas de page, il faut cliquer sur « Article précédent » pour voir la suite, ce qui est paradoxal, mais évangéliquement logique.

 
(Ça fait rire Tijules que pour arriver au suivant il soit nécessaire de demander le précédent.
C’est que, même s’il est précoce, il n’a jamais entendu parler de l’Administration. !
Et puis, vous ne connaissez pas encore Tijules…)
 
Des Tables des Matières présentent chaque épisode.
L’article suivant les énumère (liens)


LE SUPER CONCOURS

LE SUPER CONCOURS


 
Certains Mystères restent à éclaircir.
J’avoue n’avoir pas tout compris.
Je ne suis jamais qu’un chroniqueur limité.
Les évènements dépassent parfois les médiocres capacités de mon modeste cerveau fatigué.

 

J’offre un Carambar (minimum) (peut-être deux, soyons fous),

au

lecteur qui fournira une solution plausible à un
 
Mystère, dans un

« COMMENTAIRE » au présent article.


Il est évident que les Mystères apparaîtront au fur et à mesure du développement de l’Aventure.

 
Le premier se trouve dans PERSONNAGES, LIEUX et TRUCS, en « Pages ».

On le retrouve en P2C2E8

  Un autre : Pourquoi un hareng saur dans l’en-tête du feuilleton ?

Qui saura, pour le sauret ?

 
Merci pour votre précieuse collaboration.

  Tonton Raspoutine.


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L’ÉMEUTE / P3C1E3

P3C1E3 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 3)

 
N°148 / L’ÉMEUTE / P3C1E3

 
C’est l’histoire où, après l’article dans lequel Eusèbe dénonce la présence de chair humaine dans les saucisses de « C’est tout Naturel  », le journal se trouve assiégé par les sectateurs des Élus, et où Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, est assassinée d’une flèche marquée « Hybris ».

Mercredi 8 juin
9 heures

La Lanterne

  Le soir, et jusque tard dans la nuit, Victor et Eusèbe, redescendus au bureau N°1 ont discuté avec Rébéquée et Amaïa de ce qu’il convenait le mieux de faire pour « s’occuper » du Mélanippé lorsqu’il reviendrait à quai à la Marée au Grand Port. Pour finir par décider… d’attendre : intervenir trop tôt risquerait de mettre Arthur en danger en semant l’alarme parmi les adversaires.

Mais Amaïa a maintenu sa décision de prévenir
Ôoumloc. 

  Elle n’en a pas dit plus.

  Ce n’est qu’à neuf heures du matin, ce mercredi, qu’ils reviennent au journal, dans le bureau directorial où ils rejoignent Mouchoir, et qu’ils relisent l’article qu’Eusèbe a préparé hier. C’est là qu’ils prennent connaissance des premières réactions qu’il a suscitées, et parmi elles, de l’interview de Bricolat Mulot.
 
La réprobation politique semble unanime : comment peut-on s’en prendre à d’innocents électeurs sous prétexte qu’ils bouffent des saucisses, sans preuves, sans autre fait que quelques traçounettes impalpables certainement dues à de maladroites (sinon malveillantes) manipulations policières ?

  Les plus féroces philippiques émanent d’ailleurs du Ministre du Confort qui « promet des sanctions » et, plus localement, du Maire et du Conseiller en matière d’économie électorale, qui parlent de diffamation implicite, de suites judiciaires, de pan pan cucul public et très méchant, bref, de féroceries implacables ! Non mais…

 
Silence présidentiel. Prudent, le vieux renard…

  Et rumeurs à l’extérieur :
- Patron, patron, venez voir ! appelle Mouchoir sans que l’on sache bien s’il s’adresse à Victor ou à Eusèbe (aux deux sans doute), en leur faisant signe du bras.
 

Il regarde au-dehors la petite place qui se trouve devant la grande entrée du hall du journal, et qu’ils dominent depuis leur étage.

  - Filme, Mouchoir, filme ! ordonne Eusèbe. Le secrétaire de rédaction se précipite dans le bureau voisin, où il va chercher une petite caméra haute définition de reportage, tandis qu’Eusèbe entrouvre la fenêtre dont les doubles vitrages empêchaient jusque là d’entendre la rumeur. 

 
Mouchoir revenu, il lui laisse la place pour qu’il puisse passer le museau de sa caméra par l’entrebâillement du châssis.

  - Cadre large, conseille Victor, qui sait que des détails intéressants peuvent provenir des limites du champ…

  Une petite foule s’assemble autour de quelques personnes dans lesquelles Eusèbe reconnaît, après un moment, le maire, le Conseiller en matière d’économie électorale, Madame de la Vorme Séchée…

  - … et Daniel Forpris, ajoute Victor en pointant le doigt sur la silhouette discrète qui serre la main de la patronne de Lartigo et lui glisse quelques mots avant de s’éloigner pour rejoindre sa grosse voiture garée devant le trottoir d’en face. Lui, au moins, semble ne pas vouloir rester là.

  Vingt, trente personnes, peut-être. Mais des groupes de deux ou trois continuent d’arriver, par les petites rues qui débouchent sur la place.
 
- J’appelle Ravot, grogne Eusèbe, on ne sait jamais, avec ces zouaves.
- Il serait prudent de fermer les portes, non ?
- Tu as raison : préviens Toto…

  Près de deux cents personnes piétinent maintenant devant le journal en discutant véhémentement. 

 
La voiture du commissaire vient se garer, suivie du panier à salade.

Ravot suivi de Pélot, de Lepif et de deux agents (dont Pourticol), s’approche des « officiels ».

  - Ah, commissaire ! Vous voyez où mènent vos manœuvres ? l’interpelle Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse…
- J’espère que vous mesurerez votre action et que vous saurez limiter les interventions de vos sbires ! ajoute le Maire en prenant l’air pincé d’une duègne confrontée à la dissolution des mœurs du temps…
- Devrai-je vous arrêter, messieurs, pour vous rappeler à la mesure ? leur souffle discrètement Ravot en les prenant chacun par le coude, comme pour les entraîner dans une confidence…
- Commissaire, je vous en prie, faites quelque chose, lui demande alors Madame de la Vorme Séchée, livide, et qui est jusque-là restée muette en suivant des yeux le départ de Daniel Forpris…

  Des cris éclatent… Quelques uns des participants brandissent des pancartes « Les Cénobites Tranquilles », « C’est tout Naturel », « Libérez nos Saucisses » et déploient une banderole « Libérez nos saucisses ! C’est tout naturel ! », tout en scandant « Libérez nos saucisses ! » avec une ferveur toute soixante-huitarde. 

  La foule grossit, pour une bonne part faite de curieux, mais aussi de personnages passablement agités qui montrent le poing en direction de la porte fermée du journal tout en criant de plus en plus fort…
 

- Faites quelque chose, commissaire, ils sont privés de saucisses depuis deux jours ! reprend Madame de la Vorme Séchée manifestement affolée, ils peuvent devenir dangereux…
- Vous voyez à quoi mène votre incurie ! apostrophe le Conseiller en matière d’économie électorale en se dégageant de la poigne de Ravot d’un geste brusque…
- Libérez nos saucisses ! crie le Maire écumant qui se dégage à son tour…

  Lepif s’efforce de le contenir, mais le petit bonhomme rondinet le harcèle de coups de poing dérisoires, décoiffé et l’écharpe de travers… 

  Pélot reste derrière le Maire sans oser le ceinturer, tente de lui parler à l’oreille, de lui souffler des conseils discrets au milieu de l’agitation frénétique qui semble s’emparer de la foule tandis que les cris se transforment petit à petit en une sorte de chant martelé. 

 
La foule semble prise de folie giratoire, et c’est un vrai tourbillon qui entoure, à distance de bâton, le noyau central composé des policiers en scandant derrière Varochaix, que personne n’a vu venir suivi de ses Naris au grand complet :

  Ô Grand Putois
Grand Putois putassier,
Grand Putois pustuleux,
Grand Putois putréfié…
 
Armés de baguettes de noisetier et des manches à balai qui servaient de bâtons aux pancartes démantibulées, ils cinglent tout ce qui bouge devant eux, c’est-à-dire les cinq policiers qui se sont placés dos à dos pour se protéger. 

  Ils évitent difficilement Madame de la Vorme Séchée qui reste dans le no men’s land à agiter des bras aussi secs qu’affolés. 

  Le Maire et Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse ont rejoint le premier rang de la foule frénétique et crient avec les autres : « Libérez nos saucisses ! C’est tout naturel ! », au milieu des invocations au Grand Putois.

  Des fenêtres du journal, Eusèbe, Victor et Mouchoir regardent cette scène avec effarement :
- Ils vont se faire écharper ! constate Eusèbe.
- Il faut faire quelque chose ! approuve Mouchoir, l’œil collé au viseur…
- J’y vais, crie Victor, appelez Rébéquée et continuez de filmer !

 
La situation des policiers se gâte. Réunis en bloc ils se protègent de leurs bras tendus, les agents brandissant dérisoirement leur bâton. Pélot esquisse le geste de dégainer son arme de service, rappelé à l’ordre par une baffe de Ravot qui le surveille :
- On aurait besoin de renforts ! crie Lepif au milieu du tumulte…

  C’est alors que Victor ouvre la porte du journal, et moustache dardée au vent, suivi de Toto, amorce le mouvement de s’élancer vers la foule.
 

Les cris retombent, remplacés par un grognement unanime. La giration folle s’arrête instantanément. 

  Tous les visages se tournent vers l’entrée du journal, vers la porte entr’ouverte par où Vic et Toto sont sortis. 

 
Les émeutiers semblent rassembler leurs forces, prendre leur élan contre l’Ennemi commun, délaissant instantanément le groupe qu’ils entourent, chacun d’eux se ramassant sur lui-même, se tassant sur lui-même, genoux fléchis et bras lentement tendus, avec un souffle profond, sourd, rythmique…

  Mouchoir voit très nettement la scène depuis son premier étage : le cercle figé de la foule (au moins deux cents personnes maintenant) qui entoure les cinq policiers, laissant un anneau vide de la longueur des bâtons, et dans cet anneau, Edmonde de la Vorme Séchée affolée qui repousse les assaillants des moulinets de ses bras maigres, la foule qui l’ignore, la foule qui concentrait toute son agressivité sur les policiers, mais qui maintenant les ignore à leur tour, retournée d’un seul mouvement vers les nouveaux arrivants, là-haut, sur le perron… 

  La foule presque accroupie dans son élan au sein de laquelle se détachent nettement les cinq silhouettes dressées des policiers, et celle plus malingre d’Edmonde de la Vorme Séchée, affolée qui ouvre la bouche pour crier, pour leur dire de cesser, d’arrêter…

  Tous ont entendu le sifflement bref, tous, les curieux, les manifestants hystériques, les policiers concentrés sur leur défense. Victor et Toto. 

  Tous.
 
Tous ont vu ou perçu le sursaut de la femme maigre, et tous ont tourné la tête vers elle assez vite pour voir la flèche plantée entre ses dents dans sa bouche grande ouverte, et dont la pointe ressort sous son chignon, avant qu’elle ne s’effondre d’un coup.

  Il y a eu un silence, et les manifestants se sont instantanément dispersés, dans un bruissement d’étourneaux qui s’envolent en masse…

 
- Cadre large, filme ! souffle Eusèbe à Mouchoir en serrant son épaule dans sa main droite…

  Par réflexe, Ravot regarde dans la direction d’où la flèche doit être partie, cette façade d’immeuble où un léger mouvement… Une fenêtre qui se referme…
 

- Là !!! Bloquez l’immeuble ! Vite !!!

  Les agents se précipitent vers la porte ouverte, sous la fenêtre que le commissaire désigne, Lepif court à sa voiture pour appeler des renforts, Pélot réconforte le maire tout perdu à côté du cadavre, près d’Hilarion-Jovial qui tortille sa cravate de premier communiant entre ses doigts…

Victor s’approche, repoussé par Ravot :
- Allez vous mettre à l’abri, vous, si vous ne tenez pas à être le prochain !!
- Venez, approuve Toto en le tirant par le bras…

 
Un pimpon sonore annonce l’arrivée de Martial et des cinq agents de réserve, restés en permanence au commissariat. Au petit trot, ils s’empressent de boucler les lieux… 

  Tous les manifestants, le Maire, Hilarion-Jovial et Varochaix ont disparu.

  Les policiers forment une haie autour du cadavre d’Edmonde de la Vorme Séchée.

  Après les premières secondes de flottement, Ravot a envoyé une équipe, dirigée par Lepif, fouiller l’immeuble d’où est partie la flèche mortelle.

  Bien sûr marquée « Hybris ».
 
Ravot est allé téléphoner au Procureur depuis le hall du journal où il a retrouvé Eusèbe et Victor, tandis que Toto raconte l’aventure aux grouillots qui se pressent autour de lui avec de grands yeux ronds débordants d’admiration.

  - Qu’est-ce que vous me racontez ? Le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale ? Et le directeur du machin Super Troc « C’est tout Naturel  » ? Mais vous êtes fou, Ravot ! Vous savez que votre ministre vous a dans son collimateur ?

- Je le sais, mais je sais aussi que de fortes présomptions pèsent sur ces braves gens !
- Ecoutez, mon vieux, dans votre intérêt, interrogez-les, mais ne prononcez de garde à vue que si vous avez des preuves en béton ! En béton, vous m’entendez ! Je répète : c’est dans votre intérêt !
Eusèbe s’est approché de Ravot et lui montre Mouchoir qui est descendu, sa caméra à la main :
- On a tout filmé en haute définition, lui glisse-t-il à l’oreille…

 
Ravot, le combiné du téléphone au bout du bras, en reste comme deux ronds de carotte (dirait Mado), tandis que le Procureur continue de débiter protestations et conseils de prudence, dans un grésillement nasillard de fourmi lilliputienne que personne n’écoute.

Et puis le commissaire réalise :
- Monsieur le Procureur ! J’ai peut-être la meilleure des preuves : tout a été filmé. Je vais regarder le film et je te rappelle !

  Après tout, ce n’est pas pour rien qu’ils ont fait leur Droit ensemble…
 

SAUCISSAGE / P3C1E40

P3C1E40 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 40)

 
N°185 / SAUCISSAGE / P3C1E40

 
C’est l’histoire où Benoîte Franchon, en extase et sous nos yeux égarés, se trouve transformée en saucisses.

  Lundi 13 juin
17 heures
Usine de Bordeaux

Le début des mésaventures de Benoîte Franchon est en P3C1E38, et se poursuit en P3C1E39 pour s’achever ici-même.

  Un camion s’arrête dans la cour de l’usine, du côté de l’élevage de porcs en chantier…

 
Une longue stase, une longue extase…

  Une file hagarde d’une vingtaine d’hommes et de femmes (dont Benoîte) en descend, guidée par deux personnages dans lesquels nous pourrions reconnaître Gaston Brunières et Marc Tombou, qui furent « notaires » voici quelque temps, si nous assistions directement à la scène.
 
Et peut-être alors pourrions-nous intervenir ? 

  Interviendriez-vous, Lectrice, Lecteur, effarés par les abominations pressenties au vu de Gaston Brunières et Marc Tombou ? Ou bien, comme ces passagers de métro, tourneriez-vous lâchement le dos tandis que l’on surine votre voisin ou que l’on trombine votre voisine ? Qui peut le dire ? 

  Mais ici, tout au moins serez-vous exonérés de toute charge de complicité passive, de tout remord et de toute culpabilité, vous serez, comme moi, pauvre auteur impuissant devant les Faits, aspirés par la dévorante spirale mælstromique de la Violence inhérente à la vie, qui m’est une province et beaucoup davantage ?

  C’est la voix de mon bien-aimé !
Le voici, il vient,
Sautant sur les montagnes,
Bondissant sur les collines.
  Mon bien-aimé est semblable à la gazelle
Ou au faon des biches.

 
Le voici, il est derrière notre mur,
Il regarde par la fenêtre,
Il regarde par le treillis.

  Et Benoîte est si bien, Benoîte se sent si bien, avançant vers la main lisse de son Élu qui lui tend une coupe de vin, à elle qui n’en boit jamais, mais qui le sent descendre avec délices dans sa gorge…

 
Mon bien-aimé parle et me dit :
Lève-toi, mon amie, et viens !
Car voici, l’hiver est passé ;
La pluie a cessé, elle s’en est allée.
Les fleurs paraissent sur la montagne,
Le temps de chanter est arrivé.

  Benoîte s’abandonne aux mains douces des servantes qui la préparent pour ses noces, foin de ces vieux vêtements, usés, sales, ternes, vulgaires, elle est assise nue, à demi renversée, dans une vasque tiède où des vapeurs lustrales l’entourent et la baignent tandis que, abreuvée, elle s’abandonne, lavée, nettoyée du dedans, elle toujours resserrée, c’est vrai quoi, constipée, on peut dire le mot, mais là, si paisible, sans besoins ni remords, se laissant s’écouler hors de soi, et ce vin de douceur qui coule de l’Élu et lui emplit la gorge, et la noie de délices…

 
Le figuier embaume ses fruits,
Et les vignes en fleur exhalent leur parfum.
Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !

  L’Élu lui tend les bras, la saisit aux poignets, vision éblouissante, la soulève, l’emporte dans une extase immense, une gloire de lumière qui lui brûle la peau jusque sous les paupières, elle danse, suspendue à ses mains fermes, chaudes, viriles, qui la portent au ciel, et redescend vers lui dans un sourd froissement d’ailes…

 
Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher,
Qui te caches dans les parois escarpées,
Fais-moi entendre ta voix,
Laisse-moi voir ton visage :
Car ta voix est douce, et j’aime ton visage[1].

  Et Benoîte, épuisée, lève vers son Élu un visage extatique, tandis qu’elle descend pendue par les poignets aux pinces du portique jusque dans la trémie d’alimentation du grand cutter où bourdonnent sourdement les lames tournantes qui l’attendent.

 
Les pinces la retiennent, et son corps nu, détendu, boursouflé par les jets de vapeur de l’épilation, lavé, vidé de ses sécrétions et produits internes par la purgation  nettoyante drastique et même intégrale, à demi exsangue, se trouve petit à petit, découpé par les pieds en tranches de cinq centimètres d’épaisseur.

  Lorsqu’elle est grignotée jusqu’en haut des cuisses par les lames tranchantes, son regard lumineux, sous la double cloque de ses paupières, s’éteint, et les pinces l’abandonnent au hachoir concasseur, tandis qu’au-dessus d’elle, un autre corps extasié amorce sa descente.
 


[1] Benoîte a été élevée chez les sœurs et a été marquée par l’érotisme torride du Cantique des Cantiques.

LE RETOUR DU MOINE / P3C2E6

P3C2E6 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 6)

 
N°195 / LE RETOUR DU MOINE / P3C2E6

 
C’est l’histoire où diverse explications et certains trous d’air trouvent, dans l’avion Pau Paris où se croisent le Frère Jean des Entonnoirs et Cloclo Chatapus, gentille hôtesse,  d’étranges rélations avec d’autres obscures histoires, elles, de chats. 
 
Mercredi 15 juin
13 heures 15
Aéroport

  La voiture officielle les dépose devant l’aérogare à 15 heures quinze. 

  Le départ est prévu à 15 heures trente.
 
Ils ont tout juste le temps de se faire enregistrer, et puis de passer les contrôles… 

  Une grande silhouette de bure : le moine est lui aussi de retour vers Pau.
 
Il se précipite vers eux, à la fois réjoui et préoccupé, ce qui lui donne un air d’en avoir deux assez surprenant chez un homme de sa corpulence :
- Vous voilà ! « Elle » m’avait bien dit que vous seriez de retour sur ce vol ! Alors, j’ai laissé tomber ma réunion épiscopale pour vous parler. Je suis le Frère Jean des Entonnoirs, et vous avez soigné mon « asthme » à l’aller…
- Je m’en souviens parfaitement, répond Eusèbe, amusé par l’agitation du bonhomme dont la trogne, aussi allumée que barbue, reflète tout autant l’excitation que l’imbibition.

- Chablis ? demande Jeanne en levant le nez dans le flux parfumé de son haleine.
- Meursault, avec la poularde, répond-il avec un grand sourire.
- Poularde ? demande Eusèbe avec un regard en coin vers la petite hôtesse qui est manifestement du voyage…
- Oh… Monsieur Malfort… Qu’allez-vous penser… C’est tout au plus une grâce du Ciel qui l’a placée aussi… simplement dans le même… appareil. Et je la crois bien éveillée. Cette enfant est charmante…
- Dites, les matous, s’insurge Jeanne, avant de songer à croquer l’oiselle, il serait bon de passer dans la salle d’embarquement sans oublier les gélines confirmées !

  On passe les contrôles, sans histoires cette fois, le moine n’ayant plus de liquide en vache.

 
- J’ai demandé à être placé près de vous. Je l’ai demandé à notre « amie » (regard glissant vers la petite hôtesse qui semble les tenir au vert dans un coin de son œil fripon). Nous sommes dans les meilleurs termes, elle et moi (sourire d’Eusèbe). En tout bien tout honneur (il baisse les yeux). Mon état m’impose la réserve… Mais cela n’empêche les sympathies… Bref, elle nous a permis d’être voisins de siège… J’aimerais… vous parler… vous demander…

  On est appelés pour l’embarquement. 

 
L’avion est plus gros que celui de l’aller, et il comporte cinq sièges par rangée au lieu de trois : trois et deux au lieu de deux et un.

  Eusèbe et Jeanne auraient aimé commenter entre eux le plan de défense qu’ils ont établi avec le Prédlarép, mais ils se retrouvent tous les trois côte à côte, avec un lumineux sourire de la petite hôtesse en prime.
 

Heureuse de faire plaisir… 

  Nature généreuse… 

 
On discute, on s’arrange : Eusèbe au centre, Jeanne près du hublot et le moine près de l’allée de circulation, ce qui lui permet un certain étalement fessier par débordement latéral gauche, côté allée.

  - J’ai écourté ma réunion pour avoir une chance de vous rencontrer de nouveau, après que la gentille hôtesse m’ait informé (en confidence) de l’heure prévue de votre retour. Et peut-être ainsi de comprendre. A vrai dire, je me trouve dans la plus grande confusion. Le repas que j’ai partagé avec quelques frères et notre Supérieur Episcopal était fort bon, comme il se doit, mais pourquoi y avoir tellement parlé d’encens à acquérir, et de ces Biscuits de Petit Jésus qui n’ont pas grand-chose à faire avec notre Foi ? Et lorsque je suis parti, la conversation roulait sur les parts de marché que l’on pourra obtenir grâce à la vente de ces biscuits qu’ils ne cessaient de grignoter. Je me suis trouvé mal à l’aise… Et même, car je vous en dois l’aveu, lorsqu’ils ont, comme ces faux culs de Jésuites, affirmé que c’était « pour Sa plus grande Gloire », je n’y ai pas cru ! J’ai bien senti qu’ils étaient poussés par… Je ne sais quoi…

 
Un trou d’air… 

  - Décidément, les voies de l’air sont aussi tourmentées que les miennes ! reprend Frère Jean…

 
« Ici le commandant de bord. Nous abordons une zone de turbulences. Veuillez regagner vos sièges, boucler vos ceintures et replacer vos bagages à main dans les coffres prévus à cet effet, ou les maintenir solidement sous votre siège » annoncent les haut-parleurs de la cabine. 

  On obtempère à l’injonction raymonbarrienne[1], et les hôtesses parcourent l’allée pour contrôler l’application de la consigne.
 
Et crac. Retrou d’air.

  Par un hasard que je ne qualifierai pas (il est bien connu que les voies du Ciel sont impénétrables), la petite hôtesse en était arrivée à la rangée qui nous intéresse de par la présence des seuls personnages que nous connaissions dans l’aéroplane. En fait, elle contrôlait le ceinturage des deux passagers situés de l’autre côté de l’allée, quidams indifférents et britanniques, retour de leur bureau de Londres en direction de leur résidence de banlieue sise à Soumoulou, près de Pau. 

 
Penchée vers eux, elle se trouve saisie par le décrochage subit de l’aile gauche, qui, provoquant une brusque glissade bâbord de l’appareil la propulse en sens inverse, du fait de la seule inertie de sa masse (41 kilos, soit un sac de plâtre un peu humide).

  Ce qui la projette avec une précision que je ne qualifierai pas non plus[2] sur les genoux de Frère Jean des Entonnoirs. 

 
Conscient des risques que la charmante jeune personne encourt en cette circonstance du fait de l’agitation qui perdure dans l’atmosphère environnante, et pour la protéger des dangers d’un incontrôlable vol plané dans la cabine, tout autant que pour obéir aux injonctions du pilote, le moine la ceinture immédiatement, lui évitant ainsi de se trouver ballottée ici ou là, d’un bras lui encerclant la taille et de l’autre, sa large main ouverte, lui maintenant la poitrine. 

  Ainsi plaquée contre lui, elle ne risque plus de s’envoler. 

 
L’hôtesse. 

  Trous d’air multiples.
 

L’atmosphère est ici très mal tenue.

  On ne dit rien pendant un moment, histoire de laisser passer ces désordres atmosphériques. 

 
Eusèbe rigole.

  Jeanne aussi.

 
Frère Jean s’accroche et semble quelque peu crispé, voire congestionné, mais il est vrai que l’agitation est grande et que les Anglais du siège voisin protestent contre l’inconfort des lignes aériennes françaises. Ils finissent par se taire lorsque leur breakfast Fish and Chips refait surface.

Heureusement que la compagnie a prévu des sachets adéquats et que, en habitués de la ligne, ils en connaissent l’usage.

  Frère Jean maintient ce qu’il peut comme il le peut, pressant de ses grandes mains tous les reliefs mobiles ou mouvants, voire émouvants, s’ancrant dans tous les creux disponibles de la malheureuse hôtesse qui, après avoir suffoqué d’angoisse rétrospective devant le risque qu’elle a encouru, manifeste d’un sourd feulement sa reconnaissance pour son sauveteur dont elle caresse du bout de ses doigts fins les rudes mains crispées sur ses fragilités.

 
L’atmosphère se calme et le pilote fait savoir que c’est bon, on peut se détacher.

  - Ouf, fait l’hôtesse en se relevant après que Frère Jean l’ait libérée de son valeureux soutien qu’il a maintenu un certain temps après ce message rassurant.
 
Au cas où.

  Elle défroisse son uniforme mis à mal, veste de travers et jupe remontée dans la mésaventure.  

 
Sa petite culotte est rose avec des nounours marrons. 

  Puis elle se tourne avec un large sourire vers son bienfaiteur :
- Merci beaucoup, Frère Jean, vous m’avez évité une chute dangereuse, et peut-être même de multiples fractures douloureuses et, qui sait, des plaies et des bosses disgracieuses qui, bien que considérées comme accidents de travail, eussent pu nuire à ma jeune carrière, car une hôtesse doit savoir se tenir dans les trous. Mais n’aviez-vous pas laissé votre bâton dans la soute, avec mes houppettes ?

 
On se reprend.

  Le moine, lui aussi, reprend :
- Je disais… Pardon (il s’applique à déboucler sa ceinture coincée entre ses abdominaux musclés et la proue de drakkar qui a repoussé là-devant va savoir pourquoi)… Je disais que je voulais vous demander…

 
L’hôtesse, après un sourire, s’est retirée avec sa collègue qui, elle, a réussi à s’accrocher bêtement à un dossier de fauteuil. 

  Jeanne et Eusèbe se regardent en souriant :
- Vous vouliez nous demander ce que je vous ai fait, le reprend Jeanne (c’est vrai qu’il est un peu essoufflé, le pauvre). Et bien, je vous ai désintoxiqué.
- Désintoxiqué ?
- Désintoxiqué, appuie Eusèbe. Mais vous nous avez dit être du petit monastère qui se trouve au-dessus de Marinoval. J’ignorais qu’il fût encore occupé…
- Il l’est. Nous constituons une petite communauté de six Frères. Nous vivons assez isolés… Mais… J’ai très peur : je crains, devant tous ces évènements, je crains… d’avoir perdu la Foi…

  On approche de Pau.

  L’hôtesse (l’autre) prévient : altitude, température, il pleut sur Pau…
Attachez vos ceintures… La routine, quoi.

 
- Vous rentrez à Marinoval ? demande Eusèbe…
- Quand j’aurai récupéré mon bâton…
- Vous êtes attendu ?
- Non, je devais passer la nuit à Paris.

  La petite hôtesse contrôle les ceintures pour l’atterrissage. Elle est à leur hauteur. Elle sourit au moine en se penchant vers lui :
- Je vais vous rendre votre bâton, je vois qu’il est retourné en soute…

  Le moine hésite et regarde alternativement Eusèbe et l’hôtesse…

- J’ai fini mon service, poursuit-elle. Je rentre chez moi, à Pau où je possède un petit appartement très mignon pour moi toute seule. Je vous invite ? demande-t-elle en rosissant devant le gros ours monastique marron…
- Allez-y, pensez à la note 2 en bas de page : « La joie est la meilleure défense contre le démon », lui souffle Jeanne. Et passez nous voir demain à la Lanterne du Fort, le journal de Saint Tignous sur Nivette. Demandez Eusèbe Malfort et Jeanne. Vous serez attendu. Nous vous expliquerons tout. Je pense que vous pourrez nous aider.
- Je pourrai venir ? demande la petite hôtesse, j’ai une petite auto rouge, je pourrai conduire Frère Jean…
- Mais, objecte celui-ci…
- J’ai un excellent Jurançon, l’achève Eusèbe. Un petit fût…
- Deo gratias, conclut Frère Jean en se levant, la cabine s’étant vidée sur ces entrefaites.

  Et c’est là que l’on vit qu’à l’instar du chat de Schrödinger à la fois mort et vivant, certains bâtons de moine peuvent dormir en soute et rester fiers en froc tout en laissant au moment de leur départ, à l’instar d’un autre chat, du Chestershire, lui, quelques éclats de leur sourire aux jeunes filles.
 


[1] Raymond Barre, qui disait que pour leur sécurité, les Français feraient mieux de la boucler. Leur ceinture de sécurité, évidemment, qu’alliez-vous penser…

[2] « La joie est la meilleure défense contre le démon » disait Saint François. On ne peut donc y voir qu’une intervention divine.
 

ON SE LES MANGE ? / P3C2E25

P3C2E25 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 25)

 
N°214 / ON SE LES MANGE ? / P3C2E25
 
C’est l’histoire où les Amazones capturées se montrent coriaces et où Nouye révèle un sens discret de l’humour goum. 
 
Jeudi 16 juin
19 heures et quelques
La Marée au Petit Port

 
C’est la suite de P3C2E23 et de P3C2E24 (lien).
 
Le difficile, c’est de les faire parler. Bien sûr, les Amazones savent peu de choses, et Amaïa préfère éviter de faire revenir Ôoumloc (comme en P2C3E8, lien) : on ne peut pas le déranger tous les jours. 
 
Ça ne se fait pas.

  Les poudres de Stimuline et de Détoxicant (voir Personnages, lieux et trucs, lien) qui ont été trouvées dans la cabine de leur fourgon et dont, dans la rage de leur incompréhension, elles ont donné la destination, se sont révélées potentiellement utiles, comme l’a déclaré Amélie, dans la mesure où elles permettront de mieux connaître les voies d’intoxication qu’emploie le Mentor. 

  Il apparaît donc de plus en plus clairement que l’adversaire auquel on se trouve confronté est multiple : outre les Initiés et les « petits cadres », intoxiqués et plutôt victimes que complices, qui ne sont utilisés qu’en fonction de leur rôle social initial, comme ça a été le cas du maire, d’Hilarion-Jovial et du Prédlarép, il y a ceux que Jeanne a qualifiés de « mystiques », qui sont dominés par les Élus, qui « y croient » et sont liés à l’idéologie de la Nouvelle Réalité Naturelle, obéissant à des rituels définis, comme, bien sûr, les Amazones, et peut-être bien les Élus eux-mêmes, et puis enfin il y a les « pragmatiques », dominés semble-t-il directement par le Mentor, qui préparent et manipulent les drogues qu’ils vendent à grand profit, en utilisant les premiers et les seconds comme agents et comme alibis. 

 
Les « mystiques » ainsi manipulés n’en sont pas forcément conscients, mais ne s’en préoccupent pas outre mesure, agissant « pour la gloire des Élus » en dehors de toute autre préoccupation. C’est ce qui ressort du comportement des Amazones dont le conditionnement n’a cédé qu’une fois, lorsque Tomie la Louve a été exposée à l’émotion intense de la terreur mortelle d’Ôoumloc (P2C3E8).

  Ce qui apparaît aussi, c’est l’incroyable perversité de ce Mentor dont se gargarise Maupuis, perversité qu’il communique à ses sbires par le moyen de ce qui ne peut être qu’une autre forme de conditionnement.

  - S’il me tombe entre les pattes, déclare Béatrace avec un grand sourire, je me ferai un plaisir de lui montrer…
 
- … de lui montrer, quoi ? intervient Rébéquée, tu n’auras jamais le dixième de sa mauvaiseté…

- …je ne sais pas ce que je ferai, déclare Béatrace dans sa learique moustache ébouriffée d’indignation, mais ce sera l’épouvante du monde…
 
Arthur lui entoure les épaules de son bras :
- La pire chose qui pourra lui arriver, c’est de voir son échec. Et ça, ma Béa, on va y travailler avec ardeur…
  - Le Mentor est un génie. Il ne peut échouer. Vous rirez moins lorsqu’il s’occupera de vous ! Et les Élus ne peuvent pas être vaincus… grince Merry attachée à sa chaise dans un coin du bureau N°1 où tout le monde est réuni.

- Eh bien justement. Vous allez nous expliquer ce qui va se passer, chères amies, vous êtes là pour ça…

Esche éclate de rire :
- Vous rêvez ! D’ailleurs, je n’en sais rien… Notre rôle, c’était de conquérir La Marée aux Ports…
- Un triomphe ! ironise Béa…
- Oh, je voudrais vous y voir !
- Peu vraisemblable, ma chère, ricane Béa en relevant la pointe de sa moustache droite, comme elle l’a vu faire à Victor (toujours à barboter avec Clèm et leur petiotesse, faut pas les emmerder avec nos histoires, dit Rébéquée avec raison).

  Merry, qui vient de s’éveiller de sa brève inconscience, grommelle, éructe et crache :
- Attendez un peu ! On en reparlera !
 
Esche s’exclame :

 Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue
 
Et elles reprennent en chœur :

C’est-tout na-tu-rel…
 
Silence perplexe.

  - On se les mange ? demande Nouye avec ce qui pourrait bien être la première manifestation d’humour de sa vie. 
 
Ce qui enrage les Amazones qui ont bien sûr pris cette affirmation au premier degré. Comment une sauvage au front bas qui se promène à poil (évidemment, Nouye a repris son costume habituel), pourrait-elle se moquer froidement d’elles ? Béa aussi a eu un doute. C’est pour dire…
 
- Et puis non. Elles sont trop maigres, termine Nouye en pinçant la cuisse droite de Merry qui grogne de rage, mais se rétracte sur sa chaise comme une huître sous le citron.

LES OURS BAISAIENT LES CRABES / P3C2E35

 P3C2E35 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 35)

  N°224 / LES OURS BAISAIENT LES CRABES / P3C2E35

 
C’est l’histoire où, tandis que le foutage exalte les jeunes, la Vieille (qui connaît son Alcofibras) explique l’histoire du clan des Ours.

 
Jeudi 16 juin
19 heures 30
Agotchilho
Bureau N°1


  C’est la suite de P3C2E33 et de P3C2E34 (liens).
 

Il y a un temps de repos où l’on suppose que les partenaires reprennent des forces.
 
Cloclo, la tendre hôtesse, remarque comme en passant que ça l’étonnerait qu’ils s’arrêtent pour si peu. 

  Elle dit ça sans regrets, sans aucune amertume, sans ombre de jalousie, contente pour les autres du bonheur qui advient, avec le doux sourire de souvenirs tout frais.

 
Béa est un peu rouge, Arthur, un peu tendu… C’est vrai, c’est contagieux ce foutage exalté !

  La Vieille s’est lancée dans un éloge, en goum, de ce qui leur arrive, et elle leur explique l’histoire de ces croisements, que leur traduit la Mère en rythmant bien ses mots :

  « Les Glaces sont parties, voici quarante mille ans, emportant les Mammouths et leur clan loin vers l’Est où ils se sont dissous. 

  «  Nous pensions qu’il n’en restait que la Mémoire que nous avons conservée, comme les voix gelées des antiques batailles ressortent au printemps dans les cris des oiseaux, en sifflements de flèches, dans le choc des rochers, descellés de leurs glaces, qui roulent et dévalent, et cognent en chocs sourds, ainsi que des massues de gros chêne noueux…

  « Et puis les clans des Ours ont dû se séparer, les uns partant vers l’Est, où ils ont disparu sans laisser de nouvelles, c’était le clan des « Ber », les autres vers le Nord, c’était le clan des « Ardhsz », et le dernier restant, tout près, était un clan mêlé qui procédait des deux, à la fois « Ber » et « Ardhsz ».

  « Deux fois l’an, au début de l’hiver, lorsque les grands ours noirs s’enfonçaient dans leurs grottes pour y dormir en paix, et lors de leur éveil, au retour des beaux jours, les clans s’entrecroisaient pour échanger leurs sangs, pour féconder leurs femmes, avec de grandes fêtes de chaleur et de rut. Car ils n’étaient féconds qu’en ces seules occasions. Les Ours baisaient les Crabes qui le leur rendaient bien, dans l’extase et la joie, la vigueur et la force du Désir du Printemps ou l’abondance d’Automne, riche en fruits savoureux.

 
« C’était longtemps après que les Mammouths pesants aient déjà disparu. Ceux-là, auparavant, se mêlaient à la fête. Je ne vous dis pas le travail ! Mais ils étaient partis.

  « Sont venus les Goumyôs (lien vers PERSONNAGES), qui se sont développés au milieu de tout ça, interrompant les communications, s’interposant, récupérant les échanges commerciaux qui se faisaient à l’occasion de ces grandes fêtes, pour leur seul profit. 

 
« Eux, qui restaient féconds toute l’année, n’éprouvaient nul besoin de ces rencontres annuelles où tantôt l’un retrouvait l’autre, tantôt l’autre retrouvait l’un : ils baisaient toute l’année. Ils ont ainsi accru l’effet de la distance que le recul des Glaces avait interposée entre les groupes des Goums.