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Pourticol Jean-Marc, planton.

POURTICOL JEAN-MARC



Planton du commissariat de Saint Tignous Sur Nivette.


« Pourticol Jean-Marc, né coiffé du képi bleu et langé pèlerine plombée, comme il aime à se décrire, fils et petit-fils d’agent de la circulation, d’un sergent de ville « henvélo », et de contractuelle aubergine »…
  Rencontré pour la première fois en P2C2E19, il est précisé en P2C2E21.
 
Gendarme refoulé, il est doté de cette rigueur militaire qui fait le charme de sa profession.

  Il remplira plus tard un rôle capital. C’est un être marqué par le destin…

9 août 2008 - Aucun commentaire
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LES CADAVRES / P3C1E26

P3C1E26 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 26)

  N°171 / LES CADAVRES / P3C1E26

 
C’est l’histoire où l’on découvre les deux cadavres, du maire et du conseiller en matière d’économie électorale.

  Vendredi 10 juin
Le soir, juste après ce qui a précédé.
Saint Tignous sur Nivette

 
La sonnerie de son portable arrache le commissaire à ses réflexions :
- Ravot, j’écoute ? Oui, Martial ? Qu’est-ce qui vous prend ? J’avais demandé qu’on me fiche la paix ce soir… QUOI ???? J’arrive…

 
Le premier corps est celui d’Hilarion-Jovial, qui semble sortir de la petite cour sur l’un des côtés de laquelle est garée sa voiture. 

 
Couché face contre terre, il venait manifestement de s’engager sur le chemin discret qui passe derrière l’hôtel Marengro et conduit à l’un des quartiers du lotissement des Six Mille qui se trouve là au bout, en impasse.
 
C’est d’ailleurs l’un des habitants de cet endroit qui a découvert le cadavre et alerté la police. 

  Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse a l’air de se diriger vers la route qui passe devant l’hôtel.

  Les bras étendus devant lui, comme s’il était tombé en pleine course, il a été frappé de deux flèches, l’une au creux des reins, tirée par derrière, et l’autre dans la bouche, tirée de face, et qui ressort par la nuque, comme celle qui a tué la Vorme. 

  Il y avait donc deux archers (deux Amazones, pense aussitôt Ravot).

  - Appelez Lepif, Martial, et dites-lui de faire venir Amélie Fouad. Prévenez aussi le Procureur et le légiste, et…
- … et c’est pas tout, Patron, y’en a un autre à l’intérieur…
 
L’air consterné de Martial laisse à penser qu’effectivement, « c’est pas tout, Patron ». 

  La chambre se trouve au bout d’un petit couloir. Assez vaste, elle renferme, outre un vaste lit, deux fauteuils, un ample divan et une table basse qui constituent un coin salon. Le tout dans une atmosphère de bonbonnière tendue de satin rose sur fond de moquette bleue. Un petit nid d’amour. La salle de bains, presque aussi grande que la chambre, résume à elle seule ce qui se fait de mieux en matière d’art balnéosanitaire. Ne manque que la piscine. Mais la baignoire est au moins à six places…
 
Le maire est allongé entre la porte et le lit, tourné vers le lit. Il est nu. Sur son dos est étalée une peau, ou quelque chose qui ressemble à une peau… Tannée ? Curieux aspect… Poil noir dispersé… 

 
Couché la face contre le sol, la tête couverte de sang, il a les bras étendus devant lui et les jambes écartées. Près de lui, l’arme du crime, une batte de base-ball à l’extrémité tachée de sang sur laquelle subsistent quelques cheveux. 

  En s’approchant avec précautions pour ne pas brouiller les traces, Ravot observe que l’occiput a été arraché par un coup donné à la volée, comme le swing d’un golfeur. Quelques débris d’os et de cuir chevelu ont été projetés contre le lit… 

 
Le coup a dû être porté avec une extrême violence.

  Le maire et le Conseiller en matière d’économie électorale… C’est beaucoup le même soir… Sans parler du retour d’Arthur Malfort, qui pour sa part, devra rester discret…

 
Ravot appelle le Procureur Kératine, que Martial a déjà prévenu. Lui expose la situation (sans parler d’Arthur, évidemment : comment pourrait-on expliquer à un magistrat du Parquet que ce Monsieur, délégué officiel à l’ONU, a été enlevé par un Crabe géant, repêché mort, et qu’il a ressuscité entre les bras de son épouse qui l’attendait, à poil au milieu de la famille Malfort au grand complet et dans le même costume, en compagnie d’une tribu néandertalienne secrète cachée depuis cent mille ans dans un temple souterrain dédié audit Crabe géant ? Même si on connaît le magistrat en question depuis trente ans, cela relève de l’impossible). 

  Il lui demande de réquisitionner d’urgence Catachrèse, son équipe et un hélico pour rappliquer vite fait sur les lieux, avec le juge Foutral, s’il te plaît. J’ai deux cadavres de notables sur les bras, le maire et le Conseiller en matière d’économie électorale. Situation équivoque, le maire à poil, et le Conseiller en matière d’économie électorale, tués par flèche comme Edmonde de la Vorme Séchée… D’accord, on boucle le quartier, on ne touche à rien et on attend…

  - Martial, Pélot est au commissariat ?
- Il y est patron, je lui ai laissé les clés.
- Faites-le venir, on a besoin de monde. Qu’il ne laisse qu’un planton. Je crois que Pourticol est de service. Il fait ça très bien.
- Pourticol est à l’hôpital, Patron, il garde Humevesne et Suceprout.
- Alors faites-le remplacer à l’hôpital. Je préfère que Pourticol reste au commissariat, les autres sont assez nuls pour s’entretuer si une porte claque…

  - Commissaire, commissaire !!!
Ravot sursaute. Il s’assoupissait sur le siège de sa voiture. Martial revient en courant, la radio à la main :
- Commissaire… (tiens, il ne m’appelle pas « Patron »…) Pélot est injoignable : une grande fille blonde est passée le demander au commissariat et il est parti avec elle… Et l’hôpital a appelé : Pourticol a été assommé et les deux prisonniers se sont enfuis…

 
Ravot passe une main lasse sur son visage :
- Et merde…
 

LE MORAL DE POURTICOL / P2C2E21


P2C2E21 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 21)

  N° 122 / LE MORAL DE POURTICOL / P2C2E21

C’est l’histoire où le commissaire Ravot remonte le moral de Pourticol et de Lepif et lance son enquête.
 

 
Mercredi 4 mai
16 heures 30
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

  - Merci, commissaire, merci !!! Vous nous avez offert un superbe spécimen ! Encore merci du cadeau !!! Même Pourticol a eu peur. Pourtant, hein, des cinglés, des ivrognes et des excités, il en a vu, lui aussi, mais là !!! (voir épisode P2C2E19 : lien)

- Allons, Lepif, remettez-vous ! Souvenez-vous des travelos brésiliens qu’on voyait défiler à Paris… Vous avez oublié la drag-queen en strass, paillettes et faux cils qui nous a fait un procès parce qu’elle avait cassé un talon en essayant de se pendre au fil de l’ampoule électrique de votre bureau pendant que vous étiez allé pisser ? Et la néo-bouddhiste qui voulait être arrêtée parce qu’elle avait tué une mouche en la noyant dans son potage ? Et la mémé qui avait braqué la banque en bas de chez elle avec un parapluie : « La caisse, ou je vous bulgarise ! ». En fait, elle s’appelait Sofia et elle croyait que son parapluie était mortel « par simple contact »… Un parapluie bulgare… Allons, Lepif, reprenez-vous…
- Pardon commissaire, désolé… Vous avez raison, je dois vieillir, ou bien c’est l’air d’ici qui manque de fumées de gas-oil, ou bien elle m’a cueilli par surprise…
- Ah, non ! Pas de déprime ! Vous n’allez pas virer faux-cul et me faire le coup de la repentance comme n’importe quel pape sénile…
  - C’était dur, commissaire, vous savez, appuie Pourticol Jean-Marc… C’était dur… Moi-même, pour la première fois en trente ans de carrière, commissaire, je vous jure, pour la première fois, j’ai eu peur, je l’avoue…
Ravot s’approche de Pourticol, le regarde dans le blanc des oeils :
- Garde-à-vous, Pourticol !

Pourticol obtempère, le képi réglementairement placé dans le prolongement de la nuque, les petits doigts sur les coutures du pantalon.

Ravot lui saisit familièrement le lobe de l’oreille entre le pouce et l’index, martial en diable, le regard dur axé sur la ligne bleue des Vosges et simultanément fixé entre les deux yeux du planton, vidés de toute pensée par la position réglementaire et par sa nature profonde, dans un strabisme administrativement héroïque :
- Z’êtes un brave, Pourticol, z’êtes un brave ! S’rez cité à l’ordre du commissariat et inscrit au Tableau d’Honneur ! (Pourticol rougit) Vous n’avez pas failli, Pourticol ! Le combat était rude, mais vous fûtes vainqueur ! Alors, bordel de bon dieu de merde, qu’est-ce que vous avez à me faire chier la bite avec vos états d’âme ? Rompez ! A votre poste !
- Oui, Commissaire, merci, Commissaire, bravo Commissaire, à vos ordres, Commissaire, je retourne au Front !!!

Et avec un demi-tour impeccable, le planton Pourticol Jean-Marc rejoint son poste et sa veille sacrée en sifflotant
la Marseillaise…

  - Bon, à nous deux, Lepif. Vous voyez l’effet de vos états d’âme sur le petit personnel ? Pourticol est un gendarme refoulé qui est entré par erreur dans la police. Il faut le traiter en soldat, et il est content… Mais vous, vous, mon petit Lepif !
- Bon, d’accord, elle m’a bluffé, pris à contre-pied… Si au moins j’avais pu lui donner une baffe, mais vous aviez dit « dans le sens du poil »… Enfin, dans le fatras de son délire, on doit pouvoir trouver quelque chose…
- Ah ! Je savais que je pouvais compter sur vous !!!
Lepif reprend ses notes…
- Voyons… Je commençais juste à trier… A première vue, rien de nouveau sur Arnaud Boufigue qu’elle dit être revenu hier soir vers minuit, ce qui correspondrait à son heure de sortie du Tapas’Embal’, mais se trouve contredit par les empreintes qu’il a laissées au Matois…
- Il faudra la revoir à ce sujet, mais pas « dans le sens du poil »…
- Je suis volontaire…
- Pas de vindicte, Lepif, pas de vindicte… Vous en étiez à Arnaud Boufigue…
- Oui, je serais très étonné qu’il lui ait dit quoi que ce soit d’important, je n’ai jamais eu l’impression qu’il était stupide à ce point, mais malgré tout, elle m’a parlé de son « bras droit », qui a eu l’air de lui faire une forte impression…
- Son bras droit ?
- Le « bras droit » de Boufigue, le directeur du Super Troc, un certain Daniel…
- A qui vous allez rendre visite…
- A qui j’avais l’intention d’aller rendre visite, avec votre permission…
- Vous voyez que vous n’êtes pas si bête que vous voulez me le faire croire pour me culpabiliser en jouant les déprimés…
- Oh, commissaire…
- Continuez, chenapan !

Rires de connivence. Décidément, l’amatelotage est réussi…

  - Et la belle Finette ?
- Eh bien là, commissaire, je crois qu’il se passe quelque chose de pas très clair. Vous êtes passé en ville. Avez-vous remarqué des affiches d’un genre nouveau ?
- Je n’y ai pas prêté attention…
Ravot éprouve comme un remord. Un regret.
- Je n’ai rien vu de spécial, se reproche Ravot pour qui toute publicité constitue un parasitage mental qu’il filtre automatiquement. Mais je vais y regarder de plus près…
Un remord : quelqu’un lui a déjà parlé des affiches… Oui, ça lui revient : c’est le maire, quand il l’a interrogé…
- Il paraît que Finette figure sur des affiches de… (il consulte ses notes)

la Nouvelle Réna. Et, je cite de mémoire, qu’elle a l’air de prendre un super panard avec un mec extraordinaire. Que Gertrude ne connaît pas, mais qu’elle aimerait connaître. Et qu’on le retrouve sur une autre affiche avec une autre nana. Désignés tous les deux comme les « élus »… Ou plutôt, des « Élus » !
- Est-ce que le maire n’y avait pas fait allusion ?
Lepif opine du chef :
- Maintenant que vous le dites…
- Et, dites-moi, si cette pub est affichée, elle doit aussi se retrouver dans les journaux, à la radio, à la télé ? Donc, à

la Lanterne… Et comme journalistes, ils doivent pouvoir en retrouver la source ?

- C’est bien possible, oui… D’ailleurs Gertrude semble faire une fixation sur un slogan, et elle s’excite chaque fois qu’elle le braille : « C’est tout na-tu-rel ! C’est tout na-tu-rel !… Une vraie cinglée. Ah, aussi, elle bouffe des saucisses à longueur de temps…

 - Oui. Bon. Alors, écoutez-moi : vous allez porter ceci à Catachrèse (il lui tend le sachet qui renferme la flèche qu’il a extraite du cou du menuisier). Je veux savoir d’où cela vient, en terme de matériaux, de traces, et surtout d’empreintes digitales, traces de sang, nature de la pointe, inscriptions éventuelles. MAIS c’est archi confidentiel et officiellement officieux : pas de dossier, pas de rapports écrits. Je lui fais confiance. Ça se passe entre nous, vous, moi, lui et ses experts. Secret majuscule : on tient peut-être une clé… Ensuite, vous irez voir ce Daniel machin à Super Troc. Et moi, je vais me renseigner à

la Lanterne. Il leur faudra bien une heure pour remonter la filière… On se retrouve chez Mado. Rompez ! Z’avez deux heures.

- Et c’est quoi, cette clé commissaire ? Elle vient d’où cette flèche ? On dirait du sang…
- Dans deux heures chez Mado ! Caltez, volaille !
 

PERQUISITION / P2C3E10

P2C3E10 (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 10)

 
N° 133 / PERQUISITION / P2C3E10

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot et son équipe perquisitionnent l’atelier de fabrication de saucisses de l’usine Lartigo, malgré les pressions et l’opposition du maire et du conseiller en matière d’économie électorale.

  Lundi 6 juin
14 heures
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

  - Eh bien, Lepif, que se passe-t-il ?

 
Le commissaire, suivi d’Eusèbe, est entré en coup de vent dans son bureau. Lepif tape nerveusement sur son ordinateur :
- Ce qui se passe ? Oh, c’est très simple, dix minutes après que j’ai eu envoyé la demande de mandat de perquisition, je recevais un coup de fil du maire, suivi à cinq minutes d’un autre du Conseiller en matière d’économie électorale : pas question d’ennuyer la plus brillante entreprise de la région pour satisfaire la paranoïa de fonctionnaires irresponsables…

  Ravot réfléchit une seconde en hochant la tête :
- Très intéressant, très intéressant… Comment avez-vous avez fait la demande ?
- Comme d’habitude : un coup de fil personnel de votre part au procureur, confirmé par un mail et un fax…
- Et qui a pu en avoir connaissance ? Appelez-moi le procureur…
 
Eusèbe s’est assis sur un coin du bureau de Ravot, renversé dans son fauteuil « chef de bureau » Baumann.

- Allo, Monsieur le Procureur ? Ravot. Vous savez pourquoi je vous appelle ?

Le commissaire et le procureur s’apprécient depuis qu’ils collaborent, après les « évènements » d’il y a deux ans. Et puis ils se connaissent de longue date… Lorsque Ravot a été nommé, la situation était confuse et l’un comme l’autre ont travaillé à l’éclaircir sans faire trop de dégâts…

- Le mandat ? Je suis en train de le rédiger, Lepif m’a expliqué que vous aviez trouvé des implants dentaires dans une chaudière, mais que vous ne pouviez pas en faire état… J’ai donc fait ouvrir une instruction à propos de la disparition d’une certaine Gertrude Pilon, comme l’a suggéré votre adjoint. Très bien ce Lepif, très bien…
- Oui, il n’est pas mal, mais ne le dites pas trop fort, il manifeste une certaine tendance à l’hypercéphalie… Pour ce qui est des implants, vous avez bien fait de ne pas en parler directement : cela mettrait en grave danger nos informateurs… Mais ce n’est pas de cela que je voulais vous parler. Avez-vous subi des pressions ou entendu des remarques au sujet de l’usine Lartigo en question ?
- Non, bien sûr. Et il ferait beau voir ! Mais… Attendez… ma secrétaire me fait signe que l’on m’appelle sur l’autre ligne. Ne quittez pas…

   Ravot fait signe à Lepif de reprendre le téléphone pendant l’attente :
- Comment ont-ils pu savoir que j’ai fait demander un mandat de perquisition ? Et en quoi sont-ils concernés ?

Eusèbe, interrogé, hausse les épaules…
- Comment voulez-vous que je le sache ? Il doit y avoir un coup tordu sous roche, ou un bon pot-de-vin à récupérer, à moins qu’ils ne craignent d’être impliqués d’une manière ou d’une autre dans quelque chose qu’ils savent ou qu’ils soupçonnent… Mais il est vrai que cette concordance d’intérêt est étrange de la part de ces irréductibles concurrents électoraux… Pour ce qui est de savoir comment ils ont appris ce projet de perquisition, vous êtes mieux placé que moi pour le découvrir…

 
Lepif fait un signe et le commissaire reprend sa communication :

- Oui, excusez-moi, Ravot, c’était le Préfet… Comment avez-vous deviné ? Il vient de me faire savoir qu’en « haut lieu » on souhaitait que Lartigo ne soit pas inquiété…
- Et qu’avez-vous répondu ?
- Que l’exécutif n’avait pas à se mêler du judiciaire, non mais !!! Cependant, faites attention, mon vieux : cela vient de l’Intérieur, et ça, c’est votre hiérarchie… Je vous envoie votre mandat et je lance une procédure avec le juge qui sera désigné, pour vous couvrir ! Normalement, ce devrait être Foutral, c’est un jeune, très actif.
- Merci, Procureur. Je vais essayer d’aller vite…

  Il raccroche, l’air soucieux :
- Lepif, de quels effectifs disposons-nous ?
- Pélot et Martial doivent être rentrés, j’ai demandé au commissaire Catachrèse s’il pouvait venir de Pau, et il nous envoie Amélie Fouad, sa chimiste, pour les prélèvements, et on a une dizaine d’agents sous la main…
- Elle arrive bientôt cette Amélie ?
- Elle est là ! chantonne la petite chimiste mignonne en passant la tête par la porte entr’ouverte du bureau. Le planton m’a dit que vous étiez tous ici et que vous m’expliqueriez ce qui se passe…
- Comme si Pourticol en savait quelque chose ! grogne Lepif, ce qui lui attire un regard surpris puis ironique de Ravot qui se garde bien de tout commentaire.
- Eh bien, Lepif, il vous reste à rassembler tout le monde en tenue d’assaut et nous partons.
- Je ne pense pas que ce soit ma place… remarque Eusèbe.
- La presse, mon cher, la presse… Vous avez votre carte ?
- Toujours, répond Eusèbe en brandissant le carton plastifié qu’il garde précieusement dans sa veste.
- Je ne pourrai pas vous laisser entrer dans l’usine puisqu’il s’agit d’une opération officielle couverte par le secret de l’instruction, mais il peut se passer des choses intéressantes au-dehors… Alors, en route…  

 
Un quart d’heure plus tard, trois voitures suivies d’un car de police s’arrêtent devant la grille à claire-voie des usines Lartigo.

  De la première voiture, conduite par Lepif, descendent Ravot et Amélie (c’est vrai qu’elle est mignonne, cette petite rouquine, avec ses drôles d’yeux de chat pas tout à fait pareils et ses taches de rousseur). De la deuxième, conduite par Martial, descendent les deux autres inspecteurs, dont un Pélot suant et soufflant. De la troisième s’extrait Eusèbe qui a agrafé sa carte au revers de sa veste. Le car reste sagement en retrait.

 Ravot s’approche de la grille coulissante derrière laquelle le poste de garde est bien visible. 

  Un vigile y somnole en feuilletant distraitement une revue que Ravot reconnaît pour être de celles que

la Nouvelle Réna publie maintenant à la gloire des Élus, mélange de mangas et de romans photos aux couleurs fluos qui racontent comment les Élus sauvent le monde par leur action quotidienne sur le temps, comme dans cette histoire où leur souffle transcendant fait fondre la neige de la congère où s’est enlisé l’autocar scolaire qui transporte les petits tétraplégiques de cette banlieue sud, si malheureux de ne pouvoir manger les Saucisses que le Puant Putois Putassier leur a lâchement et sauvagement dérobées, les réduisant à une dépression terrible…

 Il est vrai que l’action de la Nouvelle Réna porte de plus en plus sur les banlieues où ils parviennent à remplacer les circuits traditionnels de distribution de la drogue qui souffrent de problèmes d’approvisionnement (un effet bénéfique de la météo !). Et qui, bien sûr, s’en vantent :

la Paix dans les banlieues par l’Action de

la Nouvelle Réna ; le Grand Putier vous amène

la Paix ; les Élus vous apportent l’Espoir du Monde Meilleur ; bannissez le Désordre, mangez des Saucisses. 

  Parce que maintenant, ce sont des Saucisses… Et que les boîtes de saucisses ont été rebaptisées des « pyxides », du nom des coffrets qui servaient à transporter les hosties consacrées ! Saintes Saucisses…

  Ravot passe sous la petite barrière qui ferme le passage étroit réservé aux piétons. Le vigile lève un regard surpris :
- Eh, vous, là ! qu’est-ce qui…
- Police ! l’interrompt Ravot en brandissant sa carte. Prévenez votre direction et ouvrez la grille !

Le vigile décroche un téléphone, appuie sur un bouton et discute un petit moment avant de répondre :
- Mon chef va venir vous parler, je ne peux pas vous ouvrir comme ça…
- J’ai un mandat de perquisition et j’entrerai de gré ou de force !
- Oh, la grille est solide, vous savez…

Ravot sourit :
- Lepif, appelez les renforts, Monsieur fait des manières. Faites donner nos agents…
- Avec plaisir, commissaire…
- Mais, vous n’allez pas…

 
Lepif fait un signe au car et les dix hommes qu’il contient, casqués, visière baissée, lourdement bottés, cuirassés de gilets pare-balles, gantés et armés de mousquetons en descendent pour se ranger devant la grille fermée.

  Et tandis que l’inspecteur lance ostensiblement un appel à renforts, Ravot fait signe à un agent musclé de le suivre sous la barrière et lui ordonne d’entrer dans le poste de garde pour ouvrir la grille. La porte vitrée du poste est fermée à clé par le vigile passablement affolé. Ravot confirme son ordre et l’agent brise d’un coup de crosse de mousqueton la vitre de la porte, passe une main gantée dans le trou, tourne la clé restée dans la serrure et entre dans le poste où le vigile se réfugie derrière son bureau en balbutiant « vous ne pouvez pas… vous ne pouvez pas… », tout en brandissant un pistolet tremblant que l’agent lui fait sauter des mains d’une baffe négligente. Puis il appuie sur le bouton « ouverture » du pupitre. La grille s’ouvre.

 
L’agent conduit à Ravot le vigile effondré qu’il tient par le cou, avec l’air satisfait du cocker qui rapporte le lièvre pantelant aux pieds de son maître.

- Embarquez ce zigoto dans le car ! commente le commissaire d’un air négligent. Pour rébellion ! ajoute-t-il en se retenant de rire.

  C’est alors qu’ils sortent du bâtiment.

 
« Ils », c’est une grande femme sèche en tailleur noir, encadrée de deux hommes en costume cravate, eux-mêmes escortés du maire, écharpe tricolore sur la bedaine, et du Conseiller en matière d’économie électorale.

  La grande femme, cheveux gris fer tirés en un petit chignon et lunettes à grosse monture d’écaille, précède le groupe de deux pas, l’air d’être très très pas contente du tout de la situation, non mais !
 
Son cou fripé maintenu par un ruban de velours noir se tend comme celui d’un oiseau maigre derrière un menton pointu, pointé sur les envahisseurs qu’il transpercerait pour un peu. 

  Non mais !

  - Madame Edmonde de la Vorme Séchée, je présume ? commissaire Ravot. J’agis sur mandat de perquisition ordonné par Monsieur le Procureur de

la République et vous somme de nous ouvrir vos locaux sans résistance ni dissimulation.
- Mais commissaire, c’est inouï ! proteste le maire qui a rattrapé la directrice et tente de s’interposer, au risque de s’éborgner au menton pointu pointé.
- Monsieur le maire, je vous prierai de rester à l’écart de tout ceci. Je vous ferai convoquer ultérieurement pour que vous puissiez expliquer par quel miracle vous vous trouvez ici maintenant.
- C’est inadmissible ! proteste à son tour le Conseiller en matière d’économie électorale. Voilà une entreprise exemplaire exposée à la collusion d’un groupe de presse et d’intérêt pour le moins louche. Je vous prie de noter mon opposition à ces méthodes policières honteusement brutales et indignes de notre République. Nous tirerons au clair cette vindicte. Il faudra vous expliquer sur la présence de ce… monsieur (il désigne Eusèbe) au service de qui vous semblez avoir abdiqué toute raison…
- C’est une collaboration indigne ! poursuit le maire…
- Il est vrai qu’en matière de collaboration, vous êtes expert, reprend Ravot. Cependant, j’en suis à ma deuxième sommation…

  La grande femme lève une main, l’air plus pincé que jamais :
- C’est bien, messieurs. Mes assistants (elle désigne les deux costumés qui n’ont toujours rien dit) vont vous conduire.
- Votre présence sera nécessaire, précise Ravot. C’est la loi. C’est vous qui dirigez cette entreprise.
- C’est ennuyeux, je n’ai pas de temps à perdre…
- Vous m’en voyez désolé. Je répète : c’est la loi. En revanche, vos… amis (il désigne les édiles) ne seront pas autorisés à nous suivre. Mais ils pourront discuter avec Monsieur Malfort, puisque la presse doit rester au-dehors pendant l’acte judiciaire que constitue la perquisition proprement dite…

  Le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale se regardent :
- Non merci. Ce monsieur incarne une presse qui ne correspond pas à l’idée que nous nous en faisons…
- Je vous attendrai ici, commissaire. Rassurez-vous, j’ai déjà de quoi rédiger un article qui ne manquera pas d’intéresser ces Messieurs…
 
- Eh bien allons-y. Je désire tout d’abord visiter les ateliers de fabrication des saucisses  « Spéciales Initiés », en commençant par le début, c’est-à-dire la totalité de vos stocks de matière, pour poursuivre par la fabrication proprement dite, jusqu’aux stocks de produits finis. L’inspecteur Fouad ici présente procèdera à tous les prélèvements qu’elle pourra juger utiles. L’inspecteur Lepif et l’inspecteur Pélot procéderont aux fouilles éventuelles, et l’inspecteur Martial restera pour commander les forces extérieures.

  Deux heures plus tard, et malgré les protestations multipliées de la directrice et de ses assistants (« Vous ne pouvez pas entrer ici sans tenue spéciale » « Eh bien fournissez-la ! » « Enfilez ces blouses et ces sur-bottes », « Vous ne pouvez pas ouvrir cette machine en fonctionnement » « Eh bien, arrêtez-la ! », « Vous allez casser la chaîne de froid » « Regardez, chère Madame, regardez : votre regard congèlerait la banquise », « On ne peut pas arrêter l’incinérateur » « Mais si, mais si, il suffit de l’éteindre », « C’est très chaud ! » « Nous reviendrons en fin de visite, ce sera refroidi », « Prenez un carton entier, mais pas une saucisse par-ci par-là » « nous n’avons pas la place de prendre un carton par-ci par-là » « Vous ne pouvez pas photographier » « Je vais me gêner ! » « Non, pas l’ordinateur, nous en avons besoin ! » « C’est un réseau vous en utiliserez un autre » « Que faites-vous là ? » « Une copie des mémoires centrales »), sous les yeux d’employés uniformément distants et hostiles, et qui n’attendent manifestement qu’un signe des « patrons » pour faire un mauvais parti aux visiteurs, les quatre policiers sortent rejoindre Martial, ravi d’avoir coupé à la corvée de fouille.
 
Ravot, Lepif, Pélot et Amélie Fouad retirent leur blouse salie (surtout celle de Lepif qui a dû aller avec Amélie effectuer des prélèvements peu ragoûtants dans l’incinérateur juste avant de finir la tournée) (satisfait, Lepif, satisfait : ils y ont « trouvé » quatre drôles de vis et ont fait signer le PV de saisie par la patronne qui ne les a pas suivis jusque dans les entrailles fuligineuses de la chaudière encore brûlante, et qui a haussé les épaules devant ces bouts de ferraille…) (Voir P2C2E22 et P2C3E6).

Les blouses sont jetées dans l’incinérateur toujours éteint qu’un employé grincheux referme et redémarre devant eux. Il regrette manifestement de n’avoir pas pu profiter de la présence de Lepif et d’Amélie dans le four pour appuyer sur son bouton rouge…

  Trois glacières de viandes et de saucisses, une unité centrale d’ordinateur, un disque dur de copie, amené par Amélie, grande prêtresse informatique (elle n’est pas que chimiste) de l’équipe de Catachrèse et soigneusement bourré de tout ce qu’elle a pu prendre…

 
- Ne vous plaignez pas, ma chère, nous étions en droit de saisir le serveur central de l’usine, et de visiter les autres ateliers. Mais pour répondre aux conseils de modération de vos amis, nous n’avons effectué qu’une copie succincte… J’espère que vous apprécierez notre discrétion et que vous nous pardonnerez le dérangement que nous vous avons causé. Votre vigile sera libéré demain et nous nous contenterons d’une admonestation. Il a fait de son mieux pour répondre à vos instructions et il a eu la chance de tomber sur un policier expérimenté et d’un grand sang-froid… Un jeune fonctionnaire aurait pu riposter quand il a sorti son arme… Bref, vous recevrez un compte-rendu officiel de nos conclusions s’il s’avère que vous vous trouvez placée en examen, sinon, eh bien, nous vous rendrons simplement vos biens après analyse. Mais ne craignez rien. Nous sommes tenus au secret professionnel…
- Vous aurez affaire à nos avocats… Votre intervention n’a pas été justifiée. Je ferai agir mes relations…
- Je n’en doute pas une seconde et vous souhaite une agréable fin de journée… Mes hommages…

  - Avez-vous trouvé quelque chose dans leur informatique ? demande Ravot à Amélie, de retour au commissariat
- C’est trop tôt pour le dire. Il faut regarder dans l’ordi. Ils m’ont paru protester un peu trop vivement lorsque nous l’avons embarqué : c’est celui qui pilote leur chaîne de fabrication, un simple serveur. La réaction était démesurée. En revanche, la copie du serveur n’a pas paru les gêner outre mesure…
- J’ai eu l’impression qu’ils avaient eu le temps de retirer tout ce qui est gênant, si gênant il y a eu. Rien de spécial dans les chambres froides où toutes les origines de viande sont tracées, rien de spécial dans les stocks de produits finis… Le matériel est nickel… C’est trop bien. Et les guignols qui nous attendaient…
- Tsss… Les édiles, Lepif, les édiles… Au fait, Malfort était parti ?
- Oui commissaire, il est parti en même temps que le maire… Il m’a dit qu’il vous rappellerait…
- Eh bien, il nous reste à dépouiller tout cela. Au boulot !
- Je vais rentrer analyser les échantillons prélevés pour vérifier la nature des viandes dans les produits finis. Par l’ADN on devrait savoir si c’est du porc, du bœuf, du poulet…
- … ou du Pilon… enchaîne Lepif.