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RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

LES CADAVRES / P3C1E26

P3C1E26 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 26)

  N°171 / LES CADAVRES / P3C1E26

 
C’est l’histoire où l’on découvre les deux cadavres, du maire et du conseiller en matière d’économie électorale.

  Vendredi 10 juin
Le soir, juste après ce qui a précédé.
Saint Tignous sur Nivette

 
La sonnerie de son portable arrache le commissaire à ses réflexions :
- Ravot, j’écoute ? Oui, Martial ? Qu’est-ce qui vous prend ? J’avais demandé qu’on me fiche la paix ce soir… QUOI ???? J’arrive…

 
Le premier corps est celui d’Hilarion-Jovial, qui semble sortir de la petite cour sur l’un des côtés de laquelle est garée sa voiture. 

 
Couché face contre terre, il venait manifestement de s’engager sur le chemin discret qui passe derrière l’hôtel Marengro et conduit à l’un des quartiers du lotissement des Six Mille qui se trouve là au bout, en impasse.
 
C’est d’ailleurs l’un des habitants de cet endroit qui a découvert le cadavre et alerté la police. 

  Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse a l’air de se diriger vers la route qui passe devant l’hôtel.

  Les bras étendus devant lui, comme s’il était tombé en pleine course, il a été frappé de deux flèches, l’une au creux des reins, tirée par derrière, et l’autre dans la bouche, tirée de face, et qui ressort par la nuque, comme celle qui a tué la Vorme. 

  Il y avait donc deux archers (deux Amazones, pense aussitôt Ravot).

  - Appelez Lepif, Martial, et dites-lui de faire venir Amélie Fouad. Prévenez aussi le Procureur et le légiste, et…
- … et c’est pas tout, Patron, y’en a un autre à l’intérieur…
 
L’air consterné de Martial laisse à penser qu’effectivement, « c’est pas tout, Patron ». 

  La chambre se trouve au bout d’un petit couloir. Assez vaste, elle renferme, outre un vaste lit, deux fauteuils, un ample divan et une table basse qui constituent un coin salon. Le tout dans une atmosphère de bonbonnière tendue de satin rose sur fond de moquette bleue. Un petit nid d’amour. La salle de bains, presque aussi grande que la chambre, résume à elle seule ce qui se fait de mieux en matière d’art balnéosanitaire. Ne manque que la piscine. Mais la baignoire est au moins à six places…
 
Le maire est allongé entre la porte et le lit, tourné vers le lit. Il est nu. Sur son dos est étalée une peau, ou quelque chose qui ressemble à une peau… Tannée ? Curieux aspect… Poil noir dispersé… 

 
Couché la face contre le sol, la tête couverte de sang, il a les bras étendus devant lui et les jambes écartées. Près de lui, l’arme du crime, une batte de base-ball à l’extrémité tachée de sang sur laquelle subsistent quelques cheveux. 

  En s’approchant avec précautions pour ne pas brouiller les traces, Ravot observe que l’occiput a été arraché par un coup donné à la volée, comme le swing d’un golfeur. Quelques débris d’os et de cuir chevelu ont été projetés contre le lit… 

 
Le coup a dû être porté avec une extrême violence.

  Le maire et le Conseiller en matière d’économie électorale… C’est beaucoup le même soir… Sans parler du retour d’Arthur Malfort, qui pour sa part, devra rester discret…

 
Ravot appelle le Procureur Kératine, que Martial a déjà prévenu. Lui expose la situation (sans parler d’Arthur, évidemment : comment pourrait-on expliquer à un magistrat du Parquet que ce Monsieur, délégué officiel à l’ONU, a été enlevé par un Crabe géant, repêché mort, et qu’il a ressuscité entre les bras de son épouse qui l’attendait, à poil au milieu de la famille Malfort au grand complet et dans le même costume, en compagnie d’une tribu néandertalienne secrète cachée depuis cent mille ans dans un temple souterrain dédié audit Crabe géant ? Même si on connaît le magistrat en question depuis trente ans, cela relève de l’impossible). 

  Il lui demande de réquisitionner d’urgence Catachrèse, son équipe et un hélico pour rappliquer vite fait sur les lieux, avec le juge Foutral, s’il te plaît. J’ai deux cadavres de notables sur les bras, le maire et le Conseiller en matière d’économie électorale. Situation équivoque, le maire à poil, et le Conseiller en matière d’économie électorale, tués par flèche comme Edmonde de la Vorme Séchée… D’accord, on boucle le quartier, on ne touche à rien et on attend…

  - Martial, Pélot est au commissariat ?
- Il y est patron, je lui ai laissé les clés.
- Faites-le venir, on a besoin de monde. Qu’il ne laisse qu’un planton. Je crois que Pourticol est de service. Il fait ça très bien.
- Pourticol est à l’hôpital, Patron, il garde Humevesne et Suceprout.
- Alors faites-le remplacer à l’hôpital. Je préfère que Pourticol reste au commissariat, les autres sont assez nuls pour s’entretuer si une porte claque…

  - Commissaire, commissaire !!!
Ravot sursaute. Il s’assoupissait sur le siège de sa voiture. Martial revient en courant, la radio à la main :
- Commissaire… (tiens, il ne m’appelle pas « Patron »…) Pélot est injoignable : une grande fille blonde est passée le demander au commissariat et il est parti avec elle… Et l’hôpital a appelé : Pourticol a été assommé et les deux prisonniers se sont enfuis…

 
Ravot passe une main lasse sur son visage :
- Et merde…
 

COUIC L’INDIC / P3C2E12

P3C2E12 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 12)

 
N°201 / COUIC L’INDIC / P3C2E12

 
C’est l’histoire où les Amazones investissent la base de Guamblin et égorgent leur indicateur.

 Jeudi 16 juin
7 heures
Île de Guamblin
(12 heures 30 en France)

(Suite directe de P3C2E11 : lien)


Les trois filles se séparent, deux d’entre elles longent la côte, chacune dans une direction, pour « nettoyer » les environs, tandis que la troisième reste sur place pour le cas où quelqu’un sortirait par la porte métallique qui aurait dû être gardée.

 
C’est inquiétant, mais, bon…

  L’affaire n’a pas pris plus d’une heure. C’est ce qui était prévu.
 

Alors tant pis pour les anomalies, elle détache le petit émetteur qu’elle porte à la ceinture, près de son poignard, et, en deux phrases brèves, elle confirme le succès de leur commando : la surface de l’île est dégagée.

  Un quart d’heure plus tard, les deux autres reviennent : elle n’ont trouvé personne. Des postes de garde vides.

 
Les trois acolytes se gaussent de ces foutus Chochos qui n’ont pas de suite dans les idées. C’est vrai, quoi… Avec un front et un nez pareils, faut pas s’attendre à des génies… Sans parler de leur gros cul !

  Rapidement, elles balisent un terrain plat à l’aide de lampes torches, car la nuit est encore profonde.
 
Un bourdonnement : leur hélico revient, dépose cinq nouvelles Amazones et repart.

  S’il l’avait pu, leur contact serait venu leur ouvrir la porte, mais il a dû être retenu. Il travaille aux transmissions. A l’entretien, bien sûr : les prisonniers (c’est comme cela que se définissent les anciens occupants de la base qui s’y sont trouvés « coincés » après la défaite des Numéros) ne travaillent pas comme opérateurs ! Les Chochos sont cons, mais quand même pas à ce point. Enfin, de temps en temps, il peut passer un message. Mais là, pas un mot depuis mardi minuit. 

 
Heureusement qu’il a pu transmettre les informations utiles dimanche dernier…

  Encore deux rotations… Dix Amazones de plus.
 

Elles sont dix huit en tout.

  Celle qui commande ouvre la porte métallique. 

 
Elle s’attendait à trouver une certaine résistance, une serrure verrouillée, des gardes là-derrière… 

  Rien, tout est ouvert ! La porte était simplement poussée contre son chambranle. Entr’ouverte, en fait.
 
L’obscurité est totale et le silence complet. On n’entend même pas le bourdonnement de l’usine, qui pourtant reste toujours présent, aux dires des correspondants.

  Le désert.

 
On allume des torches électriques et on s’enfonce dans la galerie obscure…

  Tout est donc éteint dans ce monde souterrain ? Inerte ? Mort ?

Voilà qui arrangerait bien le commando, où l’une éclaire l’autre qui garde l’arc à-demi tendu… Ce n’est certes pas l’arme idéale pour cet endroit clos et renfermé, sauf dans ces vastes salles où l’on débouche au milieu de machines silencieuses…

  Elles ont même pu prendre le temps d’ôter les combinaisons de plongée qui les protégeaient du froid et de l’eau, et de remettre leurs tuniques, pour retrouver leur apparence de chasseresses sacrées, confortées d’ainsi redevenir la Première Garde de l’Élue…

  …de l’Élue dont le Falcon a décollé juste avant le dernier retour de l’hélico, après que toute la piste a été déployée et orientée : elle part en Harpie rejoindre son Frère. 

  Il y a de grandes chasses dans l’air !
 

À Guamblin, les nerfs sont tendus comme les cordes des arcs… Celles qui tiennent les puissantes torches électriques et qui éclairent la progression ont gardé le leur en bandoulière et sorti leur poignard, mais les autres sont prêtes à tirer…

  Un mouvement… Les faisceaux convergent vers une silhouette furtive…

- Rendez-vous ! s’écrie celle qui dirige le commando, rendez-vous ou bien nous irons vous chercher et vous le paierez de votre peau !
- C’est vous ? répond une voix dans l’ombre, ne tirez pas, je suis celui qui vous a envoyé les messages… Votre indicateur… Votre allié…

 
Un homme sort de la pénombre, en combinaison bleue, les bras levés.

Ébloui par les torches, il avance prudemment, lentement…

  Une Amazone se détache du groupe et passe derrière lui, profitant de son éblouissement pour rester invisible dans la vaste salle encombrée d’écrans et d’ordinateurs éteints où ils se trouvent, la salle de communication, manifestement.
 
Elle lui tire les bras en arrière et lui plante un genou au creux des reins, le forçant à s’agenouiller. Et puis, tandis qu’il couine un peu, affolé d’être ainsi surpris, elle lui lie les coudes derrière le dos, à l’ancienne…

  La troupe entoure le prisonnier :
- Que se passe-t-il ?
- Je ne sais pas. Depuis hier matin, plus rien ne fonctionne et les Chochos ne se parlent plus que dans leur langue. Tous les moyens de communication ont été débranchés. Je n’ai donc pas pu vous prévenir. Et puis ils ont arrêté les machines et les autres prisonniers ont été attachés et emmenés vers la gare. J’ai pu me dissimuler pour vous attendre, et d’un seul coup, tout s’est éteint, la centrale électrique s’est arrêtée et les portes étanches de la gare ont été fermées. Comme s’ils avaient tout abandonné…
- Tu nous racontes des histoires, l’interrompt celle qui commande. Si la centrale est coupée, ils ne peuvent pas fermer les portes et le train ne roule pas…
- Si : le train peut être alimenté par la base ONU de Puerto Cisnès… Mais je ne sais pas s’ils sont partis… Quand je vous ai entendues, j’ai eu peur que ce soit les Chochos, qui peuvent avoir remarqué mon absence… Il faut me prendre avec vous…
- Ils n’ont pas abandonné leur usine comme ça… Tu nous as trahis, c’est cela la vérité !!

 
Le groupe des Amazones qui l’entoure s’est de lui-même mis en défense, formant un cercle hérissé de flèches prêtes à partir…

  - Tu seras écorché vif pour ça ! Tu n’as pas compris quand on a liquidé le traître précédent ?
- Non, je vous en supplie ! Je n’ai pas trahi, je dis la vérité !
 
Un coup de botte le pousse à terre et un poignard se lève au-dessus de son visage révulsé dans la lumière brutale des torches…

  - Noonnn !!!

 
Trop tard : couic…

  Il est exactement 8 heures.

L’EXPLOSION / P3C2E13

P3C2E13 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 13)

 
N°202 / L’EXPLOSION / P3C2E13

C’est l’histoire où l’île de Guamblin explose. Avec un plan du réseau d’exploitation de clathrates qui alimente la base de Guamblin, et des explications techniques.

  Jeudi 16 juin
8 heures
Île de Guamblin
(13 heures 30 en France)

  (Suite directe de P3C2E11 et de P3C2E12 : liens)

 
C’est alors qu’il y a eu l’explosion…

 
Evidemment, pour l’indicateur, c’était fichu.

  Pour les Amazones aussi…
 
Mais elles ne le savent pas encore.

  Et lui ne le sait plus…

  V
ous, si, parce que je vous le dis. 

  Mais faut quand même que j’explique.
 

Tout au fond de la base se trouvent les salles de détente des gaz issus des deux réseaux de captage, là où le méthane se sépare de l’eau qu’il entraîne dans la décomposition des clathrates[1] d’où il provient. C’est de là que ces eaux de décantation sont pompées vers l’extérieur pour être éliminées.

  Les Goums (entre nous, on dit les Goums ; ce sont les Méchants qui disent les Chochos) se sont repliés dans la « gare » qui a été installée derrière les portes massives qui fermaient jadis la base du Hai I (celui qu’a coulé Ôoumloc en P1C3E24), et ils sont partis, Mnouay en tête, sur un convoi à destination de la base ONU de Puerto Cisnès qu’Arthur a prévenue d’avoir à leur faire de la place. Les responsables de la base connaissent l’existence des Goums, mais pas le « petit personnel » qui a été éloigné. Les « prisonniers », soigneusement encadrés sont du voyage. Et pour ne pas perdre de temps, on a laissé ceux qui voulaient jouer à cache-cache se dissimuler comme ils le veulent. Tant pis pour eux. Si c’est pour un besoin pressant, ils n’avaient qu’à prendre leurs précautions plus tôt. Voilà.

 
C’est pour cela qu’il n’y a personne dans la base où tous les feux ont été éteints. N’y reste en fait que le « correspondant » des Élus qui s’était planqué dans les toilettes… 

  Mais non, il n’avait pas prévenu de l’attaque des Amazones. Pas lui…

Ça s’est trouvé comme ça. Et il est vrai qu’il n’a pas trahi les Amazones ! N’empêche que le type s’est fait égorger vite fait. On ne plaisante pas en Omphalie. Et surtout pas avec les lampistes.
 
En fait, ça marche comme ça :

  De l’île Guamblin à l’île Tenquehuén, au Sud, se dessine un vaste arc de cercle, une baie sous-marine qui creuse le large plateau continental sous lequel sont accumulées les ressources de clathrates qui alimentent en méthane la base des Goums et leur usine de fabrication de soupe. Un bassin symétrique se retrouve au Nord. 

 
Le méthane circule dans deux réseaux de captage séparés, formés de galeries sous-marines interconnectées qui passent sous les gisements de clathrates dans lesquels elles débouchent. Le réseau Nord (environ 300 kilomètres de galeries) n’est utilisé que lorsque la production du réseau Sud (même extension, mais captages plus proches) est interrompue pour des opérations de maintenance ou de vérification. Le débit du gaz est réglé par la dépression qu’implique la demande dans le collecteur principal (de dix mètres de diamètre) lorsqu’il débouche dans la base.

Dans les bases d’Europe, plus anciennes (Agotchilho a près de cent mille ans), ce réglage est déterminé par la dimension des petits conduits qui partent de l’arrivée du collecteur jusqu’à chacun des points d’utilisation. Et le collecteur principal y est, bien sûr, moins important et permet juste le passage d’un mineur à genoux. Mais la base de Guamblin est très récente et lorsqu’elle a été réaménagée et agrandie pour recevoir les sous-marins nucléaires, tout cela a été démesurément développé[2] sous les ordres du Professeur Pouacre, avec le même objectif et le même matériel tunnelier qu’à Thulé. Et c’est ce même matériel qui sera réutilisé pour creuser les mines sous le détroit de Gibraltar…

  Une carte permet de mieux comprendre :



carte Guamblin

Où les lignes rouges représentent les galeries d’exploitation du gisement de clathrates de méthane, les points rouges les puits d’extraction verticaux, et le tracé bleu la ligne de chemin de fer qui relie la base de Guamblin à Puerto Cisnès et à la base de l’ONU.

 

Ici, ce sont des vannes qui règlent l’alimentation des chaudières de la centrale électrique et les divers points d’utilisation du méthane. Les gaz brûlés sont refoulés sous pression sous l’eau à une profondeur suffisante pour s’y dissoudre en grande partie et pour que le bouillonnement que produit ceux qui remontent en surface passe inaperçu.

  A cinquante kilomètres au large, juste en face de l’ouverture de la baie Sud, se trouvent l’Omphalie et l’îlot volcanique sur lequel elle s’appuie.
 
C’est au sortir de la salle de détente du réseau Sud qu’a eu lieu l’explosion programmée de pains de plastic collés autour de la vanne principale…

  Dans un premier temps, la plaque d’acier sur laquelle la vanne est montée a volé d’un seul morceau, arrachée de son logement. C’est une grosse plaque de blindage en acier au manganèse, un acier très dur, de celui dont on fait les tourelles des fortifications et les rails de chemin de fer. Deux mètres de diamètre. C’est une forte explosion.
 
Le résultat, c’est que la salle de détente du méthane (dont la pression n’est qu’à peine inférieure à celle de son gisement, soit deux cents mètres d’eau (20 bars) plus cent mètres de sédiments (22 bars) et autant de clathrates (disons 10 bars), tout cela en moyenne, ce qui fait au total une grosse cinquantaine de bars) s’est trouvée d’un seul coup d’un seul ramenée à la pression atmosphérique, et que le gaz en quantité et en pression énormes a jailli, d’un seul coup d’un seul, boum, dans la base. 

  À la louche, pour un trou de deux mètres de diamètre, donc de 31 400 cm² en ne comptant que 50 bars, ça fait un coup de bélier de 1 600 tonnes, augmenté de la brutale expansion du gaz ramené à la pression atmosphérique, que je suis infoutu de calculer. J’offre une prime d’un Carambar à qui donnera la bonne réponse…

 
Et pschitt ! 

  Comme un bouchon de champagne, tout le sommet de l’île s’est retrouvé projeté dans l’atmosphère avec une partie des installations. 

  Faut quand même reconnaître que la Mémoire Goum a du bon : depuis qu’un accident du même genre a fait sauter tout un secteur de la côte de Finlande, à Storegga, 8000 ans avant notre ère, ils se méfient. Et donc, la vanne principale est placée juste dans le prolongement du « toit » qui est prévu pour jouer le rôle de soupape. Les installations « sensibles », comme leur salle de Mémoire, leurs locaux d’hébergement ou l’usine, c’est-à-dire l’ex-base sous-marine, sont à l’abri du coup du champagne. En revanche, ils n’ont pas hésité à placer la salle de communication en plein courant d’air… ou plutôt, de méthane ! Faut reconnaître que la communication n’est pas le fort d’une civilisation qui se dissimule depuis tellement de millénaires… 

  C’est pour ça que les Amazones et leur agonisant acolyte se sont trouvés expédiés dans la nature lorsque, vroum, tout a pété… 

  Même pas eu mal. Pas eu le temps : pulvérisées les minettes !
 
Sauf une, la chef justement, celle qui venait d’égorger le correspondant. C’est d’ailleurs lui qui l’a protégée du souffle : il était gros et mou et il a absorbé l’impact. La voilà expédiée en l’air comme une balle de ping-pong sur un jet d’eau dans un stand de tir à la carabine ! Et roulez jeunesse !  

  L’Amazone volante s’agite dans l’espace, dénudée par le souffle qui la porte et la soutient.

 
- Tiens, une Amazone ! remarque le condor qui passe, l’œil indifférent… 

  Car si le concerto en sol mineur, le condor en sol andin[3], comme dit la Sagesse des Nations.

  Il est vrai que les condors ne sont pas très malins. Ils ne s’étonnent pas facilement : vous trouveriez ça normal, vous, en regagnant votre aire, de voir danser une Amazone à poil sur un jet d’eau et de méthane, à quatre cents mètres d’altitude ? Et le pire c’est que le geyser est de plus en plus fort, rendu opaque par l’eau pulvérisée que le gaz entraîne dans son rugissant jaillissement, avec des pierres et tout ! C’est que le mur de contention dans lequel est installée la vanne a été emporté et que la galerie de dix mètres de diamètre crache plein pot ! Un sacré gazoduc…

  Le gisement se vide depuis les multiples points de captages percés du fond de l’océan jusqu’au cœur de la couche des clathrates qui se déstructurent en bouillonnant et se ruent dans les larges conduits, fondus en eau et en gaz mêlés, précipités vers l’extérieur par la pression de l’eau et des sédiments de la plate-forme continentale qui les contient et les écrase du poids des résidus de l’érosion millénaire de toute la Cordillère des Andes, chassés dans les tuyaux soigneusement ouverts dans la roche par l’art tunnelier des Goums que le puissant matériel des Numéros avait mis en oeuvre… 

  Le gisement se VIDE !

  Et l’Amazone furieuse danse là-dessus, en engueulant le condor qui passe et qui, entre nous, n’en a strictement rien à faire…

 
C’est un ahurissant volcan d’eau et de gaz qui monte très haut dans le soleil de l’aube qui perce au-dessus de l’horizon andin, un volcan froid, si froid que l’eau s’y transforme en glace pour retomber en geyser de neige sur toute la région, un volcan qui monte d’un seul élan, de plus en plus volumineux, de plus en plus violent, incontrôlable, de plus en plus haut, et le condor perd de vue l’Amazone qui monte toujours, poussée par la vidange de 1300 kilomètres carrés de gisement, par les dizaines de milliers de kilomètres cubes de gaz et d’eau gelée issus de la détente de quelques cent trente kilomètres cubes de clathrates sous haute pression qui partent vers le ciel dans le grondement volcanique de leur détente brutale, c’est un nuage rougi par le soleil levant qui s’étale en une vaste flaque de sang céleste…

  Et le condor ricane, le mépris au bec, lorsqu’en passant la fille lui montre le poing, puis les fesses, menaces en l’air d’une chatte enragée à l’oiseau qui rentre, lui, à l’aire, tout peinard, au petit matin, après une nuit sur laquelle nous tirerons un voile pudique, car le condor, mais pas toujours.

  C’est ainsi qu’échoua la conquête de l’île Guamblin par les Amazones.


[1] Je rappelle, pour ceux qui ne suivent pas, que les clathrates de méthane (il s’agit toujours ici de clathrates de méthane) sont un assemblage chimique solide d’eau et de méthane qui se forme dans certaines conditions de température et de pression. Un peu de sérieux au fond de la classe, SVP ! Interro à la fin du chapitre.

[2] Voir « Le creusement des galeries », la note des Numéros, qui sera bientôt reproduite. C’est le souvenir de cette note qui a donné à Arthur l’idée de cette opération.

[3] Il est à noter qu’il existe des sols mineurs dans les Andes, mais cette convergence brusquée s’y est révélée historiquement dramatique, comme au Potosi par exemple… Il ne fait pas bon éveiller le con qui dort.

EL CÓNDOR PASA / P3C2E14

P3C2E14 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 14)

 
N°203 / EL CÓNDOR PASA / P3C2E14

 
C’est l’histoire où un condor associal se trouve bien puni de sa gourmandise tandis que l’Omphalie est rayée de la carte.
 
Jeudi 16 juin
9 heures et quelques
Île de Guamblin
(14 heures et quelques en France)

 
(Suite directe de P3C2E11, de P3C2E12 et de P3C2E13 : liens)
 
Mais ce n’est pas fini.

 
Une heure après l’explosion initiale, le condor est revenu se poser sur l’aire secondaire qu’il a installée, comme une garçonnière, dans un creux de la minuscule île volcanique sous laquelle s’amorce l’Omphalie.
 
C’est un condor asocial qui pratique un art de vivre basé sur la discrétion et qui aime l’air marin réchauffé d’étrange façon par les émanations souterraines qui remontent de la cité des Amazones. 

 
C’est aussi un pervers qui entretient une liaison contre nature, mais passionnée, avec un grand oiseau blanc nocturne qui n’est pas toujours là, mais que quand il y est, ça vaut son coup, nom d’un petit condor. Un harfang :
- C’est comment, toi ?
- Moi, c’est condor.
- Moi c’est harfang.
- Ah oui ? C’est pas une blague ?
- J’te jure, tu veux voir ?
- Montre… 
 
Et puis il est nourri par les Amazones que ça amuse de le voir frissonner des caroncules devant l’Oiseau de l’Élue qui le fixe de ses grands yeux d’or impassibles… 

 
C’est peut-être pour ça que d’avoir croisé une Amazone volante ne l’a pas surpris ? 

 
Qui sait à quoi rêvent les condors le soir au fond des aires ? 

 
Bref, il s’est posé et regarde le soleil levant. 
 
Un ample nuage rouge se déploie à l’Est, d’où il vient. C’est ce geyser qu’il a croisé. Il se demande ce qu’ils ont encore pu inventer et il fait un peu de ménage, déçu d’avoir trouvé le nid désert : le harfang serait-il parti, comme cela lui arrive parfois, pour l’un de ces lointains voyages d’où il revient l’œil farouche et la plume ébouriffée ??

 
Et puis il se repose, comme tous les condors lorsqu’ils n’ont pas à chasser pour survivre.
 
Un bruit l’attire au bord du nid. 

 
La porte du fond du cratère vient de s’ouvrir et on lui apporte sa nourriture du jour, un cadavre de prisonnier qui n’a pas tenu la distance… C’était pas Bitenor, celui-là ! 
 
Le condor est charognard. Son vol depuis la côte (il y entretient une aire principale où sa partenaire légitime finit d’élever les deux petits de l’année) l’a fatigué. Il va casser la croûte et portera un bras ou une cuisse aux petits. Ils sont très moignons lorsqu’ils s’attaquent à un joli cuissot…

Le condor s’attendrit. 

 
N’empêche, le harfang, c’est une autre classe ! 

 
Deux heures après l’explosion initiale, des vibrations sismiques sont ressenties à Puerto Cisnès. On n’y prête pas une grande attention : c’est un phénomène courant dans cette région volcanique.

Les Goums sont arrivés dans le camp de l’ONU depuis une heure déjà, et ils suivent ces manifestations avec une grande attention dans les mobile homes où ils sont hébergés. Ils savent qu’ils vont peut-être devoir y rester quelques jours avant de regagner leur lieu de vie normal. Ils se sont habillés pour sortir, ce qui les met mal à l’aise, mais lorsque Mnouay leur a expliqué pourquoi il le fallait, tout le monde a compris et s’est de bonne grâce plié à la mascarade. 

 
Trois heures plus tard…
 
Un grondement sourd ébranle la baie au Sud de Guamblin… Il semble qu’une vague se soulève, qui ne serait visible que depuis les îles qui bordent la baie, à l’Est…

 
Quelques bateaux de pêcheurs se trouvent soulevés par le tsunami qui monte et s’accroît…
 
Les vagues s’élèvent, plus hautes, plus fortes, au fur et à mesure que la masse des sédiments glisse au fond sur la couche déstabilisée des clathrates en ébullition. 

 
Et puis, brutalement, ce couvercle se brise et libère le reste du gaz en bulles monstrueuses qui engloutissent tout et envoient un gigantesque coup de bélier en direction du large… 
 
Les vagues, en trains successifs, poussées par les effondrements et les glissements de terrain autant que par l’éruption des gaz, se déplacent à sept cents kilomètres heure…

 
Le condor, le premier, remarque quelque chose d’anormal.
 
Il vient tout juste de finir de détacher une épaule et serre le bras entre ses serres serrées. C’est un grand condor et l’idée de parcourir une centaine de kilomètres, même avec un bras, ne l’effraie pas. Mais il voudrait bien casser la croûte et digérer un peu avant de partir. Il adore les yeux et les couilles, même s’il n’en reste pas grand-chose après le passage des Amazones… Alors il délaisse le bras et revient à son bonhomme.

 
Cependant, il se passe quelque chose d’anormal, il l’a remarqué. 
 
Il est de nouveau distrait par les Amazones qui ouvrent la porte et s’esclaffent bruyamment en le voyant grignoter les roubignoles fripées de leur bonhomme.

 
Il se dit que la gourmandise est un vilain défaut… Qu’il faut partir, vite…
 
L’instinct…

 
Mais la gourmandise…
 
C’est ça qui l’a perdu. 

 
Elles aussi, d’ailleurs.

 
Quand les vagues sont arrivées, imprévisibles, seulement précédées d’un ronflement sourd, hautes de trente mètres, l’onde de choc a pulvérisé la petite île, arraché les installations d’Omphalie et anéanti tout ce qui pouvait s’y trouver.

 
Mauvaise opération, pour le condor.
 
A Guamblin, le geyser est retombé, laissant un large trou là où se trouvait l’entrée de la cité souterraine. 

 
Avec, au fond, le cadavre disloqué d’une Amazone, le visage tourné vers le ciel.
 


LUIS OTTOUADLA, JOURNALISTE STAGIAIRE ET AMBITIEUX / P2C1E4

P2C1E4 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 4)

  N°83 / Luis Ottouadla, journaliste stagiaire et ambitieux / P2C1E4

 
C’est l’histoire où nous faisons la connaissance de Luis Ottouadla, journaliste stagiaire ambitieux, qui se prépare pour l’inauguration du Tapas’Embal’. Au passage, nous regardons l’émission qui a mis fin à la carrière des Écolocroques.

  Lundi 2 mai
15 heures
Le Petit Matois Subreptice.

  Il taille ses crayons et les dispose sur son bureau. Bien alignés. Il ne supporte pas les crayons mal taillés, ni le désordre d’une manière générale. « Son » bureau, c’est celui qu’occupait Victor Bourriqué dans les locaux de ce qui était le Petit Matois Subreptice, dans l’ancien couvent des Marmoréens, et que la Mairie loue maintenant à la Lanterne du Fort. Le maire n’a rien à refuser à la Lanterne…
 
Né natif originaire de Saint Tignous sur Nivette, Luis a d’abord eu l’ambition d’en sortir. Il se trouve que la filière du journalisme lui a paru constituer le meilleur moyen de réaliser cette ambition initiale : à Saint Tignous sur Nivette, franchement, il se trouvait à l’étroit.

 
Son père, fils d’émigré espagnol, a épousé une rouquine d’origine anglaise rencontrée à la fac. Profs tous les deux, lui d’espagnol et elle d’anglais. Luis a donc toujours baigné dans un environnement trilingue qu’il a su exploiter avec habileté, au cours de ses études d’abord, et maintenant qu’il est presque journaliste, dans l’exercice de sa profession. Il a compris qu’en se faisant passer pour l’étranger qui fait l’effort de parler la langue du pays avec une maladresse calculée (Luis parle parfaitement ses trois « langues maternelles »), il s’ouvre une compassion très utile auprès de ceux qu’il interroge.

  Il devrait avoir tout lieu d’être satisfait : à vingt ans, se retrouver rédacteur stagiaire à la Lanterne, c’est plutôt pas mal. Juste à la sortie de l’école de journalisme, on a vu pire. Parce que

la Lanterne, depuis les « évènements » d’il y a deux ans, c’est devenu un sacré journal !

  Et le plus beau, c’est qu’à écouter à droite et à gauche, Luis pense avoir découvert un paquet de scoops faits de gros secrets bien juteux qu’il pourra communiquer à quelqu’un qui saura en faire quelque chose de bon pour sa carrière à lui. Parce que Luis a de l’ambition, beaucoup d’ambition.
C’est pourquoi il est insatisfait.

 

Il n’est pas seulement habile, il sait se montrer souple, et même soumis avec ses supérieurs, quitte à se rattraper lorsque l’occasion lui est donnée de prendre une quelconque autorité sur un vague subordonné. Et cela sans aucun scrupule, puisque c’est le moyen reconnu de se montrer professionnellement « motivé » : Luis a beaucoup appris de ses jobs d’étudiant en grande distribution.

  Il a su arguer de ses origines locales pour obtenir ce stage convoité et depuis un mois, il tourne entre les différents services du journal, de la compo à l’imprimerie. Il a fini par aboutir à la Rédaction, enfin, qui le laisse presque autonome dans ce qu’au journal on appelle l’annexe de la Mairie. Et cette fois, Monsieur Mouchoir, le secrétaire de rédaction, lui a confié un reportage. En ville. Important. Et les quelques recherches que Luis a pu effectuer aux archives lui ont permis de mettre le doigt sur QUELQUE CHOSE.

  Bon. Restons calme.

En deux mots, Luis va devoir assister à l’inauguration officielle du Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette. 

 
A première vue et à part les petits fours rebaptisé tapas, rien d’extraordinaire, ni même d’intéressant. Mais s’il sait y faire, il pourra interviewer le Maire, et surtout vérifier son hypothèse. Parce que dans les archives, où il a recherché tout ce qui concerne les « évènements », particulièrement importants à Saint Tignous sur Nivette, il a cru trouver des relations entre le Maire, justement, quelques uns des cinglés de la MJC, dont bien sûr les écolos, le Conseiller en matière d’économie électorale, et une fille qui a disparu aussi vite qu’elle était apparue, et qui représentait les Écolocroques, à l’époque. Et peut-être même le représentant, responsable, chef, directeur ou je ne sais quoi de Super Troc dans la région. Donc, tout ça relié à la bande des Malfort qu’il côtoie continuellement au journal (même si on les voit assez peu, à part Victor, le directeur, et Clémentine, sa secrétaire de direction qui est aussi sa femme ; mais les Malfort eux-mêmes ne sont jamais là), tout ça fait une histoire pas claire. 

  Mouchoir l’a regardé de travers quand il a – prudemment – abordé la question devant lui, et il n’a pas insisté.  Mais il a pu avoir un contact avec un certain Green Bill de Washington… S‘il a du concret, Bill sera preneur. Et cher. Luis se voit très bien en free-lance d’investigation et, niark niark, s’en frotte les mains d’avance : « Un jeune journaliste révèle le complot secret des Manipulateurs du Climat Mondial… », sur cinq colonnes à la Une de tous les journaux du monde, derrière le Washington Post… Un Pulitzer pour un journaliste stagiaire, ça ne s’est jamais vu… 

  Luis repasse sur l’écran de son ordi de bureau l’enregistrement de l’émission archi connue qui a mis fin aux activités des Écolocroques, il y a de cela deux ans :

  Il y avait eu d’abord ce bandeau :
 

EMISSION SPECIALE

BASE CENTRALE DE THULÉ

 

  Et puis dans le décor assez vague d’une salle qui avait tout l’air d’être une salle de conférences, Eusèbe Malfort, encadré de Victor et de Clémentine, tous les trois vêtus de combinaisons orange, du style de celles que portent les prisonniers américains, mais ornées sur la poitrine et dans le dos d’un grand KG, comme en portaient les « Kriegsgefangener », les prisonniers de guerre dans les camps allemands de la dernière guerre.

En quatre plans, on faisait le tour de la salle, pour voir qu’ils étaient assis au fond, du côté le plus étroit de la vaste table ovale bordée de sièges confortables qui l’occupait toute entière, face au panneau technique implanté sur le mur opposé formé d’un immense écran mural et d’une série de consoles devant l’une desquelles était penché un technicien que l’on voyait de dos.

En fait, on devinait assez facilement que la scène était filmée simultanément par quatre caméras de surveillance et que le technicien en gérait la régie, comme il l’avait vu faire au cours d’un stage à FR3 Lille.
 

« Concitoyens du Monde », avait commencé Eusèbe.

  « Depuis le début, cette crise mondiale que nous venons de traverser et qui s’est achevée par la tragédie que vous connaissez, a été provoquée, organisée, programmée, manipulée, par un groupuscule fascisant que nous avons réussi à identifier et à détruire. »

 
Eusèbe avait alors observé un silence, puis il s’était levé pour arpenter l’espace, derrière Victor et Clémentine, pâles, les traits fatigués, soulagés mais marqués par l’épreuve qu’ils venaient de vivre.

Tous les trois étaient bien loin de l’image que les précédentes émissions des Écolocroques avaient donnée d’eux. Ils étaient cette fois présentés « au naturel » si l’on peut dire.

  Eusèbe était revenu au centre du groupe, avait écarté sa chaise et s’était appuyé des deux mains à la table :
 
« Si je résume la situation en quelques mots, car notre tâche n’est pas achevée et je ne peux intervenir que brièvement, cette organisation fonctionnait selon deux niveaux.

« Le niveau « de surface », constitué autour de boutiques et de proclamations tonitruantes, donnait une image de groupement bio-intégriste. Le personnel en était le plus souvent sincère quant à ses convictions, même si celles-ci se trouvaient évidemment outrées et manipulées.

« Le niveau souterrain, totalement secret, ultra centralisé sur une famille où chacun se désignait par un Numéro, de Un à Cinq, ce dernier restant périphérique. C’était le niveau souterrain, détenteur du pouvoir militaire et des structures de décision qui tirait toutes les ficelles, à partir de cinq bases armées de missiles nucléaires et de deux sous-marins nucléaires lanceurs d’engin d’une puissance terrifiante.

Ils disposaient également dans leurs bases de plusieurs sous-marins U-boote datant de la dernière guerre mais en parfait état de marche. 

  « Deux questions se posent immédiatement : d’où venait cette puissance, et que voulaient-ils en faire ?

 
« D’où venait cette puissance ? 

  « En 1942, l’Oberst Kuhhirt, officier sous-marinier dans la Kriegsmarine allemande est d’une part, chargé de construire une série de bases secrètes, dont celle d’Agotchilho, et d’autre part, en 1945, de placer en lieu sûr le trésor de guerre nazi, hors de portée des Alliés.

  « Il venait de mener à bonne fin cette deuxième mission lorsque, avec mon groupe de Résistants, je capturai la garnison allemande de Saint Tignous sur Nivette où il aurait dû se trouver après avoir dirigé la fuite de l’or nazi vers des bases secrètes via l’Espagne. Il nous a alors échappé de très peu, et s’est réfugié dans la base toute proche d’Agotchilho, dont, bien sûr, nous ignorions l’existence. 

  Après la guerre, son groupe s’est d’abord consacré à assister la fuite d’anciens nazis recherchés en direction de l’Amérique du Sud, en utilisant ce réseau des bases secrètes et des sous-marins qu’elles abritaient. Puis ils se sont livrés, par le même moyen, au transport de drogues diverses en direction du monde entier, sans jamais apparaître autrement que comme transporteurs, ce qui leur évitait les risques liés au trafic lui-même. Mais c’est cela qui leur a permis d’en prendre le contrôle. Cela augmentait encore leurs ressources financières, déjà énormes.
 
« A la chute de l’Empire soviétique, il leur a été très facile de récupérer, moyennant finances, une grande quantité d’un armement moderne très lourd et très efficace,  nucléaire pour l’essentiel, dont les deux sous-marins « Typhoons » sur lesquels ils ont basé leur force de chantage.

  « D’autant qu’ils disposaient des compétences nécessaires à sa mise en œuvre, puisque bon nombre de techniciens et de scientifiques nazis étaient restés dans leurs rangs après la guerre, et qu’ils en avaient recruté d’autres par le biais d’organismes d’extrême droite divers.
 
« Enfin, bon nombre de militaires ex-soviétiques passionnés par leur métier avaient préféré suivre leurs équipements lorsque ceux-ci avaient été « cédés ». C’est par exemple ce qui s’est passé avec les équipages des Typhoons.

  « Le niveau souterrain des Numéros disposait donc de cette puissance. La question est maintenant de savoir ce qu’ils voulaient en faire.
 
« Grâce au technicien que nous avons « retourné » à notre profit dans des conditions que nous vous exposerons plus tard, et que vous voyez à la console de régie (plan rapide montrant le technicien, toujours de dos), nous avons retrouvé l’enregistrement de la dernière rencontre que nous avons eue avec ces Numéros, alors convaincus de leur victoire.

  « Voici cet enregistrement. 

 
L’écran mural s’est éclairé et montre l’image de la même salle de conférence, mais où Eusèbe, Victor et Clémentine sont placés différemment, assis de côté par rapport à l’écran mural qu’ils regardent en tournant la tête, et qui montre l’explosion de Gibraltar, la fin de l’émission où Eusèbe, secoué par le vent nucléaire, expose l’avenir selon les Écolocroques, et se trouve remplacé par les images de Victor et de Clémentine sur le Hai II, lors de leur arrivée à Thulé. 

  Ces images ont bouleversé le monde avant que les conséquences des explosions ne le transforment.
 

Face à eux, quatre hommes et une femme, vêtus de combinaisons bleues à parements dorés, regardent avec une satisfaction visible ce qui se passe sur l’écran.

  Il s’agit manifestement d’un montage simple d’images enregistrées simultanément par les quatre caméras qui couvrent la salle et qui sont traitées par les consoles devant lesquelles s’affairent cette fois quatre techniciens.
 
Gros plan sur les cinq personnages. Arrêt sur image. Eusèbe commente :

  « Vous voyez ici, au centre, le Numéro Un, qui dirige seul les destinées des Écolocroques ; à sa droite le Numéro Deux, son père, l’Oberst Kuhhirt, fondateur du système et créateur, puis responsable des bases secrètes sous-marines ; à sa gauche, le Numéro Trois, fils du Numéro Un, responsable des expéditions sous-marines et chargé de concevoir son propre successeur qui ne peut être, d’après ce que nous en avons compris, que mâle et du « sang aryen » issu de la communauté nazie expatriée après la guerre. La femme assise à la gauche de ce Numéro Trois est sa sœur, qui porte le Numéro Quatre. Elle est chargée de la communication et donc du « réseau de surface ». A ce titre, elle dirige les écoles des cadres, dont celle de Finlande, et impulse le développement du réseau commercial des boutiques « bio » transformées en centres de recrutement. Mais elle ne pourra en principe jouer aucun rôle dynastique. A l’autre extrémité, le Docteur Pouacre, scientifique de valeur, responsable de la conception du Plan final dont il sera bientôt question. Le Docteur Pouacre est aussi le mari du Numéro Quatre, et c’est à ce titre qu’il porte le Numéro Cinq.
 
Le défilement des images reprend et montre maintenant les trois uniformes orange des prisonniers. Victor redresse la tête :

  -         Mais vous n’avez pas…

 
Le Numéro Un, ironique, lui répond :

  - Mais si, nous avons ! Ces images sont authentiques… Bien sûr, mon cher Malfort, vous savez bien que c’est votre marionnette informatique qui commente, puisque vous étiez ici en notre pouvoir et non pas en promenade en Espagne, mais personne ne peut le deviner, notre morphing est parfait et adapte vos mimiques aux mots que nous plaçons dans votre bouche. Cela, c’est un ajout. Mais les explosions sont bien réelles et vont entraîner les conséquences que nous avons prévues, n’est-ce pas Numéro Cinq ?

  - Mais certainement. Notre objectif est d’abaisser la température de la Terre de six ou sept degrés en coupant le Gulf Stream et en créant un voile atmosphérique par des injections stratosphériques de nanopoudre d’aluminium. Tout cela, dès cette année, provoquera une accumulation de neige à des latitudes inhabituelles et donc, en augmentant l’albédo de la Terre, son pouvoir réfléchissant si vous préférez, enclenchera l’amorce d’une glaciation…

  - Qui ne gênera en