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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

LA PRISE DE LA MAIRIE / P3C1E27

P3C1E27 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 27)

  N°172 / LA PRISE DE LA MAIRIE / P3C1E27

  C’est l’histoire où Varochaix, du Nari (parti National Régionaliste) (voir sa biographie succinte en suivant ce lien) profite de la vacance du Pouvoir pour s’en emparer. 

  Samedi 11 juin
9 heures
Garage Varochaix

 
Varochaix s’éveille, détendu, satisfait, léger, oui, léger… C’est toujours comme ça les lendemains de séance à la Nouvelle Réna, et en son temps, Arnaud Boufigue lui avait expliqué que c’était le propre (c’est le cas de le dire) des âmes pures. 

  Il baille largement, pète bruyamment et abondamment, agite le drap pour répartir dans la chambre ses flaveurs puissantes, et reste ainsi un temps, satisfait, heureux du bonheur simple et organique de se sentir bien dans sa peau, bien dans ses draps, bien dans son pieu, dans ses propriétés, dans ses œuvres… Bien, quoi.

  De son appartement, logé au-dessus du garage, il peut entendre, très étouffée, l’activité des quelques employés, qui, le samedi matin, travaillent hâtivement pour achever quelques réparations, préparer quelques véhicules, régler quelques moteurs… Terminer avant midi. On ne bosse pas l’après-midi.

 
La femme de ménage vient à dix heures (une Espagnole poil aux pattes intouchable mais efficace, discrète et de toute confiance). Elle travaille une heure ou deux et dégage le plancher, comme tous les matins de la semaine. Elle occupe un pavillon minuscule à l’entrée de la cour du garage, où elle vit avec son mari invalide et leurs deux enfants silencieux. Concierge, quoi. Et tellement heureuse d’être ainsi logée « gratuitement » qu’elle se ferait couper en rondelles pour « el Patronn’ ». Dévouée…

  A cette heure-là, Varochaix est descendu depuis un bon moment dans son bureau, juste dessous, et il prend quelques rendez-vous, ou bien il lit le journal, surtout le samedi.

 
Ce samedi là, il lit le journal, les pieds sur le bureau. 

  Bordel !!!

 
Et puis il repose le journal.

  Et puis il réfléchit…

 
Dix heures. 

  Il a réfléchi.

Il se lève, arpente une seconde le bureau et appelle :
- Hémi !!

La secrétaire translucide entre en serrant son bloc-notes sur la veste de son élégant tailleur fuchsia à boutonnage controversé (un bouton à droite et un à gauche. Un effet inventé par son amie Clara, dite Clarinette, des Créations Gigounette, qu’elle essaie pour le « roder » avant le défilé de demain soir à

la MJC, que sa calotine de copine écrit : «

J-C »). Ça tombe bien, la jupe est largement ouverte par-derrière, avec un effet de panty jaune vif et des mi-bas verts.

  Docile, elle s’accoude sur le bureau et prend la pose, croupe tendue.

  - Mais non, conne, prends mon répertoire et note d’appeler tous les adhérents disponibles du Parti. Rendez-vous dans un quart d’heure à la mairie.

 
Le Parti, et cela, Hémi le sait, c’est bien sûr le Nari. La liste se trouve dans le répertoire personnel de Varochaix, tiroir de droite de son bureau, auquel elle ne peut accéder qu’avec l’autorisation expresse du Patron. C’est le cas. 

  Elle se redresse. Ça craque un peu. Faut dire qu’elle a encore perdu deux kilos. Elle est descendue à 250 calories. Elle est contente : elle tend vers l’idéal. Elle a enfin mis sa photo en maillot sur son blog proana et elle reçoit des félicitations. Et on l’a rassurée : on lui a assuré que ce qu’elle « prend par là » n’apporte pas de calories en plus. Donc, elle peut travailler sans s’inquiéter. Un stress en moins. C’est bien : on dit que le stress fait grossir.

 
« Gardarem lou Mairie », déclare Varochaix à l’employée municipale qui se trouve à la réception. « Le Maire est mort, vive le Maire ! », ajoute-t-il pour expliquer à l’ignare le contenu implicite de sa déclamation liminaire. Encore une colonialiste planquée dans le système. Il va falloir un grand coup de balai de purification ethnique dans tout ça, dès que les choses seront calmées.

  Calmées, parce qu’ici, c’est un peu le soir après Waterloo, lorsque le petit caporal a capoté et que les chevaux démontés tournent en rond sur le champ couvert de morts sur qui tombe la nuit.

 
C’est tout à fait ça, se dit Varochaix : des bourrins qui hennissent en tournant en rond. Secrétaires de ceci, agents de cela, déboussolés, avec des phrases qui ressortent du brouhaha général, comme des étincelles sortiraient de la braise au vent de la déroute : « et il paraît que ceci », « et il paraît que cela », « tout nu », « avec le Conseiller en matière d’économie électorale », « vous auriez pu penser ça d’un homme aussi sérieux, vous ? », « de lui, sûrement pas, de sa femme, peut-être »… Et cetera.

  Et surtout, des guichets mal fermés qui battent au vent de la panique, et des portes qui claquent…

 
Un fayot a noué un crêpe noir à la poignée de la porte principale, on crie : « t’as trouvé le drapeau ? », et puis : « comment on fait pour le mettre en berne ? »…

  Varochaix a réuni les cinq affidés disponibles qui l’ont rejoint et les a disposés en fer de lance. Et il fonce dans la tempête, direction, le bureau du Maire.

 
Une petite secrétaire pâlichonne aux yeux bouffis de larmes tente de le retenir :
- Vous ne pouvez pas…

  Mais elle est écartée d’un revers de la main qui l’envoie se rasseoir sur son siège à roulettes, lequel, dépourvu de moyens de freinage, court sur son erre jusque dans la vitrine qui protège un drapeau broché d’or, témoin fameux d’une lointaine bataille gagnée on ne sait quand contre on ne sait qui par une confrérie dont le nom inconnu se perd dans ses plis glorieux, et une large et longue épée, certainement très lourde, quoique bouffée de rouille, et qui fut en usage pendant, dit-on, des siècles, à fin de justice décollatoire.

 
La chaise et son contenu secrétarial s’arrête là avec un léger bing, sans toutefois briser la glace, épaisse et verrouillée. Toutefois, le mouvement de pivot induit par la dissymétrie du choc précipite la petite secrétaire pâlichonne aux yeux bouffis de larmes les quatre fers en l’air, le coccyx sur la moquette bouclée de l’antichambre. 

  Elle couine parce qu’elle a mal.

 
Le fer de lance se consulte du regard, hésitant un instant entre l’ignorer, la passer par les armes (l’épée est là, incitatrice en diable) ou lui passer dessus (le champ se trouve libre, la pose, incitatrice), ainsi qu’il sied aux occupantes colonisatrices vaincues par les armées du peuple. 

  Varochaix remet de l’ordre dans leurs pensées en leur rappelant que la Nation ne saurait se comporter comme une bande sans feu ni lieu ni foi ni loi ni Dieu ni Diable ni maître ni ressources ni morale, enfin, comme une bande de soudards avinés débourrant un couvent de jeunes filles sans dessus ni dessous ni devant ni derrière. Comme un vulgaire Raspoutine !

  D’ailleurs, Dieu est avec Nous.

  Et puis on n’a rien bu.

 
P’tite saucisse ?

  On se fait une pyxide entre amis. Ça réconcilie tout le monde avec la pureté des grands vainqueurs. 

 
Vive le Béarn libre !

  La fille a filé sous son bureau, regrettant d’avoir mis sa mini bleue pour venir bosser. Et sa petite culotte rouge avec ses bas blancs. C’est vrai qu’avec le défunt maire (mon dieu… le défunt maire, quelle tristesse), elle ne risquait pas grand’chose. Juste une félicitation pour son patriotisme foncier. Mais là, elle a senti passer le vent de l’histoire et le souffle corrompu des hordes barbares remontées de la nuit des temps pour égorger nos filles et nos compagnes. Ça lui donne des frissons frisottants dans les frisous.

  Et puis, coach coachant son équipe avant l’épreuve et l’effort, Varochaix regroupe ses Hommes et leur souffle l’Ambition de la Victoire (en français, parce qu’ils n’ont pas tous dépassé les premières leçons de la Langue) :
  - Istrégoud ! Istrégoud ! s’exclame-t-il, lançant ainsi leur farouche cri de guerre, comme un défi au monde entier…
  - Istrégoud ! Istrégoud ! reprennent-ils en chœur, positivés à bloc…
 
- C’est notre chance ! J’étais le Numéro 3 de la cité et nous en souffrions tous, rabaissés par l’Etat français et sa domination humiliante, taillés et corvéés à merci par le monstre fiscalo-totalitaire qui nous brimait à quia jusqu’au fond de nos campagnes, traqués par ses hordes soldatesques et policières, niés par son école sournoise, dont les noirs hussards enrôlés sous la bannière de l’oppression linguistique arrachaient la langue de nos aïeux de la gorge de nos enfants innocents, pantelants, sanglotants, ruisselants…

  Un silence. L’émotion est palpable, On renifle virilement. Y cause bien, y’a pas.

 
Varochaix enchaîne, la main sur le cœur :
- Mais les Numéros 2 et le Numéro 1 de cet Etat dans l’Etat qu’est notre belle et antique ville se sont entre-tués, dans un spasme obscène où leur infamie se révèle à tous ! Le podium est libre ! Nous en occuperons, de plein droit, la plus haute marche. J’y monte, j’y suis, j’y règne !

  Et dans un geste large, il ouvre en grand la porte du bureau du Maire :
- Pas de vacance du Pouvoir. Nous veillons, nous gagnons !

PETIT GOÛT DE NOISETTE (1) / P2C3E15b

P2C3E15b (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 15 bis)

  N° 139 / PETIT GOÛT DE NOISETTE (1) / P2C3E15b

  C’est l’histoire où nous observons avec curiosité

la Gastronomie en ses pratiques, et où nous retrouvons Hémi, la secrétaire de Varochaix. Avec des photos des plats.
 

Du festin qui fut offert,
en l’Hôtel Marengro de Saint Tignous sur Nivette,
par Monsieur Daniel Forpris, de C’est tout naturel,
à Monsieur Varochaix, des Naris,
ce mardi douzième du mois d’avril
en l’an deux mille et des brouettes,
 vers les midi.


 



Ch’uis Bob, ch’uis Bob
Ch’uis Mait’ d’Hôtel, mais on dit Bob…
Ça demande des mois d’turbin
C’est une vie de galérien
Mais quand j’sors la cart’ du menu
Les bouseux n’en peuv’ plus ![1]

 

chantonne en soi-même Bob, le Maître d’Hôtel, tout en tendant, impassible, les deux pages reliées de cuir fauve aux convives, malgré eux (pense-t-il, croit-il, sait-il) intimidés…

  Furent servis, selon les sept mouvements de la Suite à

la Française du Grand Ordre de Table, et successivement, en Apéritif, Ouverture, Entrée, Plat de Poisson, Plat de Viande, Fromage et Dessert :


  Un apéritif de vin de Jurançon servi en flûte à Champagne (une demi-flûte) (picolo), accompagné d’amuse-dent (dont une cassolinette de potage de potimarron (trois centimètres cube) (et quelques autres brimborions indiscernables) pour amuser une seule dent).
  En amuse-bouche : Une coquille Saint-Jacques au (petit-petit tout petit) Boudin noir, servie avec une crème de cerfeuil tubéreux (Chaerophyllum bulbosum).

  Le Foie frais de Canard grillé au feu de bois et servi frais (tranche épaisse et large d’un auriculaire, débitée dans le travers, cendrée de hêtre dessus-dessous), avec sa préparation simple de châtaignes (une cuiller à dessert de purée), noix fraîches (un demi cerneau épluché proprement) et raisins (trois grains épépinés). A part : sucette d’endive de pays (une feuille, contenant sa vinaigrette en son creux) et tuile de pain de campagne (une tranche arachnéenne légèrement grillée).
 

La Daurade Royale (une Daurade pour la salle) (25 personnes) en écaille de Lomo Iberico (l’écaille grillée de lomo (lamelle transverse de longe de porc, macérée à l’espagnole avant que d’être grillée) contenant la daurade), avec un fond d’hélianthis (une sorte de topinambour, mais c’est encore plus rare, forcément) (l’Occupation est passée) et champignons de cueillette (une girolle, une trompette de la mort, une morille, cueillis par le Chef à la rosée du Rungis local) au cerfeuil, émulsion de tête grillée au feu de bois (s’entend : la tête de la daurade) (faut pas perdre).

 Filet d’Agneau rôti au thym citron, persil racine (érigé au fond de l’assiette sur la photo) (racine de persil) au jus de curcuma frais (non, ce n’est pas la spécialité du Marengro[2], malgré son air d’obélisque miniature), pois chiche  (trente quatre) au piment d’Espelette et coriandre. Est ajouté un demi-rognon d’agneau (au centre) qui n’est pas signalé au menu. C’est en prime.
La photo ci-dessous reprend ce dernier plat :


 

assiette


Pur brebis
(tranché translucide) servi avec sucrine (laitue) (demi feuille près du cœur) et confiture de cerise (une nano cuiller de sucré brouet noir). 

  Faux Mars glacé au Nutella, biscuit succès et fine feuille de chocolat croquante, (hommage bobosiaque, caramel, coquin, ironique et bourratif au « vulgaire ») (on en a plein l’assiette et les dents creuses).
 
Copieuse Omelette norvégienne, spécialement ajoutée au menu, à la demande de Monsieur Daniel Forpris, de C’est Tout Naturel, à l’intention spécifique de Monsieur Varochaix, des Naris, son hôte, et préparée personnellement par le Chef à l’intention spécifique desdits, avec ses compliments.

  Café, chocolat, mignardises…

  PS : Nous venons d’apprendre (Saint Tignous sur Nivette est une petite ville où tout se sait), que le Chef de l’Hôtel Marengro se trouve être le cousin d’Hémi, la secrétaire  de Varochaix (oui, celle qu’il vient de sauter), elle-même adepte du mouvement Proana[3]. Son objectif étant, comme nous l’avons observé, d’être mannequin, et donc de diffuser son image, elle nous a volontiers confié cette photo, en nous priant de l’excuser de n’en avoir pas de plus récente : à l’époque (l’an dernier), elle abordait tout juste son régime 500 calories. Elle projette un 250, qui devrait lui permettre de quitter cette besogne subalterne de secrétaire où elle se sent végéter pour accéder enfin au top, comme lui a dit son amie Martine Petitpied qui a défilé une fois avec elle à la MJC pour la collection de Patty, une créatrice locale.
 

Hémi



Hémi, en tenue de soirée. (Extrait de son Press-book).



Nous rappellerons que ce mouvement Proana (pro-anorexique) s’est développé au début du siècle dans les milieux de la mode, où il est de bon ton que les top-modèles, après s’être distinguées par le vide du regard, se montrent creuses de la carcasse (ce qu’a pu apprécier Varochaix, parfois paresseux de la queue) (qu’il a menue) (il dit : « proportionnée », parce qu’il n’est pas très grand : un mètre cinquante trois et demi).

Il s’est ensuite répandu chez les adolescentes branchées (surtout branchées sur Internet d’ailleurs) où il a fait quelques morts : c’est un mouvement très sélectif.

  Toujours à l’affût de l’avant-garde artistique, les milieux de la mode s’étaient sans doute historiquement inspirés de la ligne claire, épurée, initiée par Hergé avant la guerre 40, pour prôner la Ligne Haricot Vert dans les années 1950. 

  Ce qui a commencé à titiller les Toques les plus avant-gardistes qui se sont dit qu’après s’être serré la ceinture pendant la guerre, où elle s’était nourrie de topinambours de base, la population risquait d’abuser des bonnes choses, par effet de compensation, et qu’il serait bon d’affirmer leur existence en prenant le contre-pied de cette tendance naturelle, l’Art devant contraindre la Nature et non l’imiter.
 
Le mouvement était lancé, et à la Ligne Haricot Vert succède l’actuelle Ligne Creuse (encore appelée Ligne Auschwitz). Avec un retour au topinambour (l’héliantis, comme un clin d’œil à l’Histoire).
 
Quelques maîtres de la Mode envisagent pour les dix ans à venir

la Ligne Trous (ou Ligne Tchernobyl, ou ligne Grande Vacance).

  En matière de Gastronomie, on envisage une Émulsion Généralisée en Dégustation Aromatique (Sniff Line) : enfin, l’on mangera son rôt à la fumée, assis béatement devant une Assiette de Senteurs où Fleuristes et Parfumeurs seront associés aux Grands Toqués en une Théorie Unitaire de la Gastronomie Conceptuelle délivrée de toute contingence de vaisselle mais riche d’un potentiel ouvert sur des digressions et des arguties sans fin, où les Écoles pourront s’opposer en une infinie logomachie prometteuse d’une quantité de plateaux télé contradictoires. Le Sexe des Anges redécouvert. Un rêve d’esthètes (au petit goût de noisettes) …

 L’alimentaire, de son côté, ce besoin animal grossier[4], gargantuesque pourvoyeur de notre fondemental alambic à merdre, sera renvoyé à une forme de parapharmacie généralisée où triompheront des médicaliments (ou alicaments) parfaitement et diététiquement équilibrés, d’une innocuité sanitaire absolue, puisque totalement aseptiques. Peut-être même remboursés par une Sécu Universelle.
 


[1] Sur l’air de Ch’suis snob, de Boris Vian, bien sûr.

[2] Spécialité de la maison : la langue de rossignol farcie de trompe d’éléphant, dite langue Fabulus.

[3] Ipso facto exclue de la Nouvelle Réna : l’idée même d’une saucisse lui provoque des nausées.

[4] Au point de n’être plus exprimé que bien rarement, et par de vagues nègres comme Chester Himes qui, avec une obscénité pratiquement pornographique, raconte : « Le menu exigeait toute leur attention. Ils mastiquèrent la chair succulente arrosée de sauce chaude, et rongèrent les os durs, avec une délectation quelque peu bruyante. Le chef, en les regardant manger, se sentit ému et fier » (Retour en Afrique). Ce qui montre bien qu’il n’a rien compris aux buts de la Cuisine, qui sont de mettre en valeur les qualités exceptionnelles de créativité et de conceptualisation du Chef, et non de flatter les appétits de béotiens.