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L’INVITATION FAITE À LA MAIRIE / P3C1E20

P3C1E20 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 20)

  N°165 / L’INVITATION FAITE À LA MAIRIE / P3C1E20

  C’est l’histoire où le maire de Saint Tignous sur Nivette est invité à une chaude soirée et évoque ses projets d’avenir. 

  Vendredi 10 juin
10 heures
Mairie de Saint Tignous sur Nivette

 
- Edgar Maupuis ? Voyons… Ah, oui, celui qui remplace Daniel Forpris, qui a disparu, celui qui dirigeait C’est tout naturel, celui qui a remplacé Arnaud Boufigue, qui a disparu… Oui, passez-le moi Grobiane…

  Le maire est très content de son conseiller en communication, qui constitue un filtre parfait contre les emmerdeurs. 

 
Mais là, il pense qu’il vaudrait mieux garder ses distances pendant quelque temps… Boufigue, et maintenant, Forpris ont en effet disparu juste après une mort suspecte (c’est le terme qu’a employé Hilarion-Jovial) à laquelle ils ont bien failli se trouver mêlés. C’est vrai, c’est vrai, ils auraient dû faire preuve d’un peu plus de prudence et de retenue avant de se lancer dans ces manifestations, mais, ça, c’est ce qu’on dit après ! Sur le coup, ils se sont trouvés entraînés… Une sorte de tourbillon… Comme un aveuglement… (une ptite saucisse ?)

  - Allo ? Il est parti, Daniel Forpris ? Une urgence ? Je comprends… Et vous fêtez votre promotion ce soir à 17 heures ? Réservé aux Initiés de marque, bien sûr… Une nouvelle ? Ah ! Merry ? C’est amusant. Arrivée hier ? Non ? Jolie ? Mieux ! Vous m’en direz tant… Grande blonde aux yeux bleus. C’est rare dans la région. C’est vrai, ici, on fait plutôt dans la petite brune aux yeux noirs. Alors, la Merry c’est pour le maire, non ? (rire) Bien sûr ! Avec plaisir. Vous avez invité Hilarion-Jovial ? Rien n’est jamais parfait en ce bas monde, comme disait le Père… Non, pas lui. Je parlais du Père Dupanloup. Vous ne le connaissez pas ? Eh bien cela ne fait que confirmer ma remarque précédente, mon cher… Mais non, je plaisante. TOUT est parfait. Ah, cet accident ? Vous la connaissiez, la Vorme ? Pas très marrante. Presque aussi sèche que la femme d’Hilarion-Jovial. Oui, je comprends qu’il vienne à vos petites sauteries. Mais il m’inquiète. Vous saviez qu’il était allé jouer les bons amis chez Malfort ? Non ? Si. Je l’ai su par l’inspecteur Pélot, un ami fort utile au commissariat : il y est allé juste après la manif. Pas encore refroidie la Vorme, il invitait Malfort à un repas de famille dans son restau. Non, il s’est fait envoyer sur les roses. Mais il y reviendra, s’il pense y trouver un picotin. Oh, il craint un peu : deux morts, deux de vos prédécesseurs « disparus » et recherchés… Notez qu’on peut se poser des questions… A votre place, je serais inquiet… Serein ? Bien sûr, bien sûr, des coïncidences, des… Attendez… Je prends une ptite saucisse. J’ai appelé le Préfet pour qu’il remonte un peu les bretelles à Ravot, oui, le commissaire. Il a osé nous convoquer une fois de plus c’t’enfoiré. Le Préfet m’a dit que le Ministre avait donné des instructions, mais que le Procureur soutenait Ravot. Et comme

la Justice et l’Intérieur se tirent dans les pattes avec les élections… Non, pas grave… Le Président de

la République ne bouge pas : nous commençons à représenter une force, cher ami ! Nous, c’est

la Nouvelle Réna, bien sûr… Circulez, y’a rien à voir, c’est tout ce qu’on va leur servir, comme d’habitude. Au fait, vos devriez penser à ce petit intéressement dont j’étais en train de discuter avec Daniel. Oui, c’est cela même. Non. Pas moins de dix, restez crédible, mon cher… Par mois… Et saucisses gratuites…  Parce qu’à force de les augmenter, ça commence à compter dans le budget des petits ménages… Voilàààààà… Pââârfait… En espèces, et avant… Alors à ce soir, cher ami…

  Le maire adore ces petites séances privées que Daniel Forpris avait instaurées. C’est vrai qu’il n’était pas question de se mélanger aux réunions populaires de la Nouvelle Réna. D’abord parce que, hein, on est mieux entre soi, non ? Les Initiés sont plus Initiés s’ils peuvent parler entre eux des mêmes choses. Allez discuter du coût du rond-point de la laverie Proutonet’ devant Tartempion qui va aussi bien se révéler être un employé de la maison ? Est-ce que ça le regarde ce que lui verse le gérant ?

  Et puis les séances sont moins marrantes quand on n’a que la crémière ou la femme du facteur comme Initiées autour du Putier, c’est vrai, hein ? D’abord, on fait plus court, ensuite, l’ambiance y est moins chaude, faut bien reconnaître. Il y est allé une fois pour se montrer aux administrés, mais c’est un peu comme à la messe : tu ne vas pas mettre la main au cul de la chaisière ! Alors on chante et on danse, youkaïdi, youkaïda, OK, très patronage, mais pas très bandant, on dirait que la fumée d’encens n’est pas aussi bonne au départ. Bien sûr, t’es content de la renifler, et ça te met en forme, mais c’est pas le goumi express géant garanti des séances de notables. Et je ne parle pas des Initiées Spéciales… 

 
Le maire, bien sûr, ne garde pas plus que les autres de souvenir précis de ce qui peut bien se passer (une ptite saucisse ?), mais il le sent bien : c’est de l’incomparable vidage de couilles ! La classe ! Souvenirs de béatitudes qui lui chatouillent les roubignoles avec des guili guilis juteux… 

  Alors, il a beau se dire que ce n’est pas toujours prudent et que certains administrés trouvent bizarre cet engouement de la population et de ses édiles pour la Nouvelle Réna, C’est Tout Naturel et tout le toutim, eh bien, il y retourne, le maire. Sinon, ça lui manque, faut l’avouer, le reconnaître, si, si, le reconnaître. Y’a comme… une accoutumance, entre la fumigation « qui te désinfecte de tes mauvaises pensées en t’élevant l’âme » et la saucisse « qui te réjouit le foie et te donne foi en

la Foi », et des fois, on se dit que si on ne se connaissait pas, on pourrait douter de l’innocuité de la chose, comme dit sa femme, qui trouve que sa queue a pris un goût de saucisse depuis qu’il va à ces réunions. Pas mauvais, d’ailleurs. Dit-elle…

  Bon, enfin, il en parlera à Hilarion-Jovial ce soir, en sortant, parce que avant, hein, il sera nerveux. Il a remarqué que la perspective de la fumigation le rend nerveux. On en parlera après… Et de cette histoire de Malfort. Qu’il les laisse à l’écart ceux-là. Ils ont déjà failli le coincer une fois, faudrait pas qu’ils se mêlent trop de ses affaires… On ne sait pas ce qu’ils tripotent. Tant qu’ils s’occupent de la disparition du fils (bon débarras) ils lui fichent la paix… Inutile d’aller les tirer par la barbe. Oui. Faut absolument mettre en garde cet imbécile d’Hilarion-Jovial. Et qu’il ne cherche pas à lui piquer la Merry ! Ni la mairie ! 

 
Le maire rit…

  Ptite saucisse ?… Allez, encore une… Tu vas voir qu’en inquiétant… comment il s’appelle déjà ? Edgar Maupuis, c’est ça, qu’il a connu second zélé de Daniel Forpris, lequel s’était révélé second zélé d’Arnaud Boufigue, il va faire monter les enchères… Bien sûr, Hilarion-Jovial fait dans l’immobilier et la restauration, mais lui, le maire, c’est son bas de laine qu’il chatouille, qu’il gonflouille, qu’il planquouille dans un petit coin discret des Bahamas ! Encore quelques années, et il pourra se tirer sur son île avec ses cocotiers, avec ses vahinés… Et sa femme bien sûr… 
Pour ses copains.

LA MORT DU MAIRE / P3C1E21

P3C1E21 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 21)

  N°166 / LA MORT DE FÉLICIEN BELCOUCOU / P3C1E21

 
C’est l’histoire où le Conseiller tue le Maire au cours d’une cérémonie torride de la Nouvelle Réna. On propose une Épitaphe.

  Vendredi 10 juin
17 heures
C’est tout naturel

  Ils n’étaient que trois ce soir-là dans le narthex, et tous les trois Initiés. Varochaix était de la fête. Entre notables, sinon entre amis. 

 
On leur a offert le cocktail de bienvenue (réservé aux Initiés !), délicieuse boisson légèrement alcoolisée, mais pas plus que ça, juste de quoi leur permettre de s’habiller sans gène dans le narthex des hommes (il y a un narthex des femmes, c’est une innovation qui a été rendue nécessaire par le développement du nombre des adhérents), et d’enfiler leur tunique blanche à lyre noire.

  Première règle : on ne porte que la tunique pour entrer dans la Grande Salle du Putier. Exclusivement. C’est d’ailleurs bien pratique. 

  Et lorsque tous les vêtements sont enfermés dans leurs casiers étanches, commence la Fumigation purificatoire, qui vous envoie au Ciel. 

  C’est à ce moment là qu’on signe la feuille de présence du Protocole des Sages du Fion, avec de l’encre sympathique, faite (on leur a expliqué) avec de l’Esprit de Sel Attique. Ça ne laisse pas de traces et les blagues sous lesquelles on vous demande de signer sont toujours du meilleur goût. C’est réservé aux Initiés, comme les blagues des émissions politiques à la télé.
 
Après seulement, s’ouvrent en grand les portes de la Grande Salle du Putier, et on entre :

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue,   

  Et les filles, qui sont entrées de leur côté, répondent : 

 
C’est-tout na-tu-rel…

  Le tout sous la direction bienveillante du Maître de Cérémonie (à la Lyre rouge), qui, lui, n’a pas du tout l’air vague et ravi des Initiés.

  Logiquement, tout cela dure un petit moment et se termine par des exercices au sol où se mêlent les unes et les autres, à leur satisfaction mutuelle. 

  Tout au moins dans ce groupe des notables, les autres se contentant de Baisers de Paix plus ou moins appuyés selon la tronche des partenaires, et uniquement après le rituel d’exécration du Grand Putois !
 

Mais les Initiés notables bénéficient du privilège de disposer (sans jamais se demander pourquoi ni comment, puisqu’ils s’empressent d’oublier les détails) de partenaires aussi agréables que compétentes périodiquement renouvelées, avec lesquelles ils conversent rarement plus de cinq minutes au cours de la collation de saucisses qui précède le retour au vestiaire. 

  D’ailleurs, hein, elles ont joué leur rôle, non ?

 
Alors, pourquoi cette grande blonde ((magnifique ! se dit le maire), (somptueuse ! se dit Hilarion-Jovial), (canon ! se dit Varochaix)) se dresse-t-elle devant le Putier, juste au moment où les tuniques de ces messieurs se mettent à prendre des airs de tente de bédouin ? 

  Et pourquoi lève-t-elle ainsi les bras, alors que cesse la musique ?

  - Ce soir, amis fidèles, amis consacrés et bénis des Élus, Initiés au Grand Œuvre qui se poursuit ici, Notre Amie Merry, envoyée de l’Élue, nous a rejoints pour enrichir notre Rite de sa Science Sacrée. Révélation majeure, qui fera de vous tous de Profonds Initiés du Second Grade, et à la Lyre Rouge…

  Ayant dit, il se retire dans l’ombre.

  Merry lève les bras (tiens, elle porte une lyre rouge, remarque Hilarion-Jovial) sa tunique remonte sur ses cuisses dorées par la lumière et ses cheveux coulent, or brun épais, dans son dos, dénoués. Puis, elle baisse les bras, détache sa ceinture argentée et la tunique glisse, lente, de ses épaules, jusqu’à la découvrir, nue, superbe, souriante et les yeux éclatants d’un regard dévorant qu’elle promène un temps bref sur ses trois vis-à-vis.
 
En retrait derrière elle, ses compagnes sont nues, ayant elles aussi laissé glisser leur voile, mais la splendeur de Merry les éclipse entièrement.

  La musique a repris, gracile, acide, agaçante ritournelle tissée d’ornements excessifs, de trilles dans l’aigre, guitares et violons, avec des grinceries… Une bouffée légère de fumée aussi douce que celle du narthex se glisse au ras du sol moelleux, remonte presque aux genoux et reste là, comme un nuage épais et lourd qui couvre une vallée un matin de septembre…

 
S’y détache la voix de la fille qui danse, lente, lascive, agaçante, elle aussi, le geste provocant, offerte et refusée, distante et puis livrée, garce et puis fiancée, qui danse et  puis qui chante, susurre, fluette, dure, chaude, balancée dans le nuage qui court au ras du sol et que ses mains recueillent, comme des paquets de mousse dont elle se caresse, les yeux clos et la langue pointée, avec des bruits de gorge, des roulements de hanches, des tremblements des seins qu’elle presse au passage :

  On nourrira le Ventre à partir des deux Voies 
Celle des Vaches froides, montera vers le ciel et puis redescendra pour bientôt disparaître,
Celle des Inférieurs viendra de l’horizon et bientôt sera seule…
 

Le chant s’est précisé et la fille s’approche maintenant de Varochaix, en transes, qui doit cambrer les reins pour supporter sa queue sur le point d’éclater sous sa panse. Et Merry le caresse, de loin, sans le toucher, lui frotte le visage, de loin, sans le toucher, avec ces gros paquets cotonneux qu’elle prend au nuage, lui dénoue la ceinture, fait glisser sa tunique…

  Les carcasses gelées, vidées de leurs viscères, monteront vers le ciel, sous son ample Putier, et s’y réchaufferont, pénétrées par les ondes qui mollissent les chairs pétrifiées par le gel 
Et tomberont alors sous les lames rapides qui éclatent les os et qui tranchent les chairs 
Elles seront réduites en dés d’os et de chair
Un regard sans paupières rejettera les os, les plus gros, les plus durs qui seront digérés dans un ventre d’acide et transformés en peau
Le reste sera pulpe, bouillie rouge et très froide

 
C’est la Voie d’aujourd’hui.

 
La voix s’est faite rauque lorsqu’elle se tourne vers Hilarion-Jovial, délaissant Varochaix qu’elle laisse aussi dur et dressé qu’obélisque en Egypte :

  
 Les âmes inférieures, alors, seront bien nettoyées, lavées par le dehors et purgées du dedans de toutes leurs souillures et de toute amertume. Le temps d’une journée, comme sacs qu’on retourne, sans angoisse ni peur
Puis elles dormiront
Une vapeur très chaude arrachera leur poil, source d’impureté, Grand Putois Putassier, Purulent, Pellagreux
Et tomberont alors sous les lames rapides qui éclatent les os et qui tranchent les chairs
Elles seront réduites en dés d’os et de chair
Un regard sans paupières rejettera les os, les plus gros, les plus durs qui seront digérés dans un ventre d’acide et transformés en peau
Le reste sera pulpe, bouillie rouge encore chaude

 
C’est la Voie de demain.


Hilarion-Jovial, tout nu, bandé comme un ressort, tire une langue baveuse et esquisse le geste de la saisir aux hanches… Elle est déjà partie, s’est tournée vers le maire :

  Le boyau dans lequel ont fusionné leurs os sera leur Peau Sacrée
Et c’est là le Mystère
Il est oint du dedans d’Huile Sainte et Secrète
Elles s’y mouleront avant d’être rangées dans

la Sainte Pyxide, survie de l’Initié, qui connaîtra alors le Bonheur de l’Élu…

  La musique est si forte, rythmée de halètements sourds, que les dernières paroles en sont indiscernables, et le maire empoigne Merry lorsqu’elle se colle à lui, la bouscule, la renverse, disparaît avec elle dans le nuage bas qui recouvre le sol, tandis que se rapprochent les deux autres témoins, frustrés, tremblants des mains, et hochant de la queue comme bergeronnettes affairées sur un tapis de mouches, et que sortent les deux autres filles. 

  Un vent léger dégage les traces opaques du nuage, découvrant le corps renversé de Merry, écartelée, couverte par le maire qui besogne ardemment avec des soupirs rauques, et dont le cul, aux poils noirs et touffus, tressaute vivement au rythme de ses coups.

 
Edgar Maupuis recule alors, comme effrayé, prenant Hilarion-Jovial à témoin :
- Le Grand Putois !!! C’est le Grand Putois Putassier !!!
  Le Conseiller en matière d’économie électorale, pris d’une rage sauvage se saisit en aveugle de la batte de base-ball que lui tend Edgar Maupuis, la lève en écumant et fauche d’un seul coup avec un cri furieux la nuque redressée du maire, au bord de l’explosion. C’est son crâne qui explose, projetant devant lui un mélange confus d’os, de cervelle et de sang.
Et l’édile s’effondre, foudroyé sur le coup.
 

Ainsi mourut
Félicien Belcoucou,
  qui fut Maire
et sombra corps et reins dans

la Merry vorace.

  R.I.P.

  Passant, aies pour lui un regard attendri :
il ne fut que désir d’être un homme établi.

 
Lui qui naquit tout nu,
de sa mère engendré par un coup de passage,
eut soin de sa grandeur plutôt que d’être sage
mais sut être cocu sans en faire un fromage.

 
Il  mourut, nu encore,
au bord de l’épectase,
en ayant tout raté de ce dernier exploit.

 

Et son âme ambiguë a glissé aux Enfers, dans ce cercle curieux où s’entassent pêle-mêle les plus vaillants champions de la pensée bifide, les jésuites en civil, blancs hier, noirs demain, commerciaux avisés, politiques habiles, philosophes versatiles. Et des diables sceptiques leur brûlent le pied droit, et glacent leur pied gauche, générant de la sorte un fort couple électrique qui les secoue de spasmes que l’on prend pour des rires. Et dans la nuit du Styx, leur nez rouge clignote, appel de leur détresse, phare désespéré…
 
Amen.

(Epitaphe improbable pour un élu défunt)


 

FRÈRE JEAN DES ENTONNOIRS / P3C2E2

P3C1E46 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 2)

 
N°191 / FRÈRE JEAN DES ENTONNOIRS / P3C2E2

 
C’est l’histoire où Eusèbe et Jeanne, se rendant à l’Élysée, font la connaisssance de Frère Jean des Entonnoirs et de Cloclo Chatapus, gentille hôtesse.

clocloorson



Mercredi 15 juin
Départ pour Paris

  Les places ont été retenues par l’Elysée. 

  Il y a queue à l’enregistrement.
 
Un moine, devant eux.

Un gros.

Un peu agité peut-être. 

  On discute, et on les traite avec les égards polis que l’on doit aux gens du troisième âge et demi dont les places sont payées par l’Elysée.

 
Le moine, grand gaillard barbu à l’épaisse toison brune sommée d’une large tonsure éburnée[1] entretenue au Miror, porte un grand bâton et refuse de s’en séparer : c’est son bâton pastoral. Sa houlette. Et un moine ne se sépare pas plus de sa houlette qu’une charmante hôtesse de ses houppettes[2] habituelles. 

  Jeanne pense que c’est un franciscain, Eusèbe, que c’est un dominicain. Ils lui demandent. C’est Jeanne qui a gagné : les dominicains sont en noir et blanc, les franciscains en sépia. Il appartient à l’Ordre des Frères Mineurs, vit dans une petite communauté établie dans la montagne, au-dessus de Marinoval, il s’appelle Frère Jean des Entonnoirs de son nom d’Eglise, et il défendra jusqu’au bout son bâton, qu’une douce hôtesse tente de lui enlever avec un sourire tendre et d’une main câline. 

 
Au deuxième sourire, il cède avec un gros soupir, et le bâton rejoint dans la soute les houppettes de l’hôtesse. 

  Privé de son bâton et pour ne point se laisser abattre, le moine offre aux témoins compatissants une gorgée du Chablis qu’il serre précieusement en un jéroboam ventru qu’il vient de déboucher pour en vérifier la qualité sacerdotale, après l’avoir extrait du creux profond de la vache informe qu’il porte à bout de bras. 

 
Ils disent non merci, pour n’avoir point à lever la bombonne quadruple qui doit peser le poids d’un moine mort[3]

  Le moine vif adresse un regard de compassion très chrétien à leurs pauvres bras affaiblis par l’âge et cherche des yeux dans l’environnement désespérément sec et platement utilitaire du hall inoxydable, un gobelet salvateur qui leur permette de partager chrétiennement, comme il sied, ses libations.
 

Mais il n’a pas le temps d’aller au bout de ses investigations. 

  Les passagers sont appelés pour l’embarquement et il leur est demandé de souscrire de bonne grâce à la fouille de leurs bagages à main, chaussures, et tout ça, avec portiques et machines qui regardent dedans sans les ouvrir.

 
Les passagers qui se trouvent devant Eusèbe et Jeanne ne font rien sonner d’alarmant, juste un bandage herniaire renforcé et une armature blindée de soutien-gorge rural, mais révèlent dans les sacs rayonzixés de nombreuses boîtes de saucisses de pyxide, ce qui ne gêne en rien leur passage mais trahit l’importance de la pénétration de l’intoxication chez les aviomobilistes.

  Le moine ne transporte qu’un bréviaire peu usagé, trois paires de chaussettes de laine bleu marine (tricotées par des sœur clarisses), deux slips à poche « Petit Bateau » assortis (mais non point tricotés, c’est la couleur qui est assortie), une boîte d’hosties petit modèle (Ø 28), non consacrées, deux paquets de Biscuits Petit Jésus, et son jéroboam de Chablis de messe. 

 
Sommé d’avoir à s’en débarrasser par le contrôleur qui procède à la fouille de sécurité avant l’embarquement, et qui lui explique que les liquides sont proscrits en cabine, Frère Jean des Entonnoirs refuse fermement de se séparer de son outil de travail et déclare préférer le consommer illico presto, en un sain sacrifice, plutôt que d’admettre un éloignement injuste, profanateur et quelque part (il a dit quelque part mais n’a pas précisé où) arbitraire, des saintes espèces. 

  Et donc, traire pour traire, il se descend le flacon derrière le scapulaire d’un seul trait puissant et sans respirer, rote un peu en disant amen, et fait observer au vétilleux contrôleur que là où il se trouve maintenant, le saint liquide pourra voyager en toute sécurité, nonobstant un éventuel renard de trou d’air dont la compagnie serait alors responsable. 

 
Dont acte.

  On lui explique les sachets de secours, il montre la bombonne, et il devient évident que le secours est tout juste prévu pour une secrétaire anorexique ou un cadre supérieur bien élevé qui soigne sa ligne et son cholestérol.
 
Ou un Anglais.

  On frémit, mais on assume, et le moine est autorisé à embarquer.

 
Embarquement interrompu par la sourde protestation d’une dame valétudinaire et dotée de longues dents jaunes et de longs gants gris, membre d’une association qui a pour raison de vivre la lutte contre les discriminations diverses opérées à l’encontre des minorités forcément malheureuses et opprimées, et qui a relevé un trait aussi raciste qu’homophobe dans la manière que le moine a eue de parler d’arbitraire, puis de traire, ce qui crée une double équivoque en introduisant une césure perfide au sein d’un mot qui n’en demandait pas tant. 

  Les passagers la huent un peu pour presser un mouvement qui tend à s’éterniser à propos de broutilles, peccadilles, vétilles et autres brimborions d’autant plus secondaires que personne ne se sent concerné par la minorité évoquée par la dame, la troupe passagère ne comprenant que cinq Mélano-africains, trois Mélano-mélanésiens, deux Ictéro-chinois et quatre Ictéro-japonais dont un seul comprend notre idiome. 

 
Et un Anglais. 

  Roux. 

 
Outre les caucasiens rosissants ordinairement majoritaires. 

  Mais pas d’arbitres, qui eussent pu se sentir visés.
 

C’est donc sur un flop idéologique que la vertu de la dame se replie sur soi avec d’obscurs grognements de frustration scandalisée, que le moine apaise par l’offrande rédemptrice d’un biscuit de Petit Jésus. 

  La dame  l’accepte malgré tout, par grandeur d’âme, et elle se conforte en outre d’une saucissette discrètement et égoïstement absorbée lorsque le moine lui a tourné le dos.  

 
On monte dans l’avion. 

  C’est un petit, mais il est bien plein. 

 
Il faut dire que la fréquence des vols a diminué depuis que le mauvais temps a imposé des détournements, des ajournements, des retards tels que plus une seule ligne aérienne ne peut se targuer d’être « régulière », surtout l’hiver. 

  Aujourd’hui, ça va, on décolle à l’heure, et l’hôtesse pousse son petit chariot de boissons et de grignoteries entre les rangées de passagers.

Le hasard a placé le moine sur le siège unique situé de l’autre côté de l’allée par rapport à Eusèbe et Jeanne. 

 
Jeanne prend un café et une saucissette, en croisant les doigts pour que la « poudre de protection » qu’Amélie a bricolée avec Amaïa et qu’elle leur a administrée avant le départ se révèle efficace. Eusèbe aussi. En plus, ils se sont gavés de soupe.

  Le moine s’endort et ronfle, nimbé d’une gloire acidulée d’effluves de Chablis. Il déborde un peu de son siège. Surtout sa cuisse droite.

  Eusèbe regarde par le hublot défiler les blanches hauteurs du centre de

la France encore enneigées, sillonnées en fins traits noirs de quelques cours d’eau et de quelques grands axes routiers. 

  Sans rien dire, Jeanne vérifie le « petit matériel » qu’elle a rangé dans le sac qu’elle a ressorti du coffre à bagages placé au-dessus de son siège, « pour prendre un mouchoir ». 

  Apparemment, la poudre d’Amélie est efficace, puisqu’elle ne ressent aucun des effets particuliers qui lui ont été décrits en cas d’intoxication.

Son euphorie présente est juste liée au plaisir du voyage aérien en compagnie d’Eusèbe.

 
Le moine s’éveille, ouvre des yeux globuleux, rote, et se lève d’un coup en se cognant au coffre à bagages. Il retombe, sonné, avec un grognement rageur et un fracas de siège torturé.
 
On le regarde.

  Une hôtesse se précipite : c’est celle qui a réussi à lui prendre son bâton avec un sourire tendre et d’une main câline. 

 
Mais cette fois, le bonhomme semble plus nerveux. 

  Or, malgré les entraves que lui impose son habit flottant, ça n’en est pas moins un sacré morceau de moine, et la mignonne employée de transport aérien se retrouve, sans malice, les quatre fers en l’air au milieu de l’allée, dévoilant la charmante petite culotte blanche brodée de petits coeurs roses que dissimulait sa stricte jupette d’uniforme gris.

Ça crie un peu, et le moine se lève, mu par d’indistinctes intentions.

 
La seconde hôtesse se précipite alors au secours de sa consoeur qui se redresse vite, tant pour reprendre une position plus digne que pour se défendre de ce qu’elle perçoit comme une agression possible encore que surprenante du fait d’un saint homme. 

  La seconde hôtesse brandit un paquet de saucissettes dites de secours : son dernier stage « sécurité » lui a appris qu’elles sont susceptibles de guérir de manière quasi instantanée l’agitation imprévue parfois constatée chez certains passagers qui en sont gros consommateurs.
 
Mais elle s’empêtre dans les quilles encore quelque peu éparses de sa collègue qu’elle renvoie au tapis, pour la plus grande satisfaction d’un passager voisin qui découvre pour la seconde fois les petits coeurs roses brodés sur la petite culotte blanche. 

  Et même un petit frison qui dépasse. Yeah !

 
- Ouille, dit la petite mignonne hôtesse troussée derechef en s’effondrant sur la fesse droite.
- Merde, dit la seconde hôtesse, en lâchant les saucissettes qui se perdent sous les sièges.
- Grrrrr !!! grogne l’ursidé monastique, maintenant debout dans l’allée en fixant d’un œil vorace les  fuseaux soyeux des mignonnes cuissettes que découvre la petite jupe relevée jusqu’aux petits coeurs roses.
- Pschiitt, fait la petite bombe pharmaceutique que Jeanne presse sous les naseaux dilatés de Brun en rut, dont l’habit s’est soudain orné, sous la cordelière nouée, de rien moins qu’une proue de drakkar.
- Flop, fait ladite proue de drakkar en sombrant mollement parmi les plis de la bure, tel, englouti, le vaisseau viking heurtant dans le brouillard un iceberg imprévu au fin fond froid d’un fjord.
- Ouf, fait la seconde hôtesse, comme un vrai diplomate en période de détente.
- Ouf, fait la petite hôtesse en se redressant et en rajustant son pimpant uniforme sur les  fuseaux soyeux de ses mignonnes cuissettes. Mais avec un léger retard et un petit éclat dans l’œil gauche.

Et elle se frotte la fesse droite.

  - Qu’est-ce qui m’arrive ? demande le moine ahuri par cette succession d’évènements.
- Rien du tout, lui explique Jeanne en rangeant sa petite bombe au fond de son sac. Vous avez fait une crise d’asthme, sans aucun doute. J’avais ma Ventoline à la main, je vous en ai envoyé une petite dose…
- Mais je ne suis pas asthmatique, se défend le moine, confus de se trouver ainsi au centre d’un incident.
- Oh, on n’en est pas toujours conscient, vous savez…

 
La petite hôtesse se rapproche, semble-t-il partagée entre la crainte et la petite lueur qui danse toujours dans son œil gauche. 

  Elle pose tendrement une main câline sur le gros bras musculeux du moine confus :
- Vous devriez vous asseoir, Monsieur le Moine, s’il y avait un trou d’air…
- Un trou d’air (il rougit)… Bien sûr… Je… Je suis désolé, Mademoiselle, je ne sais pas ce que j’ai bien pu faire… Je m’étais endormi, et…
- Ce n’est rien, appuie la seconde hôtesse qui s’est rapprochée. Un trou de mémoire consécutif à un trou d’air sans doute. Cette contagion des trous est fréquente dans les transports aériens. D’ordinaire une saucissette en vient à bout. Mais ma maladresse…
- Je suis tellement confus…

 
La mignonne petite hôtesse pose tendrement sa main câline sur l’épaule musclée du moine, qui frémit sous l’âpre bure : 
- Voulez-vous que je vous apporte à boire, Monsieur le Moine ?
- Frère Jean. Appelez-moi Frère Jean… Frère Jean des Entonnoirs, pour vous servir…
- Moi, c’est Cloclo… Cloclo Chatapus…

Elle a un sourire. 

  Il a un soupir.

 
- On arrive, signale la seconde hôtesse…
- Et… mon bâton ? demande le moine histoire de dire quelque chose…
- Il voyage dans la soute, répond la petite hôtesse en rougissant va savoir pourquoi. Avec mes houppettes. Je vous le rapporterai moi-même. Dans l’aérogare. Lorsque nous aurons débarqué. Il est très beau.

  Et on s’est posés.
 


[1] Mais non, il ne s’est pas fait couper les burnes. Z’avez déjà vu des burnes sur une tonsure, vous ? Ça ferait zeuils de crocodile dans un marigot. C’est seulement que ladite tonsure a l’aspect de l’ivoire, enfin, quoi !

[2] Comme disait un F’è’ d’Out’e Me’ qui s’était fait ‘ouler dans la fa’ine pa’ le Pè’ Supé’ieu’… Comme ça, pou’ le plaisi’…

[3] D’un âne. On dit d’un âne mort… Bon, mais avec un moine, c’est plus marrant. Et puis j’aime les ânes.

VERS L’ÉLYSÉE / P3C2E3

P3C2E3 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 3)

 
N°192 / VERS L’ÉLYSÉE / P3C2E3

 
C’est l’histoire où Eusèbe et Jeanne quittent l’aéroport et traversent Paris où il se passe de drôles de choses au sein des Enfants de Dieu. Ils arrivent à l’Élysée.

  Mercredi 15 juin
11 heures
Paris

 
Ni Eusèbe ni Jeanne ne sont passés par l’aérogare. 

  Une voiture noire aux vitres fumées est venue les accueillir au pied de la passerelle et le commandant de bord en personne, à leur descente, leur a signifié, non sans une certaine curiosité, qu’une voiture de la Présidence les attendait sur la piste.

  Le moine a encore remercié Jeanne pour son intervention, remarquant au passage qu’il éprouvait une curieuse sensation « de lucidité ». 

  Et puis il s’est éloigné, guidé par la petite hôtesse, l’air rêveur.
 
Le chauffeur de la grosse voiture noire s’est incliné en leur ouvrant la portière, et ils sont partis en direction de l’Elysée.

  A la sortie de l’aéroport, devant la grille qui ferme cet accès discret réservé aux Officiels, gardé par des gendarmes lourdement armés jusques aux dents d’engins offensifs et de dispositifs défensifs, deux jeunes filles chaudement vêtues d’épaisses doudounes matelassées et souriantes jusques aux dents elles aussi, distribuent des tracts aux passants en dansant devant eux, manifestant ainsi une euphorie plus grande que nature en ce lieu écarté et livré à la méfiance policière où ne passent que des Importants discrets.
 
Le chauffeur s’étant arrêté pour montrer quelque prestigieux laissez-passer au pandore de service, lourdement armé jusques aux dents d’engins offensifs et de dispositifs défensifs, ainsi que je l’ai indiqué, Eusèbe fait descendre sa glace en pressant le bouton ad hoc qu’il a repéré sur l’accoudoir rembourré de cuir fauve de la portière, et hèle discrètement la fille qui chante en s’approchant :

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue,
 
C’est-tout na-tu-rel…

  La force de son chant
La tension de son arc
 
C’est-tout na-tu-rel…

  Sans s’arrêter de chanter et tout en tapant du pied pour bien marteler le rituel « C’est tout na-tu-rel», elle tend une brochure publicitaire à la main qui émerge de cette grosse voiture noire dont la vitre reste ouverte tandis qu’elle poursuit sa chanson :
 
Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue

  C’est-tout na-tu-rel…
 

Elle s’éloigne de quelques pas, pour prendre du champ, et revient en ondulant de la croupe et entrouvrant sa doudoune sur un tee shirt transparent où tressautent deux petits seins tendrement dodus et sombrement fleuris, tandis que sa compagne lui enlace la taille avec un sourire éclatant destiné aux inconnus de la grosse voiture officielle, sans cesser de chanter :

  La vigueur de son bras
Et son œil infaillible
 
C’est-tout na-tu-rel…

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue
 
C’est-tout na-tu-rel…

  Là, elles continuent peut-être, mais la voiture démarre et Eusèbe referme sa glace parce qu’il ne fait point chaud.

  Jeanne hoche la tête avec commisération :
- Pauvres filles… Elles me rappellent ces gamines qui « militaient » pour les Enfants de Dieu, tu te souviens de cette secte ? Tu avais fait une série d’articles là-dessus…
- Ils appelaient ça le Flirty Fishing, à la fin des années 70. Une sorte de prostitution « sacrée » qui rapportait de l’argent et des protections à la secte. Qui a été dissoute, mais s’est bien sûr reconstituée sous un autre nom… Attends, oui, ça me revient : on les appelle maintenant
la Famille, mais il y a quelque temps, c’étaient les « Singing Arrows », les Flèches Chantantes…
- Les Flèches chantantes… Elles semblent avoir été récupérées par les Flèches d’argent, non ?

  Autoroute, circulation fluide… 

  Jeanne et Eusèbe lisent le prospectus :


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Périph…

 
Jeanne tend le prospectus à Eusèbe, sans un mot.
 
Porte de Saint Ouen… On arrive sur les Boulevards…
 
Arrêts aux feux. 
 
Rue d’Amsterdam. Une supérette à l’enseigne de la lyre. La queue devant la porte… Un peu plus loin, autre magasin à la lyre, autre queue. Il semble à Eusèbe, qui en fait la remarque, que cette queue soit « encadrée » de vigiles…
 
Très peu de circulation, peu d’animation. Des magasins fermés.
  - On est mercredi, remarque Jeanne, tout cela me semble bien calme. Il est près de midi, non ?
 
On entre dans la cour de l’Elysée à l’instant où les ministres descendent le grand perron, suivis du Président qui les salue l’un après l’autre. 
 
Huissiers, gardes républicains au garde-à-vous… Journalistes qui se pressent, caméras…
 
Les voitures officielles se succèdent emportant le ministre de ceci cela…
 
Le chauffeur conseille à Eusèbe et à Jeanne d’attendre que le cirque soit terminé et que les journalistes soient partis…
 
Eusèbe, qui a « couvert » pour son journal de nombreuses périodes de crise politique, connaît bien les lieux et la musique qui règle ce genre de ballet, et tout le monde attend patiemment…

REPAS À L’ÉLYSÉE / P3C2E5

P3C2E5 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 5)

 
N°194 / REPAS À L’ÉLYSÉE / P3C2E5

 
C’est l’histoire où le repas se termine distraitement et où le Prédlarép part en compagnie de son Amazone sous les regards inquiets de la Présidente.

 
Mercredi 15 juin
12 heures 45
Elysée

  Si le repas a bien été animé, ce n’est certainement pas dans le sens où l’attendaient initialement ses nobles amphitryons. 

 
Aux harengs à l’huile pommes vapeur succéda donc la tête de veau sauce gribiche, sans que l’on y prêtât l’attention qu’eussent méritée ces dignes mets. 

  On oublia même l’Éloge au Cuisinier, implicite dans l’invitation et rituel à la table présidentielle.
 
C’est dire à quel point l’intérêt pour la conversation fut soutenu. 

  C’est dire sa grande conséquence. 

 
Qui pis est, on oublia le dessert, et les plombières aux fruits moussus nappées de chocolat et semées d’écailles râpées de pistache fondirent lamentablement dans le monte-plats.

  Et puis, à 13 heures, il est frappé à la porte. 

 
Le Président dit :
- Entrez !

  On ouvre la porte. 

 
Entre Weide, regard de glace bleue au soleil d’hiver et cheveux relevés en épais chignon d’or mat. Elle est vêtue d’un strict tailleur blanc, montée sur de hauts escarpins assortis, surmontés de bas de même couleur, mais délicatement rosés par leur contenu, et elle porte pour tout bijou un lourd pendentif en or en forme de lyre, qui se balance au bout d’une chaînette dans le V abyssal de son décolleté. 

  Elle en jette. 

 
- Monsieur le Président, votre hélicoptère est avancé.

  Elle a un regard indifférent pour Eusèbe et Jeanne et un vague sourire pour Emma, qui, devant elle, semble avoir pris vingt ans. Déjà que…

 
Elle sort, suivie du Président qui congratule ses amis en leur promettant une proche visite, « dès que ses obligations le conduiront dans leur secteur ».

  - Elle est belle la garce, remarque la Présidente. Et « Il » a toujours couru après Sa queue. Et maintenant, avec cette drogue qui n’arrange rien… J’espère qu’Il y arrivera…

  Elle fait bien sûr allusion à ce dont ils ont convenu pour contrecarrer les plans infâmes de la Nouvelle Réna.

 - Nous devons rentrer, remarque Eusèbe. Il faudra vous montrer très prudents. Vous risquez de vous trouver directement menacés s’ils passent à l’attaque…
- Ce que vous nous avez donné comme pulvérisateurs devrait suffire dans un premier temps…
- Je vous expédierai des quantités plus importantes de produits dès demain, par transport spécial, Amélie travaille beaucoup et s’est assurée l’aide des autres scientifiques de son groupe. Nous rentrons. A bientôt…

L’APPEL DU PRÉDLARÉP / P3C2E17

P3C2E17 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 17)

 
N°206 / L’APPEL DU PRÉDLARÉP / P3C2E17

 
C’est l’histoire où le Prédlarép, désintoxiqué, appelle Eusèbe au téléphonepour lui dire toute ses inquiétudes.

  (C’est la suite immédiate de l’épisode P3C2E16)
 
Rien ne va… 

  En fait, rien ne va…
 
Arthur déteste cette attente creuse où il en est réduit à supputer, espérer, attendre.

 
Seule, Nouye reste impassible devant ses écrans…

  Et puis elle fait signe à Eusèbe, et on entend la voix du Président :
 
« Allo, Eusèbe Malfort ? »

  - Je vous écoute, Monsieur le Président… Nous attendions votre appel avec impatience…

  « Je n’ai pas voulu appeler depuis mon bureau, n’est-ce pas… Je suppose que la ligne est espionnée. Je me suis aperçu de l’énormité de la chose. Je dois être bref. Ne m’interrompez pas. Je suis descendu en ville sous le prétexte d’un loto… D’un loto ! A quoi en sommes Nous réduit, Je vous le demande… Ma voiture attend que Je sorte. Heureusement que le patron est un fidèle. D’habitude, il fait mon loto à ma place, mais j’ai argué d’une super cagnotte… J’ai donc peu de temps. C’est terrible. Je ne sais pas ce qu’ils manigancent exactement, mais depuis que vous m’avez ouvert les yeux, je crains le pire. Par exemple avec cette histoire de fabriques de saucisses… Ils en installent sept sur tout le territoire, qui sera bientôt entièrement quadrillé ! La France est hélas en pointe, mais bientôt, c’est le monde entier qui va y passer ! Et c’est pareil pour les usines d’eau. Après ce que vous m’avez dit et ce que vous m’avez donné comme antidote, je pense que l’eau pourrait être un vecteur idéal d’intoxication finale. S’ils en contrôlent la distribution, nous sommes perdus. Et ils en contrôlent la distribution. Donc nous devrions être perdus, n’est-ce pas ? J’enrage, mais me refuse au désespoir.
On fait la queue devant tous les points de vente, toutes les superettes C’est