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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

Varochaix et le parti Nari (National Régionaliste)

Varochaix

 
Garagiste à Saint Tignous sur Nivette. Fondateur du Parti National Régionaliste Béarnais, plus simplement appelé « NARI ». Élu à ce titre au Conseil Municipal de Saint Tignous sur Nivette.

 
Un mètre cinquante trois et demi, chausse du 36. Son portrait détaillé est donné, psychologique et tout, en P2C2E9

  A participé à l’enlèvement d’Eusèbe Malfort (P1C3E11).

  Pressenti par Arnaud Boufigue (P1C3E6) lors de la mise en place du réseau des Écolocroques (où il rencontre Finette P1C3E21), il sera l’un des premiers à avoir adhéré à la Nouvelle Réna, grâce à l’action militante de Gertrude Pilon(P2C2E9).
 

Après la mort des édiles, il s’empare de la Mairie (P3C1E27)

Et la Belgique dans tout ça ?

ET

LA BELGIQUE DANS TOUT ÇA ?
 Hier, le 21 juillet, c’était leur fête nationale…


Bien sûr, vu d’ici, des Pyrénées, c’est les Esquimaux-maux depuis l’indépendance du Congo. 
 
Et pourtant… Depuis presque trente ans que je vis sur l’impalpable frontière entre Béarn et Euskadi, il m’arrive de trouver des similitudes lorsque je vois d’aucuns candidats à la députation souffler sur des braises séparatistes pour aller pêcher des voix ou se débarrasser de cantons hostiles et ainsi se donner des chances lors d’une élection… 

 
Et je ne parle pas d’un certain Prédlarép comme dirait Zazie… Ni d’une certaine réforme constitutionnelle (merci, Jack).

 
Alors je livre à vos réflexions une vidéo fabuleuse de l’humoriste wallon François Pirette alias élu-ministre Jean-Marie Pirette ! (pourquoi Jean-Marie ?) Suis pas sûr de parvenir à l’insérer, mais je livre le lien (Ctrl+clic) :

LA VIDEO est supprimée de U-Tube (pb de droits d’auteurs avec la RTB1). Dommage

  Le double langage par lequel on pleure sur les malheurs du « pays » avant de poser des bombes, vous connaissez ? Je parlais de la Corse, par exemple, comme ça…

Merci pour ces documents, Tonton Marcel…

 
TONTON RASPOUTINE

 
Et un entretien intéressant paru dans l’hebdomadaire  « France catholique » avec Luc Beyer de Ryke, auteur de “ La Belgique en sursis”, éd. François-Xavier de Guibert, 165 pp., 15e.

 
FAUT LIRE JUSQU’AU BOUT !

 
Le mal belge
 
lundi 28 janvier 2008

La Belgique pourra-t-elle se relever de la terrible crise politique qu’elle vit depuis de longs mois
?

Avis d’un célèbre journaliste flamand et francophone… 

  Votre histoire familiale est significative. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Je suis né à Gand. Cette ville a vu naître trois hommes célèbres: Charles Quint, Maeterlinck, écrivain francophone des Flandres qui reçut le Prix Nobel de littérature (il faut relire ”La maison dans la dune” -note de Tontonraspoutine-) et De Geyter qui a composé la musique de l’Internationale. Pour ma part, je suis Flamand de langue française. Je suis né dans une ville, où la « bonne société » était divisée en salons catholiques et salons libéraux ; ils se sont ensuite mélangés face à la montée du flamingantisme. J’appartiens par ma famille à la bourgeoisie libérale : mon grand-père et mon père étaient chirurgiens. Mon père est mort jeune et ma mère s’est remariée avec un avocat professeur à l’université de Bruxelles, assesseur au Conseil d’État et bâtonnier à Gand. Mon grand-père maternel était magistrat. Je suis le « mouton noir » de cette famille puisque je suis devenu journaliste !
 
Présentateur du journal télévisé de la RTBF pendant 18 ans, j’ai été au cours de cette même période conseiller provincial de Flandre orientale et pendant 14 ans conseiller municipal de Gand où la loi m’interdisait de prononcer un mot de français.
  Que sommes-nous aujourd’hui, nous francophones de Flandre ? Rien !

Vous avez fait vos études en quelle langue ?

  À l’exception d’un passage de deux années à l’Athénée, j’ai fait mes études en français uniquement. À Gand jusqu’à la fin du secondaire puis à Bruxelles dans l’enseignement supérieur. Dans ma ville natale, j’ai commencé avec les Dames de l’Instruction chrétienne, qui était encore une école francophone, puis je suis allé chez les Frères des Écoles chrétiennes où l’on étudiait également en français. Ensuite ce fut l’enseignement public, à l’école moyenne, puis je suis entré à l’Institut de Gand, qui était une école libre mais non catholique, où les cours de latin, de grec et de français étaient donnés par des professeurs français dépêchés et payés par le Quai d’Orsay. Aucun Belge ne pourrait faire aujour­d’hui le même parcours scolaire en Flandre. Autre impossibilité : au cours de ma vie politique, j’ai été élu dans toutes les régions du pays - à Gand puis à Uccle où je suis toujours conseiller municipal. J’ai été élu comme parlementaire européen dans une circonscription qui regroupait Bruxelles, la Wallonie et le petit territoire de langue allemande. Aucun Belge ne pourrait aujourd’hui être successivement élu par des citoyens appartenant aux trois groupes linguistiques du pays. Sauf, pour l’instant encore – mais pour combien de temps ? - dans le dernier arrondissement bilingue, celui de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

 
Comment expliquez-vous la crise politique qui a gravement affecté la Belgique dans les derniers mois de 2007

  Cette crise s’inscrit dans un long processus. Mon livre commence avec la fameuse émission de la RTBF annonçant l’indépendance de

la Flandre. En France, on a parlé de canular. Mais cette émission de fiction était plutôt un acte politique. Son animateur, Philippe Dutilleul, est connu en France grâce à l’émission «Strip-Tease»: il m’avait parlé de son projet et songeait à moi pour présenter l’émission spéciale. Il voulait faire prendre conscience de la situation critique dans laquelle

la Belgique se trouvait – et je ne pouvais lui donner tort. Mais j’étais circonspect, je craignais une «prédiction créatrice», l’annonce fictive de la séparation provoquant un choc conduisant à l’éclatement réel du pays. J’ai différé ma réponse, en pensant que cette émission ne serait pas avalisée par

la hiérarchie. Je me trompais: le présentateur en titre du journal télévisé a accepté de jouer son propre rôle dans la fiction et toute la hiérarchie a participé à l’émission. Sa diffusion a provoqué une onde de choc: 80 % des auditeurs francophones ont cru à la véracité de la nouvelle car le scénario était déjà dans toutes les têtes. Chacun savait que tous les dossiers communautaires seraient mis à plat après les élections et que, par conséquent, la formation d’un gouvernement serait ex­traordinairement difficile. L’émission n’a pas créé la crise mais elle a contribué à son emballement.

  Venons-en à ces dossiers communautaires. En France, on ne se rend pas compte de ce que peut signifier leur remise à plat.

Je commencerai par la fin. Du côté francophone, l’écrasante majorité des citoyens ne veut pas la division du pays. Les francophones, bruxellois ou wallons, veulent le statu quo et beaucoup ont la nostalgie de

la Belgique d’autrefois. Les Flamands veulent une profonde réforme de l’État. Mais la majorité des néerlandophones n’est pas séparatiste: seule une minorité -il est vrai importante- milite en ce sens. Mais l’écrasante majorité souhaite un approfondissement du confédéralisme. Or ce confédéralisme est de plus en plus un séparatisme de facto. Nombre de Flamands veulent que

la Sécurité sociale soit coupée en deux, que l’organisation judiciaire soit elle aussi scindée, certains voudraient des plaques d’immatriculation différentes pour les automobiles: la volonté de vivre séparément sous un label commun est flagrante. J’ai souvent en­tendu dire dans des milieux flamands qui ne sont pas nécessairement extrémistes: Avec

la Belgique si l’on peut, sans

la Belgique s’il le faut. Démocrate-chrétien, Premier mi­nistre pendant douze ans, père du fédéralisme, Wilfried Martens croyait que le fédéralisme était un processus qui trouverait un jour son achèvement. Il se trompait: le processus ne peut être arrêté.

  La Belgique a maintenant un gouvernement…

Guy Verhofstadt a réussi un tour de force en mettant sur pied un gouvernement transitoire: il durera jusqu’au 23 mars, date à laquelle Yves Leterme devrait lui succéder. Ce dernier, entouré d’un groupe de personnalités politiques qualifiées de « sages », est en train de préparer des réformes institutionnelles. Nul ne sait ce qui se passera lorsqu’il sera en mesure de les présenter.

  Dans l’histoire de la Belgique, quels sont les facteurs qui expliquent ce processus?

Le premier, c’est bien évidemment la révolution de 1830 et la constitution de l’État belge. À ce propos je précise que la fête nationale belge ne célèbre pas la révolution du 21 juillet 1830 mais le 21 juillet 1831, date de la prestation de serment du premier roi des Belges, Léopold Ier, marié à Louise-Marie, fille de votre roi Louis-Philippe. Il est important de souligner que cet État est né d’une révolution bourgeoise et qu’il va être gouverné en français du nord au sud: toute la classe intellectuelle, les médecins, les magistrats… sont francophones. Il n’y a pas alors une langue flamande unifiée mais des patois qui balkanisent cette partie de la Belgique. Le deuxième fait important, c’est la guerre de 1914-1918.
Avant d’écrire mon livre, j’ai rencontré des personnalités de toutes les obédiences et de toutes les communautés. Quand je parlais à des Flamands, y compris à de jeunes Flamands, tous évoquaient

la Grande Guerre. Pour résumer en une phrase sans doute excessive mais qui est pour les Flamands d’une criante vérité: sur le front, on commandait en français et on mourait en flamand. C’est pendant la première guerre mondiale qu’un petit cercle d’intellectuels flamands se lie à l’Allemagne wilhelminienne. Celle-ci pratique

la Flamen­politik: le gouverneur allemand Von Bissing crée la première université flamande à Gand: on y parle flamand mais on y pense en allemand. Cette université disparaîtra en 1918 mais dans l’entre-deux-guerres on assiste à une montée impressionnante du mouvement flamand. Certains de ceux qui avaient collaboré avec les Allemands pendant la guerre de 1914-1918 reprendront la politique de collaboration pendant la seconde guerre mondiale – par exemple Auguste Borms, fusillé en 1946. Après

la Libération, la répression sera dure et les blessures resteront profondes dans le mouvement flamand.

  Il y eut des collaborateurs, non des moindres, chez les francophones !

Léon Degrelle fut le chef de la division SS-Wallonie. Mais que reste-t-il du rexisme aujourd’hui? Rien.

La Collaboration flamande, quant à elle, n’était pas liée à un homme mais elle est beaucoup plus profonde et étendue que

la Collaboration francophone.

  Vous accordez une grande importance à l’éclatement de l’Université de Louvain…

Que l’on soit catholique ou non, le traumatisme créé par la division entre l’Université de Louvain-la-Neuve et l’Université de Leuven reste profond. Louvain était une des plus prestigieuses universités catholiques du monde! Souve­nons-nous du slogan de l’époque qui est aujourd’hui repris: Franse ratten rol uw matten (rats français roulez vos tapis!) On a divisé la bibliothèque en numéros pairs et impairs - les uns allant aux francophones, les autres aux néerlandophones. Péché contre l’esprit!

  La monarchie maintient malgré tout l’unité?

C’est vrai et c’est faux. Je reprends la formule célèbre d’un ancien Premier ministre socialiste, Achille Van Acker, qui était très hostile au roi Léopold pendant la Question royale: « La Belgique a besoin de monarchie comme de pain». Sans monarchie,

la Belgique cesserait d’exister dans les huit jours. En République, se poserait immédiatement la question du chef de l’État: un président wallon, flamand, bruxellois? Cela dit, la monarchie ne suffit plus à préserver l’intégrité de

la Belgique. Nous sommes dans un régime de particratie absolue. Le roi ne nommera jamais un ministre qui n’aurait pas l’aval des partis. Le roi Albert n’a pas l’influence qu’avait le roi Baudouin grâce à l’expérience qu’il avait acquise au cours de son long règne. Le roi des Belges est en mauvaise santé et sa succession n’est pas assurée car le prince Philippe a débordé de son rôle, par exemple en critiquant le Vlaams Belang, en signant un document patronal ou en prenant publiquement à partie des journalistes flamands. Pendant

la Question royale, 70 % des Flamands étaient favorables à la monarchie, alors que maintenant une importante minorité souhaite une République flamande.
Bruxellois et Wallons ne s’aiment pas beaucoup. Les Flamands considèrent que Bruxelles est la capitale de

la Flandre et ils voudraient partir en annexant la ville et en accordant des facilités aux francophones bruxellois. Le morceau est sans doute trop gros, mais l’intention est clairement exprimée. Les francophones constituent entre 85 et 90% de la population –dont 44% sont d’origine belge. La proportion des immigrés, dont beaucoup sont citoyens belges, est donc importante. Cela permet aux Flamands d’affirmer que Bruxelles est une ville multilingue dans laquelle on compte 10% de néerlandophones mais aussi des anglophones, des arabophones, etc. Pour eux, c’est une grande ville internationale en territoire flamand. Tout cela est exagéré mais il est vrai que Bruxelles est sur la ligne de front. Nous avons autour de Bruxelles les communes «à facilités». Bruxelles est totalement encerclée par des territoires flamands et les communes «à facilités» sont composées d’une très forte majorité de francophones (entre 70 et 80%). Jusqu’ici ils disposaient de «facilités linguistiques» en matière administrative, juridique et politique (voter par exemple pour des candidats francophones). Mais les Flamands les remettent en question et de toute manière exigent que les délibérations municipales soient prises en langue flamande: s’il y a un mot de français, les décisions sont annulées par

la tutelle. Frank Vandenbroucke, le ministre flamand de l’éducation, qui est socialiste, écrit que la loi ne lui permet pas encore de régir l’usage de la langue dans le domaine privé. Je connais des communes où les commerçants ne peuvent pas présenter leurs produits en français et où il est interdit de vendre un terrain à une personne ne connaissant pas le flamand. À Fouron, il a été décrété que l’usage du français constituait un «trouble à l’ordre public». Voilà où nous en sommes. Pour en revenir à Bruxelles, je remarque que la capitale est prise dans le mouvement général de communautarisation: les Bruxellois se sentent avant tout bruxellois, plus que belges. Certains d’entre eux souhaitent que leur ville devienne un district européen.

La Wallonie n’est pas aussi unie qu’on le croit. Si

la Flandre fait sécession, il y aura une République flamande et non une unification avec

la Hollande. La province wallonne du Luxembourg est attirée par le Grand Duché alors que les Liégeois sont francolâtres.

  Comment voit-on cette crise dans les institutions de l’Union européenne?

Avant d’écrire mon livre, je suis allé au Comité des régions où l’on m’a tenu des propos officiels qui ne me renseignent pas vraiment sur la politique européenne: «On encourage les régions mais dans le cadre des États» m’a-t-on dit. Mais si j’en juge d’après un entretien avec Hubert Védrine, la Commission, en encourageant financièrement les régions, a «joué avec le feu». Aujourd’hui, devant ce qui se passe en Belgique, elle est inquiète. Elle se souvient que son siège se trouve à Bruxelles. On la sent prise entre son désir de régionalisme et la crainte de voir des mouvements nationalitaires tels les Catalans et les Basques durcir leurs revendications. «L’Europe aux cent drapeaux» voulue par l’indépendantiste breton Yann Fouéré est une image poétique, mais aussi l’incertitude attachée au morcellement et à l’éclatement des Nations qui transformerait l’Europe en habit d’Arlequin.

LA PRISE DE LA MAIRIE / P3C1E27

P3C1E27 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 27)

  N°172 / LA PRISE DE LA MAIRIE / P3C1E27

  C’est l’histoire où Varochaix, du Nari (parti National Régionaliste) (voir sa biographie succinte en suivant ce lien) profite de la vacance du Pouvoir pour s’en emparer. 

  Samedi 11 juin
9 heures
Garage Varochaix

 
Varochaix s’éveille, détendu, satisfait, léger, oui, léger… C’est toujours comme ça les lendemains de séance à la Nouvelle Réna, et en son temps, Arnaud Boufigue lui avait expliqué que c’était le propre (c’est le cas de le dire) des âmes pures. 

  Il baille largement, pète bruyamment et abondamment, agite le drap pour répartir dans la chambre ses flaveurs puissantes, et reste ainsi un temps, satisfait, heureux du bonheur simple et organique de se sentir bien dans sa peau, bien dans ses draps, bien dans son pieu, dans ses propriétés, dans ses œuvres… Bien, quoi.

  De son appartement, logé au-dessus du garage, il peut entendre, très étouffée, l’activité des quelques employés, qui, le samedi matin, travaillent hâtivement pour achever quelques réparations, préparer quelques véhicules, régler quelques moteurs… Terminer avant midi. On ne bosse pas l’après-midi.

 
La femme de ménage vient à dix heures (une Espagnole poil aux pattes intouchable mais efficace, discrète et de toute confiance). Elle travaille une heure ou deux et dégage le plancher, comme tous les matins de la semaine. Elle occupe un pavillon minuscule à l’entrée de la cour du garage, où elle vit avec son mari invalide et leurs deux enfants silencieux. Concierge, quoi. Et tellement heureuse d’être ainsi logée « gratuitement » qu’elle se ferait couper en rondelles pour « el Patronn’ ». Dévouée…

  A cette heure-là, Varochaix est descendu depuis un bon moment dans son bureau, juste dessous, et il prend quelques rendez-vous, ou bien il lit le journal, surtout le samedi.

 
Ce samedi là, il lit le journal, les pieds sur le bureau. 

  Bordel !!!

 
Et puis il repose le journal.

  Et puis il réfléchit…

 
Dix heures. 

  Il a réfléchi.

Il se lève, arpente une seconde le bureau et appelle :
- Hémi !!

La secrétaire translucide entre en serrant son bloc-notes sur la veste de son élégant tailleur fuchsia à boutonnage controversé (un bouton à droite et un à gauche. Un effet inventé par son amie Clara, dite Clarinette, des Créations Gigounette, qu’elle essaie pour le « roder » avant le défilé de demain soir à

la MJC, que sa calotine de copine écrit : «

J-C »). Ça tombe bien, la jupe est largement ouverte par-derrière, avec un effet de panty jaune vif et des mi-bas verts.

  Docile, elle s’accoude sur le bureau et prend la pose, croupe tendue.

  - Mais non, conne, prends mon répertoire et note d’appeler tous les adhérents disponibles du Parti. Rendez-vous dans un quart d’heure à la mairie.

 
Le Parti, et cela, Hémi le sait, c’est bien sûr le Nari. La liste se trouve dans le répertoire personnel de Varochaix, tiroir de droite de son bureau, auquel elle ne peut accéder qu’avec l’autorisation expresse du Patron. C’est le cas. 

  Elle se redresse. Ça craque un peu. Faut dire qu’elle a encore perdu deux kilos. Elle est descendue à 250 calories. Elle est contente : elle tend vers l’idéal. Elle a enfin mis sa photo en maillot sur son blog proana et elle reçoit des félicitations. Et on l’a rassurée : on lui a assuré que ce qu’elle « prend par là » n’apporte pas de calories en plus. Donc, elle peut travailler sans s’inquiéter. Un stress en moins. C’est bien : on dit que le stress fait grossir.

 
« Gardarem lou Mairie », déclare Varochaix à l’employée municipale qui se trouve à la réception. « Le Maire est mort, vive le Maire ! », ajoute-t-il pour expliquer à l’ignare le contenu implicite de sa déclamation liminaire. Encore une colonialiste planquée dans le système. Il va falloir un grand coup de balai de purification ethnique dans tout ça, dès que les choses seront calmées.

  Calmées, parce qu’ici, c’est un peu le soir après Waterloo, lorsque le petit caporal a capoté et que les chevaux démontés tournent en rond sur le champ couvert de morts sur qui tombe la nuit.

 
C’est tout à fait ça, se dit Varochaix : des bourrins qui hennissent en tournant en rond. Secrétaires de ceci, agents de cela, déboussolés, avec des phrases qui ressortent du brouhaha général, comme des étincelles sortiraient de la braise au vent de la déroute : « et il paraît que ceci », « et il paraît que cela », « tout nu », « avec le Conseiller en matière d’économie électorale », « vous auriez pu penser ça d’un homme aussi sérieux, vous ? », « de lui, sûrement pas, de sa femme, peut-être »… Et cetera.

  Et surtout, des guichets mal fermés qui battent au vent de la panique, et des portes qui claquent…

 
Un fayot a noué un crêpe noir à la poignée de la porte principale, on crie : « t’as trouvé le drapeau ? », et puis : « comment on fait pour le mettre en berne ? »…

  Varochaix a réuni les cinq affidés disponibles qui l’ont rejoint et les a disposés en fer de lance. Et il fonce dans la tempête, direction, le bureau du Maire.

 
Une petite secrétaire pâlichonne aux yeux bouffis de larmes tente de le retenir :
- Vous ne pouvez pas…

  Mais elle est écartée d’un revers de la main qui l’envoie se rasseoir sur son siège à roulettes, lequel, dépourvu de moyens de freinage, court sur son erre jusque dans la vitrine qui protège un drapeau broché d’or, témoin fameux d’une lointaine bataille gagnée on ne sait quand contre on ne sait qui par une confrérie dont le nom inconnu se perd dans ses plis glorieux, et une large et longue épée, certainement très lourde, quoique bouffée de rouille, et qui fut en usage pendant, dit-on, des siècles, à fin de justice décollatoire.

 
La chaise et son contenu secrétarial s’arrête là avec un léger bing, sans toutefois briser la glace, épaisse et verrouillée. Toutefois, le mouvement de pivot induit par la dissymétrie du choc précipite la petite secrétaire pâlichonne aux yeux bouffis de larmes les quatre fers en l’air, le coccyx sur la moquette bouclée de l’antichambre. 

  Elle couine parce qu’elle a mal.

 
Le fer de lance se consulte du regard, hésitant un instant entre l’ignorer, la passer par les armes (l’épée est là, incitatrice en diable) ou lui passer dessus (le champ se trouve libre, la pose, incitatrice), ainsi qu’il sied aux occupantes colonisatrices vaincues par les armées du peuple. 

  Varochaix remet de l’ordre dans leurs pensées en leur rappelant que la Nation ne saurait se comporter comme une bande sans feu ni lieu ni foi ni loi ni Dieu ni Diable ni maître ni ressources ni morale, enfin, comme une bande de soudards avinés débourrant un couvent de jeunes filles sans dessus ni dessous ni devant ni derrière. Comme un vulgaire Raspoutine !

  D’ailleurs, Dieu est avec Nous.

  Et puis on n’a rien bu.

 
P’tite saucisse ?

  On se fait une pyxide entre amis. Ça réconcilie tout le monde avec la pureté des grands vainqueurs. 

 
Vive le Béarn libre !

  La fille a filé sous son bureau, regrettant d’avoir mis sa mini bleue pour venir bosser. Et sa petite culotte rouge avec ses bas blancs. C’est vrai qu’avec le défunt maire (mon dieu… le défunt maire, quelle tristesse), elle ne risquait pas grand’chose. Juste une félicitation pour son patriotisme foncier. Mais là, elle a senti passer le vent de l’histoire et le souffle corrompu des hordes barbares remontées de la nuit des temps pour égorger nos filles et nos compagnes. Ça lui donne des frissons frisottants dans les frisous.

  Et puis, coach coachant son équipe avant l’épreuve et l’effort, Varochaix regroupe ses Hommes et leur souffle l’Ambition de la Victoire (en français, parce qu’ils n’ont pas tous dépassé les premières leçons de la Langue) :
  - Istrégoud ! Istrégoud ! s’exclame-t-il, lançant ainsi leur farouche cri de guerre, comme un défi au monde entier…
  - Istrégoud ! Istrégoud ! reprennent-ils en chœur, positivés à bloc…
 
- C’est notre chance ! J’étais le Numéro 3 de la cité et nous en souffrions tous, rabaissés par l’Etat français et sa domination humiliante, taillés et corvéés à merci par le monstre fiscalo-totalitaire qui nous brimait à quia jusqu’au fond de nos campagnes, traqués par ses hordes soldatesques et policières, niés par son école sournoise, dont les noirs hussards enrôlés sous la bannière de l’oppression linguistique arrachaient la langue de nos aïeux de la gorge de nos enfants innocents, pantelants, sanglotants, ruisselants…

  Un silence. L’émotion est palpable, On renifle virilement. Y cause bien, y’a pas.

 
Varochaix enchaîne, la main sur le cœur :
- Mais les Numéros 2 et le Numéro 1 de cet Etat dans l’Etat qu’est notre belle et antique ville se sont entre-tués, dans un spasme obscène où leur infamie se révèle à tous ! Le podium est libre ! Nous en occuperons, de plein droit, la plus haute marche. J’y monte, j’y suis, j’y règne !

  Et dans un geste large, il ouvre en grand la porte du bureau du Maire :
- Pas de vacance du Pouvoir. Nous veillons, nous gagnons !

LE PARTI NATIONAL RÉGIONALISTE / P2C2E9

P2C2E9 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 9)

 
N° 110 / LE PARTI NATIONAL RÉGIONALISTE / P2C2E9

C’est l’histoire où nous apprenons à mieux connaître Varochaix, chef du Parti National Régionaliste (ou NARI) de Saint Tignous sur Nivette, que Gertrude invite à

la Nouvelle Réna.  

Mardi 3 mai
10 heures trente
Garage Varochaix

  [Cet épisode sera largement consacré à Varochaix. Dans un souci (pris dans le sens naturel de « préoccupation » et non dans le néo-sens euphémistique de « grave problème qui va vous tomber sur la gueule ») de clarté, d’intelligibilité, voire de simple et évidente lisibilité, l’Hauteur (ainsi appelé parce qu’il voit les choses de Haut) (c’est Tonton Raspoutine) a consenti (laissez venir à moi les Petits Lecteurs…) à ne livrer les propos et pensées de Varochaix que dans une traduction simultanée et instantanée : métis de Basque et de Béarnais (ici, on appelle ça un charnégou, mais on a, depuis quelques temps, cessé de tondre les filles basques qui épousent un Béarnais. Et réciproquement…), Varochaix a découvert sur le tard sa langue paternelle (sa mère est Basque) (mais c’est l’Homme qui prédomine, bien sûr) (et puis elle parle peu et personne n’y comprend rien). En effet, à la maison, comme à l’école, chez les Pères, où Varochaix a subi un début d’études secondaires avortées (non pas par incapacité (il est vraiment intelligent), mais par distraction, dissipation et agitation de polisson), jamais Varochaix n’a parlé d’autre langue que le français. Toutefois, il a conservé une foi catholique, apostolique et romaine bien ancrée qui l’a laissé en contact étroit avec les Pères (qui pratiquent le pardon au mouflet qu’ils ont viré en tant que tel lorsqu’il est devenu adulte et rentable). Pères qui, dans ces contrées comme dans d’autres, ont su encourager des fibres national-régionalistes latentes, allant bien souvent jusqu’à abriter les brebis égarées dans un extrémisme meurtrier au sein de leurs structures conventuelles, de manière à se garder, sur le coin du feu, quelques fers à eux favorables pour le cas où l’exécrable république, d’abord régicide, puis mil neuf cent cinquiste et donc ignoblement laïciste, se trouverait enfin en difficulté. Les ennemis de nos ennemis sont nos amis, comme le disait Saint Pie X, et

la Sainte Politique est une longue patience. Ménage ton cierge. Amen
[1].

Donc, Varochaix s’était peu à peu imprégné, de retraite en pèlerinage, de l’importance toute paysanne de ses très lointaines racines béarnaises. Lui, dont la famille vivait, dans le calme cossu d’un immeuble du centre de Pau, une existence confortable de commerçants bourgeois chaudement fourrés de petit gris (sans imaginer pouvoir se donner le ridicule de parler patois), s’était senti  pousser du foin dans les sabots. Bien sûr, il continuait à vivre en ville (la campagne le déprimait : on ne vit pas les pieds dans l’eau de

la Source, voyons, on se contente d’en savourer le gazouillis), mais il s’était senti le besoin d’une langue aux charmes rocailleux de comice agricole (ah, l’odeur de la bergerie…). Et il appréciait plus que tout la complicité, la chaleur communautaire qui s’exaltait jusqu’à l’extase lors de tonitruantes soirées entre amis aux mêmes préoccupations, où l’on chantait a capella en maniant le contre-chant (comme chez les Pères), de ces interminables chants d’Hommes qui sont la sève du Pays, tandis que les femmes sont aux fourneaux. D’ailleurs, sa femme, lassée de n’être jamais invitée à ces agapes « entre Hommes » avait fini par fiche le camp. Pas étonnant : c’était une étrangère. De Bordeaux…

  Tout cela pour expliquer que Varochaix pensait en béarnais, ou plutôt, qu’il avait tendance à traduire en béarnais sa pensée spontanée, qui, hélas, se manifestait en français, pour la rendre conforme à son Idéal. Le résultat était souvent assez compliqué, sinon confus, et en tout cas, se manifestait par une sorte de sabir mental assez peu accessible pour tout autre que lui-même, Varochaix (et parfois, il faut bien le reconnaître, pour Varochaix lui-même).

  Donc, et pour en finir avec ce préambule, l’Hauteur, qui, lui, se doit de rester clair autant que, laborieusement, ses moyens le permettent, a décidé de traduire systématiquement en français ce qu’il perçoit des pensées interprétables de ce personnage.]


 
Les repas d’affaires sont à l’homme du même nom ce que sont les séances de chimiothérapie aux cancéreux : un mal nécessaire. C’est très exactement ce que pense Varochaix en regagnant son bureau après un (fructueux, mais trop copieux) repas au restaurant de l’hôtel Marengro où il avait invité un client potentiel soucieux de se lancer dans le taxi et l’ambulance. Un petit jeune dont l’avenir professionnel lui semblait des plus minces mais qui voulait croquer sa prime de licenciement (il avait travaillé dix ans chez Lartigo avant la « restructuration ») et sa prime de création d’entreprise, dans l’achat de trois véhicules neufs équipés. Impressionné par l’hôtel Marengro, le petit jeune, et parce que Varochaix y était traité en homme important. Du coup, il avait signé.

  En fait, Varochaix avait dû mettre quelques billes dans l’hôtel quand il avait monté son garage dans la zone des Six Mille. C’est la condition qu’imposait Hilarion-Jovial pour vous faire obtenir les permis de construire : tu prends une part dans l’hôtel et tu la paies dix fois son prix sous la table. Moyennant quoi, tu peux bâtir ce que tu veux là où tu veux. Je sais bien que c’est du terrain agricole, mais il m’appartient. Je te le vends comme terrain agricole au prix du terrain agricole, et quand tu m’as payé (sous la table) la différence du prix constructible, j’obtiens sa mutation en zone constructible et tu as ton permis de construire. La différence de valeur, ça se règle entre nous, comme on a dit… Et tu gardes un traitement de faveur à l’hôtel… En prime… C’est-à-dire que tu peux entrer dans les cuisines avec ton client, ce qui « fait bien », que le chef vient te voir à table pour t’expliquer ses nouveautés (le nouveau chef : celui qui a fait l’étude de la construction (Alain, un copain) a été viré quand il a voulu se faire payer (l’insolent)). Et tu paies ta note, bien sûr. A la limite, s’il y a beaucoup de monde, tu paies en liquide et on te fait sauter la TVA. Mais ça, tu connais : tu fais la même chose avec les réparations aux voitures des copains, pas vrai ? Enfin, t’as intérêt à le faire avec les voitures d’Hilarion-Jovial, qui ne roule qu’en d’ignobles caisses qu’il faut faire durer, par discrétion fiscale. Mais tout ça, c’est du très ordinaire.

  Et ce n’est pas ça qui gène la digestion de Varochaix : c’est plutôt le foie gras suivi du magret aux haricots tarbais, du fromage, et de l’omelette norvégienne.

Varochaix est accroc à l’omelette norvégienne. Bien sûr, un Nari se doit de manger une grosse tranche de pur brebis à la confiture de cerises noires entre le magret et l’omelette, et la raison lui imposerait d’abandonner l’omelette, surtout que, hein, norvégienne ! En Béarn… Mais c’est à ce genre de vice que Varochaix ne peut renoncer. Ça et France Info qu’il écoute non stop… Parce que de toute façon Radio Pau-Béarn parle en français. Aucun intérêt. La meilleure source d’infos locales, pour lui, c’est le Burlatrri (Bulletin régional des Langues et Traditions Régionales de la Région d’Ici) dont il est le fondateur-rédacteur-distributeur-lecteur. C’est pour ça qu’il s’intéresse à l’actualité, bien sûr : il écrit des « synthèses ». Et puis, hein, la Lanterne du Fort, ou plutôt du Malfort (ça le fait rire, ce petit jeu de mots, Varochaix, même s’il ne le chante pas sur les toits : il craint les retours de bâton),

la Lanterne est très « orientée » et il n’approuve pas tout ce qui s’y passe (ça, c’est ce qu’il dit quand la conversation vient sur le sujet). 

  Mais Varochaix ne discute pas de n’importe quoi avec n’importe qui : il est prudent et il sépare les genres. Le militant Nari parle aux militants Naris. Le garagiste vend et répare des voitures. À tous ceux qui veulent faire réparer, vendre ou acheter des voitures. Le bizenessman fait du bizeness avec tous ceux qui en sont capables (comme Hilarion-Jovial), ou qui s’y risquent (comme le jeune de tout à l’heure). Et tout ça marche pas trop mal, merci. 

 
N’empêche : l’omelette norvégienne, ça pèse sur l’estomac, burp…

  Ah, oui, il y a aussi la MJC, pratique pour imprimer le Journal, avec sa bonne vieille ronéo et la réunion hebdomadaire des militants : on discute des nouvelles, on approuve les articles de Varochaix, on les tape, on les tire et on les encarte, dans une saine ambiance béarnaise, avec un plateau de charcuteries (boudin, andouille, chingare et pâtés divers) et de fromage (que du brebis) à la confiture de cerises noires, de pastèque ou de figue, depuis que Varochaix en a trouvé chez un grand cuisinier (on est grand cuisinier quand on affiche un menu à 150 euros dans un cadre chicos, avec pas grand’chose dans de très grandes assiettes), chez qui il avait emmené un client, du côté de Biarritz, histoire de changer un peu. Et tout ça arrosé de rouge de Béarn ou de Jurançon, en chantant les chansons d’Hommes habituelles. Ces soirs là,

la MJC est fermée à toute autre activité : non pas que l’accès en ait été limité, mais personne ne s’est montré capable de supporter trois heures de chant béarnais ininterrompu… Ce qui assure la discrétion des débats qui préparent ses interventions au Conseil Municipal où il est Conseiller Nari. Mais depuis deux ans et les « évènements », il est souvent d’accord avec le Maire, face à l’innommé adversaire commun qui a réussi à faire plonger les Écolocroques. 

  Mais c’est une autre histoire.

  Tout comme sa « fonction » de formateur en enseignement de langue régionale au sein de la même MJC (qui décidément se trouve être très mamelue), fonction à laquelle il consacre trois soirées hebdomadaires au cours desquelles il développe et approfondit sa conscience politique en de fructueux échanges avec des (entre deux et trois) interlocuteurs (déjà) convaincus.

 
C’est tout ça la vie de Varochaix. Pas de femme depuis son divorce. Une secrétaire tirée par-ci par-là pour l’hygiène. De celles qui veulent garder leur boulot. Rien de suivi. Il en a toujours au moins trois en ligne. Et il les change périodiquement…

  Et la digestion lourde quand l’omelette norvégienne fait des siennes… blurp…

 
Et c’est là-dessus que sa secrétaire (Emmy, la dernière, une conne, qu’il n’a pas encore tirée mais qui va y passer vite fait, comme les autres, si elle ne veut pas se faire virer, avec ce qu’elle fait comme conneries) lui annonce « Gertrude Pilon qui veut le voir au sujet d’Arnaud Boufigue »…
  Gertrude Pilon… qui c’est ça ? Ah oui… et ça le ramène deux ans en arrière…

 
De son côté, on a beau dire : Gertrude se sent péteuse. Chaque fois qu’elle croise Varochaix, elle se sent péteuse. Pourtant c’est un petit mec pas impressionnant pour deux sous (un mètre cinquante trois et demi, chausse du 36), ça n’empêche… C’est à cause de cette histoire d’enlèvement d’Eusèbe Malfort dans son combi, il y a deux ans.

  Alors, elle l’évite. Le croise le moins possible. D’ailleurs, elle ne va plus à la MJC. Mais quand elle le croise, eh bien elle se sent péteuse, voilà. 

  Elle a fait un gros effort pour venir.

Elle ne l’a jamais rencontré chez lui, enfin, dans son bureau : petit bonhomme, grand bureau, grand garage, les affaires marchent, on dirait. Gertrude n’aime pas l’automobile : ça pue, ça pollue, ça coûte cher. D’ailleurs, elle n’a plus d’auto depuis qu’elle a liquidé son combi VW. Et maintenant, avec les problèmes de réchauffement de la planète et tout ça, même s’il gèle quelquefois à la mi-juillet (le réchauffement, c’est à cause des autos, le gel, c’est les bombes atomiques qu’il a fallu faire péter à cause des Malfort, comme lui a expliqué Sri Mardouk Shankara), les routes sont toujours à moitié bloquées. Entre le réchauffement de la planète qu’il faudrait éviter en supprimant les gaz à effet de serre (Gertrude a débranché son frigo qui fait des trous dans l’ozone et supprimé les haricots blancs de son alimentation, et pourtant, elle adore, mais ça fait péter du méthane et ça c’est un terrible gaz à effet de serre, pire que le CO2, comme l’a dit René dans une réunion du collectif du 18 août, et là, pour une fois, il avait raison), et le refroidissement du Gulf Stream qui fait neiger, tiens, je plains ceux qui vont devoir aller à Pau cette semaine !!! Mais c’est de leur faute aussi, et ils vont encore pleurnicher qu’ils perdent leur boulot à cause du mauvais temps. Non !!! C’est à cause de leur imprévoyance et du manque de courage des hommes politiques qui n’ont pas su conserver la ligne de chemin de fer. D’ailleurs, le Maire l’a dit lui-même : tant qu’il n’y aura pas de vraie ligne de chemin de fer entre Saint Tignous sur Nivette et la capitale régionale, il sera difficile de valoriser la renommée mondiale qu’il a apportée à la ville !!! 

  Ah oui, aussi, elle a demandé un rendez-vous au Maire, après Varochaix.

 
En attendant, elle doit reconnaître qu’il est bien, son bureau. Pas d’odeurs de cambouis ni de gaz d’échappement, comme on aurait pu croire, un grand bureau en bois, sol plastique ciré, du plastique, c’est pas très écolo, mais ça se nettoie plus facilement que le bois et ici, hein, avec la crasse…

  Bien sûr, la situation a changé, elle apporte autre chose que ces vieilles histoires de souvenirs malheureux, elle apporte une invitation, voilà, elle explique, quoi, que c’est Arnaud Boufigue qui l’envoie, le patron de Super Troc, son locataire (alors c’est vrai ce qu’on racontait, pense Varochaix), qu’elle aussi est bien contente de revoir Varochaix, après tout ce temps (mais oui, ma cocotte, mais oui, vide ton sac) et qu’il y a du nouveau, qu’après Super Troc (m’en fous, l’automobile n’a pas été touchée par la mode troquiste) (parce que Varochaix y voit une mode plutôt sympathique, dans la mesure où elle rétablit des relations de proximité, et donc une « intensité dans les échanges régionaux favorable au retour des valeurs traditionnelles »), qu’après Super Troc, donc, et en son sein (Varochaix ne peut retenir un sourire en regardant Gertrude, très fournie de ce côté-là, tout en se posant quelques questions relatives à certaines consistances : ça doit être mou-mou-flop-flop) va se développer le « concept » de la Nouvelle Réalité Naturelle, ou Nouvelle Réna, qui ne pourra pas le laisser indifférent. Parce que c’est vrai, quoi, il avait su s’engager avec les Écolocroques, comme moi, hein, on est entre nous, et maintenant, ça ressemble, mais en mieux parce que ça va parler aux gens et les aider dans leurs difficultés tout en les rapprochant de leurs racines, puisqu’ils ne peuvent plus autant circuler (ça, c’est un argument à double tirage que lui a conseillé Daniel. A double tirage lui aussi. Au moins. Elle pouffe). 

  Varochaix n’a rien compris à son histoire de racines, de Réna, qu’est-ce que c’est que cette Réna ? Et qu’est-ce qui la fait rire ? Il savait qu’elle était un peu bébête et allumée pour l’avoir croisée au cours de réunions à la MJC, mais là…

 
Alors elle lui explique : « C’est tout naturel », ce sera une grande campagne de pub pour recruter des gens et les faire venir dans les Super Trocs devenir des Initiés qui vont gagner 20 % en soutenant les Élus.

Mais il est un élu, lui Varochaix, puisqu’il est conseiller municipal…

Non, c’est pas ça. Les Élus, avec une majuscule, c’est eux qui vont guider le monde, un peu comme du temps des Écolocroques, quoi, sauf qu’ils promettent seulement la Nouvelle Réna, et que tout le monde va venir s’initier pendant les séances d’initiation… Et que les autres seront punis avec le Grand Putois. C’est pour ça qu’elle ne peut pas en dire plus, vous comprenez ?

  Elle est devenue complètement cinglée, délire-grave, se dit Varochaix.
  Et c’est à ce moment-là qu’elle regarde par la fenêtre du bureau qui donne sur la grand-route, et qu’elle voit un grand panneau de pub avec une affiche gigantesque cinq sur sept toute fraîche : «C’est tout naturel », à l’entrée du lotissement des Six Mille.

 
Elle tend le bras :
- Vous voyez, ce que je disais ? C’est eux, les Élus ! Et ce sera pareil à la radio et à la télé !!! Arnaud l’a promis, et il ne raconte pas d’histoires !!! Alors, vous viendrez ? Daniel Forpris, l’Executive Manager d’Arnaud, son bras droit, (elle dit « son bras droit » avec gourmandise) vous montrera tout ce qui a été préparé. Vous êtes invité avec le Maire, le Conseiller en matière d’économie électorale et tout, je vais passer les voir… Mais vous, comme vous étiez déjà sur le coup des Écolocroques, j’ai pensé que vous pourriez faire venir votre groupe régionaliste : Réna, Nari, ça se ressemble, non ?… 

  Et puis il lui vient une idée, un souvenir de Tino (elle adôôôôre Tino, presque autant que Brigitte Bardot, mais elle, c’est pour ses robes en vichy rose et ses bébés phoques en peluche), et elle chante, la main sur le cœur et les yeux au ciel devant Varochaix ahuri :

 
- Nari Rénaaaaa,
Ah…, reste encore dans mes bras,
Avec toi je veux jusqu’au jour
Danser cette rumba d’amour….
[2]

  Vous voyez, c’est le destin qui veut nous rapprocher : vous devez participer, vous mettre dans le coup… (là-dessus, elle est soulevée par l’enthousiasme, Gertrude, elle pense à la manière dont Sri Mardouk Shankara lui a expliqué sa Mission, à elle, Gertrude, comment elle devra parler des Élus qui vont sauver la Nature en ramenant
la Nouvelle Réna et en faisant que tout le monde doit venir à

la Nouvelle Réna. Et tout ça. Et voilà. Si !).

  Varochaix la regarde avec les yeux ronds… Oui, bien sûr, je viendrai, mais…

- Pas de « mais », vous viendrez. Ce soir. Sept heures à Super Troc. Vous demanderez Daniel Forpris, mais je serai là. Réunion secrète. Importante ! (La réunion « secrète », c’est une idée de Daniel) Faut que je voie le Maire, d’abord. J’ai rendez-vous. Alors, c’est d’accord ?
Varochaix entend une ritournelle incroyable sur France Info qui bourdonnait en fond sonore : « C’est-tout na-tu-rel… » Comme un départ de manif de la CGT… En pub sur France Info !

- C’est d’accord…

D’accord. Mais il ne sait toujours pas pour quoi…

 
De toute façon, elle est pressée, son rendez-vous à la Mairie, et elle n’a pas trop le temps de discuter, de s’étaler (ouf, se dit Varochaix), alors à ce soir et …

  … Nari Rénaaaaa,
Ah…, reste encore dans mes bras,
Avec toi je veux jusqu’au jour
Danser cette rumba d’amour…


  Elle sort en chantant à tue-tête, sous les regards ahuris de Varochaix et de la secrétaire qui écoutait derrière la porte et laisse du coup tomber le dossier qu’elle apporte à la signature :
- Quelle conne, s’écrie Varochaix ! Je vais l’écrire dans votre Cahier ! (il tient à jour un grand cahier où il note ostensiblement toutes ses conneries) (Faut de l’Ordre, et un Chef, non ?). Et la prochaine fois, vous passerez à la caisse !

 
Gertrude n’a rien entendu de ce petit drame ni des couinements de souris de la secrétaire affolée par la perspective que ses collègues lui ont déjà exposée (quand le Cahier est plein, c’est ton cul ou la porte !). Elle sort du garage qui jouxte le Bureau du Patron en dansant, tralala, tout en rythmant ses pas à grandes beuglées de « C’est-tout na-tu-rel… », sous l’oeil perplexe des mécanos qui se demandent ce que le patron a bien pu lui faire pour la mettre dans cet état : il n’a pourtant pas l’air, comme ça…
 


[1] On trouve une convergence de fait entre ce raisonnement et celui d’édilocrates économico-financiéro-capitalisto-européens qui favorisent les « cultures régionales » en se disant qu’il est plus facile de tenir à l’œil cinq ou six « petites Nations » qu’une seule. C’est le principe du chacun pour soi qui prévaut à tout coup, qui se retrouve encore au boulot où chacun discute « librement » de ses conditions de travail avec son patron, « d’égal à égal » (liberté-égalité). Sans être emmerdé par des lois sociales dépassées, réactionnaires, immobilistes, ou des 35 heures criminogènes et affairicides ! Vive le Progrès ! Et vive l’égalité entre le loup et l’agneau, comme disait William Blake quand il voulait définir la tyrannie…

[2] Sur l’air de Marinella, bien sûr…

LE PETIT MATOIS SUBREPTICE / P1C1E1

P1C1E1 (Partie 1/Chapitre 1/ Épisode 1)
 

C’est vous la chanteuse, Madame ?
Enchanté !

Dupont,
Les Bijoux de la Castafiore
Hergé


C’est l’histoire où Victor cherche vainement ses petites affaires.

  Mardi 12 avril
8 heures
Le Petit Matois Subreptice