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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

LE COMMISSAIRE À SA TOILETTE / P3C1E1

CHAPITRE 1


  P3C1E1 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 1)

 
N°146 / LE COMMISSAIRE À SA TOILETTE / P3C1E1

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot, à sa toilette, écoute, aux infos du matin, une interviouve de Bricolat Mulot. On commence à parler d’élections.

 
Mercredi 8 Juin
7 heures
Chez Mado

S’il est un moment de la journée que Ravot déteste voir perturber, c’est celui où il achève de faire sa toilette en écoutant les infos à la radio. Pas toujours drôles, les infos en question, mais il a vraiment l’impression de « reprendre le collier » en douceur, de se « remettre sur les rails ». Un peu avant sept heures, en général, sauf lorsqu’une opération urgente exige une présence encore plus matinale.

  « Chers Auditeurs, j’ai ce matin le plaisir de recevoir notre ami Bricolat Mulot, bien connu pour ses expéditions lointaines et les somptueuses images qu’il en rapporte pour notre plaisir à tous.
Mon cher Bricolat Mulot, vous venez de publier « Au fond des Yeux,
la Nature », aux éditions Plein Air Pur, un ouvrage imprimé sur un papier pur chiffon de Calcutta recyclé qui va sortir en librairie dès demain matin, et qui reprend certaines des images les plus extraordinaires que vos téléspectateurs ont pu découvrir au cours de l’hiver dernier dans l’émission que vous présentez, avec le soutien de notre partenaire Distribeau, sur une chaîne amie. Pensez-vous qu’une telle publication puisse servir la cause de ceux qui défendent

la Nature, ceux-là mêmes que vous souhaitez représenter en vous portant candidat aux prochaines élections ?

- Mon cher Maurice, permettez-moi cette familiarité, nous nous connaissons depuis si longtemps, mon cher Maurice donc, je vous remercie tout d’abord de m’avoir invité et de me donner l’occasion de dire publiquement l’inquiétude profonde que j’ai voulue exprimer au travers de ce petit ouvrage que vous avez la gentillesse d’évoquer, publié aux éditions Plein Air Pur, imprimé sur un papier pur chiffon de Calcutta recyclé, je ne le répèterai plus, c’est un moyen de soutenir l’action de Sœur Emmanuelle, et dont la sortie en librairie est prévue pour demain matin.
Je n’ai fait qu’y traduire un constat d’évidence : la Terre a atteint un point de vulnérabilité sans précédent, et comme le phénomène de dégradation empire sans cesse, les dégâts sont désormais visibles à l’œil nu. La vérité est terrible : désolidarisés de

la Nature, nous refusons d’admettre que seuls, nous ne pouvons tirer notre épingle du jeu, et que nous courons droit à un abîme sans fond que nous avons nous-mêmes creusé des pieds et des mains !

- Et cependant, il semble que vous distinguiez dans cette perspective tragique, des lignes d’espoir, des potentiels de ressources…

- Il y a deux ans, nous avons vécu un drame, lorsqu’une terrible erreur a fait basculer notre monde dans un refroidissement catastrophique, alors que tout prouvait qu’il se dirigeait, à l’inverse, vers un réchauffement mortel causé par l’imprudence irresponsable de nos comportements. Cela doit nous rendre prudents. Et modestes. Ce sont les solidarités qui nous sauveront, les solidarités proches, voisines, terre à terre, comme celles des chiffonniers de Calcutta, qui sauvent de vieux chiffons pour en faire du papier recyclé, celui-là même que j’ai utilisé symboliquement pour y faire imprimer mon ouvrage « Au fond des Yeux, la Nature », aux éditions Plein Air Pur. Abattus par

la Mondialisation de

la Catastrophe, nous vivrons par

la Proximité et par

la Fusion. Regardez sur cette photo prise du ciel, que vous trouvez à la page 107 de mon ouvrage « Au Fond des Yeux,

la Nature », qui sort demain matin en librairie, aux éditions Plein Air Pur, regardez la mosaïque, le damier, qu’est devenu notre pays, ses routes bloquées, ses canaux gelés, ses lignes électriques tombées à terre… Pensez-vous que l’espoir pourra venir d’en-haut, d’un état providence amoindri, impuissant, frappé de stupeur, privé de ses organes de communication ?

- Et cependant, mon cher Bricolat, malgré toutes ces difficultés, vous vous portez candidat…

- Mais bien sûr, voyons, il n’est pas possible de laisser se poursuivre le cirque habituel des candidatures où Pierre reprend le pouvoir à Paul qui lui avait ravi aux élections précédentes ! Le monde, c’est cette fois flagrant, a changé. Il faut une Rupture. J’incarne cette Rupture !

- Mais quelle Rupture ?

- Une Rupture dans

la Conscience que l’on peut avoir de notre Environnement. D’abord. L’Etat est moribond, c’est un fait. Notre Conscience se doit d’y suppléer.

- Pourquoi ?

- Parce que je le dis ! Ça se voit, non ? C’est un fait d’évidence manifeste ! Il faut en revenir à une Conscience de Proximité, comme je l’ai dit, comme je l’écris dans « Au Fond des Yeux,

la Nature », qui sort demain matin en librairie, aux éditions Plein Air Pur, sur pur chiffon de Calcutta, sauver Ses Meubles, nettoyer Sa Poubelle en toute conscience, la trier jusque dans le détail, et correctement, le jaune avec le jaune, le verre avec le verre, développer son Environnement immédiat, en sachant bien que chaque goutte d’eau épargnée par chacun représentera un Océan pour

la Nature, que chaque Kilowatt économisé par chacun représentera une somme d’énergie considérable au bout du compte, et qu’il ne faut plus compter sur une Centrale qui continuera de délivrer l’énergie pour tous. Nous sommes reclus dans la cellule de notre Environnement proche : il nous faut le gérer. Au plus près. Le froid contracte ! Contractons-nous. Mais contractons-nous en Harmonie. Mon Travail, si je suis élu, consistera à donner à chacun la claire Conscience de ses limites et à l’aider à s’y épanouir, tel le poussin qui peu à peu remplit son œuf de manière à laisser au monde la possibilité d’accueillir son éclosion ultérieure. Plus tard.

Nous Savons, de Marseille à Dunkerque et de Strasbourg à Brest, de Bordeaux à Lyon, de Sedan à Hendaye, nous savons, peu importe comment, peu importe pourquoi, nous savons que Nous avons raison et que Nous sauverons le monde… »


Ravot range sa brosse à dents, crache dans le lavabo et se rince la bouche.

  « - Mon cher Bricolat, je pense que nos auditeurs auront compris avec quelle passion vous avez entrepris cette véritable croisade dans laquelle vous vous engagez. Et la passion, y’a qu’ça d’bon ! Par ailleurs, à votre arrivée dans notre studio, vous m’avez fait part de votre indignation concernant un fait divers dont vous avez eu connaissance…

- Oui, et je vous remercie de me donner l’occasion de l’évoquer : votre confrère «

La Lanterne du Fort », qui s’est particulièrement distingué voici deux ans lors de cette obscure histoire des Écolocroques, fait état d’étranges disparitions qu’il semble implicitement imputer à

la Nouvelle Réna, ce mouvement de convivialité proche, né au sein du système d’échanges Super Troc, devenu « 
C’est tout naturel
 », qui a si heureusement su pallier aux défaillances d’une Grande Distribution centralisée, et de ce fait, paralysée par un peu de neige.
Autant j’ai pu estimer l’action de votre confrère lors de ces évènements, qui n’ont toutefois pas encore été totalement élucidés (ce que je m’engage à faire si j’ai l’honneur d’être élu, et quoi qu’il en coûte à qui il en coûtera, et ce sera cher), autant je réprouve les méthodes d’amalgame dont Eusèbe Malfort a fait preuve dans cet article où il établit des rapprochements entre une louable convivialité de proximité et les Numéros des Écolocroques qu’il a contraints, peut-être un peu hâtivement, au suicide.

- En deux mots, et pour nos auditeurs qui n’auraient pas lu la presse de ce matin, pardonnez-moi de vous interrompre, Bricolat…

- Je vous en prie mon cher Maurice…

- Eusèbe Malfort insinue que certaines saucisses distribuées par cet organisme pourraient contenir de la chair humaine et il intitule son article « les Élus cannibales »…

- Voilà. Ce qui m’indigne dans cet article, c’est le fait qu’il tend à jeter l’opprobre sur un mouvement, encore une fois, destiné à rapprocher les gens, dans cet esprit de solidarité qu’a fait naître l’entreprise Super Troc, au travers de symboles simples, comme celui des Élus, symboles gentiment ritualisés au cours de réunions amicales et conviviales, d’ailleurs rémunérées, si mes informations sont justes et qui donc procèderaient de l’une de ces Solidarité de Proximité que je souhaite solidairement encourager de façon solidaire.
Tous ensemble.
J’y vois une tentative de blocage d’un mouvement qui leur échappe, de la part des relais occultes d’un Etat incapable de gérer les vrais problèmes de la vie quotidienne ! Il est plus facile de mettre à l’index un fabricant de saucisses que de rétablir l’électricité sur l’Hexagone ! C’est pour moi tout simplement honteux. Cela revient à bafouer tous ces braves gens, de plus en plus nombreux, qui se trouvent ainsi, sans vouloir faire de mauvaise plaisanterie, mais avec le sourire d’autodérision modeste qu’ils y mettent si bien eux-mêmes, liés par la saucisse, plus que par le lien conjugal. Ne se définissent-ils pas eux-mêmes, avec ce même humour modeste, délicat et juvénile qui les caractérise, commecomme « les Cénobites[1] Tranquilles, paisiblement plantés dans les faits, s’épanouissant, riant du gras confit, l’emplissant de leurs saucisses moelleuses [2] » ? Et cette persécution se manifeste au travers de ce que l’Etat peut faire de pire : l’acharnement policier. D’ailleurs, il semble que les élus locaux en ont pris conscience et se sont insurgés contre le procédé…

- Et bien mon cher Bricolat Mulot, je vous remercie pour votre visite matinale à notre antenne, et je rappelle à nos auditeurs que vous venez de publier « Au fond des Yeux,

la Nature », aux éditions Plein Air Pur, un ouvrage qui reprend certaines des images les plus extraordinaires que vos téléspectateurs ont pu découvrir au cours de vos émissions de l’hiver dernier. Encore merci.

- Merci de m’avoir invité, je rappelle que le livre sort demain en librairie, encore merci mon cher Maurice… »

 Jingle de l’émission, et tout au fond, un micro ayant été mal coupé, on entend : « Une ptite saucisse, Maurice ? », avant le « cloc » du contact que l’on coupe d’urgence.

 
Ravot soupire, hausse les épaules et descend prendre son petit déjeuner.
 

[1] Religieux qui vivent en communauté. Des moine, quoi…

[2] On retrouve ici l’ambivalence de propos caractéristique de la Nouvelle Réna : cette invocation, proclamée par le Maître de Cérémonie à la fin de la circumambulation axée sur le Putier, et noyée des fumigations rituelles, se traduit de manière subliminale pour les Initiés du second grade par : « Laissez nos bites tranquilles, paisiblement plantées dans les fesses épanouies, en riant du gros con filant,plissant de leurs saucisses moelleuses ». Où fesses et cons sont ceux des Initié(e)s du premier grade…Ce qui nous permet de deviner que Bricolat Mulot est pour le moins un Initié du Second Grade…

DANS LE SILENCE ET LE RESPECT / P3C1E18

P3C1E18 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 18)

  N°163 / DANS LE SILENCE ET LE RESPECT / P3C1E18

 
C’est l’histoire où Amaïa convoque Ôoumloc et où il se prépare quelque chose de terrible.  

 
Vendredi 10 juin
15 heures
Agotchilho

  Le battement, plus lent qu’à l’ordinaire, lorsqu’il se passe quelque chose…

  Après le départ des policiers et d’Amaïa, qui les a suivis de près, les Malfort se sont retrouvés entre eux. Nouye, à qui la Mère les a confiés, les a conduits vers la grande salle que Rébéquée appelle le Temple : c’est bien sûr de là que provient le battement sourd qui résonne depuis le matin, lent et obstiné.

  En s’en approchant, ils ont distingué sur le fond grave des notes profondes, une sorte de grattement rythmique plus aigu, qu’ils n’avaient encore jamais entendu et qui ne portait pas jusqu’au bureau N°1 où ils se trouvaient.

  Avant d’entrer dans la salle, Nouye leur a demandé de « prendre le vêtement goum ». Sans discuter, les femmes se sont déshabillées, et les hommes ont revêtu les sacs-ponchos, de rigueur, qu’elle leur a tendus.

 
Béatrace, très pâle, porte Tijules sur sa poitrine. Amaïa lui a longuement parlé lorsqu’elle s’est éveillée, dans le secret de sa chambre, en la serrant longuement dans ses bras nus, accompagnée des gazouillis légers et tendres de Tijules, heureux de cette exceptionnelle double tendresse. 

  Elle ne dit rien à personne, répond par des gestes vagues, des baisers distraits, aux caresses de ses amis, concentrée semble-t-il sur une tâche intime et grave, qu’elle ne peut partager.
 
Amaïa leur a fait signe de la laisser seule, et personne ne lui a parlé. 

  Chacun s’est contenté d’une caresse, d’une étreinte rapide et discrète, pour ne pas risquer d’ébranler le fragile équilibre dans lequel elle se maintient au prix d’un énorme effort de volonté.

  La salle est différente de ce qu’ils ont déjà vu : pas de foule. Des groupes de femmes assises en tailleur, silencieux et disposés en cercle, où Rébéquée retrouve avec quelque surprise, la disposition des Mains de la Mémoire (P1C2E14). Chacun des groupes est centré sur une femme, âgée le plus souvent, qui frotte sur le sol une pierre sonore, en une note claire, sur un mode rythmique décalé de celui des tambours.
 
Il fait plus sombre aussi. Les torchères de gaz fument dans la dentelle lumineuse des pierres que leur manque de force ne porte pas au blanc, mais laisse rougeoyer avec des tons de braise. 

  La pénombre leur cache les participants dispersés sous la voûte. Et Rébéquée observe que les lourds madriers qui font sonner la pierre contre laquelle ils cognent sont entourés de peaux qui en matent les coups…

  Sur le trône du centre, assise devant la mare, Amaïa, impassible, attend. Sur ses genoux serrés est assise sa fille. 

 
Elle tient à la main une longue pierre noire,  comme un croissant de lune en lumière inversée, luisante, et polie avec soin, comme on tiendrait un sceptre.

  Sur un signe de Nouye, Clèm est allée s’asseoir à gauche de la Mère, qui lui a tendu sa fille. Clèm l’a prise dans ses bras, et en s’asseyant, l’a calée contre son ventre rebondi et sur ses seins gonflés.

  Puis, Nouye a montré l’autre siège à Béatrace qui, le regard perdu, s’est assise à son tour.

  Sans un mot, les enfants se regardent. Ils se connaissent bien. La fille d’Amaïa est plus âgée d’un an et commence à apprendre la Mémoire de son siècle. Sa mère enceinte de nouveau, ne peut plus la nourrir de son lait, mais elle tête encore une ou l’autre nourrice, et par tendre habitude, elle essaie de sucer les seins de Clèm qui sourit en lui caressant les frisettes. De son côté Tijules « se branche » avec sérieux et s’endort de bonheur.

  Les autres, dont Rébéquée qui soutient son Hélène, Victor, Eusèbe et Jeanne, restent auprès de Nouye, debout et en retrait à l’arrière des trônes.

  Amaïa s’est levée.

 
Les tambours voilés se sont tus et les pierres sonores ont cessé de frotter sur les dalles du sol.

  Elle a posé la longue pierre brillante sur le siège où elle était assise et y a ramassé une plaque d’ardoise percée fixée au bout d’un fil.

« Le rhombe », a pensé Rébéquée… L’image de la Vieille Mère… Jules… Sa gorge se noue : « Me voici devant tous… » (P1C1E18).

  Mais la pierre tournoie… Le ronflement rythmique se déploie sous les voûtes, dans le geste aérien d’Amaïa au-dessus de sa tête. À chacun de ses tours, le ronflement s’éclaire, un bref instant… Un lourd vrombissement, sourd, épais, lointain, issu de l’air opaque où rouillent les torchères…

  La mare a frissonné… Une seconde durant, Rébéquée a fermé les yeux, pour, les rouvrant, ne plus voir que les reflets sombres aux irisations rouges de la carapace en train d’émerger lentement et les deux pédoncules où veillent des yeux minéraux… 

 
Les pinces rampent sur le sable noir, ouvertes au bout de leurs bras écartés, en un geste d’attente, ou d’accueil, mais sans menace, tout simplement posées, avec abandon, sur la pente douce de l’arène, face aux trônes de pierre, face à la Mère dont l’ample geste maintient dans la conque du Temple, le ronflement d’accueil. 

  Elle a lâché le rhombe, et la pierre a filé, dans l’ombre de la voûte, avec un sifflement… 

  Un claquement lointain témoigne de sa chute.

 
Le silence…

  Une très vieille femme, qui se trouvait assise au centre de la Main la plus proche, s’est levée, brandissant la pierre sonore qu’elle frottait sur le sol. Nue, flétrie, mais le regard brûlant au fond creusé de ses orbites épaisses, elle est venue debout derrière la murette qui sépare la salle de l’espace de la mare, derrière le Crabe. Elle porte au cou la plaque d’ardoise gravée que Rébéquée a vue à celles qui siègent dans la Salle de Mémoire (P1C2E14). La femme s’est lancée dans une longue phrase modulée à l’extrême, en mouillant les syllabes, tout en levant les bras, dans un geste d’offrande, puis elle s’est inclinée mais sans lâcher sa pierre. Elle a articulé deux mots, nettement, clairement, et puis elle s’est tue et a croisé les bras.

  Une autre alors s’est levée. A son tour, elle a déclamé une phrase de présentation, solennelle et grave, puis elle s’est inclinée et a dit : « Goum Onoruame ».

  Une autre l’a suivie, et Nouye a traduit, chuchoté, à l’oreille de Jeanne :
- « Je porte la Mémoire de la Quinzième Main. En mon temps a vécu Guüéniou, qui fut Mère lorsque les Grands Mammouths nous donnèrent leur peau, conduits par ceux du clan des Goums qui sont venus de l’Est »… Et puis elle salue « Goum Onoruame », qui a créé le monde aux dires des premiers hommes… 

 
Et les femmes se succèdent, énumérant ainsi les titres des deux cent mille ans de la Mémoire des Goums…

  Et lorsque les vingt Mains se trouvent ainsi debout, Jeanne, qui ne s’était dévêtue qu’avec la réticence pudique de son âge, sent Nouye derrière elle, qui la pousse dans le dos :
- Il faut que tu présentes qui tu es, qui vous êtes…

  Affolée, elle sent les regards de toute cette Mémoire chargée de tout son poids qui se tendent vers elle, sent les yeux d’Amaïa, confiants, qui la soutiennent, se surprend à marcher, nue, flétrie, elle aussi, certes, mais guère plus que les deux cent mille ans dressés, là, devant elle, et elle se présente, à côté des vingt autres. 

 
Comme les autres, elle lève les bras, sa gorge se dénoue :
- Je porte ma mémoire avec celle des Hommes et je ne suis que Jeanne cependant. Et de toute ma vie, j’aurai aimé un homme.

  Et puis elle s’incline :
 - « Goum Onoruame ».

  Elle reste là, dans le silence et le respect.
 

LA MORT DU MAIRE / P3C1E21

P3C1E21 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 21)

  N°166 / LA MORT DE FÉLICIEN BELCOUCOU / P3C1E21

 
C’est l’histoire où le Conseiller tue le Maire au cours d’une cérémonie torride de la Nouvelle Réna. On propose une Épitaphe.

  Vendredi 10 juin
17 heures
C’est tout naturel

  Ils n’étaient que trois ce soir-là dans le narthex, et tous les trois Initiés. Varochaix était de la fête. Entre notables, sinon entre amis. 

 
On leur a offert le cocktail de bienvenue (réservé aux Initiés !), délicieuse boisson légèrement alcoolisée, mais pas plus que ça, juste de quoi leur permettre de s’habiller sans gène dans le narthex des hommes (il y a un narthex des femmes, c’est une innovation qui a été rendue nécessaire par le développement du nombre des adhérents), et d’enfiler leur tunique blanche à lyre noire.

  Première règle : on ne porte que la tunique pour entrer dans la Grande Salle du Putier. Exclusivement. C’est d’ailleurs bien pratique. 

  Et lorsque tous les vêtements sont enfermés dans leurs casiers étanches, commence la Fumigation purificatoire, qui vous envoie au Ciel. 

  C’est à ce moment là qu’on signe la feuille de présence du Protocole des Sages du Fion, avec de l’encre sympathique, faite (on leur a expliqué) avec de l’Esprit de Sel Attique. Ça ne laisse pas de traces et les blagues sous lesquelles on vous demande de signer sont toujours du meilleur goût. C’est réservé aux Initiés, comme les blagues des émissions politiques à la télé.
 
Après seulement, s’ouvrent en grand les portes de la Grande Salle du Putier, et on entre :

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue,   

  Et les filles, qui sont entrées de leur côté, répondent : 

 
C’est-tout na-tu-rel…

  Le tout sous la direction bienveillante du Maître de Cérémonie (à la Lyre rouge), qui, lui, n’a pas du tout l’air vague et ravi des Initiés.

  Logiquement, tout cela dure un petit moment et se termine par des exercices au sol où se mêlent les unes et les autres, à leur satisfaction mutuelle. 

  Tout au moins dans ce groupe des notables, les autres se contentant de Baisers de Paix plus ou moins appuyés selon la tronche des partenaires, et uniquement après le rituel d’exécration du Grand Putois !
 

Mais les Initiés notables bénéficient du privilège de disposer (sans jamais se demander pourquoi ni comment, puisqu’ils s’empressent d’oublier les détails) de partenaires aussi agréables que compétentes périodiquement renouvelées, avec lesquelles ils conversent rarement plus de cinq minutes au cours de la collation de saucisses qui précède le retour au vestiaire. 

  D’ailleurs, hein, elles ont joué leur rôle, non ?

 
Alors, pourquoi cette grande blonde ((magnifique ! se dit le maire), (somptueuse ! se dit Hilarion-Jovial), (canon ! se dit Varochaix)) se dresse-t-elle devant le Putier, juste au moment où les tuniques de ces messieurs se mettent à prendre des airs de tente de bédouin ? 

  Et pourquoi lève-t-elle ainsi les bras, alors que cesse la musique ?

  - Ce soir, amis fidèles, amis consacrés et bénis des Élus, Initiés au Grand Œuvre qui se poursuit ici, Notre Amie Merry, envoyée de l’Élue, nous a rejoints pour enrichir notre Rite de sa Science Sacrée. Révélation majeure, qui fera de vous tous de Profonds Initiés du Second Grade, et à la Lyre Rouge…

  Ayant dit, il se retire dans l’ombre.

  Merry lève les bras (tiens, elle porte une lyre rouge, remarque Hilarion-Jovial) sa tunique remonte sur ses cuisses dorées par la lumière et ses cheveux coulent, or brun épais, dans son dos, dénoués. Puis, elle baisse les bras, détache sa ceinture argentée et la tunique glisse, lente, de ses épaules, jusqu’à la découvrir, nue, superbe, souriante et les yeux éclatants d’un regard dévorant qu’elle promène un temps bref sur ses trois vis-à-vis.
 
En retrait derrière elle, ses compagnes sont nues, ayant elles aussi laissé glisser leur voile, mais la splendeur de Merry les éclipse entièrement.

  La musique a repris, gracile, acide, agaçante ritournelle tissée d’ornements excessifs, de trilles dans l’aigre, guitares et violons, avec des grinceries… Une bouffée légère de fumée aussi douce que celle du narthex se glisse au ras du sol moelleux, remonte presque aux genoux et reste là, comme un nuage épais et lourd qui couvre une vallée un matin de septembre…

 
S’y détache la voix de la fille qui danse, lente, lascive, agaçante, elle aussi, le geste provocant, offerte et refusée, distante et puis livrée, garce et puis fiancée, qui danse et  puis qui chante, susurre, fluette, dure, chaude, balancée dans le nuage qui court au ras du sol et que ses mains recueillent, comme des paquets de mousse dont elle se caresse, les yeux clos et la langue pointée, avec des bruits de gorge, des roulements de hanches, des tremblements des seins qu’elle presse au passage :

  On nourrira le Ventre à partir des deux Voies 
Celle des Vaches froides, montera vers le ciel et puis redescendra pour bientôt disparaître,
Celle des Inférieurs viendra de l’horizon et bientôt sera seule…
 

Le chant s’est précisé et la fille s’approche maintenant de Varochaix, en transes, qui doit cambrer les reins pour supporter sa queue sur le point d’éclater sous sa panse. Et Merry le caresse, de loin, sans le toucher, lui frotte le visage, de loin, sans le toucher, avec ces gros paquets cotonneux qu’elle prend au nuage, lui dénoue la ceinture, fait glisser sa tunique…

  Les carcasses gelées, vidées de leurs viscères, monteront vers le ciel, sous son ample Putier, et s’y réchaufferont, pénétrées par les ondes qui mollissent les chairs pétrifiées par le gel 
Et tomberont alors sous les lames rapides qui éclatent les os et qui tranchent les chairs 
Elles seront réduites en dés d’os et de chair
Un regard sans paupières rejettera les os, les plus gros, les plus durs qui seront digérés dans un ventre d’acide et transformés en peau
Le reste sera pulpe, bouillie rouge et très froide

 
C’est la Voie d’aujourd’hui.

 
La voix s’est faite rauque lorsqu’elle se tourne vers Hilarion-Jovial, délaissant Varochaix qu’elle laisse aussi dur et dressé qu’obélisque en Egypte :

  
 Les âmes inférieures, alors, seront bien nettoyées, lavées par le dehors et purgées du dedans de toutes leurs souillures et de toute amertume. Le temps d’une journée, comme sacs qu’on retourne, sans angoisse ni peur
Puis elles dormiront
Une vapeur très chaude arrachera leur poil, source d’impureté, Grand Putois Putassier, Purulent, Pellagreux
Et tomberont alors sous les lames rapides qui éclatent les os et qui tranchent les chairs
Elles seront réduites en dés d’os et de chair
Un regard sans paupières rejettera les os, les plus gros, les plus durs qui seront digérés dans un ventre d’acide et transformés en peau
Le reste sera pulpe, bouillie rouge encore chaude

 
C’est la Voie de demain.


Hilarion-Jovial, tout nu, bandé comme un ressort, tire une langue baveuse et esquisse le geste de la saisir aux hanches… Elle est déjà partie, s’est tournée vers le maire :

  Le boyau dans lequel ont fusionné leurs os sera leur Peau Sacrée
Et c’est là le Mystère
Il est oint du dedans d’Huile Sainte et Secrète
Elles s’y mouleront avant d’être rangées dans

la Sainte Pyxide, survie de l’Initié, qui connaîtra alors le Bonheur de l’Élu…

  La musique est si forte, rythmée de halètements sourds, que les dernières paroles en sont indiscernables, et le maire empoigne Merry lorsqu’elle se colle à lui, la bouscule, la renverse, disparaît avec elle dans le nuage bas qui recouvre le sol, tandis que se rapprochent les deux autres témoins, frustrés, tremblants des mains, et hochant de la queue comme bergeronnettes affairées sur un tapis de mouches, et que sortent les deux autres filles. 

  Un vent léger dégage les traces opaques du nuage, découvrant le corps renversé de Merry, écartelée, couverte par le maire qui besogne ardemment avec des soupirs rauques, et dont le cul, aux poils noirs et touffus, tressaute vivement au rythme de ses coups.

 
Edgar Maupuis recule alors, comme effrayé, prenant Hilarion-Jovial à témoin :
- Le Grand Putois !!! C’est le Grand Putois Putassier !!!
  Le Conseiller en matière d’économie électorale, pris d’une rage sauvage se saisit en aveugle de la batte de base-ball que lui tend Edgar Maupuis, la lève en écumant et fauche d’un seul coup avec un cri furieux la nuque redressée du maire, au bord de l’explosion. C’est son crâne qui explose, projetant devant lui un mélange confus d’os, de cervelle et de sang.
Et l’édile s’effondre, foudroyé sur le coup.
 

Ainsi mourut
Félicien Belcoucou,
  qui fut Maire
et sombra corps et reins dans

la Merry vorace.

  R.I.P.

  Passant, aies pour lui un regard attendri :
il ne fut que désir d’être un homme établi.

 
Lui qui naquit tout nu,
de sa mère engendré par un coup de passage,
eut soin de sa grandeur plutôt que d’être sage
mais sut être cocu sans en faire un fromage.

 
Il  mourut, nu encore,
au bord de l’épectase,
en ayant tout raté de ce dernier exploit.

 

Et son âme ambiguë a glissé aux Enfers, dans ce cercle curieux où s’entassent pêle-mêle les plus vaillants champions de la pensée bifide, les jésuites en civil, blancs hier, noirs demain, commerciaux avisés, politiques habiles, philosophes versatiles. Et des diables sceptiques leur brûlent le pied droit, et glacent leur pied gauche, générant de la sorte un fort couple électrique qui les secoue de spasmes que l’on prend pour des rires. Et dans la nuit du Styx, leur nez rouge clignote, appel de leur détresse, phare désespéré…
 
Amen.

(Epitaphe improbable pour un élu défunt)


 

PARFUMAGE ET SAUCISSAGE (2) / P3C1E39

P3C1E39 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 39)

 
N°184 / PARFUMAGE ET SAUCISSAGE (2) / P3C1E39

 
C’est l’histoire où Benoîte Franchon fait les courses pour son amie Ordegale-Junie de Sainte-Fouillouse et découvre les merveilles du parfumage et du saucissage avant d’être invitée par l’Élu.
 
Lundi 13 juin
12 heures
C’est tout naturel
 
C’est la suite du début, qui se trouve en P3C1E38 (lien). 
 
Elle s’installe devant l’un des postes de commande de la salle de troc, et l’écran s’allume pour elle lorsqu’elle pose les mains sur le pupitre. 
 
Tiens, ils ont ajouté un petit « tuyau de parfumage » à côté du clavier. 

  C’est ce que dit l’étiquette qui y est collée : « pour votre plus grand plaisir, une bouffette de parfumage vous embellira la journée ».
 
C’est vrai que ça sent bon…  

  « Identifiez-vous » clame l’écran, comme d’habitude. 

 
Benoîte est distraite, comme souvent. 

  Elle avait oublié le rituel de base des inscrits de Super Troc, qui bien sûr, n’a pas changé pour C’est tout naturel, et elle pose son index droit sur la petite surface éclairée en rouge du lecteur d’empreintes digitales. Deux secondes, il passe au vert…
 
«  Bonjour Benoîte Franchon », lui déclare l’Élu en personne, qu’elle reconnaît tout de suite sur son écran. C’est vrai qu’il ressemble à ses innombrables affiches et publicités. Ce doit être son jour de chance, elle sait que lorsqu’on voit l’Élu on a gagné quelque chose.

  Quand même, cet Élu qui la regarde dans les yeux avec un sourire avenant, ce qu’il est beau !

 
Et ça, dans la petite boîte marquée « promotions » qui vient de s’ouvrir ? 
 
Une petite saucisse…
 

« Midi, c’est l’heure de l’apéritif : je vous offre une bouffette et une saucissette ! L’apéritif à la fumée vous apporte la joie conviviale et protège votre santé ! A la rose ou au réséda, odeurs printanières ce sera un printemps fraîchement tardif mais joyeusement heureux !! »
 
C’est gentil, se dit Benoîte plus émue qu’elle ne veut en avoir l’air, et qui mange l’appétissante saucissette.
 
Un grand sourire s’élargit sur son visage terne. Tralala… 
 
Mais, hein, le devoir avant tout…
 
- C’est très bon, Monsieur l’Élu, et je vous remercie, mais il faut que je pense aux courses de la famille de ce pauvre Hilarion-Jovial, frappée par le drame que vous devez savoir…
 
Il y a un court silence, comme dans une transmission satellite, et l’Élu lui répond :
 
« Je l’ai appris, mais je sais aussi, car je sais tout, qu’il avait une vie secrète… »
 
- Oh, c’est normal, le secret, pour un homme d’État… Il disait toujours qu’il avait un destin d’homme d’État (et le souvenir des longs monologues où Hilarion-Jovial exposait ses vues sur le monde lui fait venir une larme à l’œil)…
 
« Il avait quand même de sales manières. Je le sais aussi, car je sais tout… »
 
- Ça je n’y crois pas, on a dû inventer des choses pour le calomnier, comme toujours (bouffée plus abondante de fumée au réséda)…
 
« Tenez, je vous offre une autre saucissette (cling, une autre petite saucisse tombe dans la boîte en bas de l’écran)… Chantez avec moi l’hymne de la saucissette :
 
La saucissette, voilà ma gloireuu,
Mon espérance et mon destinnn…
 
- La saucissette… et Benoîte s’exécute, en chevrotant un peu, car elle est timide…

« C’est très bien, Benoîte Franchon, c’est très bien et je suis très content de vous ! Mais il n’empêche, pour en revenir à ce pauvre Hilarion-Jovial, comme vous dites… Savez-vous qu’il avait trahi la Nouvelle Réna ?

  - Trahi ? C’est impossible. Ce devait être stratégique. Il disait qu’il agissait toujours dans l’intérêt supérieur de l’État (Benoîte se passe la main sur le front… L’Élu est de plus en plus chaleureux, émouvant, même)… Et il ajoutait : l’État c’est moi ! Alors !
 
« Oui, évidemment. Vous devez vous douter que je le savais bien, puisque je sais tout… Elle est bonne cette saucissette ? »
 
- Super !
 
«  Alors chantons encore en chœur :
 
La saucissette, voilà ma gloireuu,
Mon espérance, et mon destinn…
 
Et Benoîte chante, d’une voix plus affirmée, cette fois, parce qu’elle se sent bien, vraiment bien…
 

«  Tiens, je t’invite, viens faire ma connaissance… »
 
- Mais mon troc ?
 
« Jambon nouilles et confit patates avec du Vin des Rochers le Velours de l’Estomac, comme d’habitude et du jus de pommes pour les petits. Je m’en occupe, tu seras livrée… »
 
- Pas moi, c’est chez Hilarion-Jovial qu’il faut livrer…
 
« Bien sûr, j’avais compris, ne t’inquiète pas… Je le sais… D’ailleurs, je sais tout… Tiens, prends encore une saucisse… »
 
Une nouvelle bouffée de parfumage lui enveloppe la tête… La musique change de rythme, un grondement s’élève en elle…
 
« C’est le printemps, viens-t’en Benoîte, te promener au bois joli… »
 
Elle lève un regard ébloui par-dessus l’écran.
 
Il lui semble que l’immense affiche qui couvre le mur devant elle s’anime et que l’Élu qui s’y trouve représenté lui sourit, mais ce visage renversé, extatique, de l’Épouse qu’il domine, c’est le sien, c’est elle, Benoîte, et en elle (en elle ?) monte un chant torride :
 
Qu’il me baise des baisers de sa bouche !
Car son amour vaut mieux que le vin,
Ses parfums ont une odeur suave;
Son nom est un parfum qui se répand ;
 
Elle ferme les yeux, la narine frémissante…
 
C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.
Entraîne-moi après toi !
 
Une porte de lumière s’ouvre dans le mur, au bas de l’affiche, et Benoîte quitte son pupitre pour s’y précipiter…
 
Nous courrons !
L’Élu m’introduit dans ses appartements…
 
Elle franchit la porte…

Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt,
Tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes.
J’ai désiré m’asseoir à son ombre,
Et son fruit est doux à mon palais.
 
Elle s’avance, les lèvres humides de ce fruit dont elle éprouve la sève…
 
Il m’a fait entrer dans la maison du vin ;
Et la bannière qu’il déploie sur moi, c’est l’amour.
 
Elle titube dans la lumière qui l’inonde…
 

Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins,
Fortifiez-moi avec des pommes ;
Car je suis malade d’amour.
 
Elle chavire…
 
Que sa main gauche soit sous ma tête,
Et que sa droite m’embrasse !
 
Une longue stase, une longue extase…
 

Wouahou…

INFILTRATION / P3C1E41

P3C1E41 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 41)

 
N°186 / INFILTRATION / P3C1E41

 
C’est l’histoire où Arthur, accompagné de Nouye déguisée en Amazone, entreprend d’infiltrer le C’est tout naturel de Saint Tignous sur Nivette.

 
Lundi 13 juin
17 heures 30
C’est tout naturel

 
On a habillé Nouye, dans la petite maison, tandis que Rébéquée la remplace au bureau N°1. 

  C’est quelque chose.
 
D’abord, Nouye n’aime pas ce déguisement, et elle le montre, encore plus froide, distante et laconique que d’habitude.

Après tout, pour le personnage qu’elle va incarner ce n’est pas plus mal : une combinaison blanche d’ouvrière de l’usine à soupe, une parka blanche de Rébéquée et les bottes assorties, avec un léger talon pour ne pas faire ouvrière en fausse perm, la perruque de Mado, et un petit parapluie pliant, ou plutôt, l’enveloppe récupérée d’un parapluie pliant psychédélique de Béatrace, qui bulgarise parfaitement son bâton de gardienne Itzal. Et sur tout ça, une large casquette qui lui masque le front, et un maquillage tsoin tsoin tout soigné dans tous les coins par la même Béatrace !

  - T’es d’enfer, lui dit-elle, tandis que Tijules tourne autour du chantier avec des cris de Sioux. A part les yeux noirs, une vraie Amazone. Mais après tout, y’a peut-être des Amazones aux yeux noirs…
- Il y a des Amazones aux yeux noirs, confirme Arthur à qui une ultime potion magique d’Amaïa a définitivement et totalement rendu le mémoire…
Avec d’ailleurs une certaine confusion paradoxalement liée à la précision même des souvenirs révélés…parce qu’il se souvient très exactement des 120 Amazones d’Omphalie et de ce qu’elles lui ont fait faire / subir (cela restera entre nous)… Même qu’au début, c’était pas mal… Après, bien sûr, ça faisait beaucoup, et même Bitenor peut manifester une certaine lassitude post coïtale…

 
Ravot est allé récupérer la tignasse postiche que Lepif avait rendue à Mado et en a profité pour porter un bol de soupe à celle-ci, des fois que l’on tente de la droguer