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LE PEINTRE DE MOSCOU / P1C2E3

P1C2E3 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 3)

 
LE PEINTRE DE MOSCOU / P1C2E3

 
C’est l’histoire où, sur la Place Rouge, nous rencontrons Anton, peintre hollandais de son état, et où il s’envoie doublement en l’air.


Vendredi 15 avril
8 heures 30
Moscou

 
Moscou, huit heures trente. Fait moins deux sur la Place Rouge mais le soleil est tout joyeux.
Anton a planté son chevalet et tente de capter le mouvement de la lumière sur les bulbes dorés du Kremlin. Il a encore, sinon mal aux cheveux (il est chauve), du moins un poids sous la chapka. La vodka d’hier. Un goût de patates. Décidément, il n’y a que les Polonais pour faire de la bonne vodka. Moujiks de merde qui lui ont refilé une bouteille vérolée. Lui, au fond, il râle pour le principe, mais il s’en fout de la gastronomie locale. Il est peintre hollandais et il fait son boulot de peintre hollandais à Moscou : il peint Moscou.

  Et il fait de l’œil à la petite moscovite qui regarde par-dessus son épaule, gentiment rebondie sous ses fourrures.

Et comme il a garé son camion tout près, à cinquante mètres dans la première rue accessible, là tout au bord de la place, il essaie de lui expliquer en baragouinant que sa peinture ça se regarde de tout près. La fille rit de bon cœur à son russe de bistrot et lui explique en anglais qu’elle est interprète à l’ambassade de France. Alors il lui répond en français qu’il s’appelle Anton, qu’il est peintre hollandais et que… elle l’interrompt et enchaîne pour lui[1], « que son camion est garé tout près, à cinquante mètres, là, au bord de la place, et que sa peinture, ça se regarde de tout près » et qu’il est un affreux dragueur de peintre hollandais qui fait son boulot de peintre hollandais à Moscou : il peint Moscou !

Ce qui finit par un grand éclat de rire, surtout quand elle lui apprend qu’elle s’appelle Michoska, ce qu’il apprécie beaucoup, vu qu’il a fini l’esquisse et qu’il a soif, avec un fond de vodka polonaise dans son camion-maison garé tout près à cinquante mètres dans la première rue accessible, là tout au bord de la place, et que…

Et qu’elle a justement une heure devant elle et que… Elle a un rire argentin et le suit dans le camion, un vieux « tube » Citroën qu’il traîne depuis vingt ans sur les routes d’Europe et que personne ne risque de lui voler, ce qui est appréciable à Moscou. Comme il est là depuis une semaine, il a été repéré, puis admis, après explications, par l’omniprésente police du lieu. Donc, on ne lui piquera pas non plus son chevalet. Alors il laisse tout en place, ses crayons d’esquisse et le reste et ils montent derrière, là où il a entassé ses toiles, sous la couchette, et laissé ce qui reste de la bouteille, sur un bout de petite table.

Elle rit toujours lorsqu’il la sert, elle rit encore plus lorsqu’il la serre, et,… Bon.

Adorable, Michoska, adorable…

Après un bon moment de tangages couinants d’amortisseurs fatigués, il sort discrètement pour lui laisser la place de se rajuster (elle rit encore devant sa discrétion) et il se rapproche de son chevalet, heureux, comblé, rayonnant.
  C’est alors qu’il disparaît.
 Au bruit, à la brusque déflagration qui a suivi un court sifflement, le camion a tremblé, comme poussé par un souffle violent, s’est à demi soulevé sur deux roues et il est retombé. Effarée, Michoska a ouvert la porte à glissière pour découvrir un cratère sombre et fumant d’où émergent quelques ferrailles, là où il y avait le chevalet et… Anton.


[1] Parce qu’elle a lu le début…

RÉVÉLATIONS ET DÉCOUVERTES / P1C3E1


CHAPITRE 3




 

             Thulé



49 / RÉVÉLATIONS ET DÉCOUVERTES / P1C3E1


 

C’est l’histoire où l’on en apprend de belles sur l’or nazi et sur le Maire de Saint Tignous sur Nivette, et où Béatrace confirme ses exceptionnels talents de comédienne.

  Mercredi 20 avril
13 heures
Agotchilho

  Les Chochos se déplacent dans un silence surprenant. Rébéquée l’a déjà remarqué, mais là, elle a presque sursauté lorsqu’elle s’est aperçue du retour de la Gardienne qui tout à l’heure avait piqué le Numéro Deux au cou. En fait, ils sont revenus à quatre, trois hommes et la Gardienne, les hommes chargés d’une marmite suspendue à un bâton que deux d’entre eux portent sur l’épaule, le troisième chargé d’un sac de toile, et la Gardienne armée de son bâton d’ivoire. Parce que c’est plutôt de l’ivoire que de l’os. Un très vieil ivoire.

Ils sont entrés sans s’annoncer, à la mode Chocho pour qui l’intimité n’existe pas, et ils attendent, impassibles.

A leur tour, les autres occupants du bureau (qui commence à être très peuplé), se tournent vers les nouveaux arrivants, dans un silence interrogateur.
- Nous vous apportons de la nourriture, déclare la Gardienne au visage impassible.
D’un geste, elle fait signe à celui des Chochos qui porte le sac, et il en sort quatre bols de faïence ordinaire, trois bleus et un rouge, qu’il dispose sur un coin du bureau. Les deux autres ont posé la marmite et l’un d’eux, armé d’une louche, puise une soupe épaisse, d’odeur appétissante dont il remplit les bols.

La Gardienne fait alors remarquer que le bol rouge devra être réservé au Numéro Deux, puis elle déboîte la deuxième extrémité de son bâton et en sort un petit flacon :

- Deux gouttes dans son repas l’aideront à se souvenir : c’est de la potion de mémoire. Nous l’utilisons beaucoup car la mémoire constitue notre essence. C’est une potion très puissante. J’ai préparé celle-ci à son intention. J’y ai mêlé une potion de pouvoir qui le placera sous votre dépendance Nous n’usons jamais de ce type de potion, pour nous sans signification. Mais ces Pouyagoumyôs ont abusé de nous et Amaïa souhaite que nous les combattions désormais. Nous sommes vos alliés. Elle vous rejoindra dès que possible. Hélène se porte bien, Rébéquée. Je l’éveille petit à petit et lui rends force et souplesse par des exercices légers. Elle vous rejoindra aussi.

La Gardienne a reculé d’un pas :
- Nous vous laissons cette marmite. Nous vous en apporterons d’autre. N’oubliez pas : deux gouttes… Ne confondez pas les bols… Et quand il parlera, ne l’interrompez pas : la mémoire est un fil qu’il ne faut pas rompre. S’il s’endort, attendez son éveil, il ne faut pas le forcer. Cela risquerait de bloquer sa mémoire ou de provoquer sa méfiance. Il ne tentera rien contre vous et ne vous reconnaîtra pas. Vous serez pour lui ce que vous voudrez qu’il croie que vous êtes…

Les Chochos sont repartis dans le frôlement discret de leurs pieds nus.

  - C’est vrai qu’il fait faim et que ça sent bon, remarque Béatrace-Walkyrie (elle a repoussé sa mèche et repris sa voix naturelle) en s’approchant du bureau où sont posés les bols fumants.
Elle tend le rouge au Numéro Deux :
- Prenez et mangez, c’est tout droit sorti des cuisines du Walhalla.
L’œil brillant, il lape sa soupe sans un mot, après un salut tout pétri d’émotion.
- Arthur, tu as faim ?
- Oui, mais je reste ici pour surveiller les écrans, apporte-moi de quoi manger…
Elle s’exécute avec un large sourire.

  Le Numéro Deux a reposé son bol :
- Ach, ce chargement… Quel souci…
Ils se regardent, perplexes, et Arthur, un doigt sur les lèvres, leur fait signe de le laisser parler.
- Déjà pour l’amener à la frontière… Cent tonnes d’or de prises de guerre… Vous vous rendez compte ?
- Il régresse, il revient à la fin de la guerre, souffle Arthur.
- Cent tonnes d’or. Que les Juifs avaient caché, partout, dans leurs vêtements, jusque dans leurs dents ! (rire). Cent tonnes qui devaient arriver à Agotchilho par sous-marin, mais avec tous ces bombardements sur la base de Bacalan à Bordeaux, l’état-major a préféré le train. Un convoi déguisé en train sanitaire jusqu’à Paris, et puis en train de voyageurs régulier jusqu’à Pau, et renvoyé sur le réseau secondaire. Ach… Il avait fallu faire disparaître les deux convois  réguliers pour les remplacer sans laisser de traces. Gros travail… Charger mille caisses de munitions de cent kilos chacune, cinq barres de vingt kilos, dans des compartiments de voyageurs, jusqu’à cette gare espagnole pleine de chats… Et liquider les convoyeurs, qui croyaient transporter des munitions, pour charger dix camions accompagnés chacun d’une automitrailleuse. Dix camions, dix itinéraires différents jusqu’à Punta Camarinal… Et là, attendre un an pour tout rapatrier par sous-marin à Agotchilho… Vingt voyages… Une sacrée aventure ! Une sacrée aventure, Messieurs !!

Le Numéro Deux pérore devant ses trois auditeurs médusés.

- Je l’avais bien gagné mon petit repos à Saint Tignous sur Nivette après le transbordement ! J’avais bien gagné de retrouver cette salope (zââlôôôpe…) de femme du maire et son gros cul tout blanc. Un bon repas, des bons vins, une bonne chatte, ach, il me soignait le Maire ! Il me disait « Colonel, rien n’est trop bon pour mon ami le Colonel ! » en me servant lui-même son vin pendant que je pelotais sa femme. « Ma femme vous aime beaucoup, et moi aussi vous savez… » Et trois jours après, il tournait casaque ! Cochon de Français. Enfin, heureusement que j’étais là. C’est cette nuit-là que Malfort a empoisonné la garnison du Fort où j’aurais dû me trouver ! Cochon de Malfort !!! Mais nous serons vengés ! Croyez-moi, Messieurs, nous serons VENGÉS !!! (Il s’échauffe et s’énerve, tourne en rond dans le bureau, sous le regard des trois amis) Vengés !! Ach. Malfort !! J’ai essayé de me venger. Il a échappé ce cochon ! Echappé. C’est sa femme qui était dans la voiture que j’ai fait saboter ! Cochon de Malfort ! Il a échappé ! Ach ! (Arthur, livide, s’est redressé sur son siège et Béatrace a toutes les peines du monde à le contenir) Bref, quand le Maire nous a éveillés, sa femme et moi, c’était quoi son nom au fait, à cette zalope ? Mais on dormait bien (rire satisfait), j’étais redoutablement vigoureux à l’époque et je me souviens de l’avoir baisée toute la nuit… Bref, quand il nous a réveillés pour me dire de partir au plus vite, que le Fort était tombé aux mains de la bande de Malfort, j’ai dû me cacher ! ME CACHER !! Vous entendez, Messieurs, moi, MOI, Oberst Kuhhirt, me cacher à l’arrière de la Traction du Maire jusqu’à Marinoval, jusqu’à l’entrée que les Chochos avaient préparée pour accueillir discrètement les voyageurs et qui était reliée à Agotchilho par un petit train. Et dire que je n’ai même pas pu tuer ce Malfort !!! Mais ma vengeance sera bien pire ! Mon fils a eu là une idée géniale ! Géniale ! Au fait, je vais vous dire, entre nous, c’est tellement drôle… Cette nuit là, j’avais engrossé la mairesse ! On dit comme ça, non, la mairesse ? Ya ? Je l’ai engrossée cette zalope ! Cette grosse cochonne ! (il éclate d’un rire tonitruant) Le Maire de Saint Tignous sur Nivette aujourd’hui, z’est mon fils !!!
Le Numéro Deux rit à gorge déployée, tête renversée et bras levés, se tape sur les cuisses, et puis il s’assied d’un coup sur le siège qu’il a quitté, croise les bras sur le bureau et s’endort.

  Un lourd silence…

- C’était ma mère…
Arthur, le regard dans le vide, les larmes aux yeux…
Béatrace lui pose la main sur l’épaule…
- Cette ordure s’est vanté d’avoir fait assassiner ma mère…
Rébéquée se relève, sentant monter une rage meurtrière dans le ton glacé d’Arthur :
- Il en a fait beaucoup d’autres, Arthur. Contiens-toi, pour Clèm et Victor, pour le monde entier, je t’en supplie. Moi aussi j’aimerais le démolir petit bout par petit bout. Je t’en prie Arthur…

Arthur se rassied.
- Il faut dormir, tout le monde. Dormez, je veillerai, reprend Rébéquée…
- Viens, viens Arthur, viens dormir avec moi, souffle Béatrace, viens…
Et elle l’entraîne par la main et s’allonge près de lui sur le tas des rideaux accumulés dans un coin d’ombre. On entend quelques soupirs, quelques gémissements…

 
La tête sur le pupitre, devant les trois écrans du bureau, Rébéquée somnole… C’est tout autant la sensation d’une présence derrière elle qu’une sonnerie discrète qui l’ont éveillée, d’un coup lucide, comme elle en a coutume :
- C’est un message du Hai II, il faut que je réponde… marmonne le Numéro Deux debout derrière elle.
L’écran de droite s’est éclairé et un message s’affiche : « Sous-marins d’attaque détectés. Les prenons en charge. Communiquer réactions missile sur Washington. Réception dans une heure ».

- Qu’est-ce que cela veut dire ? demande Arthur qui s’est levé à son tour après s’être délicatement désemboîté de Béatrace, et qui, les traits tirés, se penche sur l’épaule du Numéro Deux.

Le Numéro Deux le regarde avec la déférence de son délire et lui répond qu’il s’agit d’un des messages compactés, « flash », que le sous-marin émet sans émerger via son antenne filaire à destination de l’un des satellites de transmission qu’ils utilisent, pour ne pas être détectés. L’antenne flottante est déroulée quelques minutes et sera redéployée dans une heure pour recueillir la réponse. Je devrai aussi annoncer ce qui est arrivé à l’U118 et à mon petit-fils, ajoute le Numéro Deux…

- Il n’en est pas question, votre devoir est de ne pas les perturber dans leur tâche. Je vous donnerai le contenu du communiqué, vous le mettrez en forme, lui indique Arthur avec un sourire féroce.
- Mais cependant…
Béatrace s’est approchée à son tour et pose ses deux mains sur les épaules du Numéro Deux en reprenant le « ton Hitler » :
- Faites ce qu’il vous dit ! C’est mon envoyé direct ! Dites que votre sous-marin et son équipage sont bien arrivés, pour ne pas les inquiéter : leur mission est capitale !

Avec un large sourire, le Numéro Deux s’assied derrière la console et appuie sur une touche :
- C’est l’accusé de réception, annonce-t-il. Cela indique que le message est bien arrivé et que tout est normal à la base.
Puis il compose le message, y ajoute codes et procédures et appuie sur la touche du début :
- Voilà, ils le recevront en une seconde dès qu’ils seront connectés au satellite. Ach, la technique facilite bien des choses. Mais l’objectif reste le même. Nous vaincrons !
- C’est bien, soldat, maintenant, allez vous reposer, lui intime Béatrace avec un sérieux absolu.
Elle lui désigne le siège du Numéro Un où, zombifié, il va s’effondrer avec un soupir de satisfaction.

- J’ai noté la procédure, remarque Arthur.
- Moi aussi, confirme Rébéquée.
- Moi itou, assure Béatrace. Et puis elle recule d’un pas et demande au Numéro Deux qui la regarde encore d’un œil trouble :
- La salle de bains ?
Il se redresse à demi pour répondre :
- Porte du fond à droite et première à gauche…
- Merci
- Che fous en prie…
Et il se redresse encore pour saluer d’une inclinaison prussienne du buste lorsqu’elle sort avec un petit geste à l’intention d’Arthur et de Rébéquée.

  A ce moment, l’écran du milieu affiche la dernière édition de la Lanterne :
« Les Écolocroques à Washington : un missile devant

la Maison Blanche…. »
Arthur et Rébéquée lisent rapidement et :
« Eusèbe Malfort nommé plénipotentiaire »
Et puis la nouvelle :
« Réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU »
- Décidément, il faut trouver le moyen de communiquer, déclare Arthur.

- Ach ! Malfort est dans la nasse !!! s’écrie le Numéro Deux manifestement réjoui et tout éveillé par la nouvelle.
- Mais… Quelle nasse ? demande Arthur.
- C’est comme… Tenez, en 1942, je commandais l’U114 qui devait combattre les convois Alliés dans l’Atlantique Nord, et j’avais été pris en chasse par un destroyer anglais. Je l’ai entraîné là où je voulais… Je me suis comporté comme un appât, un  lièvre, qu’il a poursuivi jusqu’à portée de torpille de mon frère de chasse qui l’attendait au détour d’un fjord. Il était tellement occupé à me pourchasser qu’il n’a rien vu venir ! Boum !!! Il doit encore se demander ce qui lui est arrivé !!! C’est une stratégie élémentaire, mais ça marche à tous les coups.
- Mais alors, quel est votre véritable objectif  si les Écolocroques sont un leurre ?

- Il a coulé à pic, sans avoir le temps de lancer un appel radio… Juste quelques dizaines de rescapés qu’on a laissés là à barboter ! Ach… Très drôle… C’est là que j’ai vu pour la première fois à quel point les crabes sont efficaces : la mer s’est mise à grouiller… J’ai cru que c’étaient des requins… Non ! Des crabes noirs, comme ceux qui sont ici pour faire le ménage, comme ceux qui ont bouffé ce petit con … Comment il s’appelait déjà ? Oui, Hector, c’est ça… Ach ! Vous auriez dû voir la tête des journalistes qui étaient venus le chercher ici, devant le spectacle !!! Ça les a rendus dociles tout de suite !!!
Le Numéro Deux s’esclaffe, rit aux éclats, se tape sur les cuisses…
- Hector ? demande Rébéquée dangereusement calme.
- Hector, le petit bonhomme qui avait voulu nous faire chanter, avec sa gamine boulangère, celle qu’on a donnée aux Chochos pour amuser le concierge, Hector, quoi. Ici, on ne dit plus « c’est un con », on dit « C’est Hector ». Il a gobé l’appât, l’hameçon et la ligne ! On lui a fait « découvrir » les Écolocroques, et transmettre le dossier au petit journal local pour qu’il enquête comme un grand. Malfort n’aurait jamais marché dans une histoire comme ça, mais si c’était un autre journaliste qui lui apportait, ça devenait assez crédible pour son crétin de fils !!! Ahhh ! Ahhh ! Ahhh ! Et moi je suivais tout ça à la piste !!! Mais on a commencé les choses sérieuses maintenant…

  Rébéquée et Arthur se regardent pour ne pas le voir, ne pas réagir, le laisser parler, l’écouter, comprendre sans bouger, n’offrir qu’un visage impassible.

Hector, le petit ami d’Hélène… Rébéquée ne comprend que trop bien, ou plutôt, croit ne comprendre que trop bien. Elle revoit l’image affolante de la pince qui se dresse derrière Jules… Elle comprend que Vic et Clèm ont dû assister à une horreur du même ordre, elle perçoit le chantage qu’ils subissent… Les communiqués qu’ils relaient s’ensanglantent… Où sommes-nous ? Qui sont ces gens ?
  Le Numéro Deux se pavane dans le fauteuil du Numéro Un, épanoui, ravi, heureux…
- Et le bonheur d’avoir retrouvé mon Führer ! Ach…
Il se renverse sur le dossier, paisible comme un vieux bébé.
- Il faut joindre mon père, souffle Arthur précipitamment, le prévenir, établir une communication sûre… Je vais remonter. Il y a un locotracteur disponible à la base de sous-marins. Je vais y aller. Dès que les Chochos reviendront… Je leur demanderai de me guider jusque là. De là je pourrai communiquer avec lui… En attendant, où est passée Béatrace ?
- Pipi, lui indique Rébéquée.
- Il faut envoyer le message au Hai II s’écrie le Numéro Deux soudain réveillé… Il faut…
Il se lève d’un bond et rejoint Arthur et Rébéquée dans le bureau technique, devant la console.

Arthur hésite regarde Rébéquée, surpris, et s’écarte du pupitre pour lui laisser la place tout en se plaçant derrière lui pour pouvoir l’assommer au besoin, on ne sait jamais :
- Transmettre les informations. Ach ! Eusèbe Malfort, on te tient ! Et il tape le message :
« Titres de la Lanterne :
« Les Écolocroques à Washington : un missile devant

la Maison Blanche…. »
« Eusèbe Malfort nommé plénipotentiaire »
Et le Numéro Deux retourne s’installer dans le fauteuil du Numéro Un, toujours aussi épanoui, dodeline un peu de la tête, la pose entre ses bras croisés, et s’endort.