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JEAN RAINE

JEAN RAINE

 
Février 2007. 

 
En visitant l’exposition « Ensor et les avant-gardes de la mer », à Ostende, je suis tombé, c’est le cas de le dire, sur une grande peinture d’un Monsieur que je ne connaissais pas. 

  Banal, je n’en connais pas beaucoup.
 
J’étais venu voir les œuvres d’Ensor, et je tombais, donc, sur un grand tableau de Jean Raine.
 

broyeuse de tête à manivelle


Je trouvais que c’était mal éclairé, qu’il y avait trop de monde, trop d’œuvres, comme si les auteurs de l’exposition avaient voulu se livrer à une exploration encyclopédique d’un thème peut-être anecdotique.
 

Avec trop de très belles choses pour qu’il soit possible de les approcher vraiment, autrement qu’au travers du texte prédigéré d’un audioguide bavard. Et hop, au suivant, comme dirait Brel. 

  Mais je suis revenu, à contre-courant de la foule, pour revoir la « broyeuse de tête à manivelle », et j’aurais bien aimé y revenir encore et encore pour le revoir. Lorsque je repasserai par Ostende et par son Musée d’Art Moderne-sur-mer, bien sûr, j’y reviendrai. Mais c’est loin. En attendant, je me réfugie à la page 171 du catalogue, qui en livre une (mauvaise) représentation.
 
Et puis j’ai un peu fouillé. J’ai trouvé une richesse inouïe de recherches, de graphismes, de peintures, bien sûr, mais aussi de vidéos, de films, et de textes, comme celui-ci, extrait de projets écrits en vue d’une série d’émissions radiophoniques dédiées à la philosophie :

  Le jour où l’homme est né à la philosophie la situation se présentait à peu de choses près comme suit : un immense appétit de connaître mais peu de connaissances capables de le satisfaire. La situation est de nos jours radicalement à l’opposé : la masse des connaissances est plus grande que le nombre de questions qu’un homme à lui seul est capable de poser. Nous finissons par apprendre sans avoir le temps de nous interroger. Nous trouvons sans chercher. Il faut, c’est là le plus urgent, retrouver le sens de la question, et réapprendre à poser la question de manière obstinée. Seule l’obstination mesure réellement l’appétit de connaître. Seule elle trempe le désir d’aboutir. Il faut savoir vivre, sans se hâter de répondre, avec une question dans le cœur…
 
« Il faut savoir vivre, sans se hâter de répondre, avec une question dans le cœur »…


On notera en passant, que c’est l’attitude exactement inverse de celle qu’adoptent tous les « politiques », gourous ou curés de la Terre, qui, eux, a priori, SAVENT.

  Surréaliste, Cobra, animé, vivant, ce tableau au titre ubuesque m’est revenu en pleine poire (celle d’Eric Satie, sans doute) lorsque j’ai voulu « réveiller » la conscience d’un personnage perdu dans les limbes de la perte de soi. C’est pourquoi Arthur rêve « la broyeuse de tête à manivelle »… 

 
Arthur. Seulement Arthur.

En P3C2E10


 
On trouvera des documents, textes et vidéos sur les sites suivants :


http://www.jeanraine.com/

  http://www.jeanraine.org/
  http://www.henrichartier.com/-Raine-Jean-?id_document=545
 

8 novembre 2008 - Aucun commentaire
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LES POLITIQUES

Les Politiques

  Je vais parler des Politiques, c’est-à-dire de ceux qui font profession politique. On dit aussi carrière. Ou qui tentent de le faire. Car tous ne parviennent pas à leurs fins : la route est encombrée, la concurrence sévère. Comme le disait feu ma belle-mère, qui était une dame de grand bon sens, la place doit être bonne pour être autant disputée… Ce qui pose une grande question : qu’est-ce qui est aussi appétissant dans « la place » ?

 
Il ne s’agit nullement de faire le procès de ces Politiques (on est prié de me croire), mais de faire le portrait de certains d’entre eux (parce qu’au fond leurs obstinations sont assez comiques), et peut-être de comprendre d’où vient cet appétit.

  Comme tout un chacun j’ai été amené à en rencontrer, et à en observer, de tout poil (du poil de carotte au poil à gratter) et de toute brosse (de l
a Brosse à Reluire à la Brosse à Cabinet), depuis les maires que chacun croise partout, surtout aux périodes électorales, jusqu’aux autres, que l’on rencontre quotidiennement par écrans de télévision interposés.

  J’en ai donc vu de toutes sortes, des meilleurs aux pires, les meilleurs étant le plus souvent situés dans les petites mairies des plus petits villages où ils se défoncent pour d’ingrats administrés.

Mais pas toujours.

Les pires sont les plus drôles (quand on ne se trouve pas dans le champ de tir des catastrophes qu’ils génèrent).

  Et je me suis donc souvent demandé pourquoi ils se trouvaient là. Et ce qu’ils y cherchaient.

  Si vous leur posez la question, ils vous répondront invariablement que c’est par souci de « servir », par dévouement au « bien public », parce qu’ils « savent des choses et qu’ils veulent en faire profiter leurs concitoyens », parce qu’ils croient « détenir des solutions », etc… Bref, parce qu’ils « savent » et qu’ils veulent « servir », comme je l’ai déjà dit. Mais s’ils se répètent lorsqu’ils utilisent ce verbe, aucun ne le pronominalise. Comme s’ils ne pouvaient « réfléchir » ce pauvre et digne vocable. 

Cependant, eux, ils « réfléchissent » beaucoup. Ils analysent. Ils déduisent. Ils débattent. Ils concluent. 
D’ailleurs, ils ont Raison.
Puisqu’ils Savent.
Et s’ils Demandent, nous « demandent », Interrogent, nous « interrogent », c’est bien pour obtenir, contorsions et astuces rhétoriques aidant, la confirmation de ce qu’ils savaient déjà.
 
Même s’ils appliquent la grande Règle selon laquelle « la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui et encore moins celle de demain », comme je l’ai entendu dire dans le cadre de transactions commerciales (où l’on est souvent plus rigoureux) (Parole, parole, parole… chantait l’une) (Words, words, words ! avait dit l’autre).

Aucun ne parle de POUVOIR…

  On trouve en P2C2E10 (lien) une représentation de deux d’entre eux.

Les mêmes en P2C2E14, dans une autre situation.

 
S’agissant d’une satire, le trait est, bien sûr, forcé. 
 
Bien sûr. 

 
Forcé.

Poil au nez.

 
A propos de poil.

  Chacun a pu remarquer que l’homme politique est glabre.

 
Ainsi, affichant une vie simple, sinon saine, ne se trouve-t-il jamais confronté au terrible dilemme haddockien du dessus-dessous, angoissante question qui taraude l’hirsute, ni à l’imprécision et au flou du profil, ni aux coulures opiniâtres de la sauce tomate, ni aux miettes du quatre heures qui restent prises dans le poil jusqu’à l’apéro.

  Lui, il proclame la netteté du Savoir et son profil de médaille, la cravate en bavoir d’Hercule Poirot ou la franchise insolente du jaune d’œuf sur la chemise blanche. Mais l’attaché(e) parlementaire a des changes d’avance.

  Bref, il sait, et en tant que sachant, il échappe à tout ce flou mal maîtrisé qui caractérise la Barbe.

  Non, Mesdames et Messieurs, le Politique ne sera jamais un Barbu, un vrai, un sale ! 

  Ou bien il sera rejeté par la communauté internationale de ses semblables, et même, ô misère, par les peuples réunis, conditionnés depuis Jules César au Rasoir du Responsable.
 
Ainsi à jamais les Poilus resteront-ils dans l’ombre des tranchées, hachis à mitraille, sacs à poux, troubacs sans destin, tandis que les Chefs garderont leur œil limpide fixé sur la ligne bleue des Vosges qu’ils savent vibrer, là, du côté des verduns !

  Eux, tendent le menton, fiers, héroïques, rasés de près. Et chauves si possible, ainsi que l’était Jules.
 
En effet, comment tondre les peuples lorsque l’on est poilu ?

  L’Homme Politique est glabre en soi. Ou bien il se déguise. Il joue au Père Noël jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il ressemble à Landru et qu’il revienne alors au standard de sa caste.
 
Lisse comme un blindage, le visage de l’H.P. n’offre aucune prise. Non, il ne jouera pas à « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette » : L’H.P.[1] est un sérieux, ou bien un transgressif lorsqu’il croit tenir la situation bien en mains et qu’il se laisse aller à livrer sa nature profonde de maquereau du peuple. Et ce n’est qu’un instant. 

  Un maquereau porte des rayures bleues sur le dos. Pas de barbe !
 
Alors il faut choisir : la barbe ou la politique.

  On m’a objecté certains cas célèbres de barbus publics, relevés ici et là dans le monde, depuis les mollahs iraniens ou quelques sikhs indous, jusqu’aux barbudos castristes. Ceux-là relèvent d’un complexe du Prophète plus que de la politique telle que nous l’entendons et arborent ainsi un accessoire identitaire auquel se rallient leurs sectateurs.

C’est un autre type de Pouvoir qui est recherché.
 
Mais bien sûr, il s’agit toujours de Pouvoir, sinon de véritables hommes politiques tels que ceux auxquels nous sommes quotidiennement confrontés.

  Pour mémoire, je rappellerai que les femmes politiques sont des Hommes Politiques comme les autres.
Plus récemment venues sur la scène du Pouvoir, elles y présentent le zèle des novices qui tend à accentuer les stéréotypes que véhiculent leurs modèles, sinon leurs mentors.
Elles sont donc au moins aussi glabres que les hommes.
Avec un certain aspect hargneux qui transparaît très vite dans le ton et le regard sous le sourire de convention.

On trouve encore moins de femmes à barbe en politique que d’hommes. C’est dire.



[1] J’ai tenté d’appeler l’Homme Politique « H.P. » pour économiser des caractères. C’était une erreur et j’en reviendrai à l’expression littérale : outre le fait que ce n’est pas, en l’occurrence, une économie souhaitable (ce que je ne développerai pas, pour, au moins, économiser les incidentes), je crains une confusion avec l’angliciste abréviation du cheval vapeur. Car si l’Homme Politique peut se nimber de vapeurs dilatoires pour éviter certaines réponses à certaines questions, il n’est en aucun cas comparable au cheval, qui, lui, est un noble animal.

LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

P3C1E2 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 2)

  N°147 / LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

 
C’est l’histoire où le commissaire prend son petit déjeuner et où nous apprenons des choses sur le passé de Mado. 

  Mercredi 8 Juin
7 heures 30
Chez Mado

  Mado semble morose. Elle n’a pas digéré « de s’être fait enlever deux clients sous le nez ». Ça lui donne des aigreurs d’estomac. Elle déteste les aigreurs d’estomac.

- Vous n’avez rien à vous reprocher, Mado, la réconforte Ravot lorsqu’elle lui fait part de ses rancoeurs en lui apportant un petit café, le temps qu’elle prépare ses tartines (deux tartines saindoux gros sel et une tartine camembert coulant avec un bol de café au lait trois sucres quand il est seul et qu’il a le temps de déguster. C’est son petit déj’ d’avant l’effort. Sinon, deux croissants et expresso).
- Je sais bien commissaire, mais je peux pas empêcher. C’est la conscience professionnelle qui parle : le client qui est entré est un client sacré ! Surtout ces petits jeunes. Je les aimais bien. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu leur faire ces malfaisants de carnaval ?
- Je ne voudrais pas paraître pessimiste Mado, mais j’ai beaucoup de craintes. Beaucoup de craintes… Cela dit entre nous, bien sûr…
- Bien sûr. Mais si je les retrouve ces deux gangsters… Je ne parviens pas à me souvenir vraiment, mais il me semble que je les ai déjà vus quelque part…
- On pense qu’ils sont allés vers Bordeaux, mais… Tenez, je vais vous dire Mado, après tout, vous entendez parfois des choses et je vous fais une confiance absolue : on a retrouvé un camion de chez Lartigo brûlé sur l’aire de Cestas… Je crains qu’on ne les ait…
- Ces camions dont on a parlé aux infos régionales de ce matin ?
- Je ne sais pas, je ne les ai pas écoutées. Je le sais par la gendarmerie…
- C’est vrai que vous devez être informé… On disait qu’il y avait un camion d’essence et un camion frigorifique… Les chauffeurs n’auraient pas eu le temps de sortir parce qu’ils faisaient la sieste, et on les aurait retrouvés carbonisés…
- Et il y avait aussi un vieux J7 entre les deux… Mais… Je ne pense pas qu’il s’agisse des chauffeurs : le camion d’essence avait été volé et le camion frigo déclaré volé lui aussi, et ce matin, par l’usine de Bordeaux où Tapas’Embal’ transfère la ligne de fabrication qu’ils démontaient hier quand on a fait la perquisition : c’était la partie du stock de saucisses que je cherchais. Tout a brûlé, bien sûr…
- Mais alors… les chauffeurs…
- Eh oui, je vois que vous pensez comme moi… Mais je n’ai pas encore de preuve qu’il s’agit de nos amis…

Mado reste là à réfléchir, hoche la tête et se lance :
- Ecoutez, commissaire, je ne parle jamais de ce que je fais quand je ne travaille pas…
- Il est rare que vous ne travailliez pas, et cela ne regarde effectivement personne…
- C’est bien pour ça. Mais je pense que vous en savez peut-être quelque chose…
- J’en ai une vague idée, mais cela ne me regarde pas…

Mado a un petit sourire…
- J’évolue parfois dans un milieu assez… particulier de Bordeaux. Un milieu où l’on aime parfois se travestir…
- C’est ce que je pensais…
- Et j’y ai une certaine réputation…
- Une bonne réputation, Mado, une bonne réputation… Même Lepif ne vous a pas reconnue… Et pourtant, quand on était à Paris… On ne vous appelait pas Mado à l’époque…

Mado se met à rire :
- Et vous ne lui avez rien dit…
- Et je ne lui dirai rien !
- Merci commissaire, je sais que je peux compter sur vous, mais je ne crains rien de Lepif, c’est un brave type… Même si…
- Mais vous lui en avez fait voir !!!
- Rien de méchant, commissaire, des blagues de collégien…
- Il n’a quand même pas oublié le jour où vous l’avez déculotté en plein Bois de Boulogne pour lui passer la bite au cirage bleu parce qu’il vous avait confisqué votre perruque la veille !

Mado éclate de rire :
- On ne confisque pas sa perruque à une dame ! Le lendemain je partais au Brésil pour me faire opérer, en principe, je ne risquais pas de le revoir ! Ça m’a fait tout drôle de vous retrouver ici.
- Et je vous ai reconnue tout de suite, mais, chutt. Cela restera notre secret…
- N’empêche, commissaire, j’ai déjà rencontré les deux nuisibles qui ont fait ça. Ils m’ont donné l’impression d’être déguisés… Et les déguisés, ça me connaît. Surtout ceux de Bordeaux où j’ai quelques habitudes, si vous voyez ce que je veux dire…  Même si ce n’est pas à Bordeaux que je les ai vus… Alors, moi aussi, je vais faire quelques recherches, passer quelques coups de téléphone…
- Soyez prudente, Mado, ils sont très dangereux…
- Vous me prenez pour une Enfant de Marie ? Allez, je vous prépare vos tartines…

Mado en Enfant de Marie, c’est trop pour Ravot que s’étrangle de rire au moment où Lepif pousse la porte.
 
- Déjà en route, Lepif ?
- Oui commissaire. Je vois qu’il y a de l’ambiance ! Moi, cette histoire ne me plaît pas et…
- …et ? Allez, Lepif, dites ce que vous avez sur le cœur !
- Et je ne comprends pas pourquoi vous avez laissé comme ça la bride sur le cou de Pélot ! C’est lui qui nous a doublés chez Lartigo !
- Evidemment. Ou plutôt, qui est allé parler au maire qui a prévenu Daniel Forpris qui a prévenu la Vorme, qui a appelé le maire au secours. Et l’une des employées de la mairie a prévenu Hilarion-Jovial, ce qui fait qu’on a retrouvé tout le monde chez Lartigo avant-hier ! Je pense aussi que c’est lui qui a identifié Jo et Ted quand ils nous ont apporté les implants : il est arrivé alors qu’ils partaient… Et il s’est empressé de dire au maire que ces deux braves garçons devaient espionner pour nous. D’où leur disparition…
- Mais alors … ?
- Mais alors, il doit savoir qu’il est grillé, puisque vous l’avez coincé dans la cahute du gardien, et j’ai eu beau tenter de le rassurer, il va se montrer prudent. A moins qu’il ne continue à nous prendre pour des billes, ce qui serait parfait, mais invraisemblable… Il va donc dire au maire qu’il restera discret pendant quelque temps et le maire expliquera que son indicateur auprès de nos services, l’inspecteur Pélot, va se tenir à carreaux pendant quelque temps. Tout comme Madame de la Vorme Séchée, qui se trouve prise entre deux feux et aurait certainement préféré rester prisonnière entre nos mains plutôt que de nous avoir aidés, comme je me suis grossièrement efforcé de le laisser entendre.
- Et ça va donner ?
- Wait and see, Lepif, wait and see… J’ai donné un coup de pied dans la fourmilière… Mais en attendant, je voudrais vous charger d’un tout petit travail : vous vous souvenez de ce bateau qui a embarqué les voitures, au port de Bayonne le soir de la disparition de Luis…
- Un cargo à destination de

la Côte d’Afrique. Navire chilien sous pavillon de Malte, je m’en souviens. C’est la capitainerie du port qui me l’avait indiqué.
- Voyez avec eux si vous pouvez l’identifier et retrouver ses escales…
- OK boss…

Mado apporte à Ravot son plateau de petit déj’
- Et voilà pour le commissaire : deux tartines saindoux gros sel, une tartine camembert coulant, et un bol de café au lait trois sucres ! Un café inspecteur ?
- Oui, merci, Mado… Mais, commissaire, je ne comprendrai jamais comment vous pouvez avaler ça…
 

L’ÉPOUSE / P3C1E6

P3C1E6 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 6)

  N°151 / L’ÉPOUSE / P3C1E6

 
C’est l’histoire où Arthur retrouve Arnaud Boufigue et Finette de Sainte Fouillouse, devenue l’Épouse de l’Élu, qui, mystérieusement, semble vouloir l’aider.

 
Mercredi 8 juin
Le matin
Harpie

 
Ça recommence, se dit Arthur en sentant la terrible catatonie le saisir de nouveau, comme une onde de glace qui l’investirait d’une seule pulsation…

 
Il a bu le café que le marin-gardien-infirmier-serveur lui a apporté, comme il le fait tous les « matins ».

Il a obtenu que l’éclairage de l’infirmerie où il reste confiné soit modulé selon un rythme nycthéméral artificiel (nictaméral, comme dit Béatrace quand elle s’explique savant avec Amaïa au sujet de la vie souterraine), et c’est le matin. 

 
Mais la dose qu’on lui a fait prendre est sans doute moins forte qu’en Omphalie, puisqu’il a eu le temps de reposer sa tasse avant de se figer.

 
Le marin est ressorti en emportant le plateau du petit déjeuner intact, mis à part le café qu’Arthur a imprudemment avalé (mais il est vrai qu’à moins de mourir de faim et de soif, il est bien obligé de consommer ce qui lui est apporté). 

 
Le mataf devait savoir ce qui allait se passer. Celui-là, se dit Arthur, si je peux retrouver mes forces assez tôt, je te vais me le faire vilain. Il n’aura pas besoin de drogue pour se tenir tranquille quand j’en aurai fini avec lui. 

 
Tiens, c’est comme le Vladimir… Justement, il arrive, bien sûr… J’espère que ça ne va pas recommencer ! On ne sait jamais avec ces gugusses… Des fois qu’ils voudraient jouer encore et encore aux Amazones et à Bitenor… Connards…

 
- Mon cher Arthur, je sais que vous m’entendez et que vous comprenez ce que je vous dis. Il est concevable que vous soyez inquiet, après ce que l’Élue vous a infligé (ricanement). Je vous rassure : je n’ai aucune intention perverse à votre égard (éclat de rire) : Bitenor n’entre ni dans mes plans, ni dans mes ordres, si j’ose dire. Simplement, vous commencez à récupérer un peu de cette santé robuste qui pourrait vous rendre redoutable, et je tiens à ce que votre transfert en Harpie s’effectue sans incidents. Vous resterez donc sous Catatonine (c’est le nom de cette drogue que vous avez absorbée dans votre café) pendant les quelques heures nécessaires à votre arrivée et à votre installation là-bas. J’ignore quel sort vous a réservé l’Élu, mais je doute qu’il vous livre à ses Amazones : il aurait tendance à se les réserver, même après qu’il ait épousé… Mais je ne vais pas vous ennuyer avec ces mondanités. Nous sommes arrivés à destination et le Hai II est arrimé au fond, dans son berceau de stationnement. Nous attendons le raccordement au sas de Harpie d’un instant à l’autre.
 
Le marin qui escorte Vladimir soulève le bras d’Arthur qui se lève mécaniquement, le regard vide. Puis il le conduit devant le lavabo et lui fait signe de se raser et de faire sa toilette. Arthur s’exécute. Il lui donne ensuite le paquet des vêtements qui lui est destiné et Arthur, malgré la rage qui bouillonne en lui, s’habille docilement. Le voici vêtu de blanc, rasé, coiffé, presque remis à neuf, encore que très amaigri. Son œil indifférent reste perdu dans un lointain inerte et ses bras pendent, inutiles, passifs…

 
- Très bien, reprend Vladimir toujours ironique. Vous voilà endimanché comme un premier communiant. Vous allez pouvoir rencontrer les huiles qui ont souhaité faire votre connaissance. Piotr va vous conduire. Je dois rester à mon bord, vous me pardonnerez, mais j’ai du travail : un chargement à effectuer… Présentez mes respects à l’Élu et mon meilleur souvenir à… Mais au fait, vous le connaissez ? Vous serez remis à l’un de vos amis : Arnaud… Arnaud Boufigue… Vous le connaissez, non ?

 
Vladimir sort en éclatant de rire…

 
Un bruit sourd. Des grincements…
 
Piotr pousse Arthur vers la coursive et le guide : à droite, à gauche…

 
Ils entrent dans un sas où des marins apportent des colis en faisant la chaîne, depuis les silos à missiles désaffectés où ils étaient rangés. Réunis sur des palettes entourées de filets, les colis sont repris par le crochet de grue qui les descend par un large orifice, manifestement raccordé à un manchon de transfert. Le marin qui commande la manœuvre presse alors un bouton, et la charge s’élève… Quelques instants plus tard, le croc redescend, supportant cette fois une sorte de cabine grillagée dans laquelle se tient un personnage qui en saute comme un diable de sa boîte :
- Ce cher Arthur !!! Quel plaisir de se retrouver !!!

 
Arnaud Boufigue, leste et enjoué, tourne autour d’Arthur, inerte et passif :
- Et quelle surprise, n’est-ce pas ? Montez donc dans cet ascenseur. Vous en pardonnerez le caractère primitif, mais il s’agit d’un simple monte-charge, certainement indigne de Monsieur le Directeur de

la Lanterne du Fort ! Passez devant, mon cher !

Il le pousse devant lui d’un grand coup de pied au derrière :
- Ah !!! Deux ans que j’attendais cet instant !!!! 

 
Il fait signe au marin qui commande la grue, et la cabine s’élève avec un léger balancement. La montée est lente. On traverse d’abord un espace sombre constitué du large tube rétractable, puis on émerge dans la lumière d’un entrepôt au sol de tôles rivetées et aux parois de pierre noire et brute.

 
Le câble qui porte la cabine, fixé sous un pont roulant la dépose à quelques mètres du puits obscur entouré d’une rambarde grillagée d’où il l’a extraite.

Arthur, bien sûr, reste impassible, le regard toujours perdu…
 
- Ce cher Vladimir m’a dit que vous en aviez pour deux bonnes heures avant de reprendre vos esprits, mais ce n’est pas une raison pour que vous restiez bêtement immobile. Faut vous remuer, mon vieux…

Il ouvre la porte tandis qu’un marin décroche le câble.

- Allez, dehors !

Il le gifle violemment :
- Excusez-moi, mon vieux, mais ce n’est pas grand-chose et ça me fait tellement plaisir…

 
Arthur sort, d’un pas d’automate et s’arrête au bord de la margelle du puits.

 
Le câble armé de son crochet redescend vers le sous-marin.

 
- Ne restez pas aussi près du trou, c’est imprudent. Venez, suivez-moi…

Il se dirige vers le fond du hangar, là où la lumière est la plus vive.

Arthur le suit…

Un chariot élévateur s’approche tandis qu’une nouvelle charge est extraite.
 
On sort du hangar. 

 
Un couloir de circulation. Des rails. Voie étroite. 

 
Cela ressemble à Agotchilho se dit Arthur qui voit, comprend, perçoit, mais reste incapable de réagir.

 
Arnaud Boufigue chantonne en marchant devant lui, ouvre une porte percée dans la paroi du couloir, et pénètre dans une sorte de salon, ou de bureau luxueusement meublé, confortable, chaud, tendu de brocard et de soieries, au sol couvert de tapis d’Orient.
 
Son guide s’arrête et fait face à Arthur qu’il gifle de nouveau avant de lui siffler au visage, entre ses lèvres pincées :
- Si cela n’avait tenu qu’à moi, mon cher, je t’aurais fait subir le même sort qu’à ce petit imbécile de Luis. Mais il paraît qu’on te réserve quelque chose de plus… amusant, et de plus utile. Alors profite du temps qu’il te reste. Profites-en bien. 

 
Et il sort, laissant Arthur planté au milieu du silence ouaté des tentures.

 
Une porte s’est ouverte, quelque part.

 
Une femme est debout devant lui.
 
Le champ de vision d’Arthur est limité par le fait qu’il ne peut bouger la tête… Il ne l’a pas vue entrer.

Elle est devant lui, drapée d’une tunique de soie pourpre ceinturée d’or, coiffée d’un diadème de diamants, en forme de lyre… Le contre-jour dissimule son visage…

 
Elle lui parle :
- Bonjour Arthur Malfort… Je ne sais pas si vous pouvez me reconnaître… vous ne m’avez jamais rencontrée quoique nous nous soyons croisés de très près… Je suis Finette de Sainte Fouillouse. Ici, on m’appelle « l’Épouse ». Je suis chargée d’engendrer le Fils de l’Élu… Mais cela vous importe peu. Cela ne vous concerne pas, en fait. Je ne peux rien faire pour vous, enfin… presque rien. Je dispose de trop peu de temps pour vous expliquer ma démarche auprès de vous… Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai cru aux Écolocroques lorsque je les ai servis. Et puis j’ai compris que c’est eux qui se sont servis de moi, comme de tous ceux qui ont naïvement cru en eux. Je ne crois plus à grand-chose, Arthur Malfort, et mon destin, en fin de compte, semble bien devoir s’achever ici. Mais je veux éviter que vous soyez « utilisé » à votre tour, comme je l’ai été. Je ne sais pas quel sort ceux qui décident vraiment vous réservent, mais au travers de tout ce que je vis ici, je conserve le souvenir d’un jeune homme que j’ai malgré moi contribué à martyriser, juste avant que mon destin ne soit scellé et que je devienne sans recours cette « Épouse » que vous voyez… J’aurais dû l’oublier, bien sûr, mais j’ai conservé en moi le regard qu’il m’a lancé en expirant tandis que je… Je n’ai pas pu l’oublier. Et si je ne l’ai pas oublié, c’est grâce à un cadeau que m’a fait ma mère, Flora, avant que je ne parte rejoindre ce destin qui est maintenant le mien (elle glisse deux petites pastilles entre les lèvres d’Arthur, dont elle caresse ensuite doucement la joue du bout des doigts)… Avalez… Bien… Ma mère appelle cela du Pain de Couleuvre et elle le fabrique, dans les Ardennes belges où elle vit encore, avec de l’hellébore (elle a un petit sourire triste)… Les « quatre grains d’hellébore » du lièvre de
La Fontaine… Elle est un peu sorcière, vous savez… Je ne vous reverrai sans doute plus jamais, Arthur Malfort. Je sais que vous m’entendez et que vous me comprenez. Si l’on vous administre d’autres drogues, comme il est probable, du moins conserverez-vous mémoire et conscience de ce qui vous sera alors imposé, même si, malgré vous, vous devrez l’exécuter. C’est tout ce que je peux faire… En souvenir de Luis… Adieu… « Ils » viendront lorsque les effets de

la Catatonine s’effaceront…

 
Elle quitte son champ de vision. 

 
Une porte se referme.

 
Elle est partie…
 

POUACRE / P3C1E7

P3C1E7 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 7)

  N°152 / POUACRE / P3C1E7

 
C’est l’histoire où Arthur se trouve confronté au professeur Pouacre, qui fut le Numéro 5 des Écolocroques. 

  Mercredi 8 juin
Le matin, sans doute.
Harpie

 
Il est difficile d’évaluer le temps qui passe lorsque rien ne bouge et que l’on se trouve réduit à une passivité de mannequin. Compter les battements de son cœur ? Les clignements réflexes de ses paupières ? Ses inspirations ? Mais bien vite, le décompte s’en trouve perturbé par les souvenirs qui bougent lentement au fond de l’esprit… Souvenirs proches, mêlés à l’angoisse de l’avenir proche, souvenirs lointains, nostalgies… Angoisse d’impuissance… Qu’est-ce qu’elle a voulu me dire ? Ce Luis ? Celui qui a été retrouvé écorché au Petit Matois ? Cette petite ordure d’Arnaud Boufigue semblait s’en réjouir… Et il a dit que mon sort serait plus… amusant ? Qu’est-ce qu’elle a bien pu me faire avaler ? Pourquoi ?

 
Il lui semble maintenant ressentir le fourmillement précurseur de sa libération : la drogue relâche ses effets… 

 
La porte s’ouvre derrière lui. 

 
Il peut tourner un peu la tête…
 
- Ah, bravo ! J’avais bien calculé la dose, se réjouit le personnage qui vient d’entrer. Petit et noir de poil, un long cou de vautour à la pomme d’Adam saillante, coiffé au bol largement au-dessus des oreilles, tout de noir vêtu, le petit bonhomme sec et nerveux s’avance en tordant le cou pour venir regarder Arthur par-dessous…

 
- Je me présente, Arthur Malfort, je suis le Professeur Pouacre… Je fus en mon temps  désigné par le Numéro Cinq, chez les Écolocroques, et je suis maintenant veuf du Numéro Quatre que les Chochos ont livrée à leurs damnés crabes… Je fus donc également le gendre du Numéro Un qui subit le même sort que sa fille, mon épouse, comme je l’ai dit. Et cela à cause de vous, de votre père et de tous ceux de votre bande, Arthur Malfort…

Il tourne autour d’Arthur en se frottant les mains et en ricanant, comme si tout cela le plongeait dans la joie la plus pure. Arthur, qui se libère de plus en plus de l’emprise de la drogue, le suit des yeux en tournant sur lui-même, dans une sorte de ballet comique où un « grand » regarderait de haut un « petit » qui paradoxalement dominerait une situation indéfinissable. 

 
Il découvre à cette occasion les deux malabars, armés de curieux pistolets en plastique jaune, qui encadrent la porte laquée par laquelle Pouacre est entré. Des fois qu’il lui prendrait l’envie de tordre le cou au vautour qui l’encercle dans sa danse. Et qui s’arrête, comme s’il prenait conscience du grotesque de la situation :
- Mais asseyez-vous, mon cher, nous serons plus à l’aise pour discuter…

  Arthur s’assied, encore flageolant, dans le profond fauteuil que lui désigne Pouacre, toujours debout, et qui enchaîne, sans cesser d’arpenter le tapis, comme s’il ne tenait pas en place :
- Comment va ce cher Vladimir ? Il vous a raconté… ?
- Raconté quoi ? La préméditation de son geste ?
 
Arthur a la voix rauque et ces efforts l’ont épuisé. Pouacre semble s’en apercevoir et il éclate de rire comme à une bonne plaisanterie :
- C’est vrai que vous avez vécu une épreuve redoutable ! Survécu serait plus juste… Bravo, mon cher ! J’avoue que vous m’avez épaté. J’ai réprimandé cette chère Élue que sa jeunesse pousse parfois à quelques excès de susceptibilité ! Elle se prend un peu trop à son personnage de vierge farouche. J’y ai quelque responsabilité, en tant que Mentor, mais j’aurais été très déçu de vous voir périr sous les assauts de ses Amazones !
 
Il éclate de rire, s’assied dans le fauteuil placé en vis-à-vis de celui d’Arthur et s’y renverse en se tapant sur les cuisses :
- Bitenor !! Ces filles vous ont baptisé Bitenor !!! Ah vous êtes un sacré morceau !!! Bravo !!! Le qualificatif n’est pas très subtil, mais il témoigne d’une admiration sincère, croyez-le bien. D’ordinaire, le fiancé que l’on donne en pâture à ces dames meurt en quelques heures, mais vous ! Encore bravo.
  Il s’essuie les yeux d’un revers de manche…
 
- Vous m’avez fait pleurer de rire mon cher… Vous êtes un cas… Les Malfort sont tous comme vous ? Votre papa est vieux maintenant. Je me suis laissé dire qu’il s’était remarié il y a peu… Pas de petit frère en vue ? Mais trêve de plaisanterie. Vous devez vous douter que vous ne sortirez pas vivant de l’aventure… Non pas que je vous en veuille le moins du monde pour ce que vous avez fait de ma belle famille : cela cadrait parfaitement avec mes projets… Eux-mêmes, ces fameux Numéros, avaient manqué de loyauté envers moi : Numéro Cinq disaient-ils, sans préciser qu’après moi restaient en attente deux autres enfants de la famille, discrètement planqués dans une institution suisse et dont j’ai été désigné comme étant le Mentor lorsque leur âge les a placés en lice ! Du coup, je n’étais plus le Numéro Cinq, mais le Numéro Sept !!! Je devenais le Septième dans l’ordre naturel de leur succession, derrière deux femmes, qui plus est… Non, je n’en veux pas aux Malfort ! Comme je vous l’ai dit, ils m’ont plutôt rendu service. Vous ne mourrez pas pour satisfaire ma rancune. Mais, que voulez-vous, mon meilleur ennemi n’en est pas moins mon ennemi. Et si je vous relâchais, je suis certain que vous chercheriez à me faire des misères, comme votre père et ses absurdes Chochos… Absurdes, mais bien utiles quand même. Vous savez que c’est eux qui m’ont appris tout ce que je sais en matière de drogues ? Ils sont très forts là-dessus ! Dame, plus de 100 000 ans de poisons de chasse et de pêche… C’est cela que les Numéros n’ont pas compris : ils ne croyaient qu’à la technologie lourde. Des parvenus… L’avenir est à la biochimie fine… Mais, je cause, je cause…  Mon associé souhaitait vous interroger pour savoir où vous en êtes vraiment de vos investigations, mais je lui ai dit que depuis le temps que l’Élue, ma pupille, vous a enlevé, vous aviez dû perdre le fil des évènements. D’autant que nous avons bien amorcé notre implantation et que l’opération de prise en main de la population semble réussir. Nous nous contenterons donc de vous « préparer » pour une autre mission, qui devrait nous débarrasser de toute opposition. Vous y serez notre allié secret, Arthur Malfort ! Réjouissez-vous, vous allez entrer dans l’histoire ! Dans Notre Histoire ! 

  Il se lève, les bras au ciel, soulevé d’enthousiasme. Arthur, étourdi par ce flot de paroles extravagantes s’apprête à se lever à son tour, mais se trouve cloué dans son siège par la poigne massive des deux malabars qu’il a oubliés dans l’histoire.
 
Il se débat, mais Pouacre, ricanant, s’approche une seringue à la main. 

  Les malabars l’immobilisent.

 
Pouacre enfonce l’aiguille dans son bras…

  Arthur grogne de rage impuissante…
 
Il retombe, inconscient.
 

HUMEVESNE ET SUCEPROUT / P3C1E9

P3C1E9 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 9)

  N°154 / HUMEVESNE ET SUCEPROUT / P3C1E9

 
C’est l’histoire où les deux tueurs sont conduits par la ruse jusque dans les griffes du Commissaire Ravot.

 
Jeudi 9 juin
9 heures 30…
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

 
Vaste brouhaha à l’entrée du commissariat : Pélot s’énerve…

- Tenez-les, bande d’abrutis !
- Mais Inspecteur, on fait ce qu’on peut !
- Lâchez-moi, grandes brutes, couine l’une des deux « personnes » arrêtées, menottées chacune à deux agents, un à chaque poignet, avec des menottes en fourrure rose d’un côté et des menottes réglementaires de l’autre, tandis que deux serveurs du Tapas’Embal’, montés en renfort dans le fourgon de police, poussent au derrière pour faire sortir le tout du panier à salade, sous les encouragements de Begoña-Conception et Gerañum-Assomption, venues en escorte sur leurs Harley-Davidson respectives.

- Qu’est-ce que c’est que ce bazar ? s’écrie Ravot en sortant de son bureau.
- Deux travelos excités qui font du tapage, commissaire, ils ont voulu forcer notre porte avec des menottes roses aux poignets, et comme vos agents se trouvaient là, je leur ai demandé leur aide, précise fort à propos Begoña-Conception en descendant de son engin qu’elle béquille d’un coup de talon sûr.
- Notre établissement est respectable, ajoute Gerañum-Assomption en prenant son casque sous son bras. Ces… individus n’ont rien à y faire !!! Surtout s’ils font du tapage, N’est-ce pas, Bégony ?
- Et comment, Gérany ! Nous sommes chez nous, pas vrai commissaire ?
- Tout à fait Mesdames…
- Mais lâchez-nous, bande de veaux bleus ! s’écrie le premier interpellé en secouant ses menottes et les agents qui y pendent.
- Ces Bordelaises de merde nous ont dit qu’on pourrait se retaper dans votre boîte pourrie et elles nous ont largués les tantes ! Et vous, vous nous jetez aux cognes ! On a de quoi les payer, vos foutus tapas ! Merde alors !!!
- Allez, fichez-moi ça en cellule et merci pour votre aide, Mesdames, je vous ferai convoquer pour votre déposition…
- Avec plaisir commissaire. Tu viens Bégony ?
- J’arrive, Gérany… Montez derrière, vous autres…


Les deux fiers serveurs au petit cul moulé dans un étroit pantalon noir (pour éviter les coups de corne) sautent en croupe et leur empoignent à pleines mains le garnissage du Perfecto. Elles démarrent en trombe dans le grondement profond de leur mécanique…

 
- Bon. On est calmés ?
- Z’avez beau dire, commissaire, c’est pas honnête. On se croyait encore à Bordeaux, nous. On a dû dormir en route… C’est quand même pas interdit de faire la fête… On fait une virée chez les copines, on se poivre un peu, histoire de démarrer en douceur, et puis tout d’un coup voilà t’il pas que ces malhonnêtes nous branchent sur le courant lumière, nous envoient aux quetsches, nous plombent notre artiche, et nous larguent ici façon fin de java en nous disant que c’est des potes à elles et qu’elles vont nous soigner pour nous finir !
- Je crois même qu’y en a une qui m’a plumé l’oignon !
- Ah, toi aussi ? C’était une impression, mais, bon…
- Si, si, je t’assure…

 
Tout le commissariat est là, bien sûr. C’est pas tous les jours la foire aux bestiaux : deux balaises (le quintal pour 1 mètre 85) avec aux joues le poil bleu d’un petit matin pas rasé et mal camouflé de crème « Soir de Tempête, Mer d’Huile », avec des yeux rimmel « Cil la Faux », des lèvres « Poisson Rouge Baisé Parce Que je le Veau Bien», perruques « Blonde Champ de Blé après la Verse » et « Rouge Vésuve ça Coule Encore de Lave », petite robe noire, bien sage, décolleté discret, jersey près du corps à mi-cuisses, limite jarretelles (en strass) et bas résille pour laisser respirer les touffes de poils. Talons 15 cm plexi, que merde, on se tord les pieds sur vos planchers à la con ! Bon. Bijouterie dans le sobre, perlouse nature, trois rangs tout juste, pour rester dans le culturel. Gourmettes en jonc massif marquées « Humevesne » et « Suceprout ». Chanel, quoi. Mais du N°10 au moins. Pas chipoter. Ça vous habille les narines et vous fouette le sentiment et l’olfactif…  

  - Ben on fêtait juste une affaire : on a gagné aux petits chevaux, et on voulait rigoler un peu. On s’est fait chambrer par des sado-maso à la con, soyez sympa, commissaire, on n’est pas des méchants, hein Suceprout ?
- Sûrement pas, Humevesne, sont cons ces sado-maso, t’as le mot juste…
- Même qu’ils m’ont pété le blair ces cons-là, j’ai caché avec le fond de teint, mais j’suis sûr que demain j’serai toute bleue, hein Suceprout ?
- On va porter plainte, profiter qu’on est là, hein commissaire ? Qu’y s’en tirent pas comme ça, ces cons-là, comme tu dis à très juste titre, Humevesne…
- Je vais vous aider, approuve Ravot. D’abord, vous débarbouiller, les gars. Faut faire sérieux après la fête. Les agents vont vous prêter leur douche et des vêtements… normaux, si on en trouve à votre taille. Ensuite, je prendrai votre déposition…
- Ah ça c’est chic commissaire. Tu vois, ce que j’te disais, Humevesne, en province, les bourrins, c’est pas pareil, c’est pas toujours des mules…
- Ouais, t’as raison Suceprout, les keufs ici, y zont du savoir-vivre. C’est pas les tueurs de la BAC. C’est d’accord commissaire, J’y go.
- Lepif, montrez le vestiaire à ces messieurs et fournissez-leur au moins une gabardine… On doit avoir ça dans le vieux vestiaire…
- Lepif ! Y s’appelle Lepif, le mec, eh, Humevesne, t’as entendu… Oh, pardon Inspecteur, c’est sans malice…
- … Par ici…
- Ah, Pélot, allez chercher Mado. Vous garderez sa boutique le temps qu’elle revienne…
- Mais commissaire…
- Vous assurerez la sécurité des lieux, Pélot… C’est un ordre… Elle est capable de trouver sa route sans vous. Exécution.
 
- Commissaire, une voiture de Bordeaux, avec deux témoins…
- Faites patienter, Pourticol… Faites patienter dans le bureau des inspecteurs…
 

LE SCHTROUMPF ÉLÉPHANT / P3C1E11

P3C1E11 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 11)

  N°156 / LE SCHTROUMPF ÉLÉPHANT / P3C1E11

 
C’est l’histoire où nous apprenons pourquoi Mado, qui fut Zézette, a passé la bite de Lepif au cirage bleu, avant qu’elle ne dévoile qui sont les assassins probables de Jo et de Ted. 

 
Jeudi 9 juin
9 heures 30
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

  - L’Hippolyte dites-vous ? Un armateur russe ? Стрелка деньг. Stryélk Dyéng… La Flèche d’Argent ? C’est bien ce que j’avais compris… Comme vous dites. A destination de la Mauritanie ? Nouakchott ? Avec un chargement de matériel mécanique… Des pièces pour moteurs de bateaux. Tiens donc. Et on sait à qui elles étaient destinées ces pièces ? Non…

  Le silence règne dans le bureau de Ravot depuis que Lepif a décroché le téléphone et annoncé à la cantonade qu’il a une réponse de la capitainerie de Bayonne. Le commissaire tend l’oreille et impose le silence.

  Mado, qui vient d’arriver, accompagnée de Pourticol, attend, debout, puisque tout le monde est trop occupé à se taire pour s’occuper d’elle. Elle a ôté son tablier bleu, mis son petit chapeau vert et son manteau assorti. Avec ses chaussures plates, et son petit sac à main, elle fait très sage ménagère venue retirer un formulaire et qui attend tranquillement son tour.

 
- Oui, bien sûr… Un trafic… Non, on n’a pas trouvé trace des immatriculations. Et vers quel port est-il reparti cet Hippolyte ? Il remonte vers le Nord ? Il est en route ? Pour ? Mourmansk ? En Russie ? Il faudra demander à l’armateur pour connaître le destinataire aller et la cargaison, en retour, bien sûr… Faxez-nous leurs coordonnées, on trouvera bien un traducteur chez nous pour les appeler… Merci capitaine… Oui, ça nous est très utile… C’est ça, c’est au sujet de ce meurtre terrible… Oh, je ne sais pas si on pourra les coincer… Une grosse organisation… Bien sûr, si vous voyez quelque chose…

  Lepif raccroche.

 
- On peut toujours demander une investigation sur place par la police locale, observe Lepif…
- En Mauritanie ? demande Ravot. Vous y croyez vraiment ?
- Pas vraiment, non. Il est probable que des véhicules de luxe comme ça se trouvent maintenant entre les mains de tel ou tel ministre… A moins qu’ils n’aient passé une ou deux frontières…
- On sait quand même qu’ils sont en Afrique. Mais cela ne veut pas dire pour autant que ceux qui les occupaient les aient suivis. Excusez-moi, Mado, vous devez me trouver bien désinvolte avec vous…
  - Laissez, commissaire, c’est pour mes petits clients, et il n’était pas question de ramener les affreux chez moi. J’espère seulement que votre inspecteur saura garder mon bar sans faire de bêtises.
- S’il se contente de le garder, tout ira bien, remarque Lepif, ce qui est loin de rassurer Mado, mais, bon…
- J’ai déjà dit qu’il me semblait les avoir vus quelque part, mais je serais incapable de dire où et quand, poursuit Mado, préoccupée. Quand ils m’ont assommée avec leur truc électrique, je n’ai pas pris le temps de discuter, vous vous en doutez. C’est après… Et je pense que c’est la même chose pour eux. Ils risquent donc de me reconnaître, et je n’y tiens pas : ce n’est pas le genre de relation qui m’intéresse vraiment… Alors si vous avez un truc de glace sans tain ou quelque chose comme ça…
- Ma pauvre, on n’est pas dans un film américain ! Ici, on fait artisanal ! Ce que je peux proposer c’est de les faire passer devant vous. Ils sont en train de se laver et de se changer au vestiaire. Je les envoie dans le bureau des inspecteurs à l’autre bout du couloir, et vous, vous restez sur le banc qui se trouve sur le passage, devant la porte de mon bureau (il ouvre la porte pour lui montrer). Comme ça, ils pourront penser que vous attendez d’être reçue. Vous ferez semblant de les ignorer, vous lirez une revue, vous compterez les mouches, ce que vous voulez… Et quand ils seront passés, vous me direz si c’est eux ou pas… Et puis il y a peu de chances qu’ils vous reconnaissent… Ils ne vous ont vue que quelques secondes…

 
Mado le regarde avec plein de sous-entendus derrière la tête, tout en tournant le dos à Lepif.

Ravot hausse les épaules et lui montre le couloir :
- Allez-y, ils doivent avoir fini de se démaquiller, ces petits choux. Ils pensent être ici pour avoir fait du foin à la porte du Tapas’Embal’. Ah, à propos, Mado, vous pourrez conserver ceci, si vos clients du bar font du tapage !

  Il lui tend en riant les deux paires de menottes entourées de fourrure rose.

 
Mado les glisse dans son sac avec un sourire complice :
- Je les rendrai à qui de droit.

  Lepif, perplexe, fronce les sourcils.

 
On ne leur a trouvé que deux gabardines, un peu justes, étriquées, serrées aux entournures et qui tirent sur les boutons, malgré la ceinture. Revers larges, de ce côté-là, y’a rien à dire, mais z’auriez pu trouver des futals ! On a l’air fins, quoi, c’est vrai, sans chaussettes dans une paire de vos chaussures à clous, et à poil sous la gabardine ! Au Bois, on passerait pour des exhibitionnistes !

- Laisse tomber, Humevesne, c’est juste pour la déposition. Après, on appellera Riton et il nous ramènera des fringues, et le commissaire nous offre gentiment l’hospitalité en attendant, il l’a promis. Tu voudrais pas qu’on reste tout nus devant les inspecteurs ? Pense à Lepif ! Il a ses pudeurs, cet homme !
- Pfff ! Lepif ! Je pouffe !
- Chut… Te fais pas remarquer… Allez, on y va…
- Non, le commissaire a dit qu’il nous enverrait chercher : il a du monde…

  Lepif entre dans le vestiaire :
- Allez, les hommes, on vous attend pour la déposition, suivez-moi au bureau, c’est Martial qui va s’occuper de vous… Z’êtes tout plein mignons comme ça… Vous devriez vous raser les mollets, ce serait plus élégant…
- Oh, Inspecteur, nous charriez pas, on est assez gênés comme ça…

 
Lepif les précède dans le couloir, passe devant Mado, assise devant la porte ouverte de Ravot qui surveille depuis son bureau en faisant mine de lire un papier…

  - Mais c’est Zézette !!!

 
Tout se fige…
 
- Je veux dire… 

  Sûr que Humevesne a compris qu’il avait dit une connerie quand il a vu Lepif se retourner lentement, plus blanc et plus noué qu’un linge blanc lavé avec Omo double action…

 
Mais trop tard.

  Parce que Lepif aussi du coup, déclic, a reconnu Zézette.
 
Zézette !!! 

  Le cauchemar du Bois de Boulogne ! À poil et la bite au cirage bleu roi…

  
 Zézette à qui il avait confisqué sa perruque blonde la veille. Zézette qui l’a coincé le lendemain, assommé, déshabillé et relâché nu et enchnoufé de force dans une allée très péripatétique du même Bois, au milieu d’une double rangée de putes et de travelos qui l’applaudissaient en riant, jusqu’à ce qu’un panier à salade le récupère et le conduise à l’hôpital, choqué.

  Bien sûr, on l’avait changé de secteur, mais les surnoms de Schtroumpf Eléphant et d’Eléphant Bleu lui étaient restés, mi-moqueurs, mi-admiratifs, dans ce milieu d’experts.

 
Zézette, qu’il avait vainement recherchée pendant plus d’un an pour lui faire la peau. Zézette. Mado !!!

  Du coup, aussi bien Humevesne que Suceprout ont reculé, effarés par le face-à-face tragique entre Mado, qui s’est levée de son banc, et Lepif, rouge écarlate, fouillant son holster heureusement vide pour y prendre son arme de service et fourrer d’une bastos longuement méditée le crâne du cauchemar de ses nuits passées enfin retrouvé !

 
- Stop, Lepif, crie Ravot qui voit le geste du bout du couloir où le bruit l’a attiré, et qui comprend la tempête qui bouillonne sous le crâne de son inspecteur. Stop ! Qu’un Eléphant Bleu passe du blanc au rouge, c’est acceptable sur le plan national, mais qu’il règle des comptes rancis, ça ne l’est plus. Mado est devenue une femme respectable et Zézette a disparu dans un coin perdu du Brésil. Alors, stop !

  Mado fait face, calme et modeste, sans détourner le regard. Lepif tremble de tous ses membres en la fusillant du regard. Et puis, il sent la main de Ravot se poser sur son épaule, il l’entend hoqueter d’un rire difficilement contenu, se retourne, choqué, et puis… rien à faire, il a beau se retenir… il frissonne des babines, se retourne, regarde Mado qui se contient autant qu’elle le peut… et tous les trois explosent d’un rire énorme, gigantesque, monstrueux, homérique, ravageur, qui fait sortir toutes les têtes disponibles dans le couloir, tous médusés de voir le très sérieux commissaire Ravot, le très vaillant inspecteur Lepif et la très respectable bistrotière Mado pliés en trois fois deux, six, hoquetant et pleurant en se tapant mutuellement dans le dos comme des copains de régiment qui se retrouvent après plein d’années pour se raconter leurs frasques d’alors…

 
Humevesne et Suceprout se sont reculés jusqu’à la porte du vestiaire, plus affolés par cette réaction incongrue que par quelque accusation que ce soit…

  Lepif reprend son souffle avec peine, se redresse, s’essuie les yeux, encore secoué par des sursauts d’hilarité et, menaçant Mado du doigt, il articule difficilement, entre deux hoquets :
- Mais… mais… mais il faut m’expliquer… m’expliquer : pourquoi… Pourquoi du cirage bleu ?
 
Mado, reprise par un accès irrésistible, s’assied, souffle coupé et se tapant sur les cuisses :
- C’était la couleur qui s’accordait le mieux avec celle de vos yeux, inspecteur…
  Ce qui fait hurler de rire Ravot :
- C’était par amour, Lepif !!!
- Commissaire,  vous êtes dégueulasse ! s’insurge l’intéressé dont l’indignation déclenche un nouvel orage de fou rire auquel il est bien forcé de se joindre…

 
Le calme revient difficilement, mais il revient, et Ravot doit avouer à son inspecteur que dès le premier jour, il a reconnu Zézette en Mado, mais qu’il s’est bien gardé d’en parler, pour respecter sa nouvelle personnalité, sa nouvelle vie, et éviter tout conflit schtroumphien… ce qui fait hausser les épaules à l’intéressé, et ramène une légère houle sur l’océan des rires. Mais la fatigue est là, les zygomatiques autant que les épigastres sont proches de la crampe, et l’on se calme vite.

  - Vous ne m’en voulez plus, inspecteur ?

Lepif, pour toute réponse, l’embrasse sur les deux joues : amnistie et pardon, et l’amitié en prime.

Cette fois, c’est Mado qui y va de sa larme.

- Merci, Lepif. Merci… Je ne vous ai jamais voulu de mal, mais je tenais à ma perruque.
- Je l’ai prêtée à Ravot… au commissaire, hier… vous pourrez lui réclamer. C’est vrai que j’avais été vache de vous la confisquer…
- C’est Hélène qui l’a, comme m’a dit Rébéquée…
- Hélène ? Rébéquée ?
- Pas d’inquiétude, Lepif, pas d’inquiétude, je vous la rendrai, mais j’ai encore besoin de ma blonde pour en coincer une autre, une tueuse, celle-là…
- Alors, vous la rendrez à Mado, commissaire.

 
Silence ému…

  - A propos de tueurs…

 
Ravot se retourne vers les deux gabardines, aussi discrètes que possible, après le déferlement qu’a provoqué Humevesne.

  - Oui, c’est vrai… Si nous revenions à nos moutons, reprend Lepif, alors, Mado, c’est eux ?
- C’est eux. Et je sais qui ils sont : Suceprout, dit la Bricole, dit Couverture, spécialiste du volant, petits casses, camouflages et chauffeur de ces Messieurs les Hommes ; et Humevesne, dit Pic à Glace, dit Droit au Cœur, jamais coincé, toujours mouillé, un nettoyeur sérieux et discret sur ses activités mais réputé pour ses conneries dans tous les autres domaines. Je les ai connus du temps du Bois, où ils « réglaient la circulation » pour un grand groupe obscur spécialisé dans le maquerellage à grande échelle dont je n’ai jamais entendu prononcer le nom. Moi, j’ai toujours été indépendante. L’amour de l’art et l’art de l’amour. Le goût de l’artisanat. Je n’aime pas la Grande Distribution : c’est malsain quand on vend pour vendre et pas pour le plaisir. Bref, si vous retrouvez mes deux clients et qu’on leur a percé le cœur, faudra poser des questions à Monsieur (il désigne Humevesne) pour l’exécution, et à Monsieur (il désigne Suceprout) pour la mise en scène…