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LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

P3C1E2 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 2)

  N°147 / LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

 
C’est l’histoire où le commissaire prend son petit déjeuner et où nous apprenons des choses sur le passé de Mado. 

  Mercredi 8 Juin
7 heures 30
Chez Mado

  Mado semble morose. Elle n’a pas digéré « de s’être fait enlever deux clients sous le nez ». Ça lui donne des aigreurs d’estomac. Elle déteste les aigreurs d’estomac.

- Vous n’avez rien à vous reprocher, Mado, la réconforte Ravot lorsqu’elle lui fait part de ses rancoeurs en lui apportant un petit café, le temps qu’elle prépare ses tartines (deux tartines saindoux gros sel et une tartine camembert coulant avec un bol de café au lait trois sucres quand il est seul et qu’il a le temps de déguster. C’est son petit déj’ d’avant l’effort. Sinon, deux croissants et expresso).
- Je sais bien commissaire, mais je peux pas empêcher. C’est la conscience professionnelle qui parle : le client qui est entré est un client sacré ! Surtout ces petits jeunes. Je les aimais bien. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu leur faire ces malfaisants de carnaval ?
- Je ne voudrais pas paraître pessimiste Mado, mais j’ai beaucoup de craintes. Beaucoup de craintes… Cela dit entre nous, bien sûr…
- Bien sûr. Mais si je les retrouve ces deux gangsters… Je ne parviens pas à me souvenir vraiment, mais il me semble que je les ai déjà vus quelque part…
- On pense qu’ils sont allés vers Bordeaux, mais… Tenez, je vais vous dire Mado, après tout, vous entendez parfois des choses et je vous fais une confiance absolue : on a retrouvé un camion de chez Lartigo brûlé sur l’aire de Cestas… Je crains qu’on ne les ait…
- Ces camions dont on a parlé aux infos régionales de ce matin ?
- Je ne sais pas, je ne les ai pas écoutées. Je le sais par la gendarmerie…
- C’est vrai que vous devez être informé… On disait qu’il y avait un camion d’essence et un camion frigorifique… Les chauffeurs n’auraient pas eu le temps de sortir parce qu’ils faisaient la sieste, et on les aurait retrouvés carbonisés…
- Et il y avait aussi un vieux J7 entre les deux… Mais… Je ne pense pas qu’il s’agisse des chauffeurs : le camion d’essence avait été volé et le camion frigo déclaré volé lui aussi, et ce matin, par l’usine de Bordeaux où Tapas’Embal’ transfère la ligne de fabrication qu’ils démontaient hier quand on a fait la perquisition : c’était la partie du stock de saucisses que je cherchais. Tout a brûlé, bien sûr…
- Mais alors… les chauffeurs…
- Eh oui, je vois que vous pensez comme moi… Mais je n’ai pas encore de preuve qu’il s’agit de nos amis…

Mado reste là à réfléchir, hoche la tête et se lance :
- Ecoutez, commissaire, je ne parle jamais de ce que je fais quand je ne travaille pas…
- Il est rare que vous ne travailliez pas, et cela ne regarde effectivement personne…
- C’est bien pour ça. Mais je pense que vous en savez peut-être quelque chose…
- J’en ai une vague idée, mais cela ne me regarde pas…

Mado a un petit sourire…
- J’évolue parfois dans un milieu assez… particulier de Bordeaux. Un milieu où l’on aime parfois se travestir…
- C’est ce que je pensais…
- Et j’y ai une certaine réputation…
- Une bonne réputation, Mado, une bonne réputation… Même Lepif ne vous a pas reconnue… Et pourtant, quand on était à Paris… On ne vous appelait pas Mado à l’époque…

Mado se met à rire :
- Et vous ne lui avez rien dit…
- Et je ne lui dirai rien !
- Merci commissaire, je sais que je peux compter sur vous, mais je ne crains rien de Lepif, c’est un brave type… Même si…
- Mais vous lui en avez fait voir !!!
- Rien de méchant, commissaire, des blagues de collégien…
- Il n’a quand même pas oublié le jour où vous l’avez déculotté en plein Bois de Boulogne pour lui passer la bite au cirage bleu parce qu’il vous avait confisqué votre perruque la veille !

Mado éclate de rire :
- On ne confisque pas sa perruque à une dame ! Le lendemain je partais au Brésil pour me faire opérer, en principe, je ne risquais pas de le revoir ! Ça m’a fait tout drôle de vous retrouver ici.
- Et je vous ai reconnue tout de suite, mais, chutt. Cela restera notre secret…
- N’empêche, commissaire, j’ai déjà rencontré les deux nuisibles qui ont fait ça. Ils m’ont donné l’impression d’être déguisés… Et les déguisés, ça me connaît. Surtout ceux de Bordeaux où j’ai quelques habitudes, si vous voyez ce que je veux dire…  Même si ce n’est pas à Bordeaux que je les ai vus… Alors, moi aussi, je vais faire quelques recherches, passer quelques coups de téléphone…
- Soyez prudente, Mado, ils sont très dangereux…
- Vous me prenez pour une Enfant de Marie ? Allez, je vous prépare vos tartines…

Mado en Enfant de Marie, c’est trop pour Ravot que s’étrangle de rire au moment où Lepif pousse la porte.
 
- Déjà en route, Lepif ?
- Oui commissaire. Je vois qu’il y a de l’ambiance ! Moi, cette histoire ne me plaît pas et…
- …et ? Allez, Lepif, dites ce que vous avez sur le cœur !
- Et je ne comprends pas pourquoi vous avez laissé comme ça la bride sur le cou de Pélot ! C’est lui qui nous a doublés chez Lartigo !
- Evidemment. Ou plutôt, qui est allé parler au maire qui a prévenu Daniel Forpris qui a prévenu la Vorme, qui a appelé le maire au secours. Et l’une des employées de la mairie a prévenu Hilarion-Jovial, ce qui fait qu’on a retrouvé tout le monde chez Lartigo avant-hier ! Je pense aussi que c’est lui qui a identifié Jo et Ted quand ils nous ont apporté les implants : il est arrivé alors qu’ils partaient… Et il s’est empressé de dire au maire que ces deux braves garçons devaient espionner pour nous. D’où leur disparition…
- Mais alors … ?
- Mais alors, il doit savoir qu’il est grillé, puisque vous l’avez coincé dans la cahute du gardien, et j’ai eu beau tenter de le rassurer, il va se montrer prudent. A moins qu’il ne continue à nous prendre pour des billes, ce qui serait parfait, mais invraisemblable… Il va donc dire au maire qu’il restera discret pendant quelque temps et le maire expliquera que son indicateur auprès de nos services, l’inspecteur Pélot, va se tenir à carreaux pendant quelque temps. Tout comme Madame de la Vorme Séchée, qui se trouve prise entre deux feux et aurait certainement préféré rester prisonnière entre nos mains plutôt que de nous avoir aidés, comme je me suis grossièrement efforcé de le laisser entendre.
- Et ça va donner ?
- Wait and see, Lepif, wait and see… J’ai donné un coup de pied dans la fourmilière… Mais en attendant, je voudrais vous charger d’un tout petit travail : vous vous souvenez de ce bateau qui a embarqué les voitures, au port de Bayonne le soir de la disparition de Luis…
- Un cargo à destination de

la Côte d’Afrique. Navire chilien sous pavillon de Malte, je m’en souviens. C’est la capitainerie du port qui me l’avait indiqué.
- Voyez avec eux si vous pouvez l’identifier et retrouver ses escales…
- OK boss…

Mado apporte à Ravot son plateau de petit déj’
- Et voilà pour le commissaire : deux tartines saindoux gros sel, une tartine camembert coulant, et un bol de café au lait trois sucres ! Un café inspecteur ?
- Oui, merci, Mado… Mais, commissaire, je ne comprendrai jamais comment vous pouvez avaler ça…
 

LA MORT D’HILARION JOVIAL DE SAINTE FOUILLOUSE / P3C1E22

P3C1E22 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 22)

  N°167 / LA MORT D’HILARION JOVIAL DE SAINTE FOUILLOUSE / P3C1E22

 
C’est l’histoire où le Conseiller en matière d’économie électorale est massacré par l’Amazone qu’il pensait avoir séduite.
 
Vendredi 10 juin
18 heures
C’est tout naturel

  Après cette « cérémonie » de la Nouvelle Réna (P3C1E20) et la mort du Maire que le Conseiller en matière d’économie électorale a assassiné sans s’en rendre compte (P3C1E21)

 
Merry repousse le cadavre, qui roule de côté, jette un regard rapide à Edgar Maupuis qui maintient en retrait Hilarion-Jovial écumant, bandant comme étalon, et lui reprend des mains la batte souillée de sang. Puis il tend à Merry un objet imprécis. Elle saisit aux épaules Hilarion-Jovial éperdu, le retourne contre elle, et l’entraîne à terre…

 
La fille est une experte et en très peu de temps, il s’effondre à son tour, vidé, épuisé, inconscient.
 

Vite, elle le repousse et extrait d’elle-même la « chaussette », ce discret préservatif féminin que lui avait tendu Maupuis et qu’elle avait mis en place pour recueillir le sperme de son partenaire. Elle le tend à Edgar. 

  Et puis elle s’empresse auprès de Varochaix qui attend, les yeux vagues et la bite dressée, et elle l’épuise aussi, vite fait, avec trois coups de reins. Et Varochaix, KO lapin, s’écroule et ronfle.

 
Debout entre les trois corps inconscients, les deux complices s’affairent auprès du cadavre du maire. 

  Edgar pose par terre la « chaussette » gluante qu’il a soigneusement nouée. Le corps est enfermé avec la batte enveloppée d’un film protecteur et la chaussette, dans une housse de plastique noir.
 
Puis ils ramassent dans un petit sachet les restes d’os, de sang et de cervelle qui souillent encore le sol. 

  Tout cela sans un mot, avec des gestes rapides, calmes, efficaces.
  Une porte est ouverte, discrète, au fond de la Grande Salle silencieuse. Elle donne dans un hangar où stationne une fourgonnette anonyme de couleur neutre. Au volant, une Amazone.

 Merry, qui n’est autre que l’autre Amazone, débarquée hier à Biarritz de

la Flèche d’Argent, en même temps qu’Arthur, a remis sa tunique et elle aide Edgar Maupuis à charger les « colis ». Il y ajoute les vêtements du maire, repris dans son vestiaire. Et la camionnette s’en va.

  La porte se referme et il revient auprès d’Hilarion-Jovial et de Varochaix, toujours inconscients.

  Inutile de laver les traces qui restent encore, la pénombre suffit à les faire disparaître. Un lavage sérieux sera fait par la suite.

 
Hilarion-Jovial grogne un peu, s’agite, s’ébroue… Il doit se faire tard. Ma femme m’attend…

  A ses côtés, Edgar Maupuis, souriant :
- Eh bien mon cher, vous vous êtes éclaté comme une bête !
 
Hilarion-Jovial, encore étourdi, se redresse :
- Prendrai bien une ptite saucisse, moi !
  Maupuis rit aux éclats :
- Venez, les autres sont déjà repartis, mais vous vous êtes endormi sur Merry…
- Alors je lui ai pris
la Merry, à ce porc ?
- Cher ami, nous sommes ici entre Initiés, il n’y a que partage…
- N’empêche… Bien content, tiens… Et lui, là ? Le Varochaix ?
- Il ne va pas tarder à s’éveiller, il s’est montré très actif, lui aussi…
- Mais c’est moi qui ai eu la Merry… Tralalère… Bon… P’tite saucisse alors, hein ? Pour fêter ça !
- Et comment !

  Lorsqu’il sort de la Nouvelle Réna, Hilarion-Jovial a l’habitude de passer à l’hôtel Marengro. Il y entre par-derrière, où une porte discrète dans un garage discret au fond d’une cour discrète conduit à la chambre confortable qui lui est discrètement réservée. Privilège du propriétaire, quoi, c’est vrai, à la fin ! Au départ, il l’avait prévue pour y retrouver une petite amie qu’il pensait peut-être possible un jour d’imaginer séduire, malgré la surveillance implacable de son épouse (qui tient à sa Vertu, liée à sa Carrière) et de sa sœur (qui tient à son Prestige en plus de sa Carrière). Mais d’une part,

la Nouvelle Réna suffit maintenant à libérer sa libido des pulsions primitives qu’elle peut subir de la part de son cerveau reptilien (pulsions qui lui auraient tout au plus permis de rattraper une tortue à la course, tant elles se montrent raisonnables, Hilarion-Jovial n’a rien d’un frénétique) et d’autre part, le soin de sa Carrière lui laisse trop peu de loisir pour se lancer dans d’aussi futiles occupations. La chambre (in petto, il l’appelle sa « garçonnière », le coquin !) ne sert donc que rarement, et uniquement pour un petit break de sieste volé à son agenda quand il déborde par trop. Elle se trouve cependant dotée des tout derniers perfectionnements balnéo-sanitaires et masso-bullo-frottatoires, avec des jets vibrants dans tous les sens et une baignoire multiplace à technologie variable pilotée par un processeur échevelé que lui envie

la NASA. Elle pourrait survivre trois ans sur Mars avec un seul panneau solaire et en ramener des échantillons de qualité orgasmique, lui a assuré le constructeur. Elle lui a été fournie sur les conseils éclairés de Le Vacher, le conseiller financier préféré de sa sœur Ordegale-Junie (qui est de bon conseil, et s’entoure elle-même d’un auguste aréopage) (qu’elle peut renier si le besoin s’en fait sentir en le chargeant de ses propres erreurs : c’est cela l’esprit politique, non ?).

  Bref, Hilarion-Jovial utilise surtout Sa chambre pour Se rafraîchir.
  C’est donc tout naturellement qu’il s’y rend, à l’issue de ce qu’il ressent comme l’un des meilleurs « coups » de son existence : « Vous vous êtes éclaté comme une bête » lui a bien dit Edgar Maupuis, manifestement impressionné, mais si, mais si… D’ailleurs, il l’avait signalé à Daniel Forpris, qu’il disposait de ce pied-à-terre discret, pour le cas où… En cas de besoin… Service pour service… Sait-on jamais… Entre nous, bien sûr…

 
Hilarion-Jovial se dirige vers la porte fermée du garage privé, à l’arrière du bâtiment, au fond de la cour discrète, et découvre avec mauvaise humeur une fourgonnette anonyme de couleur neutre et de forme banale qui s’y trouve garée juste devant.

  Il pourrait passer par la réception, bien sûr, et gagner sa chambre par un passage discret ménagé au fond de son bureau officiel. Il suffirait de contourner le bâtiment. Mais Hilarion-Jovial n’éprouve aucune envie de discuter avec quelque membre que ce soit du petit personnel, et encore moins de se faire remarquer ! C’est vrai qu’il a l’impression (trompeuse sans doute) (effet de cet obscur sentiment de culpabilité lié à la conscience honteuse de l’Adultère contre la tentation duquel sa maman le met si souvent en garde) (eh merde, s’exonère-t-il) de sentir le foutre.

 
Il sort donc de sa voiture pour aller dire son fait à l’impudent imbécile qui s’est ainsi arrogé le droit de le gêner dans l’exercice sacré de son droit de propriété le plus élémentaire (car, bien sûr, Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse possède chevillé au corps cet Instinct de Propriété qui se trouve à la base des grands destins et du monde qui gagne. Il proclame que les pays primitifs qui n’ont pas de Structure de Propriété se trouvent de ce fait condamnés à mourir de faim, ce qui favorise une mortalité infantile indispensable au sain équilibre économique d’une population par ailleurs proliférante en ces mêmes pays. Bien fait.).

  Personne.

 
Il élargit donc le cercle de ses recherches jusqu’à l’entrée de la courette au fond de laquelle se trouve la porte de son garage personnel, porte stupidement obstruée par une fourgonnette anonyme de couleur neutre et de forme banale devant laquelle bute sa propre automobile, ainsi qu’il l’a observé.

  Personne.

 
Hilarion-Jovial s’avance de quelques pas sur le chemin où s’ouvre cette courette au fond de laquelle, etc… 

  Il est plus de sept heures, et il remarque que la séance, commencée à cinq heures, a été plus longue que de coutume. Comme une bête ! Il a un petit rire satisfait, faraud, qui compense quelque peu sa contrariété. 

 
L’endroit d’habitude est désert… Mais cette silhouette là-bas ? On dirait… Merry ? Hilarion-Jovial, ébloui, lève un bras pour faire signe, pensant du coup, en un éclair qu’il a si bien assuré qu’elle est venue le rejoindre : bouleversée, elle a dû supplier Edgar Maupuis de lui donner son adresse. L’en peut plus, la sââââlope (là, il se laisse aller) ! Du coup, il tend les bras vers elle :
- Merry !

  La flèche, tirée dans son dos par l’autre Amazone, l’a touché au creux des rognons, à la jointure de deux spondyles, et lui a sectionné la moelle épinière.

 
Il n’a pas compris cette douleur fulgurante, ni la disparition de ses jambes qui se sont effacées sous son poids, ni son effondrement de marionnette dont on a coupé les fils. 

  Il s’est tant bien que mal redressé sur les mains, repoussé en arrière, pour appeler Merry, demander du secours, elle est là, devant lui, à cinquante pas tout au plus, c’est une faiblesse, elle va le secourir… Il a mal, mais il lutte contre cette ombre rouge qui monte au fond de lui… Il redresse la tête, la voit bander un arc, crie encore :
- Merry !…

  
 Et puis il pense :
- … merde, ma Carrière…
 

FRÈRE JEAN DES ENTONNOIRS / P3C2E2

P3C1E46 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 2)

 
N°191 / FRÈRE JEAN DES ENTONNOIRS / P3C2E2

 
C’est l’histoire où Eusèbe et Jeanne, se rendant à l’Élysée, font la connaisssance de Frère Jean des Entonnoirs et de Cloclo Chatapus, gentille hôtesse.

clocloorson



Mercredi 15 juin
Départ pour Paris

  Les places ont été retenues par l’Elysée. 

  Il y a queue à l’enregistrement.
 
Un moine, devant eux.

Un gros.

Un peu agité peut-être. 

  On discute, et on les traite avec les égards polis que l’on doit aux gens du troisième âge et demi dont les places sont payées par l’Elysée.

 
Le moine, grand gaillard barbu à l’épaisse toison brune sommée d’une large tonsure éburnée[1] entretenue au Miror, porte un grand bâton et refuse de s’en séparer : c’est son bâton pastoral. Sa houlette. Et un moine ne se sépare pas plus de sa houlette qu’une charmante hôtesse de ses houppettes[2] habituelles. 

  Jeanne pense que c’est un franciscain, Eusèbe, que c’est un dominicain. Ils lui demandent. C’est Jeanne qui a gagné : les dominicains sont en noir et blanc, les franciscains en sépia. Il appartient à l’Ordre des Frères Mineurs, vit dans une petite communauté établie dans la montagne, au-dessus de Marinoval, il s’appelle Frère Jean des Entonnoirs de son nom d’Eglise, et il défendra jusqu’au bout son bâton, qu’une douce hôtesse tente de lui enlever avec un sourire tendre et d’une main câline. 

 
Au deuxième sourire, il cède avec un gros soupir, et le bâton rejoint dans la soute les houppettes de l’hôtesse. 

  Privé de son bâton et pour ne point se laisser abattre, le moine offre aux témoins compatissants une gorgée du Chablis qu’il serre précieusement en un jéroboam ventru qu’il vient de déboucher pour en vérifier la qualité sacerdotale, après l’avoir extrait du creux profond de la vache informe qu’il porte à bout de bras. 

 
Ils disent non merci, pour n’avoir point à lever la bombonne quadruple qui doit peser le poids d’un moine mort[3]

  Le moine vif adresse un regard de compassion très chrétien à leurs pauvres bras affaiblis par l’âge et cherche des yeux dans l’environnement désespérément sec et platement utilitaire du hall inoxydable, un gobelet salvateur qui leur permette de partager chrétiennement, comme il sied, ses libations.
 

Mais il n’a pas le temps d’aller au bout de ses investigations. 

  Les passagers sont appelés pour l’embarquement et il leur est demandé de souscrire de bonne grâce à la fouille de leurs bagages à main, chaussures, et tout ça, avec portiques et machines qui regardent dedans sans les ouvrir.

 
Les passagers qui se trouvent devant Eusèbe et Jeanne ne font rien sonner d’alarmant, juste un bandage herniaire renforcé et une armature blindée de soutien-gorge rural, mais révèlent dans les sacs rayonzixés de nombreuses boîtes de saucisses de pyxide, ce qui ne gêne en rien leur passage mais trahit l’importance de la pénétration de l’intoxication chez les aviomobilistes.

  Le moine ne transporte qu’un bréviaire peu usagé, trois paires de chaussettes de laine bleu marine (tricotées par des sœur clarisses), deux slips à poche « Petit Bateau » assortis (mais non point tricotés, c’est la couleur qui est assortie), une boîte d’hosties petit modèle (Ø 28), non consacrées, deux paquets de Biscuits Petit Jésus, et son jéroboam de Chablis de messe. 

 
Sommé d’avoir à s’en débarrasser par le contrôleur qui procède à la fouille de sécurité avant l’embarquement, et qui lui explique que les liquides sont proscrits en cabine, Frère Jean des Entonnoirs refuse fermement de se séparer de son outil de travail et déclare préférer le consommer illico presto, en un sain sacrifice, plutôt que d’admettre un éloignement injuste, profanateur et quelque part (il a dit quelque part mais n’a pas précisé où) arbitraire, des saintes espèces. 

  Et donc, traire pour traire, il se descend le flacon derrière le scapulaire d’un seul trait puissant et sans respirer, rote un peu en disant amen, et fait observer au vétilleux contrôleur que là où il se trouve maintenant, le saint liquide pourra voyager en toute sécurité, nonobstant un éventuel renard de trou d’air dont la compagnie serait alors responsable. 

 
Dont acte.

  On lui explique les sachets de secours, il montre la bombonne, et il devient évident que le secours est tout juste prévu pour une secrétaire anorexique ou un cadre supérieur bien élevé qui soigne sa ligne et son cholestérol.
 
Ou un Anglais.

  On frémit, mais on assume, et le moine est autorisé à embarquer.

 
Embarquement interrompu par la sourde protestation d’une dame valétudinaire et dotée de longues dents jaunes et de longs gants gris, membre d’une association qui a pour raison de vivre la lutte contre les discriminations diverses opérées à l’encontre des minorités forcément malheureuses et opprimées, et qui a relevé un trait aussi raciste qu’homophobe dans la manière que le moine a eue de parler d’arbitraire, puis de traire, ce qui crée une double équivoque en introduisant une césure perfide au sein d’un mot qui n’en demandait pas tant. 

  Les passagers la huent un peu pour presser un mouvement qui tend à s’éterniser à propos de broutilles, peccadilles, vétilles et autres brimborions d’autant plus secondaires que personne ne se sent concerné par la minorité évoquée par la dame, la troupe passagère ne comprenant que cinq Mélano-africains, trois Mélano-mélanésiens, deux Ictéro-chinois et quatre Ictéro-japonais dont un seul comprend notre idiome. 

 
Et un Anglais. 

  Roux. 

 
Outre les caucasiens rosissants ordinairement majoritaires. 

  Mais pas d’arbitres, qui eussent pu se sentir visés.
 

C’est donc sur un flop idéologique que la vertu de la dame se replie sur soi avec d’obscurs grognements de frustration scandalisée, que le moine apaise par l’offrande rédemptrice d’un biscuit de Petit Jésus. 

  La dame  l’accepte malgré tout, par grandeur d’âme, et elle se conforte en outre d’une saucissette discrètement et égoïstement absorbée lorsque le moine lui a tourné le dos.  

 
On monte dans l’avion. 

  C’est un petit, mais il est bien plein. 

 
Il faut dire que la fréquence des vols a diminué depuis que le mauvais temps a imposé des détournements, des ajournements, des retards tels que plus une seule ligne aérienne ne peut se targuer d’être « régulière », surtout l’hiver. 

  Aujourd’hui, ça va, on décolle à l’heure, et l’hôtesse pousse son petit chariot de boissons et de grignoteries entre les rangées de passagers.

Le hasard a placé le moine sur le siège unique situé de l’autre côté de l’allée par rapport à Eusèbe et Jeanne. 

 
Jeanne prend un café et une saucissette, en croisant les doigts pour que la « poudre de protection » qu’Amélie a bricolée avec Amaïa et qu’elle leur a administrée avant le départ se révèle efficace. Eusèbe aussi. En plus, ils se sont gavés de soupe.

  Le moine s’endort et ronfle, nimbé d’une gloire acidulée d’effluves de Chablis. Il déborde un peu de son siège. Surtout sa cuisse droite.

  Eusèbe regarde par le hublot défiler les blanches hauteurs du centre de

la France encore enneigées, sillonnées en fins traits noirs de quelques cours d’eau et de quelques grands axes routiers. 

  Sans rien dire, Jeanne vérifie le « petit matériel » qu’elle a rangé dans le sac qu’elle a ressorti du coffre à bagages placé au-dessus de son siège, « pour prendre un mouchoir ». 

  Apparemment, la poudre d’Amélie est efficace, puisqu’elle ne ressent aucun des effets particuliers qui lui ont été décrits en cas d’intoxication.

Son euphorie présente est juste liée au plaisir du voyage aérien en compagnie d’Eusèbe.

 
Le moine s’éveille, ouvre des yeux globuleux, rote, et se lève d’un coup en se cognant au coffre à bagages. Il retombe, sonné, avec un grognement rageur et un fracas de siège torturé.
 
On le regarde.

  Une hôtesse se précipite : c’est celle qui a réussi à lui prendre son bâton avec un sourire tendre et d’une main câline. 

 
Mais cette fois, le bonhomme semble plus nerveux. 

  Or, malgré les entraves que lui impose son habit flottant, ça n’en est pas moins un sacré morceau de moine, et la mignonne employée de transport aérien se retrouve, sans malice, les quatre fers en l’air au milieu de l’allée, dévoilant la charmante petite culotte blanche brodée de petits coeurs roses que dissimulait sa stricte jupette d’uniforme gris.

Ça crie un peu, et le moine se lève, mu par d’indistinctes intentions.

 
La seconde hôtesse se précipite alors au secours de sa consoeur qui se redresse vite, tant pour reprendre une position plus digne que pour se défendre de ce qu’elle perçoit comme une agression possible encore que surprenante du fait d’un saint homme. 

  La seconde hôtesse brandit un paquet de saucissettes dites de secours : son dernier stage « sécurité » lui a appris qu’elles sont susceptibles de guérir de manière quasi instantanée l’agitation imprévue parfois constatée chez certains passagers qui en sont gros consommateurs.
 
Mais elle s’empêtre dans les quilles encore quelque peu éparses de sa collègue qu’elle renvoie au tapis, pour la plus grande satisfaction d’un passager voisin qui découvre pour la seconde fois les petits coeurs roses brodés sur la petite culotte blanche. 

  Et même un petit frison qui dépasse. Yeah !

 
- Ouille, dit la petite mignonne hôtesse troussée derechef en s’effondrant sur la fesse droite.
- Merde, dit la seconde hôtesse, en lâchant les saucissettes qui se perdent sous les sièges.
- Grrrrr !!! grogne l’ursidé monastique, maintenant debout dans l’allée en fixant d’un œil vorace les  fuseaux soyeux des mignonnes cuissettes que découvre la petite jupe relevée jusqu’aux petits coeurs roses.
- Pschiitt, fait la petite bombe pharmaceutique que Jeanne presse sous les naseaux dilatés de Brun en rut, dont l’habit s’est soudain orné, sous la cordelière nouée, de rien moins qu’une proue de drakkar.
- Flop, fait ladite proue de drakkar en sombrant mollement parmi les plis de la bure, tel, englouti, le vaisseau viking heurtant dans le brouillard un iceberg imprévu au fin fond froid d’un fjord.
- Ouf, fait la seconde hôtesse, comme un vrai diplomate en période de détente.
- Ouf, fait la petite hôtesse en se redressant et en rajustant son pimpant uniforme sur les  fuseaux soyeux de ses mignonnes cuissettes. Mais avec un léger retard et un petit éclat dans l’œil gauche.

Et elle se frotte la fesse droite.

  - Qu’est-ce qui m’arrive ? demande le moine ahuri par cette succession d’évènements.
- Rien du tout, lui explique Jeanne en rangeant sa petite bombe au fond de son sac. Vous avez fait une crise d’asthme, sans aucun doute. J’avais ma Ventoline à la main, je vous en ai envoyé une petite dose…
- Mais je ne suis pas asthmatique, se défend le moine, confus de se trouver ainsi au centre d’un incident.
- Oh, on n’en est pas toujours conscient, vous savez…

 
La petite hôtesse se rapproche, semble-t-il partagée entre la crainte et la petite lueur qui danse toujours dans son œil gauche. 

  Elle pose tendrement une main câline sur le gros bras musculeux du moine confus :
- Vous devriez vous asseoir, Monsieur le Moine, s’il y avait un trou d’air…
- Un trou d’air (il rougit)… Bien sûr… Je… Je suis désolé, Mademoiselle, je ne sais pas ce que j’ai bien pu faire… Je m’étais endormi, et…
- Ce n’est rien, appuie la seconde hôtesse qui s’est rapprochée. Un trou de mémoire consécutif à un trou d’air sans doute. Cette contagion des trous est fréquente dans les transports aériens. D’ordinaire une saucissette en vient à bout. Mais ma maladresse…
- Je suis tellement confus…

 
La mignonne petite hôtesse pose tendrement sa main câline sur l’épaule musclée du moine, qui frémit sous l’âpre bure : 
- Voulez-vous que je vous apporte à boire, Monsieur le Moine ?
- Frère Jean. Appelez-moi Frère Jean… Frère Jean des Entonnoirs, pour vous servir…
- Moi, c’est Cloclo… Cloclo Chatapus…

Elle a un sourire. 

  Il a un soupir.

 
- On arrive, signale la seconde hôtesse…
- Et… mon bâton ? demande le moine histoire de dire quelque chose…
- Il voyage dans la soute, répond la petite hôtesse en rougissant va savoir pourquoi. Avec mes houppettes. Je vous le rapporterai moi-même. Dans l’aérogare. Lorsque nous aurons débarqué. Il est très beau.

  Et on s’est posés.
 


[1] Mais non, il ne s’est pas fait couper les burnes. Z’avez déjà vu des burnes sur une tonsure, vous ? Ça ferait zeuils de crocodile dans un marigot. C’est seulement que ladite tonsure a l’aspect de l’ivoire, enfin, quoi !

[2] Comme disait un F’è’ d’Out’e Me’ qui s’était fait ‘ouler dans la fa’ine pa’ le Pè’ Supé’ieu’… Comme ça, pou’ le plaisi’…

[3] D’un âne. On dit d’un âne mort… Bon, mais avec un moine, c’est plus marrant. Et puis j’aime les ânes.

MENACES / P3C2E27

P3C2E27 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 27)

 
N°216 / MENACES / P3C2E27

 
C’est l’histoire où Mado annonce au commissaire Ravot et à l’inspecteur Lepif que les assassins sont localisés. On subodore un piège.

 

Mercredi 15 juin
13 heures 30
Chez Mado

 
- On les a retrouvés, commissaire !

  Mado est triomphante et ne laisse ni à Ravot ni à Lepif le temps de s’installer. 

 
Elle délaisse la partie de 421 qu’elle disputait distraitement avec un client appliqué pour les rejoindre à leur table, malgré les protestations du sportif aléatoire :

- On les a vus à Bordeaux, mais ils n’ont fait que passer…
- Mais de qui parles-tu, Mado ?
- De Humevesne et Suceprout, bien sûr…
- Bon, tu nous expliqueras. Mais pour l’instant, je t’en prie, fais-nous griller un steak, j’en ai marre de la soupe.
  - Alors, Mado, on la finit cette partie ?
 
C’est le sportif qui s’énerve.

  - Mets-la au frais, lui réplique-t-elle, j’ai une urgence : ces messieurs requièrent toute mon attention, leur faim prime ta soif de conquête. Alors, tiens, comme on jouait ton café, je te l’offre !

 
Mado est très grand seigneur.

  Le sportif grommelle, comme quoi y’a pu le respect du client et tout ça, et que s’il joue le café c’est pour le très pascalien plaisir du jeu et que non pas par appât du gain. Il n’est pas de ces boursicoteurs capitalistes qui bandent à l’écu avec leurs ptites bites.

 
Mado lui conseille d’aller se faire lubrifier.

  Le sportif lui répond qu’elle manque d’élégance dans le propos.

 
Mado le calme par un petit calva, vite fait en passant, tandis que grésillent les steaks dans la cuisine adjacente et que nappe et assiettes volent au secours des appétits policiers.

  On se calme, et tandis que les mandibules s’activent sur une vacherie défunte, juteuse, mais quelque peu coriace (j’engueulerai le boucher, il se fout du monde) Mado s’explique :
 
- Ils sont passés au bar de mes amis, pas gênés, en disant qu’ils reviendraient régler les comptes avant longtemps. Faut dire que le barman leur a présenté les arguments tonnants qu’il cache sous le comptoir, vous garderez ça pour vous, commissaire, je ne suis pas sûre que le fusil à pompe soit explicitement autorisé par la réglementation sur les débits de boisson, mais faut quelquefois ce qu’il faut… Bref, ils sont ressortis aussi vite qu’ils étaient entrés. Mais ils sont à Bordeaux. Et ils étaient dans une grosse Mercedes noire… Avec un nommé Brunières. Z’ont dit comme ça : Notre ami Brunières ici présent (il est entré avec eux) va s’occuper personnellement de vous !

  Ravot a reposé sa fourchette. 

 
Il avale sa bouchée à demi mâchée, vide d’un coup sa chope de Saint Landelin et regarde Lepif qui le regarde symétriquement :
  - Tu penses ce que je pense ?
- Un défi… Ils savent que l’information sera transmise à Mado qui nous la relaiera…
- Ils sont drôlement sûrs d’eux, les bougres…
- Expliquez-moi, s’inquiète Mado…
 
- Brunières est fortement suspecté d’avoir enlevé la famille de Sainte Fouillouse. Et sans s’en cacher, puisqu’il sait qu’il est déjà recherché sous ce nom-là après le meurtre de Luis. Et maintenant il s’arrange pour que je sache qu’il se trouve à Bordeaux. Sans doute sur le site de cette usine de saucisses qui s’appelle aussi Tapas’Embal’…
- C’est un piège, commissaire, faut pas y aller, conseille Mado qui du coup, quoi que ce ne soit guère dans ses habitude et malgré la poudre de riz, pâlit.
- Pas seul en tout cas, recommande courageusement Lepif qui sait bien qu’ainsi il s’expose.

  Et Mado pâle de confirmer :
  - Faut mobiliser la troupe !
- Je vais m’assurer du juge en charge de l’affaire, à Pau, et aussi du procureur. Il faut éviter qu’ils soient « contaminés ». Toi, Lepif, tu vas creuser un peu du côté des Sainte Fouillouse. Renseigne-toi aussi sur la mère de Finette, tant que tu y seras. Va au commissariat, je te ferai faxer un mandat de perquisition : la maison doit toujours être vide d’habitants mais pas forcément d’indices. Tu devras agir seul : tu sais que l’équipe de Catachrèse est occupée. Débrouille-toi. On agira en fonction des résultats que je pourrai obtenir à Pau. Et toi, Mado, tu vas préparer ta valise, il est possible que ta sécurité soit menacée…
- Vous n’imaginez tout de même pas que…
- Je n’imagine rien pour l’instant. Je sais que tu n’as pas de fusil à pompe. Mais je sais aussi que si ce qui se prépare se confirme, même un bazooka ne pourra pas les arrêter. Alors quand je te le dirai, ou quand je te le ferai dire, il faudra que tu fermes immédiatement boutique et que tu ailles à

la Lanterne du Fort. Là, tu seras protégée… Maintenant, va finir ta partie, ton client s’impatiente…

  Et Mado pâle a été la première surprise de trouver tout naturel, chez elle, de faire ce qu’on lui dit.
 

ARNAUD BOUFIGUE ET SUPER TROC / P2C1E11

P2C1E11 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 11)

  N°90 / ARNAUD BOUFIGUE ET SUPER TROC / P2C1E11

 
C’est l’histoire où, après que nous ayons appris comment Arnaud Boufigue a lancé le SUPER TROC, nous le retrouvons à la soirée du Tapas’Embal’.

 
Lundi 2 mai
24 heures
Saint Tignous sur Nivette

  En fin de compte, c’est grâce à Aloïs Guétotrou-Kifumsec qu’Arnaud Boufigue a pu proposer puis imposer le concept de Super Troc. 

  Faut dire qu’après le flottement consécutif à l’ultime émission de Thulé où les Malfort avaient révélé ce que les journaux  avaient par la suite appelé les « dessous sanglants » des Écolocroques, et après qu’Arthur Malfort l’ait expédié d’un coup de pied au bas du dos dont il gardait le souvenir cuisant (je me vengerai, pensait-il parfois en boucle) (Arthur Malfort qui lui botte les fesses devant toute la rédaction assemblée dans le hall d’entrée et, sous les applaudissements, Toto qui lui fait la révérence en tenant la porte grande ouverte), Arnaud s’était réfugié chez Gertrude Pilon qui lui vouait un culte indéfectible.

Elle admirait et adorait Sri Mardouk Shankara, grand initié, qui avait daigné s’intéresser à elle, s’occuper de ses chakras perturbés et s’était penché sur son destin de vermicelle (féminin de vermisseau, Gertrude était partisane d’une féminisation absolue des titres, objettes (fém. d’objets) et qualificatives, dès lors qu’elles s’adressaient à une Femme ou la concernaient) exposée aux tempêtes astrales. Elle croyait en lui, en Lui, était prête à se ruiner pour baigner des huiles précieuses de son Vase de Parfums ses petons sacrés qu’elle parait des saints stigmates du martyre.

Et en attendant mieux, elle lui prêtait un grand appart dans sa grande maison. Il était parvenu à la convaincre, moyennant quelques intenses et  expertes prestations intimes, de disparaître de la circulation pour se consacrer entièrement à Son Service, l’assurant du retour prochain des Écolocroques, momentanément repoussés par le complot des Malfort.

Et qui remettraient de l’Ordre dans
La Maison, et la Terre par-dessus Tout. Mais chut ! Pour l’instant leur affreux Complot triomphait.

  En attendant, elle faisait son ménage.

  Bref, elle lui avait été fort utile. Et elle le restait. Elle lui servait d’intermédiaire discret. 

  Entre autres, avec Varochaix, du groupe local des Naris, qui s’était montré aussi intéressé qu’elle au destin d’Arnaud Boufigue. Pour d’autres motifs, bien sûr, puisque l’écologie n’intéressait Varochaix que lorsqu’elle maintenait les « valeurs du pays ». Mais il appréciait la « démarche politique lucide des Écolocroques », comme il l’avait écrit en béarnais dans le Bulletin régional des Langues et Traditions Régionales de

la Région d’Ici, opuscule dont il était directeur, rédacteur en chef et promoteur-distributeur auprès des vingt adhérents officiellement membres du Parti (qui recevaient gratuitement le Burlatrri) et des quelques dix sympathisants qu’ils convainquent périodiquement de l’acheter pour « soutenir

la Cause ». 

  Écolocroques avec lesquels il avait discrètement collaboré dans ce qui s’était révélé être l’enlèvement d’Eusèbe Malfort. Cela, personne ne l’avait su ou du moins, personne n’en avait rien dit, et il n’y avait pas eu de représailles, ce qui confortait un sentiment d’impunité qui devait bien constituer une justification du bien-fondé de l’opération, quelque part. Parce que, quelque part, si, ni le Maire, ni Arnaud Boufigue, ni Gertrude, ni lui, n’étaient inquiétés, c’est bien que, quelque part, ils avaient raison, non ? Quelque part… 

  Sans parler de cette fille, Finette de Sainte Fouillouse, cousine du Conseiller en matière d’économie électorale (Conseiller en matière d’économie électorale que l’on disait favorable à tout ce qui rapporte des voix, ce en quoi il rejoignait le Maire, mais il était plus jeune en politique, même s’il s’était déjà beaucoup « affairé », et n’avait pas encore dû trouver le temps de solliciter des accords que Varochaix savait inévitables lorsque toutes les voix comptent, ce qui est toujours le cas en élection indécise, et toutes le sont. Il irait alors au mieux-disant), jolie fille, ma fois, qui revenait en triomphe alors que, hein, ce n’était qu’une petite boutiquière quand il l’avait connue, non ? 

 
Le problème restait de savoir qui tirait les ficelles. Et Varochaix pensait que les Malfort et les autres étaient copains, quelque part, prêts à se partager le gâteau s’il n’y avait pas moyen de le croquer tout seul.

Parce qu’il y avait forcément un gâteau, on ne l’en ferait pas démordre. Il le voyait bien, tiens, ne serait-ce qu’avec le lotissement des Six Mille. Et il comptait bien en obtenir une part, de ce gâteau. Pour lui et pour les Naris. Bien sûr. Pas pour lui tout seul. Enfin, pas forcément. Et il restait donc en contact avec Arnaud Boufigue, via Gertrude.

  Arnaud, donc, avait bénéficié de ces appuis locaux qui lui avaient permis de se faire oublier quelque temps. Pas trop, parce qu’en bon commercial, il savait que se faire oublier trop longtemps revenait à se laisser enterrer. Pas question. Il n’avait attendu que le temps nécessaire pour voir évoluer le temps.
Le climat, s’entend, puisque les actions « terroristes » entreprises par les Écolocroques étaient censées le modifier. Et comprendre alors certaines des dispositions qu’il avait toujours trouvées étranges dans le dispositif commercial qu’il avait été chargé de mettre en place pour eux. Par exemple, ils rejetaient pour l’approvisionnement de leurs boutiques la notion de flux tendu, pourtant généralisée dans toute la distribution ; ils basaient leur logistique sur le chemin de fer plutôt que sur la route ; ils excluaient presque systématiquement les voies maritimes (sauf pour les gros échanges, et encore les ports étaient-ils choisis en eau très profonde et dans des régions chaudes alors qu’il existait des installations portuaires plus proches, plus accessibles et mieux équipées), et totalement les voies aériennes. Tout cela dans un souci écologique, disaient les argumentaires fournis par l’école d’Andøya, en Norvège, où il avait suivi sa formation. Et il n’était pas question de discuter si peu que ce soit de ce qui constituait un véritable dogme.

La préméditation devenait évidente : placées et organisées de la sorte, les boutiques échapperaient aux conséquences de la glaciation qui risquait de survenir. 

 
Et Arnaud avait conçu Super Troc, qui s’inspirait, en le généralisant, du principe des enchères internet. 

  Mais il restait à convaincre les entreprises de grande distribution en place. Et pour cela, il fallait une introduction. Et c’est là qu’Aloïs Guétotrou-Kifumsec était intervenu. 

 
Il l’avait donc rencontré à Andøya au cours de sa dernière année d’études. 

  Très peu d’élèves étaient admis dans ce « Stage Particulièrement Spécial (SPS) » où étaient préparés les « super-cadres » qui devraient organiser le lancement du « système », comme il était dit alors d’une manière assez vague. Mais on leur avait expliqué qu’il n’était pas encore temps pour eux d’accéder à la stratégie. Ils devaient donc se contenter de la tactique d’implantation et de recrutement. Plus tard leur seraient ouvertes les portes du ciel…

En attendant, ils devaient être prêts à tout, « À TOUT », et ils recevaient une véritable formation de commandos en communication commerciale, bâtie sur le modèle des commandos militaires d’infiltration les plus durs. Ce qui, bien sûr incluait sabotage et coups tordus, et sur le plan physique, demandait une volonté et une capacité de séduction « jusqu’au boutiste », sans réserve ni limite.
 
C’est là qu’était intervenu Aloïs Guétotrou-Kifumsec qui les avait présentés à l’Imporium, allié potentiel, fournisseur de main d’œuvre et détenteur de savoir-faire. Quelques experts de cet organisme, hommes et femmes (dont une certaine Eléonore Fentasou, Requiescat In Pace), l’avaient accompagné pour assurer (et assumer) des cours très particuliers et très poussés durant une période épuisante. Aloïs Guétotrou-Kifumsec lui-même n’hésitait pas à mettre la main à certaines bonnes pâtes. 

  Les dix étudiants et étudiantes de la promotion (dont faisait également partie Finette, qui, en l’occurrence, avait acquis le statut de bonne pâte entre les dures mains d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec) avaient ensuite suivi un stage d’un mois dans différents organismes et établissements de l’Imporium où ils avaient été confrontés aux pratiques intensives du bordel, toutes catégories, du « calling » ou de « l’escorting » selon les appellations, avec les diverses tendances et spécialités ou pratiques qu’ils devaient tous être capables d’y assumer intégralement. 

 
Arnaud se souvenait avec des frissons d’horreur rétrospectifs de la période Drag Queen qu’il avait dû effectuer à Hambourg. Huit jours de strass et de paillettes dans un « cabaret-montant » homo où il avait dû assumer le succès de la « petite nouvelle von Parisss ». On se battait pour ses faveurs tarifées sous l’œil glauque et impassible de son maître de stage qui observait à l’écart, déguisé en motard à clous. 

  Et, à égalité, de la période « Escort Boy » de Miami où il devait satisfaire à la chaîne des mémères emperlousées pourries d’arthrite et au dentier bancal. L’un d’eux, monté sur ressorts par dieu sait quel délire odontologique, lui avait d’ailleurs laissé une cicatrice profonde en se refermant avec un claquement sec sur son instrument de travail. Il n’avait été sauvé de l’amputation que par sa capote en kevlar. Bref. 

 
Ils avaient aussi abordé la gestion très particulière des ressources financières et humaines de ce secteur. 

Et ses connexions avec d’autres réseaux, clandestins ou officiels qui leur avaient été présentés comme susceptibles d’appuyer l’action des Écolocroques.

Dont la grande distribution, qui avait l’avantage de manier une masse importante de liquidités.

  Leurs revenus professionnels devaient être pratiquement illimités. C’était promis et ce qu’ils avaient vu les confortait dans cette certitude.

 
Cependant, on les avait très sérieusement mis en garde contre toute tentation de captation personnelle et incontrôlée de bénéfices (sic), ou de pouvoir, par le biais de l’un de ces organismes, et on leur avait montré l’enregistrement intégral de ce qu’il était advenu d’une dame d’âge mûr qui avait trahi « l’un des éléments du réseau confidentiel dans lequel ils étaient maintenant admis, réseau où elle avait rempli des fonctions importantes » comme l’avait déclaré solennellement le professeur Pouacre, directeur en titre de l’école.

L’enregistrement de la « punition » durait trois heures. On n’avait pas expliqué où il avait été réalisé. Mais ni Arnaud ni aucun de ses condisciples, pourtant solides et entraînés, n’avait plus jamais mangé de crabe après l’avoir vu. 

  Arnaud avait, incidemment, reconnu le cadavre empoisonné au cyanure du professeur Pouacre dans « l’émission finale » de Thulé. Comme, au cours de son stage SPS, il avait appris à utiliser le cyanure, et bien d’autres moyens radicaux de résolution définitive de problèmes ultimes, il avait pu constater l’authenticité de l’empoisonnement, sinon de l’émission.
 
Lorsque son idée de Super Troc lui avait paru être au point, il avait contacté Monsieur Guétotrou-Kifumsec par une filière habituelle du réseau de l’Imporium qui lui avait été révélée à Andøya : il suffisait d’appeler un certain numéro de téléphone rose à une heure bien précise, de demander Falbala et de lui dire « Je te tiens, tu me tiens par la zigounette » pour être mis en relation avec le correspondant de service. 

  Les choses s’étaient ensuite très vite enchaînées et huit jours plus tard, Arnaud rencontrait Aloïs Guétotrou-Kifumsec à Paris, le convainquait de l’intérêt de son idée, obtenait son appui, et il était mis en relation avec les dirigeants de la Grande Distribution. 

  Il leur avait alors exposé les perspectives qu’il prévoyait pour les années à venir : ruptures constantes d’approvisionnement, problèmes logistiques multipliés jusqu’à en devenir insolubles du fait de l’interruption des liaisons aériennes, de certains transports maritimes et des aléas ferroviaires et surtout routiers, concurrence imparable de fournitures alimentaires gratuites par les organismes de secours de l’ONU confrontés à des perspectives de famines et alimentés par les réserves secrètes des Écolocroques que l’on commençait à diffuser, pillage de stocks par des populations affamées ou révoltées, risques d’émeutes, de conflits multiples, etc… Tout cela, bien sûr, devrait se révéler catastrophique en terme de chiffre d’affaires. 

  Certaines de ces difficultés étaient déjà apparues, quelques mois après les « Évènements » : récoltes perdues, routes bloquées jusqu’en juillet, transports aériens aléatoires…

 
Certains magasins avaient été pillés par des « consommateurs excédés », comme ça, par hasard, la veille de réunions de travail… 

  Le système de Super Troc devenait crédible. 

 
Il impliquait une conversion drastique. Ce qui demandait des capitaux. 

  L’Imporium était là.
 
Il imposait comme préalable une union radicale des enseignes sous sa tutelle exclusive. 

  Ça avait grogné un peu au nom de la vertu : cette intrusion de « l’économie souterraine » dans le « Grand Commerce » surprenait. 

 
Guétotrou-Kifumsec avait fait répondre qu’un édifice nouveau exigeait de solides fondations et qu’on n’avait jamais vu de fondations qui ne fussent pas souterraines !

  Comme d’aucuns, au nom de la « Bonne Conscience », grommelaient encore, « on » avait mis le feu à quelques hypermarchés, comme ça, au hasard, un jour où l’état des routes empêchait l’arrivée des secours…

« On » était devenu totalement crédible.

  Mais
la Bonne Conscience avait encore grogné.

  L’Imporium avait approuvé ces protestations de la vertu, en déclarant qu’elles lui permettaient de justifier les marges exorbitantes qu’il réalisait « sur ses autres marchés » par un facteur de risque important. Risque largement surévalué par les séries policières américaines et les communiqués triomphants des douanes lorsqu’ils saisissaient quelques paquets de cigarettes ou de cocaïne clandestins : il fallait maintenir l’illusion de ce risque pour maintenir un taux de rentabilité satisfaisant.
  D’ailleurs, qui parlait d’« économie souterraine » ? Cela ne se voyait pas, par définition. Donc, cela n’existait pas. Personne ne pense aux fondations de l’immeuble où il habite. C’est affaire de techniciens ou d’experts. C’est sans intérêt.

 
Et s’il se trouve que ces fondations génèrent de plantureux bénéfices, cela reste l’affaire de ces techniciens-experts. Le reste est affaire de recyclage.

  Et la Grande Distribution constituait une passerelle économico-financière idéale pour ce recyclage.
  Il avait fallu expliquer que tout cela serait porté par un Idéal sous-jacent, une Campagne Vertueuse, un marketing harmonieusement supporté par de Grandes Causes et quelques Bénédictions bien placées.

  Le Concept avait été admis. 

 
Saint Tignous sur Nivette constituerait un champ d’expérimentation parfait. 

  Un mois plus tard, les équipes marketing de toutes les enseignes avaient finalisé un projet commun et deux mois plus tard, les premiers « Super Troc » étaient installés à Saint Tignous, sous la direction d’Arnaud Boufigue, qui ressortait au grand jour entre

la Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale, qui avaient béni cet « intelligent » projet pour des raisons politiquement opposées, en y apportant chacun simplement l’habillage rhétorique, phraséologique, syntaxique et lexical issu de

la Communication de son propre parti, mais avec le même enthousiasme : pour chacun, « c’était clair ».
 Certains avaient alors remarqué le « silence critique » de la Lanterne du Fort, qui avait cependant dû se résigner à éditer les publicités « Super Troc » imposées par l’agence qui gérait sa pub. Ces publicités étaient payées en sous-main par l’Imporium. Mais comment le savoir…
 
 La même agence s’occupait d’ailleurs de

la Communication des partis opposés qui soutenaient chacun l’un des deux édiles de Saint Tignous sur Nivette. Mais

la Communication n’est, c’est bien connu, qu’un support technique chargé d’exalter les idéaux.

  Ce n’est pas que Victor Bourriqué ou Eusèbe Malfort aient apprécié cette initiative, ni que la réapparition de Boufigue les ait laissés indifférents, mais ils avaient alors fort à faire pour appuyer l’action d’Arthur qui, à New York, travaillait à organiser la distribution des stocks de vivre des Écolocroques via les Nations Unies. Et puis toutes ces transactions et ces grandes manœuvres avaient su rester très discrètes. Et surtout on avait voulu à tout prix préserver la paix sociale.

Et puis, il fallait protéger le secret de l’existence des Goums…

  Le Président (de

la République) avait déclaré (très officieusement mais assez fort pour être entendu de tous) que l’amnésie constituait un puissant ressort politique en cas de crise, qu’elle évitait de devoir recourir à l’amnistie, toujours lourde à instaurer puisqu’elle sous-entendait une condamnation préalable et donc des cascades de procès qui risquaient de créer « des fractures sociales nuisibles à l’Union nécessaire dans

la Lutte pour

la Sauvegarde du Monde dans cette période de grand danger pour tous et pour chacun ». 

  Non. Il n’y avait pas eu de chasse aux sorcières. Pour chacun, les Écolocroques avaient disparu avec les Kuhhirt, seuls coupables aux yeux du monde entier. 

  On avait craint quelque temps que le Ministre du Confort n’exige des éclaircissements, mais une fugue de son épouse, survenue à point nommé, avait distrait son attention de manière tellement judicieuse que des hypothèses ironiques avaient couru dans « des milieux bien informés » quant à l’implication de certains… membres… « experts »… de l’Imporium… Des menaces de procès en diffamation avaient très vite rétabli le Silence. Donc

la Vérité.

  Arnaud Boufigue est bien content de retrouver Finette à l’occasion de cette inauguration. Bien sûr, ils ne s’étaient jamais totalement perdus de vue : un appel téléphonique rapide, après la dernière et, pour eux, catastrophique émission de Thulé, leur avait permis d’échanger des points de vue convergents. Il fallait disparaître de la circulation. Elle lui avait parlé de sa maman, Flora, qui vivait dans les Ardennes, il lui avait parlé de son projet d’utiliser le filon de Gertrude. Et silence radio pour deux mois. Et puis un appel ici et là pour fixer les choses et, pour Arnaud, un conseil technique de gestion (Finette était très forte en la matière). Et puis, un appel reçu d’un notaire parisien qui se recommande d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec, et la chaîne qui se reboucle. 

  Et le soir de l’inauguration du Tapas’Embal’, chacun triomphe dans sa partie, lui comme concepteur dirigeant des premiers Super Troc, elle, à la tête des Tapas’Embal’, et de diverses autres entreprises, appuyée sur l’Imporium représenté par Aloïs Guétotrou-Kifumsec en personne. 

 
Les pros qu’ils sont n’ont pas eu besoin de longs discours pour se retrouver instantanément en phase : il s’agit de marquer leur territoire au sein de l’Organisation, quelle qu’elle soit, qui les a ainsi recrutés et dont ils ont tout à fait conscience de constituer la surface visible.

  Arnaud sait parfaitement que l’ensemble des distributeurs qui se sont regroupés pour constituer Super Troc tout en maintenant une autonomie de façade, forme un trust colossal, mais s’appuie en fait sur l’Imporium, qui n’est lui-même que l’un des éléments du monde économique souterrain dont chacun soupçonne l’existence, mais que personne ne pénètre.

13 juin 2008 - Aucun commentaire
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