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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

L’ÉMEUTE / P3C1E3

P3C1E3 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 3)

 
N°148 / L’ÉMEUTE / P3C1E3

 
C’est l’histoire où, après l’article dans lequel Eusèbe dénonce la présence de chair humaine dans les saucisses de « C’est tout Naturel  », le journal se trouve assiégé par les sectateurs des Élus, et où Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, est assassinée d’une flèche marquée « Hybris ».

Mercredi 8 juin
9 heures

La Lanterne

  Le soir, et jusque tard dans la nuit, Victor et Eusèbe, redescendus au bureau N°1 ont discuté avec Rébéquée et Amaïa de ce qu’il convenait le mieux de faire pour « s’occuper » du Mélanippé lorsqu’il reviendrait à quai à la Marée au Grand Port. Pour finir par décider… d’attendre : intervenir trop tôt risquerait de mettre Arthur en danger en semant l’alarme parmi les adversaires.

Mais Amaïa a maintenu sa décision de prévenir
Ôoumloc. 

  Elle n’en a pas dit plus.

  Ce n’est qu’à neuf heures du matin, ce mercredi, qu’ils reviennent au journal, dans le bureau directorial où ils rejoignent Mouchoir, et qu’ils relisent l’article qu’Eusèbe a préparé hier. C’est là qu’ils prennent connaissance des premières réactions qu’il a suscitées, et parmi elles, de l’interview de Bricolat Mulot.
 
La réprobation politique semble unanime : comment peut-on s’en prendre à d’innocents électeurs sous prétexte qu’ils bouffent des saucisses, sans preuves, sans autre fait que quelques traçounettes impalpables certainement dues à de maladroites (sinon malveillantes) manipulations policières ?

  Les plus féroces philippiques émanent d’ailleurs du Ministre du Confort qui « promet des sanctions » et, plus localement, du Maire et du Conseiller en matière d’économie électorale, qui parlent de diffamation implicite, de suites judiciaires, de pan pan cucul public et très méchant, bref, de féroceries implacables ! Non mais…

 
Silence présidentiel. Prudent, le vieux renard…

  Et rumeurs à l’extérieur :
- Patron, patron, venez voir ! appelle Mouchoir sans que l’on sache bien s’il s’adresse à Victor ou à Eusèbe (aux deux sans doute), en leur faisant signe du bras.
 

Il regarde au-dehors la petite place qui se trouve devant la grande entrée du hall du journal, et qu’ils dominent depuis leur étage.

  - Filme, Mouchoir, filme ! ordonne Eusèbe. Le secrétaire de rédaction se précipite dans le bureau voisin, où il va chercher une petite caméra haute définition de reportage, tandis qu’Eusèbe entrouvre la fenêtre dont les doubles vitrages empêchaient jusque là d’entendre la rumeur. 

 
Mouchoir revenu, il lui laisse la place pour qu’il puisse passer le museau de sa caméra par l’entrebâillement du châssis.

  - Cadre large, conseille Victor, qui sait que des détails intéressants peuvent provenir des limites du champ…

  Une petite foule s’assemble autour de quelques personnes dans lesquelles Eusèbe reconnaît, après un moment, le maire, le Conseiller en matière d’économie électorale, Madame de la Vorme Séchée…

  - … et Daniel Forpris, ajoute Victor en pointant le doigt sur la silhouette discrète qui serre la main de la patronne de Lartigo et lui glisse quelques mots avant de s’éloigner pour rejoindre sa grosse voiture garée devant le trottoir d’en face. Lui, au moins, semble ne pas vouloir rester là.

  Vingt, trente personnes, peut-être. Mais des groupes de deux ou trois continuent d’arriver, par les petites rues qui débouchent sur la place.
 
- J’appelle Ravot, grogne Eusèbe, on ne sait jamais, avec ces zouaves.
- Il serait prudent de fermer les portes, non ?
- Tu as raison : préviens Toto…

  Près de deux cents personnes piétinent maintenant devant le journal en discutant véhémentement. 

 
La voiture du commissaire vient se garer, suivie du panier à salade.

Ravot suivi de Pélot, de Lepif et de deux agents (dont Pourticol), s’approche des « officiels ».

  - Ah, commissaire ! Vous voyez où mènent vos manœuvres ? l’interpelle Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse…
- J’espère que vous mesurerez votre action et que vous saurez limiter les interventions de vos sbires ! ajoute le Maire en prenant l’air pincé d’une duègne confrontée à la dissolution des mœurs du temps…
- Devrai-je vous arrêter, messieurs, pour vous rappeler à la mesure ? leur souffle discrètement Ravot en les prenant chacun par le coude, comme pour les entraîner dans une confidence…
- Commissaire, je vous en prie, faites quelque chose, lui demande alors Madame de la Vorme Séchée, livide, et qui est jusque-là restée muette en suivant des yeux le départ de Daniel Forpris…

  Des cris éclatent… Quelques uns des participants brandissent des pancartes « Les Cénobites Tranquilles », « C’est tout Naturel », « Libérez nos Saucisses » et déploient une banderole « Libérez nos saucisses ! C’est tout naturel ! », tout en scandant « Libérez nos saucisses ! » avec une ferveur toute soixante-huitarde. 

  La foule grossit, pour une bonne part faite de curieux, mais aussi de personnages passablement agités qui montrent le poing en direction de la porte fermée du journal tout en criant de plus en plus fort…
 

- Faites quelque chose, commissaire, ils sont privés de saucisses depuis deux jours ! reprend Madame de la Vorme Séchée manifestement affolée, ils peuvent devenir dangereux…
- Vous voyez à quoi mène votre incurie ! apostrophe le Conseiller en matière d’économie électorale en se dégageant de la poigne de Ravot d’un geste brusque…
- Libérez nos saucisses ! crie le Maire écumant qui se dégage à son tour…

  Lepif s’efforce de le contenir, mais le petit bonhomme rondinet le harcèle de coups de poing dérisoires, décoiffé et l’écharpe de travers… 

  Pélot reste derrière le Maire sans oser le ceinturer, tente de lui parler à l’oreille, de lui souffler des conseils discrets au milieu de l’agitation frénétique qui semble s’emparer de la foule tandis que les cris se transforment petit à petit en une sorte de chant martelé. 

 
La foule semble prise de folie giratoire, et c’est un vrai tourbillon qui entoure, à distance de bâton, le noyau central composé des policiers en scandant derrière Varochaix, que personne n’a vu venir suivi de ses Naris au grand complet :

  Ô Grand Putois
Grand Putois putassier,
Grand Putois pustuleux,
Grand Putois putréfié…
 
Armés de baguettes de noisetier et des manches à balai qui servaient de bâtons aux pancartes démantibulées, ils cinglent tout ce qui bouge devant eux, c’est-à-dire les cinq policiers qui se sont placés dos à dos pour se protéger. 

  Ils évitent difficilement Madame de la Vorme Séchée qui reste dans le no men’s land à agiter des bras aussi secs qu’affolés. 

  Le Maire et Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse ont rejoint le premier rang de la foule frénétique et crient avec les autres : « Libérez nos saucisses ! C’est tout naturel ! », au milieu des invocations au Grand Putois.

  Des fenêtres du journal, Eusèbe, Victor et Mouchoir regardent cette scène avec effarement :
- Ils vont se faire écharper ! constate Eusèbe.
- Il faut faire quelque chose ! approuve Mouchoir, l’œil collé au viseur…
- J’y vais, crie Victor, appelez Rébéquée et continuez de filmer !

 
La situation des policiers se gâte. Réunis en bloc ils se protègent de leurs bras tendus, les agents brandissant dérisoirement leur bâton. Pélot esquisse le geste de dégainer son arme de service, rappelé à l’ordre par une baffe de Ravot qui le surveille :
- On aurait besoin de renforts ! crie Lepif au milieu du tumulte…

  C’est alors que Victor ouvre la porte du journal, et moustache dardée au vent, suivi de Toto, amorce le mouvement de s’élancer vers la foule.
 

Les cris retombent, remplacés par un grognement unanime. La giration folle s’arrête instantanément. 

  Tous les visages se tournent vers l’entrée du journal, vers la porte entr’ouverte par où Vic et Toto sont sortis. 

 
Les émeutiers semblent rassembler leurs forces, prendre leur élan contre l’Ennemi commun, délaissant instantanément le groupe qu’ils entourent, chacun d’eux se ramassant sur lui-même, se tassant sur lui-même, genoux fléchis et bras lentement tendus, avec un souffle profond, sourd, rythmique…

  Mouchoir voit très nettement la scène depuis son premier étage : le cercle figé de la foule (au moins deux cents personnes maintenant) qui entoure les cinq policiers, laissant un anneau vide de la longueur des bâtons, et dans cet anneau, Edmonde de la Vorme Séchée affolée qui repousse les assaillants des moulinets de ses bras maigres, la foule qui l’ignore, la foule qui concentrait toute son agressivité sur les policiers, mais qui maintenant les ignore à leur tour, retournée d’un seul mouvement vers les nouveaux arrivants, là-haut, sur le perron… 

  La foule presque accroupie dans son élan au sein de laquelle se détachent nettement les cinq silhouettes dressées des policiers, et celle plus malingre d’Edmonde de la Vorme Séchée, affolée qui ouvre la bouche pour crier, pour leur dire de cesser, d’arrêter…

  Tous ont entendu le sifflement bref, tous, les curieux, les manifestants hystériques, les policiers concentrés sur leur défense. Victor et Toto. 

  Tous.
 
Tous ont vu ou perçu le sursaut de la femme maigre, et tous ont tourné la tête vers elle assez vite pour voir la flèche plantée entre ses dents dans sa bouche grande ouverte, et dont la pointe ressort sous son chignon, avant qu’elle ne s’effondre d’un coup.

  Il y a eu un silence, et les manifestants se sont instantanément dispersés, dans un bruissement d’étourneaux qui s’envolent en masse…

 
- Cadre large, filme ! souffle Eusèbe à Mouchoir en serrant son épaule dans sa main droite…

  Par réflexe, Ravot regarde dans la direction d’où la flèche doit être partie, cette façade d’immeuble où un léger mouvement… Une fenêtre qui se referme…
 

- Là !!! Bloquez l’immeuble ! Vite !!!

  Les agents se précipitent vers la porte ouverte, sous la fenêtre que le commissaire désigne, Lepif court à sa voiture pour appeler des renforts, Pélot réconforte le maire tout perdu à côté du cadavre, près d’Hilarion-Jovial qui tortille sa cravate de premier communiant entre ses doigts…

Victor s’approche, repoussé par Ravot :
- Allez vous mettre à l’abri, vous, si vous ne tenez pas à être le prochain !!
- Venez, approuve Toto en le tirant par le bras…

 
Un pimpon sonore annonce l’arrivée de Martial et des cinq agents de réserve, restés en permanence au commissariat. Au petit trot, ils s’empressent de boucler les lieux… 

  Tous les manifestants, le Maire, Hilarion-Jovial et Varochaix ont disparu.

  Les policiers forment une haie autour du cadavre d’Edmonde de la Vorme Séchée.

  Après les premières secondes de flottement, Ravot a envoyé une équipe, dirigée par Lepif, fouiller l’immeuble d’où est partie la flèche mortelle.

  Bien sûr marquée « Hybris ».
 
Ravot est allé téléphoner au Procureur depuis le hall du journal où il a retrouvé Eusèbe et Victor, tandis que Toto raconte l’aventure aux grouillots qui se pressent autour de lui avec de grands yeux ronds débordants d’admiration.

  - Qu’est-ce que vous me racontez ? Le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale ? Et le directeur du machin Super Troc « C’est tout Naturel  » ? Mais vous êtes fou, Ravot ! Vous savez que votre ministre vous a dans son collimateur ?

- Je le sais, mais je sais aussi que de fortes présomptions pèsent sur ces braves gens !
- Ecoutez, mon vieux, dans votre intérêt, interrogez-les, mais ne prononcez de garde à vue que si vous avez des preuves en béton ! En béton, vous m’entendez ! Je répète : c’est dans votre intérêt !
Eusèbe s’est approché de Ravot et lui montre Mouchoir qui est descendu, sa caméra à la main :
- On a tout filmé en haute définition, lui glisse-t-il à l’oreille…

 
Ravot, le combiné du téléphone au bout du bras, en reste comme deux ronds de carotte (dirait Mado), tandis que le Procureur continue de débiter protestations et conseils de prudence, dans un grésillement nasillard de fourmi lilliputienne que personne n’écoute.

Et puis le commissaire réalise :
- Monsieur le Procureur ! J’ai peut-être la meilleure des preuves : tout a été filmé. Je vais regarder le film et je te rappelle !

  Après tout, ce n’est pas pour rien qu’ils ont fait leur Droit ensemble…
 

LA PRISE DE LA MAIRIE / P3C1E27

P3C1E27 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 27)

  N°172 / LA PRISE DE LA MAIRIE / P3C1E27

  C’est l’histoire où Varochaix, du Nari (parti National Régionaliste) (voir sa biographie succinte en suivant ce lien) profite de la vacance du Pouvoir pour s’en emparer. 

  Samedi 11 juin
9 heures
Garage Varochaix

 
Varochaix s’éveille, détendu, satisfait, léger, oui, léger… C’est toujours comme ça les lendemains de séance à la Nouvelle Réna, et en son temps, Arnaud Boufigue lui avait expliqué que c’était le propre (c’est le cas de le dire) des âmes pures. 

  Il baille largement, pète bruyamment et abondamment, agite le drap pour répartir dans la chambre ses flaveurs puissantes, et reste ainsi un temps, satisfait, heureux du bonheur simple et organique de se sentir bien dans sa peau, bien dans ses draps, bien dans son pieu, dans ses propriétés, dans ses œuvres… Bien, quoi.

  De son appartement, logé au-dessus du garage, il peut entendre, très étouffée, l’activité des quelques employés, qui, le samedi matin, travaillent hâtivement pour achever quelques réparations, préparer quelques véhicules, régler quelques moteurs… Terminer avant midi. On ne bosse pas l’après-midi.

 
La femme de ménage vient à dix heures (une Espagnole poil aux pattes intouchable mais efficace, discrète et de toute confiance). Elle travaille une heure ou deux et dégage le plancher, comme tous les matins de la semaine. Elle occupe un pavillon minuscule à l’entrée de la cour du garage, où elle vit avec son mari invalide et leurs deux enfants silencieux. Concierge, quoi. Et tellement heureuse d’être ainsi logée « gratuitement » qu’elle se ferait couper en rondelles pour « el Patronn’ ». Dévouée…

  A cette heure-là, Varochaix est descendu depuis un bon moment dans son bureau, juste dessous, et il prend quelques rendez-vous, ou bien il lit le journal, surtout le samedi.

 
Ce samedi là, il lit le journal, les pieds sur le bureau. 

  Bordel !!!

 
Et puis il repose le journal.

  Et puis il réfléchit…

 
Dix heures. 

  Il a réfléchi.

Il se lève, arpente une seconde le bureau et appelle :
- Hémi !!

La secrétaire translucide entre en serrant son bloc-notes sur la veste de son élégant tailleur fuchsia à boutonnage controversé (un bouton à droite et un à gauche. Un effet inventé par son amie Clara, dite Clarinette, des Créations Gigounette, qu’elle essaie pour le « roder » avant le défilé de demain soir à

la MJC, que sa calotine de copine écrit : «

J-C »). Ça tombe bien, la jupe est largement ouverte par-derrière, avec un effet de panty jaune vif et des mi-bas verts.

  Docile, elle s’accoude sur le bureau et prend la pose, croupe tendue.

  - Mais non, conne, prends mon répertoire et note d’appeler tous les adhérents disponibles du Parti. Rendez-vous dans un quart d’heure à la mairie.

 
Le Parti, et cela, Hémi le sait, c’est bien sûr le Nari. La liste se trouve dans le répertoire personnel de Varochaix, tiroir de droite de son bureau, auquel elle ne peut accéder qu’avec l’autorisation expresse du Patron. C’est le cas. 

  Elle se redresse. Ça craque un peu. Faut dire qu’elle a encore perdu deux kilos. Elle est descendue à 250 calories. Elle est contente : elle tend vers l’idéal. Elle a enfin mis sa photo en maillot sur son blog proana et elle reçoit des félicitations. Et on l’a rassurée : on lui a assuré que ce qu’elle « prend par là » n’apporte pas de calories en plus. Donc, elle peut travailler sans s’inquiéter. Un stress en moins. C’est bien : on dit que le stress fait grossir.

 
« Gardarem lou Mairie », déclare Varochaix à l’employée municipale qui se trouve à la réception. « Le Maire est mort, vive le Maire ! », ajoute-t-il pour expliquer à l’ignare le contenu implicite de sa déclamation liminaire. Encore une colonialiste planquée dans le système. Il va falloir un grand coup de balai de purification ethnique dans tout ça, dès que les choses seront calmées.

  Calmées, parce qu’ici, c’est un peu le soir après Waterloo, lorsque le petit caporal a capoté et que les chevaux démontés tournent en rond sur le champ couvert de morts sur qui tombe la nuit.

 
C’est tout à fait ça, se dit Varochaix : des bourrins qui hennissent en tournant en rond. Secrétaires de ceci, agents de cela, déboussolés, avec des phrases qui ressortent du brouhaha général, comme des étincelles sortiraient de la braise au vent de la déroute : « et il paraît que ceci », « et il paraît que cela », « tout nu », « avec le Conseiller en matière d’économie électorale », « vous auriez pu penser ça d’un homme aussi sérieux, vous ? », « de lui, sûrement pas, de sa femme, peut-être »… Et cetera.

  Et surtout, des guichets mal fermés qui battent au vent de la panique, et des portes qui claquent…

 
Un fayot a noué un crêpe noir à la poignée de la porte principale, on crie : « t’as trouvé le drapeau ? », et puis : « comment on fait pour le mettre en berne ? »…

  Varochaix a réuni les cinq affidés disponibles qui l’ont rejoint et les a disposés en fer de lance. Et il fonce dans la tempête, direction, le bureau du Maire.

 
Une petite secrétaire pâlichonne aux yeux bouffis de larmes tente de le retenir :
- Vous ne pouvez pas…

  Mais elle est écartée d’un revers de la main qui l’envoie se rasseoir sur son siège à roulettes, lequel, dépourvu de moyens de freinage, court sur son erre jusque dans la vitrine qui protège un drapeau broché d’or, témoin fameux d’une lointaine bataille gagnée on ne sait quand contre on ne sait qui par une confrérie dont le nom inconnu se perd dans ses plis glorieux, et une large et longue épée, certainement très lourde, quoique bouffée de rouille, et qui fut en usage pendant, dit-on, des siècles, à fin de justice décollatoire.

 
La chaise et son contenu secrétarial s’arrête là avec un léger bing, sans toutefois briser la glace, épaisse et verrouillée. Toutefois, le mouvement de pivot induit par la dissymétrie du choc précipite la petite secrétaire pâlichonne aux yeux bouffis de larmes les quatre fers en l’air, le coccyx sur la moquette bouclée de l’antichambre. 

  Elle couine parce qu’elle a mal.

 
Le fer de lance se consulte du regard, hésitant un instant entre l’ignorer, la passer par les armes (l’épée est là, incitatrice en diable) ou lui passer dessus (le champ se trouve libre, la pose, incitatrice), ainsi qu’il sied aux occupantes colonisatrices vaincues par les armées du peuple. 

  Varochaix remet de l’ordre dans leurs pensées en leur rappelant que la Nation ne saurait se comporter comme une bande sans feu ni lieu ni foi ni loi ni Dieu ni Diable ni maître ni ressources ni morale, enfin, comme une bande de soudards avinés débourrant un couvent de jeunes filles sans dessus ni dessous ni devant ni derrière. Comme un vulgaire Raspoutine !

  D’ailleurs, Dieu est avec Nous.

  Et puis on n’a rien bu.

 
P’tite saucisse ?

  On se fait une pyxide entre amis. Ça réconcilie tout le monde avec la pureté des grands vainqueurs. 

 
Vive le Béarn libre !

  La fille a filé sous son bureau, regrettant d’avoir mis sa mini bleue pour venir bosser. Et sa petite culotte rouge avec ses bas blancs. C’est vrai qu’avec le défunt maire (mon dieu… le défunt maire, quelle tristesse), elle ne risquait pas grand’chose. Juste une félicitation pour son patriotisme foncier. Mais là, elle a senti passer le vent de l’histoire et le souffle corrompu des hordes barbares remontées de la nuit des temps pour égorger nos filles et nos compagnes. Ça lui donne des frissons frisottants dans les frisous.

  Et puis, coach coachant son équipe avant l’épreuve et l’effort, Varochaix regroupe ses Hommes et leur souffle l’Ambition de la Victoire (en français, parce qu’ils n’ont pas tous dépassé les premières leçons de la Langue) :
  - Istrégoud ! Istrégoud ! s’exclame-t-il, lançant ainsi leur farouche cri de guerre, comme un défi au monde entier…
  - Istrégoud ! Istrégoud ! reprennent-ils en chœur, positivés à bloc…
 
- C’est notre chance ! J’étais le Numéro 3 de la cité et nous en souffrions tous, rabaissés par l’Etat français et sa domination humiliante, taillés et corvéés à merci par le monstre fiscalo-totalitaire qui nous brimait à quia jusqu’au fond de nos campagnes, traqués par ses hordes soldatesques et policières, niés par son école sournoise, dont les noirs hussards enrôlés sous la bannière de l’oppression linguistique arrachaient la langue de nos aïeux de la gorge de nos enfants innocents, pantelants, sanglotants, ruisselants…

  Un silence. L’émotion est palpable, On renifle virilement. Y cause bien, y’a pas.

 
Varochaix enchaîne, la main sur le cœur :
- Mais les Numéros 2 et le Numéro 1 de cet Etat dans l’Etat qu’est notre belle et antique ville se sont entre-tués, dans un spasme obscène où leur infamie se révèle à tous ! Le podium est libre ! Nous en occuperons, de plein droit, la plus haute marche. J’y monte, j’y suis, j’y règne !

  Et dans un geste large, il ouvre en grand la porte du bureau du Maire :
- Pas de vacance du Pouvoir. Nous veillons, nous gagnons !

LA VISITE DE L’ARCHEVÊQUE / P3C1E29

P3C1E29 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 29)

N°174 / LA VISITE DE L’ARCHEVÊQUE / P3C1E29

  C’est l’histoire où Varochaix,nouveau maire autoproclamé, après une extraction de racine de buyère[1] opérée par la veuve du défunt, reçoit celle de l’archevêque Gerhardt Zeeman.

  Samedi 11 juin
11 heures 30
Mairie de Saint Tignous sur Nivette

 

C’est l’affaire de dix minutes que de réorganiser les services en fonction des vraies compétences et des priorités.

(Pour retrouver le début de ce coup d’état municipal, suivre les liens
P3C1E27 et P3C1E28
)

 
Le seul à parler couramment béarnais, le concierge, se trouve promu Secrétaire de Mairie en charge des relations avec l’Etat français, coiffant de son autorité neuve l’ancien secrétaire tout dévoué à feu Belcoucou et de ce fait va savoir pourquoi, inquiet, qui se trouve ravi de passer en seconde ligne. 

 
L’agent comptable est remplacé par un de ses hommes, qui s’y connaît puisqu’il tient les comptes du Parti, et il est rétrogradé au rang d’aide-comptable. Lui aussi ravi de cette rétrogradation. 

 
Les salaires, on s’en fout, on n’y touche pas. C’est la fonction qui compte. Qui compte ! C’est le cas de le dire. 

 
Et l’impôt révolutionnaire, rebaptisé Contribution à la Culture Régionale est instauré. Il touchera toutes les entreprises colonisatrices. C’est-à-dire toutes celles dont le patron ne parle pas béarnais. Surtout s’il n’est pas d’ici depuis au moins deux générations. Non, trois, autrement on aura plein d’Espagnols de 36. Ça devrait représenter 90% des entreprises, au moins… Sauf les péïzouss, les vrais, pas les néo-ruraux pseudo-écolo-bricolos……

 
Les dossiers récupérés et confisqués sont confiés à un Nari discret pour qu’il les convoie jusqu’au garage Varochaix où il devra les monter dans l’appartement du Patron. Voilà. C’est réglé. Devoir accompli. 

 
Reste à convoquer le Conseil Municipal pour authentifier tout ça.
 
Au boulot, le secrétariat !
 
Au fait, on demande le Nouveau Maire. Monseigneur Zeeman. Il annonce sa visite… Quand ? Mais tout de suite…

 
Et tout de suite, c’est tout de suite.

 
Une longue et solennelle voiture noire s’arrête devant la mairie. Ses portières arrière sont ornées de grandes croix d’argent. 

 
Le chauffeur, ganté de noir, en uniforme noir à casquette et bottes cirées, en sort, impassible, et vient frapper à la porte de verre fermée qui laisse transparaître le panneau « Fermé pour deuil ».

 
On lui montre le panneau. Il montre la voiture. On pressent l’Huile. On entrouvre la porte. On s’informe de son identité. On prévient le Nouveau Maire.

 
Et c’est ainsi qu’il apprend que Monseigneur Zeeman, archevêque « in partibus infidelium » lui rend visite.

 
Varochaix l’attend.

 
Le chauffeur est retourné ouvrir la portière arrière de la grosse voiture noire. En descend un petit homme sec drapé dans une ample cape noire dont le capuchon, rejeté dans le dos, lui donne tout à fait l’air d’un moine. 

 
D’ailleurs, c’est un moine. 

 
Après sa nomination à la tête de la Fraternité Saint Pie X, et  avoir été fait archevêque in partibus honoris causa et tralala par le nouveau pape de cette époque, qui était bien décidé à l’honorer de ce titre pour récupérer les rudes brebis conservatrices qui en constituaient le froment, le ferment et le sel, le père Gerhardt Zeeman, pour afficher ostensiblement l’officielle modestie de la Fraternité, avait repris l’habit du Père Zeeman, OP, que ça veut dire dominicain, ordre dans lequel il avait commencé sa carrière. 

 
Le pape comme l’archevêque souhaitent en effet rendre à cet ordre son rôle initial d’Inquisiteurs, afin d’éradiquer les suppôts de Satan que le moderne Torquemada voit foisonner comme crocodiles en marigot (il a aussi été missionnaire au Congo avec Tintin et ne recule pas devant l’audace de la métaphore). 

  L’œil charbonneux et le poil gris taillé en brosse courte, raide comme paille de fer, il possède l’art inné de déstabiliser son contradicteur d’un seul de ses regards  aussi insondables que ceux de

la Vierge de Nuremberg. D’où il est natif.

  Son manteau, ouvert sur sa robe blanche et son scapulaire serrés dans la même ceinture de cuir noir, découvre une croix pectorale d’argent massif, centrée sur un gros rubis, que le pape lui a offerte le jour de sa consécration archiépiscopale. 

 
Pour éviter que la lourde croix ne se balance au bout de son cordon de soie pourpre en lui cognant le sternum, Monseigneur Zeeman a fait rallonger ce cordon pour pouvoir l’engager dans sa ceinture, auprès de son rosaire, ce qui lui permet de dégainer le crucifix plus vite que son ombre.

 
Il monte lestement le perron, suivi du chauffeur qui porte sa mallette, et entre dans le hall où l’attend Varochaix, en passant avec indifférence devant le nouveau concierge qui lui tient la porte. « Dominus vobiscum », dit-il en tendant son anneau au nouveau maire, qui regarde la main levée dans une position inhabituelle, la saisit et la secoue confraternellement en répondant « Et cum spiritu tuo ».

Après tout, on est entre notables, non ?

 
Et puis il le conduit vers « son » bureau.

 

On n’a toujours rien dit. Et Varochaix est un peu agacé par ce petit bonhomme à l’air pète-sec. Même s’il sait que l’Eglise aurait plutôt tendance à regarder les Naris d’un bon œil, et si de ce fait et pour entretenir les relations, il paie un solide denier du culte et va à la messe quand il le peut. 

 
Il est même allé à Lourdes. C’est pour dire ! 

 
Et c’est vrai qu’il aime ça, l’encens, les chansons et tout ça. Comme les chansons entre amis. En béarnais. A l’église, il les aimait bien en latin, ça avait de la gueule. C’était moins gnian-gnian que maintenant. Moins bêli-bêla, troupeau-sous-la-houlette, le vent dans la houppette, balance tes roupettes, et tout ça. Maintenant, on se fait la bise, on se lève et on s’assied, et tout le monde communie, c’est vrai quoi, c’est pas sérieux.  Avant au moins on triait. Varochaix a été enfant de chœur et il sait de quoi il parle. Pour mériter la communion, c’était au minimum 5 pater et 5 ave. Et encore. Quand le curé était bien luné. C’est pour ça qu’il a répondu du tac au tac quand l’archevêque lui a dit dominus vobiscum. Les répons, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.

 
Il lui montre un fauteuil et s’assied lui-même derrière « son » bureau où rien ne manque (sauf le Mont-Blanc, faudra qu’elle me le rende, c’est municipal).

 
Le chauffeur reste debout derrière son patron.

 
L’archevêque se renverse dans son fauteuil en fermant à demi les yeux, joint les mains par l’extrémité de ses doigts tendus, semble méditer un temps… (Accouche, se dit Varochaix).

 
- Mon Fils, j’ai appris hier le drame qui avait frappé votre belle cité où votre Maire, Félicien Belcoucou, Dieu ait son âme, avait contribué au maintien d’un solide noyau de traditions chrétiennes. J’entretenais avec lui des liens d’estime paternelle que j’avais pu conforter lors de multiples rencontres. Après tout, ne sommes-nous pas dans un saint lieu qui fut jadis construit et consacré par l’Ordre auquel j’appartiens ?
- En effet, en effet, approuve Varochaix (ça ne mange pas de pain de dire du bien des morts qui ne viendront plus vous emmerder et qui vous ont laissé la place en rejoignant les anges), mais vous devez savoir qu’en matière de Tradition…
  L’archevêque lève la main où rutile son anneau :
- Je sais, mon Fils, je sais… Je vous connais et j’estime votre engagement. Je connais les efforts que vous avez su déployer pour maintenir vivant le patrimoine irremplaçable de votre Nation, et à quel point vous avez su y préserver la place qu’y occupe notre Sainte Eglise Catholique Apostolique et Romaine…
 
Varochaix approuve du chef. Il ne voit pas bien où tout cela le conduira, mais il laisse venir : c’est comme au garage, quand un client se promène, il faut le laisser aller… 

  Pour passer le temps, il se prend une petite saucisse.

 
- Votre belle région a toujours su abriter les réprouvés et les victimes de la vindicte officielle, tout comme nos maisons de prières, asiles jadis inviolables, et c’est à ce titre que je suis venu vous trouver. Je voulais m’assurer que vous maintiendriez cette tradition, que votre prédécesseur, et son père avant lui, ont toujours honorée comme la plus sacrée de toutes…
- Mais… Sans doute, sans doute, Monseigneur, seulement je ne vois pas bien…
- A qui je fais allusion ?
- En effet…
- A personne en particulier, je voulais seulement m’assurer de vos bonnes dispositions…
- A priori…
- Je ne parle pas de n’importe quel bandit de grand chemin, bien sûr, mais d’âmes choisies, qui, dans le but de servir une sainte cause se trouverait contraintes à la fuite.
- Et comment pourrai-je les reconnaître, ces « bandits d’honneur » qui bénéficieraient ainsi de votre haute protection ?
- Mais le plus simplement du monde, mon fils : ils se recommanderaient de moi…
- Evidemment…
- Me permettez-vous de bénir ce bureau, de le sanctifier ?
  Varochaix n’y voit aucun inconvénient et le manifeste en levant à-demi les mains.
 
- Dominus vobiscum… commence l’archevêque sans se lever, mais en fermant les yeux pour se concentrer sur les grâces divines qui ne vont pas manquer de rappliquer.
- Et cum spiritu tuo, répond machinalement Varochaix, qui pense toujours que ça ne mange pas de pain. 

  Le chauffeur s’approche du bureau et y pose la mallette de l’archevêque. 

 
Il l’ouvre. Il en sort un petit encensoir qu’il allume et laisse fumoter là où il se trouve posé. Puis il retourne à sa place derrière le fauteuil.

  Monseigneur Zeeman se lève, saisit l’encensoir de campagne par sa chaînette et entreprend de le balancer pour chasser à grands coups de fumée les diables qui auraient pu se cacher dans les replis des rideaux.
 
Ça sent bon, se dit Varochaix qui « décolle » petit à petit. Manque plus que l’harmonium et le surplis et il régressera en petit garçon qui a bu du vin de messe ! 

  Mais non, il est le nouveau maire et il regarde un archevêque opérer pour lui tout seul. Ça lui plaît à Varochaix. Il se sent tout mystique. 

 
Surtout quand l’archevêque lui tend un petit biscuit :
- Goûtez, ça vaut bien les saucisses !

En effet, ça vaut les saucisses, et l’âme immortelle de Varochaix s’en trouve confortée dans son oraison. Les anges volent avec de doux cui-cui…

- Alléluia, s’écrie-t-il dans l’enthousiasme qui soudain le transporte. Et vive l’Eucharistie ! On a beau dire, rien ne vaut une bonne Tradition. 
- Ite missa est, conclut l’archevêque en rangeant son petit matériel. Alors, c’est entendu ? Tous ceux qui se présenteront de ma part et vous offriront un biscuit du Petit Jésus…
- Se trouveront protégés par mon saint Zèle, soyez-en sûr…
- Ils ne seront pas forcément chrétiens, vous savez, mais nous avons le devoir de protéger nos frères en Dieu… Ne serait-ce que pour les y ramener…
- Cela va sans dire…
  - C’est pas tout, relance l’archevêque en voyant le « maire » se lever pour prendre congé.
- A votre service, embraye Varochaix prêt à tous les Saints Sacrifices.
- Il y a les autres.
- Les autres ?
- Les autres, ceux que nous pourchassons, que nous traquons, les réprouvés de Dieu et de son Eglise.
- Les Méchants, les Impies, les Fils de Satan zet ses Suppôts ?
- Les Pires, Relaps de tout poil et de toute boue, Vils Vilains Crapoteux Apostats Prétentieux Orgueilleux Schismatiques et j’en passe !
- Je sais, comme on dit (un souvenir fulgure dans l’esprit de Varochaix, dopé au Biscuit de Petit Jésus), son nom est Légion !
- Votre science théologique me surprend, Filius mihi. Elle se fait rare et n’en est que plus précieuse.
Varochaix baisse modestement les yeux :
- Pour Sa plus grande gloire, Monseigneur… N’empêche (on peut avoir une poussée mystique sans trop perdre le sens des réalités)… Ça me pose deux questions : petit un, qui ? et petit deux, qu’est-ce qu’il faut en faire ?
- Qui je vous dirai…
- C’est facile, c’est comme pour les autres d’avant qu’il faut protéger, mais le loup débusqué ?…
- Vous appelez Edgar Maupuis, que vous connaissez bien (il montre la boîte de saucisses sur le bureau), et qui collabore avec Nous en cette occurrence. Il s’en chargera.
 
Il chuchote, en confidence :
- Nous avons passé des accords…
- Ahhhhh !!! admire Varochaix en hochant la tête.
- Chuttt, souffle l’archevêque un doigt sur les lèvres…

  Varochaix tend la main, couvrant sa discrétion d’un geste rassurant :
- Et c’est tout ?
- Presque. Votre prédécesseur, Dieu ait son âme, m’avait parlé de… dossiers…
 
Varochaix a une moue évasive doublée d’un regard interrogateur (mystique, d’accord, mais pas con, quand même)…

  L’archevêque poursuit, toujours aussi confidentiel :
- … de dossiers dont certains, issus de mon confessionnal, sont frappés du plus profond des secrets. Il faudra me les remettre si vous les trouvez un jour…
- Je n’ai pas eu le temps…
- Il ne faudrait pas qu’ils tombent entre des mains impies…
- J’y veillerai, Monseigneur, j’y veillerai…
- Sans les ouvrir, mon Fils, sans les ouvrir. Il y va de votre Salut Eternel… L’Enfer, les Diables, et tout ça…
 
Varochaix se signe par trois fois, en montrant qu’il a compris, hou là là !!!

- Il en sera fait selon votre Volonté, Monseigneur…

  L’archevêque se lève :
- Que votre lutte et votre Nation soient bénies, mon fils…
- Amen, mon Père…
- A bientôt, mon fils… Et faites-moi savoir à ce numéro (il lui tend une carte de visite), si vous découvrez quelque chose…
- Je n’y manquerai pas, mon Père…

 
Monseigneur Zeeman lui tend son anneau à baiser.

  Varochaix, ébloui, lui serre la main.
 
A midi, Suceprout et Humevesne sont « extraits » de l’hôpital par deux policiers en uniformes munis de tous les documents nécessaires pour leur transfert à Pau.
 



[1] Le bois dont on fait les pipes. Pour sa part, l’écume de mer, dont on fait aussi des pipes, est de l’hydrogénosilicate de magnésium de formule H4Mg2Si3O10 appelé sépiolite, minéral du groupe des argiles, à structure fibreuse.

APPEL DE L’ÉLYSÉE / P3C1E35

P3C1E35 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 35)

 
N°180 / APPEL DE L’ÉLYSÉE / P3C1E35

 
C’est l’histoire où Eusèbe Malfort reçoit une invitation du Prédlarép. 

  Lundi 13 juin
11 heures 60
Bureau N°1

 
- Eusèbe Malfort, mon cher, ce que je suis heureux de vous entendre !

  - Moi aussi, Président, j’ai essayé de vous joindre à plusieurs reprises depuis quelque temps, mais…

 
- Ah, ce téléphone, une plaie ! On pourrait croire que l’Elysée… Mais non, mon vieux, non ! Tenez, l’autre jour, je disais à Nixon… 

  - Nixon ?
 

- Oui, enfin son remplaçant, Bill ou Dubeliou ou je ne sais plus qui, ces Américains changent tout le temps… Comment voulez-vous être efficace si vous changez tout le temps ? Moi au moins, hein, je reste ! Bref, je lui disais qu’il devrait faire l’effort de remplacer son vieux Èrforsouane Boeing par un A 380 français, comme ça, pour lui montrer où est le prestige, qu’il pourrait y loger plus facilement sa famille et s’entraîner au golf sans devoir descendre, et clac, coupés ! La standardiste s’était gourée de fiche ! Je lui ai passé un savon de première, mais elle m’a dit que si je continuais elle allait m’attaquer pour harcèlement… Bref, on a perdu le fil de la conversation, et quand je l’ai eu de nouveau au téléphone, le cow-boy m’a demandé si tous mes produits fonctionnaient aussi bien et a fini par déclarer qu’il ne voulait pas d’avion à pédales. On a perdu un marché. Mais ce n’est pas pour vous décliner mes misères domestiques que je vous appelle : on meurt beaucoup chez vous…

  - Chez moi, directement, non, merci, ça va, répond Eusèbe, que Nouye est allé chercher dans le « temple » où Clèm vient de mettre au monde la petite Amaïa. 

  Le téléphone direct, relayé par Mouchoir avait sonné, très impératif : « Ici le Président de

la République, je veux parler à Eusèbe Malfort »…

  - Et j’ai d’ailleurs appris que votre fils était revenu au bercail ? Tant mieux, tant mieux, comment va-t-il ? C’est que voyez-vous, les élections approchent et il vaut mieux rester prudent, éviter les remou