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ENLEVÉ PAR LE CRABE / P3C1E19

P3C1E19 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 19)

  N°164 / ENLEVÉ PAR LE CRABE / P3C1E19

 
C’est l’histoire où Ôoumloc, le Crabe géant, tue l’Amazone qui se trouve soumise à son jugement et emporte Arthur dans ses abîmes.
 
Vendredi 10 juin
15 heures 30
Agotchilho

  Amaïa a repris la longue pierre sombre et polie sur son siège et revient vers le Crabe.

 
Tous ses gestes sont lents, fluides, prudents, discrets… 

  Agenouillée près de la pince droite, elle en frotte l’intérieur, comme pour repasser le fil clair d’une faux, tout en parlant d’une voix sourde, et le silence est tel que l’on entend bruisser les mandibules que le monstre maintient au ras de l’eau…
 

Elle frotte à petits coups, du dehors au-dedans, un grincement audible qui rythme ses paroles…

  - Amaïa lui raconte, explique Nouye à l’oreille de Rébéquée, lui parle d’une femme, « celle qui a tué qui Tu as épargné » ((P2C3E8) et (P2C3E9)), « qui se cache dans la mer » et « qui sort pour tuer ceux qui savent Ton nom », lui dit qu’elle va lui amener pour qu’Il la juge, mais qu’en même temps…

 
Amaïa change de pince et continue à dialoguer avec le bruissement des mandibules :
- … en même temps, elle va lui montrer un homme, un Goumyôs, « qui L’a déjà servi en luttant contre ceux qui ont brisé la force du Courant de la mer où Il nageait naguère (P1C3E23) et (P1C3E27) ». Celui-là, ce Goumyôs, « cherche à le rétablir, ce Courant de la mer », mais « ses ennemis ont brisé sa mémoire, détournant le savoir qu’ils ont volé aux Goums, comme ils avaient rompu le courant bénéfique qui réchauffait le monde ». Elle va le faire venir, et elle demande l’aide « d’Ôoumloc qui sait soigner le Temps ».
  Elle garde à la main la longue pierre polie, s’approche, lentement, de la face bruissante, tend la main vers les yeux immobiles…
 
Le silence est total, les mandibules du Crabe ont cessé leur éternel frisson…

  Amaïa, de sa pierre, frotte très doucement l’œil dressé sur sa tige, qui semble la fixer, l’essuie de la main, en caresse des doigts la surface luisante, et lentement, très lentement, recule, recule vers son trône, où elle se rassied tout en croisant les bras.

 
Le bruit des mandibules a repris, un souffle continu qui sortirait du Crabe en sifflements tranchants…

  Amaïa fait un signe.
 

Deux Boules, encadrant Arthur, s’avancent, ronds et lourds. 

  Épuisé, il vacille entre eux, les bras en croix sur leurs épaules, le regard dans le vide, perdu au fond d’un songe lointain…

 
Ils le mènent tout droit entre les pinces larges, face à la face dure, juste devant les yeux qui bougent sur leur tige. 

  Ils s’écartent, et partent à reculons, lentement, prudemment, loin de la menace des pinces, laissant Arthur balancer, les jambes fléchissantes, vaciller, se reprendre…
 
Béatrace regarde, les yeux écarquillés, les mains moites plaquées sur la pierre du siège, tendue…

  Amaïa la retient, une main sur la sienne, sans un mot…

 
Tijules, dérangé, grogne un peu et revient se lover au creux de ses genoux, dérangé dans son somme par le frisson d’angoisse qu’il a senti passer sous la peau de sa mère.

  Béatrace se fige…
 

Arthur reste debout. Il tourne lentement sur lui-même, tourne le dos au Crabe, fait face à Amaïa, et ses lèvres bafouillent des mots incohérents…

  De derrière le trône arrive alors, grotesque sous la perruque blonde et la tunique blanche qu’elle a prises à Hélène, une gardienne goum que suit docilement l’Amazone, perdue dans son rêve. 

 
Et puis la gardienne silencieuse se place en retrait, près du trône…

  Ravie, heureuse, l’Amazone s’incline dans la direction de celle qui l’a conduite et reste là, entre Arthur et Amaïa.
 
Puis elle scande, d’une voix légère[1] :

  - Je te chante,

L’Élue à la flèche d’argent, tumultueuse, vierge vénérable, farouche, qui transperce les hommes, qui se réjouit de ses flèches,

Toi, la sœur de l’Élu,

L’Élu à la harpe d’or pur, qui, par les montagnes boisées et les sommets battus des vents, se charme par la chasse, et tend son arc en or, lançant des traits mortels.

Les cimes des hautes montagnes tremblent et la forêt sombre résonne de la clameur des bêtes fauves, et la terre frémit, et la mer poissonneuse qu’Il parcourt : Il domine jusque dans ses abîmes, ses flux sombres qu’Il mate,

Tandis que toi, Ô l’Élue au cœur ferme, allant de tous côtés,

Détruis les Inférieurs.

 
Les flûtes funéraires, tous bas, très doucement, dans l’ombre de la salle…

  Derrière elle Arthur grogne, les yeux fermés, tend les mains :
- Tous, distingue-t-on dans son grommellement, tous… Les Goums et les Malfort, les hommes et les femmes, tous, tous… Il faut les tuer tous…
 

L’Amazone reprend, extatique :

- Tu l’as dit, Tu l’as fait, Élue au cœur de pierre, aux seins de diamant, aux hanches d’améthyste, au ventre d’émeraude et aux jambes d’ivoire,

Toi, au sexe de rubis, Toi, « la vierge qui se réjouit de ses flèches[2] 
»…

  Elle salue profondément et déclame :

On nourrira le Ventre à partir des deux Voies 

Celle des Vaches froides, montera vers le ciel et puis redescendra pour bientôt disparaître,

Celle des Inférieurs viendra de l’horizon et bientôt sera seule.

 
Les flûtes jouent plus fort…

  Les carcasses gelées, vidées de leurs viscères, monteront vers le ciel, sous son ample Putier, et s’y réchaufferont, pénétrées par les ondes qui mollissent les chairs pétrifiées par le gel, 

Et tomberont alors sous les lames rapides qui éclatent les os et qui tranchent les chairs. 

Elles seront réduites en dés d’os et de chair.

Un regard sans paupières rejettera les os, les plus gros, les plus durs qui seront digérés dans un ventre d’acide et transformés en peau.

Le reste sera pulpe, bouillie rouge et très froide.

 
C’est la Voie d’aujourd’hui.

 
Les flûtes jouent plus fort…

  Les âmes inférieures seront bien nettoyées, lavées par le dehors et purgées du dedans de toutes leurs souillures et de toute amertume.

Le temps d’une journée, comme sacs qu’on retourne, sans angoisse ni peur.

Puis elles dormiront.
 
Les flûtes jouent plus fort…
 

Une vapeur très chaude arrachera leur poil, source d’impureté, Grand Putois Putassier, Purulent, pellagreux,


Et tomberont alors sous les lames rapides qui éclatent les os et qui tranchent les chairs.


Elles seront réduites en dés d’os et de chair.


Un regard sans paupières rejettera les os, les plus gros, les plus durs qui seront digérés dans un ventre d’acide et transformés en peau.


Le reste sera pulpe, bouillie rouge encore chaude.
 

C’est

la Voie de demain.
 

Les flûtes tonitruent, luttent pour étouffer la voix de l’Amazone…
 

Les pulpes obtenues, mêlées et gonflées d’air, mousse tiède des êtres qui les ont générées, parcourront tout l’espace du Tube de Chaleur qui en fera

la Chair des Divines Saucisses.
 

Le boyau dans lequel ont fusionné leurs os sera leur Peau Sacrée.
Et c’est là le Mystère.
Il est oint du dedans d’Huile Sainte et Secrète.
Elles s’y mouleront avant d’être rangées dans

la Sainte Pyxide, survie de l’Initié, qui connaîtra alors le Bonheur de l’Époux et celui de l’Épouse.
 

Les flûtes se taisent, et la voix claire de l’Amazone retentit dans le silence…

Ainsi sera le Monde lorsque commencera pour nous la Grande Chasse… 

  Et pendant tout ce temps, Arthur oscille et tangue, envoyant vers les voûtes l’incohérent discours, décousu et aveugle, haletant de sanglots, de tout son désespoir, en se frottant la face de ses mains décharnées…

  Mais sa voix affaiblie ne peut être entendue, masquée par la fureur stridente des flûtes qui ont repris en force, dominées cependant des cris de l’Amazone qui clame son défi.
 
Arthur tombe à genoux, la face dans le sable.

  Amaïa se relève, le regard minéral, lance un cri guttural auquel répond celui des témoins de la salle.
 
Claquement clair des pierres qui ont gratté les dalles, frappées l’une sur l’autre. 

  Une fois.

 
Ôoumloc s’est redressé très haut sur ses huit pattes. Il saisit l’Amazone à hauteur de poitrine avec sa pince gauche, et la prend à la taille avec sa pince droite. La fille pousse un cri.

  Claquement de la pince : coupée en deux tronçons au-dessus du bassin, elle renverse la nuque, tandis qu’en gargouillis son hurlement expire.
 

Les flammes sont d’un coup plus vives dans les torchères.

  Pris dans la pince gauche, le torse est suspendu, serré sous les épaules, les bras emprisonnés. La pince droite ramasse sur le sol le bas du corps tranché, l’écarte, le sépare, étire les liens vagues que dessinent les tripes, dont le sable boit le sang.

 
Puis, le Crabe referme, comme en des bras complices, ses pinces ainsi ornées des deux bouts du cadavre qu’il semble recomposer, en enfermant Arthur au centre de son cercle…

  Amaïa est debout et reste silencieuse, Béatrace regarde avec des yeux immenses d’où coulent en abondance des larmes sans sanglots, les deux mains appuyées sur la tête de Tijules qu’elle protège ainsi, qu’elle protège…
 
- Il faut les tuer tous… bredouille, dans sa faiblesse, Arthur à genoux au creux des pinces ensanglantées qui portent comme trophées les restes de l’Amazone.

  Derrière lui, le Crabe a fléchi à demi ses huit pattes porteuses et rapproche ses pinces jusqu’à presque le toucher.

 
Les mandibules cessent leur bruissement, s’écartent, et de la bouche d’Ôoumloc, ouverte, toute noire au milieu de sa face immobile, sort une bulle épaisse, comme un petit ballon, qui gonfle, et puis une autre, et puis une autre encore.

  Le Crabe fait des bulles, il mousse son mucus, en chapelet brillant qui tombe sur le sol, s’accumule, en un tas, qui monte dans le dos d’Arthur, agenouillé toujours et délirant de haine, un chapelet brillant qui monte, déborde sur sa nuque, lui recouvre la face, emplit l’espace entier qui sépare les pinces d’une masse mousseuse, irisée, chatoyante, silencieuse, maintenant qu’elle a noyé la voix désespérée d’Arthur, pressé entre les pinces et la face du Crabe, pressé dans cette mousse, entre la face dure dont on ne peut plus voir que les deux yeux dressés tout au bout de leurs tiges, et les moitiés exsangues du corps de l’Amazone…
 
Les flûtes ont repris leur hymne funéraire…

  Le Crabe se soulève, très haut sur ses huit pattes, et recule, emportant avec lui les morceaux du cadavre, et Arthur, recouvert de sa mousse ; il recule dans l’eau, il s’enfonce, il part…

 
Il est parti…

  Le silence se fait…
 


[1] D’après l’Hymne homérique 26 à Artémis.

[2] Hymne homérique 07.

LE TRIOMPHE D’AMÉLIE (2) / P3C1E33

P3C1E33 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 33)

 
N°178 / LE TRIOMPHE D’AMÉLIE (2) / P3C1E33


Lire d’abord le n°177 (lien) 

C’est l’histoire du triomphe d’Amélie qui annonce le résultat de ses investigations au commissaire Ravot, en présence de Lepif.
Ce qu’elle a déduit de l’autopsie des élus. Ravot manifeste une jalousie larvée pour ces salauds de jeunes. Et une admiration sincère pour le travail de la belle.

  Lundi 13 juin
11 heures 30
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

 
Après le début, c’est la suite de P3C1E32 (lien).

  - Eh bien, se contente de relancer le commissaire Ravot, interjectif et percontatif[1] en diable…?

- Eh bien, répond Amélie, je me suis livrée à l’analyse croisée des prélèvements viscéraux des deux cadavres, me disant, après discussion avec Lepif sur les lieux du crime, qu’il s’agissait certainement d’une mise en scène et que les victimes avaient été transportées depuis ailleurs. Et je suis partie de l’hypothèse selon laquelle, si Hilarion-Jovial a tué le maire, d’une part, et s’ils ont baisé la même fille, d’autre part (oh ! se dit Ravot), ils devaient se trouver au même endroit, mais que l’un a survécu un certain temps à l’autre. Qu’il y avait donc un léger décalage métabolique entre les deux, le premier étant mort avant le second qui, lui, a été « fléché » près de l’endroit où il a été retrouvé, alors que le premier fut occis sans doute en pleine copulation, mais que non point en épectase, encore qu’au-delà du point de non-retour, ce que l’autopsie, à laquelle j’ai assisté auprès de Lepif (soupir dudit : la menotte d’Amélie au creux de la sienne, frémissante d’excitation chasseresse, lorsqu’elle constate, de visu et de tactu (lui reprenant pour ce faire sa menotte le temps d’en tripoter de répugnants débris), diverses différences dans les contenus glandulaires des deux organismes éviscérés sur les tables d’inox), a démontré. 

 
Ravot siffle entre ses dents par approbation admirative, devant tant d’intelligence déductive.

  Amélie enchaîne, ronronnante comme chatte sous la caresse flatteuse de son maître, qui lui électrise le poil :
- Il est probable, selon l’évaluation experte effectuée devant nous par Milou Panosier du contenu des vésicules séminales d’Hilarion-Jovial, que son éjaculation a précédé sa mort d’une demi-heure environ, mais cela ne permet pas de déterminer scientifiquement qui a précédé l’autre sur la dame. La déduction pure et simple indique toutefois que si Hilarion-Jovial avait trempé son biscuit (pardon, commissaire, je me laisse emporter par mon sujet) (geste de Ravot qui comprend cet enthousiasme de limière sur la piste) avant le maire, et comme il est avéré que, lui, a éjaculé, le pénis du maire et ses environs, floc, floc, poils et tout, porteraient des traces du sperme d’Hilarion-Jovial, ce qui n’est pas le cas. Or, le sexe d’Hilarion-Jovial ne porte, lui, aucune trace, sauf de ses propres (enfin…) sécrétions et éjaculats, ainsi que les prélèvements et analyses biologiques de Milou Panosier le démontrent. Et c’est là que j’ai eu mon idée. 

 
Elle marque une pause dramatique, main levée index pointé vers le plafond, puis elle enchaîne :
  - Voici donc comment les choses se sont passées selon moi :
Petit Un : Le maire baise la fille.
Petit Deux : Hilarion-Jovial tue le maire alors en pleine action et trop préoccupé par ce qui est dessous pour prendre garde à ce qui se passe autour de lui, et cela juste avant qu’il ne… enfin… conclose[2]

 
- Poursuivez, poursuivez, l’encourage Ravot qui déglutit avec peine…

  - Petit Trois : la fille place un préservatif féminin, vulgairement appelé chaussette, dans son petit zigouigoui tout chaud des œuvres du maire, mais non inséminé desdites œuvres…

- Poursuivez, poursuivez, l’encourage Ravot…

- Petit Quatre : Hilarion-Jovial la saute à son tour, mais lui, se vide les couilles (cette fille a un vocabulaire de corps de garde, je n’aurais pas cru ça d’elle, se dit Ravot, rêveur, mais c’est normal, à fréquenter les monstruosités qui errent dans les analyses de police scientifiques. N’empêche… Salaud de Lepif. Salaud de jeune…) (soupir), et remplit ainsi la petite chaussette de sa partenaire. C’est ce contenu qui sera injecté dans le rectum du maire, pour laisser penser à un acte contre nature (tiens, se dit Ravot, presque rassuré, elle a ses pudeurs) (bof, émet discrètement Lepif avec un tendre sourire à l’endroit de l’oratrice qui lui répond d’un clin d’œil fripon) (Salaud de jeune, pense Ravot), qui aurait laissé d’autres traces si Hilarion-Jovial lui avait effectivement enculé l’œil de bronze (aïe, se dit Ravot, anéanti par tant de verdeur tautologique, ce n’était que litote).

 - J’ajoute, reprend Amélie, après un court silence de digestion méditative (qui flotte sur les tensions d’attentions multiples de son auditoire), qu’Hilarion-Jovial devait se trouver dans un état d’excitation peu commun pour sauter sans barguigner la partenaire de celui qu’il vient de massacrer, et que celle-ci, en revanche, a dû faire preuve d’un sang-froid exceptionnel pour, après avoir vécu in situ la mort foudroyante de son premier partenaire, penser à se placer la chaussette (dans son petit zigouigoui, complète Ravot in petto), puis de s’offrir à l’assassin du premier dans le seul but de lui tirer le foutre et de le recueillir. Quelle santé ! (et ceci non sans quelque admiration pour la performance semble-t-il).

Ben dis donc, se dit Ravot, toujours in petto, en percevant cette pointe admirative.

- Une Amazone ? demande-t-il, rêveur, à mi-voix…
- Et ce n’est pas tout, poursuit Amélie, lancée, renversée sur le dossier de sa chaise jambes croisées et le doigt levé vers le plafond. A partir de ces hypothèses…
- Tout à fait vraisemblables, confirme Lepif qui bave d’admiration devant la superbe logique du raisonnement de sa conquête…
- En tout cas sherlockiennes en diable, apprécie hautement Ravot…
- A partir de ces hypothèses, je me suis dit deux choses : la première, c’est qu’il y a une opposition totale entre le sang froid de la fille et le comportement de ceux que je considère comme ses victimes, puisque, aussi stupides et vulgaires qu’ils soient, je ne les imagine pas se livrant habituellement à de semblables excès.
- En effet, je vois mal un maire amorti, à poil, pourfendant une fille de ses assauts échevelés, devant un concurrent politique que je vois tout aussi mal le tuer à seule fin de le remplacer entre les cuisses de sa partenaire, approuve Ravot…
- … après l’en avoir extrait ! enchaîne Amélie avec un geste circulaire et démonstratif de la main gauche et un « plop » de l’index droit qu’elle fait claquer en le sortant latéralement de sa bouche dans la mimique très expressive dite « du bouchon qui saute ».
- Un défoulement ? se demande à haute voix Lepif qui se souvient avec un frisson d’angoisse rétrospective d’avoir rencontré la femme du défunt Conseiller en matière d’économie électorale, en compagnie de la sœur dudit…
- Non, objecte définitivement Ravot.
- Donc, reprend Amélie, il y a une DIFFERENCE entre les hommes et la femme.
- Ça, on le savait, remarque bêtement Lepif qui s’attire un regard noir de sa souris rousse, et poursuit, pressé de se faire pardonner cette facilité de café du commerce :
- Gloups, excuse-moi, ma minette (révélant ainsi leur intimité dans le trouble de sa confusion) (laquelle minette hausse les épaules) (aïe, aïe, aïe, se dit Lepif qui ne peut cependant s’empêcher d’apprécier le mouvement induit sous le gros pull) (son regard allumé fait sourire Amélie, qu’il chatouille presque autant que la laine) (ouf, pardonné)…
- Une différence de comportement, gros bêta (on voit bien qui porte la culotte, se dit Ravot plus du tout jaloux de Lepif) (encore que…). Et je me suis dit qu’il devait y avoir une raison « technique ». Une drogue. Vous-même, commissaire, l’aviez observée, évoquée, supputée, devant le comportement des manifestants de l’autre jour…
- Parmi lesquels se trouvaient déjà nos deux victimes, et, car je pense les avoir également repérés, mais sous réserve de confirmation, les Humevesne et Suceprout qui ont disparu, soit dit entre parenthèses. Et qui n’avaient pas l’air non plus d’être aussi excités que les autres…
- Ce qui confirmerait ce double comportement sur le lieu de certains crimes : l’un, hystérique, et l’autre froidement opérationnel. Alors j’ai cherché. Et je pense avoir trouvé.


[1] Ou interrogatif, si vous préférez. C’est juste pour changer un peu.

[2] De « conclore » et non de « conclure »

HYBRIS / P2C1E8

P2C1E8 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 8)

 
N°87 / HYBRIS / P2C1E8

 
C’est l’histoire où l’on commence à comprendre l’horrible  mort de Luis.

 
Mardi 3 mai
10 heures
Le Matois

  Les trois spécialistes de police scientifique sont encore un peu secoués par le voyage mouvementé qu’ils ont fait dans la neige et le vent lorsqu’ils descendent de voiture.

- Je pense que vous resterez chez nous un certain temps si vous devez rentrer par le même chemin !
 
Le ton jovial du commissaire les détend un peu. Le plus grand d’entre eux, stature d’ours, visage ingrat dissimulé sous une barbe irrégulière, petites lunettes à monture d’acier qui couvrent un regard flou et cheveux aussi rares que gris, répond avec un sourire surprenant de gentillesse :
- Nous prendrons le train si ce temps continue. Nous avons roulé derrière le chasse-neige sur la moitié du chemin. Je suis le commissaire Lucien Catachrèse, physicien, spécialiste des traces, et voici mes collègues, l’inspecteur Amélie Fouad, chimiste toxicologiste et le docteur Milou Panosier, légiste et biologiste. Donc, nous sommes spécialistes polyvalents de tout, ce qui devrait répondre à vos questions. Nous allons effectuer mesures et prélèvements que nous traiterons au labo en rentrant à Pau et que nous enverrons à Bordeaux si besoin. Mais vous avez une morgue sur place pour l’autopsie, je crois…
- Nos techniciens locaux vous assisteront, reprend le commissaire Ravot, avant de leur présenter Vic et Eusèbe.
- J’ai suivi de très près vos aventures d’il y a deux ans, observe le commissaire Catachrèse, et je dois dire qu’en tant que physicien, j’ai été très impressionné par ce qui s’est produit. Par les moyens qu’ont déployé ces individus, autant que par la… facilité avec laquelle vous avez déjoué leurs plans…
- Facilité apparente, croyez-le bien, objecte Victor qui ne tient pas à se laisser entraîner dans une discussion sur ce thème…
- Nos amis ont lourdement payé de leur personne, appuie le commissaire Ravot qui sent bien, surtout après la promesse de discrétion qui lui a été arrachée par Victor et Eusèbe, que l’on est en train de s’aventurer sur un terrain dangereux… Et d’ailleurs, poursuit-il, c’est pour être bien certains que le drame qui s’est déroulé ici ne relève pas du même style de complot que nous avons fait appel à vous : il s’agit d’aller aussi loin que possible dans les investigations… Mais allons sur les lieux nous mettre à l’abri, ce temps est infect…

  Cinq minutes plus tard, leur matériel installé dans l’entrée du Matois, les trois spécialistes revêtus de combinaisons blanches, masqués, gantés et charlotte en tête, assistés de quatre techniciens locaux de l’identité judiciaire harnachés de la même manière, s’approchent de la silhouette suspendue en croix de Saint André qui se détache à contre-jour dans la lumière brutale du projecteur. Son image à l’étrange regard écarquillé fixe le vide du fond du miroir qui lui fait face.

Ils parlent peu et à voix basse, photographient, prélèvent ici et là poussières, fragments et brimborions divers, qu’ils placent dans des tubes ou dans des pochettes du bout de pinces, pincettes ou seringues, ignorant les autres assistants de la scène restés en retrait.

Et ça flashe à tout va.

 
De son côté, le commissaire Ravot se fait expliquer par Victor la destination des locaux, leur disposition, l’attribution de tel ou tel bureau, de telle ou telle chaise, affiche ou machine, ordinateur ou imprimante… Il dessine sur le carnet quadrillé qu’il a sorti d’une large poche de son ample pardessus, annote, corrige, précise. Mais il ne prend aucune note concernant les réponses à ses questions. Seulement les lieux, les formes… Eusèbe remarque d’ailleurs que le commissaire fait preuve d’un réel talent de dessinateur.
- C’est que les formes sont souvent plus synthétiques que les mots, et que la solution d’un problème réside souvent dans sa synthèse, lui répond Ravot avec un sourire en coin. Pour le reste, j’ai une bonne mémoire.

  Tous ont évité de regarder en face le cadavre de Luis dont les yeux ouverts restent brillants.

Aucun n’a pu éviter son reflet sanglant dans le grand miroir dressé, muscles à nu à peine suintants d’une humeur rougeâtre, tendons nacrés, sexe pelé, rouge, obscène comme une bite de chien qui bande…

Tous ont tourné de loin autour de la tragique statue crucifiée dans l’espace entre les piliers au bout de ses cordes tendues. Mais sans la regarder.

Seuls, les trois spécialistes l’ont observée de très près, en hochant la tête, chacun dans son domaine préoccupé de sa propre problématique, et évitant soigneusement dans un premier temps de commenter ses observations ou ses remarques.

Et puis, l’inspecteur Amélie Fouad, la toxicologiste, a discuté avec son collègue Milou Panosier, le médecin légiste (professeur de médecine légale, pardon). Et elle a rapporté leurs conclusions à Ravot :
- Cet homme a été écorché vif, cela, c’est certain, et cependant, l’impression première est qu’il ne semble pas avoir souffert : les muscles sont détendus, et, bizarrement, la rigidité cadavérique n’est pas intervenue… Il ne présente pas les terribles contractures que l’on pourrait s’attendre à rencontrer sur un corps aussi abominablement supplicié. Il n’y a pas eu de « sidération », pour employer le terme technique qui constate la tétanisation qui peut survenir lors d’une décapitation où d’un foudroiement par exemple, d’un choc en tout cas.[1]
- C’est impossible, voyons, proteste Eusèbe qui, soixante ans plus tard, se souvient encore de
la Gestapo, même si lui-même a eu la chance d’y échapper.
- Tant que l’autopsie et les analyses, toxicologiques en particulier, n’auront rien confirmé, il est bien sûr difficile d’être totalement affirmatif, mais je suis presque certaine, et Milou est de mon avis, que la mort n’a pas suivi l’écorchement ou du moins qu’il a survécu assez longtemps… Par ailleurs, nous n’avons pas retrouvé sa peau. L’assassin, ou les assassins, parce qu’ils devaient être plusieurs, l’ont très soigneusement découpée autour du cou, en évitant de toucher aux vaisseaux sous-jacents, ce qui dénote un bonne compétence chirurgicale, fendue dans le dos tout au long de l’échine, puis sur l’arrière des bras et des jambes, au-dessus des poignets et des chevilles où sont nouées les cordes de suspension, et ils lui ont ôtée, comme une couverture, en découpant soigneusement les points d’adhérence. Il était bien vivant et l’est resté un bon moment après cette opération… Il ne s’est pas débattu, ce qui tendrait à confirmer qu’il était drogué… Il a paradoxalement peu saigné… Il aurait dû y avoir une hémorragie importante, mais non.

- C’est très étrange, ajoute le légiste… Cela me rappelle certains supplices chinois, en beaucoup moins brutal toutefois…
- Moins brutal ! ne peut s’empêcher de s’exclamer Victor.
- Oui, au début du siècle dernier encore, les Chinois découpaient en morceaux certains condamnés de droit commun et s’arrangeaient pour que cela dure. Ils droguaient les victimes avec de l’opium, et suivaient un protocole assez précis. Mais ils enlevaient de gros morceaux de chair et finissaient par un démembrement en règle. Ils appelaient cela le supplice des Cent Morceaux… Cela se pratiquait en place publique et le spectacle se voulait exemplaire. C’est pourquoi il devait durer. Ici… C’est plus subtil… Et le plus étrange, c’est que je ne sais pas vraiment de quoi il est mort… L’écorchement l’aurait certainement tué assez rapidement, mais, encore une fois, il ne semble pas avoir souffert et n’a pas perdu tout le sang qu’il aurait dû, compte tenu de l’immensité de la blessure… Il y a très peu de sang sur le sol. En revanche, de la lymphe, ce qui était à prévoir, et peut-être, à terre, des traces de sperme… à confirmer par les prélèvements. Et l’on a voulu qu’il assiste à son propre supplice : ses paupières ont été proprement découpées. Je dirais que toute l’opération, a été pratiquée à l’aide d’un bistouri électrique pour éviter tout saignement, et que ses yeux ont été lubrifiés, peut-être à la glycérine, ce qui en a préservé l’éclat et lui a sans doute permis de continuer à voir sans la lubrification naturelle des larmes qui, faute de paupières, ont coulé sur ses joues, comme vous en voyez la trace. Mais nous attendrons la vérification de notre amie chimiste…

- Il est sans aucun doute mort cette nuit, observe le commissaire Ravot. Pouvez-vous préciser vers quelle heure ?

  Derrière les experts, les techniciens s’affairent à décrocher le corps… Un brancard est amené, les cordes sont tranchées près des chevilles puis des poignets. Le corps, soutenu par deux hommes au teint verdâtre qui se demandent pourquoi ils ont choisi ce métier, s’effondre lentement, mollement semble-t-il. Il est disposé tant bien que mal sur une civière et emmené, recouvert d’un drap.

- C’est encore l’une des étrangetés que j’ai relevées : vous voyez, il est à peine rigide… Et cependant, sa température est égale à celle de la salle : il y fait 20°, et sa température rectale est de 20°. Vous me dites qu’il est mort cette nuit… Sa température devrait être supérieure à 25°… Je serai pour l’instant incapable de vous donner l’heure du décès.

- Mettez-moi de côté les cordes et ce petit pipeau qu’il porte au cou, intervient le physicien… Et éteignez-moi ce fichu projecteur !

L’un des policiers présents trouve la prise et la débranche… Soupir de soulagement lorsque la lumière brutale est interrompue. Par contraste, la salle semble maintenant plongée dans une sorte de pénombre où se dresse le miroir vide. 

  Les techniciens continuent de travailler, dans les éclairs des flashes. Ils échangent des informations à voix basse, prennent des notes, brossent, soufflent…

- Commissaire ! Regardez !!

L’un d’eux s’est tourné vers les assistants, restés confinés dans l’entrée pour ne pas gêner les spécialistes et il désigne le miroir. Rendue clairement lisible par la poudre qu’il vient d’y souffler pour révéler les traces d’empreintes, une inscription ressort, dessinée du bout d’un doigt nerveux :
 

HYBRIS

 


[1] Dct François Paysant : La mort et les formes légales de la mort (Internet)

LA MISSION DE L’INSPECTEUR LEPIF / P2C1E10

P2C1E10 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 10)

  N°89 / LA MISSION DE L’INSPECTEUR LEPIF / P2C1E10

  C’est l’histoire où, après avoir fait la connaissance de l’inspecteur Lepif, nous apprenons quelle a été sa mission première et quelle sera la deuxième.

  Mardi 3 mai
11 heures trente
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

  Ça a commencé à la maternelle et surtout à l’école primaire. Les gamins l’appelaient alors « le chien » ou « gadget » et l’accueillaient en aboyant. Bon. Ça s’était réglé à la récré lorsqu’il avait été capable de régler les choses à la récré. C’est-à-dire très vite.

 
Au collège, sa réputation avait suivi, mais en quatrième, catastrophe, voilà-t-il pas que la prof de français, Madame Chuvmol, avait voulu leur faire étudier Cyrano. Du coup, il était devenu Cyrano et dans les couloirs, on n’entendait plus que la tirade du nez. Ah, elle était contente, Madame Chuvmol, c’était un triomphe pédagogique ! A chaque détour d’étage on entendait « C’est un roc, c’est un pic, c’est un cap, que dis-je, c’est un cap, c’est une péninsule ! », braillé par une douzaine de gamins en culotte courte et en délire qui répondaient « on révise » quand le pion les engueulait parce qu’ils fichaient la panique. Et, raccourci narquois, il était devenu « Péninsule ». Il avait encore fallu qu’il remette les péninsules à l’heure. A la récré.

  Au lycée, sa réputation l’avait précédé, et avait conforté la thèse de celui qui dans la classe avait pris l’option latin-grec, thèse selon laquelle « virga cognoscitur naso[1] ». Comme c’était le caillou de la classe, on l’avait cru sur parole.  Bon. La récré avait  encore une fois remis les pendules à l’heure, et implicitement confirmé qu’il en avait.

 
Parce que ce qui était certain, c’est « qu’il en avait », Lepif, et ses copines étudiantes, qui connaissaient aussi l’expression proverbiale latine ou pour le moins en avaient entendu parler, avaient pu en vérifier le bien-fondé. De visu, de tactu, et même, comme l’une d’entre elles avait ajouté d’enthousiasme, « de mon cul ».

  Certes son anatomie était des plus normales et ne montrait pas les protubérances ridicules qu’observateurs objectifs et lucides, nous avons relevées chez certains notaires parisiens évoqués précédemment. Néanmoins, si nous osons avancer le mot, nous devrons observer que ce long combat contre une persécution moqueuse uniquement liée à un patronyme dont il n’était en rien responsable, avait forgé en Lepif une âme d’airain.

  D’aucuns psy-trucs y verront l’origine d’une vocation policière qui, le plaçant en accord avec lui-même, lui apporte enfin la sérénité ; ou la marque d’un Destin inéluctable qui, le poussant vers la Justice comme l’Épée pousse le Coupable au creux des reins, brouille les pistes de la Décision et transforme

la Liberté en une blague tragique ; ou une manière de sortir de la cour de récré… 

  Pour Lepif, c’était simplement un métier qui lui plaisait, parce qu’il aimait les énigmes, que la confrontation ne lui faisait pas peur, qu’il était curieux, et qu’il en avait, du pif. Et le commissaire Ravier l’avait bien compris puisque, dès que l’inspecteur Lepif s’était pointé au commissariat parisien qu’il dirigeait avant Saint Tignous sur Nivette, il l’avait pris pour adjoint.

Ils s’entendaient bien, Lepif, grand, costaud, rapide et plutôt rugueux, et Ravot, rond et semblait-il, patelin et avenant. Cela durait depuis plus de quinze ans et ils se complétaient si bien que Lepif avait préféré suivre son « Patron » plutôt que de présenter le concours de commissaire. Malgré les conseils de Ravot. Qui l’avait engueulé. Qui en avait cependant été secrètement ravi. Et flatté. Et touché.

  Retrouver trois véhicules de luxe, dont une Rolls, ne devait pas poser de problème, et c’est avec confiance que Lepif s’est mis en chasse : d’abord, il a téléphoné aux hôtels de standing, de Pau à Biarritz.

Pas d’arrivée ou de départ de Rolls hier soir. Une Rolls au Régina et une autre à l’Hôtel du Palais de Biarritz, mais elles sont restées au garage toute la soirée et toute la nuit.

Plus de chance avec la gendarmerie : vers quatre heures du matin deux motards en patrouille ont suivi jusqu’à l’entrée de Bayonne un convoi de trois voitures, qui correspondaient à la description que Jo en avait donnée.

A Bayonne, les trois voitures ont été remarquées à l’entrée du port, et la capitainerie lui a appris qu’elles avaient été embarquées sur un cargo à destination de la Côte d’Afrique. Navire chilien sous pavillon de Malte.

Mais pas trace de passagers.

Leurs occupants semblent s’être volatilisés.

L’aéroport de Biarritz a enregistré trois départs de vols privés, dont un jet d’affaires, un Falcon, à destination de Madrid. Sans autres précisions.

Les sœurs qui dirigent le Tapas’Embal et possèdent une brillante mémoire des noms, ont donné au téléphone les noms de deux notaires parisiens, d’un certain Aloïs Guétotrou-Kifumsec, homme d’affaires dont elles ignorent tout, et de Finette de Sainte Fouillouse, comme étant partis ensemble vers minuit, en compagnie de Luis. Elles ignorent qui est monté avec qui et dans quel véhicule. Et elles se souviennent d’Arnaud Boufigue, le directeur du Super Troc, ça leur revient maintenant.

  C’est ça que Lepif a annoncé à Ravot quand il l’a rappelé au journal.

  Ravot lui a demandé d’enquêter sur cet Aloïs Guétotrou-Kifumsec, pour commencer, et de convoquer tous ceux qu’il pourrait trouver.

 
OK Boss.
 


[1] « On connaît la verge par le nez » vieux proverbe latin. Les Latins étaient les Chinois de l’Antiquité, pour ce qui est des proverbes, mais il n’existe pas de pages roses en chinois.

FINETTE AU TAPAS’EMBAL’ / P2C1E12

P2C1E12 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 12)



  N°91 / FINETTE AU TAPAS’EMBAL’ / P2C1E12

 
C’est l’histoire où nous retrouvons Finette de Sainte Fouillouse à la soirée du Tapas’Embal’, et où elle emballe Luis.

 
Lundi 2 mai
24 heures
Saint Tignous sur Nivette

 
Finette connaît le fonctionnement de l’Imporium mais pas au point de pouvoir le décrire dans le détail, ni bien sûr, de le manipuler, et elle a bien compris que Tapas’Embal’ n’est jamais qu’une lessiveuse à finances parmi d’autres et un moyen de redistribuer des fonds d’origine inavouable vers des organismes vertueux. Et réciproquement, bien sûr. Mais comme ce sont les mêmes qui agissent…

 
Et ainsi au cours de la fête, pendant que les ludions qui animent la soirée s’agitent dans les flonflons, Finette observe… sourit… répond… s’extasie sur la qualité des musiques, des danses, des tapas, du vin, répand grâces et compliments… Etrangère à la comédie. Pas là pour s’amuser, même si les propos sérieux semblent bannis…
 
Elle observe…

 
Aloïs Guétotrou-Kifumsec (« Monsieur » Guétotrou-Kifumsec) la regarde en coin. Bon. Compris. Il lui fournira des informations qui lui manquent pour mieux cerner sa fonction, mais elle se devra d’être « bien élevée » à son égard. Du moins le pense-t-elle.

 
Les notaires ne sont pas là non plus pour s’amuser. Sauf si Monsieur Guétotrou-Kifumsec en décide. Et comme ce ne sera certainement pas à Saint Tignous qu’ils s’amuseront… On devra changer d’endroit à un certain moment.

 
Arnaud ne semble avoir été invité que par courtoisie, mais elle a remarqué un long a parte lorsqu’il a versé du vin dans le verre d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec. Après quoi il s’est installé près de lui pour continuer à discuter. Ces deux-là sont plus proches qu’il n’y paraît, ce qui la surprend un peu, mais à la réflexion, elle se dit qu’ils ont dû collaborer à la mise au point de Super Troc, et que donc… 

 
Ils organisent quelque chose. Qui la concerne, à en juger par les coups d’oeil qu’ils lancent dans sa direction. Bien sûr, à l’école, ils se sont déjà servi mutuellement de sparing partners dans des exercices « spéciaux », mais elle ne pense pas que les préoccupations du moment soient vraiment de cet ordre. Non. Il y a autre chose.

  Et cet « autre chose » doit résider dans la Rolls silencieuse qui suivait

la Mercedes d’où sont sortis Guétotrou-Kifumsec et les notaires. Et dont les vitres fumées sont restées impénétrables à tous les regards. Même aux siens. Personne n’en est descendu, elle s’est simplement garée derrière

la Mercedes, elle-même rangée derrière le 4×4 qui est venu la chercher à son hôtel.

  Elle entend, d’une oreille distraite, le Maire lui raconter sa vie depuis deux ans, lui demander où elle est partie si vite, en le laissant sans nouvelles, alors qu’il a recyclé « sa » boutique en annexe de l’office de tourisme (où elle avait sa place), lui affirmant qu’elle aurait pu rester, sous sa protection, et ce avec un sourire gluant de sous-entendus, tandis que le Conseiller en matière d’économie électorale lui parle de ses projets de soutien aux entreprises en développement « que l’on devrait aider dans leurs phases critiques, et pas seulement à leurs débuts », et cela avec des regards candides d’enfant de chœur devant le Saint-Sacrement qui sont bien les seuls à parvenir à l’amuser vraiment, au point de lui faire bomber le buste (qui n’en a vraiment pas besoin) pour faire bailler sous ses yeux (qui se détournent instantanément) le décolleté cependant discret de son tailleur.

 
Et puis il y a ce petit journaliste stagiaire inattendu, issu tout droit de la Maison Malfort et qui mène une bourdonnante interrogation de tout sur tout, posant naïvement d’incroyables questions, sur des évènements qu’ici tout le monde semble avoir officiellement oubliés, ou ignorer totalement.

 
Il s’est imposé à leur table, où un battement de cils d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec l’a curieusement accepté, et s’est, au gré des nombreux services, instauré serveur privé de tous, se déplaçant de l’un à l’autre selon que l’on apporte du vin, du champagne, ou des tapas d’un nouveau genre. Comme ces canapés au fromage que l’on doit sortir de leur emballage, dans lequel est inscrite une maxime ou une histoire censée être drôle, à la mode des petits gâteaux chinois. 

 
Il a ainsi interrogé le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale, en premier, puis Arnaud, avant de s’asseoir près d’elle avec un sourire de gamin excité très amusant :
- Oh, Madame, je suis en admiration…
- En admiration ?
- Oui, en admiration devant ce que vous avez réalisé : cet endroit, la quantité d’autres établissements que vous dirigez, l’empire que cela représente… Quand je pense que vous êtes si jeune, si belle…
Rire de Finette :
- Allons Monsieur, pas de flatterie… Au fait… Vous êtes journaliste…
- Stagiaire…
- Stagiaire… à la Lanterne du Fort, qui ne semble pas nous aimer beaucoup, ni Monsieur Boufigue, ni moi ni les élus ici présents…
- Eh bien en effet, je dois vous dire que je ne comprends pas bien cette animosité. Je sais, ou je crois savoir, que vous êtes venue à Saint Tignous il y a deux ans, au moment des évènements, de l’histoire des Écolocroques (Finette hoche la tête sans cesser de sourire), et que vous avez même ouvert une boutique pour leur compte…
- Eh oui, c’était certainement une erreur d’orientation de ma part. Que voulez-vous, comme beaucoup j’ai été abusée par leurs discours apparemment généreux…
- C’est très compréhensible. Je me souviens que mes parents eux-mêmes…
- Vos parents sont de Saint Tignous sur Nivette ?
- Oui, ils enseignent au lycée…
- Il est vrai que beaucoup d’enseignants se réclament d’un militantisme écologique… Générosité professionnelle très respectable… Et vous-même ?
- A l’époque, j’étais à Lille, en école de journalisme… J’avoue que nous étions très partagés, mais que nous avons suivi les évènements avec passion. Jusqu’à ces explosions qui nous ont révoltés, et aux aveux des coupables… Mais pour ce qui me concerne… (hésitation, il se rapproche, narines légèrement frémissantes : le charme de Finette opère vigoureusement sur ce jeune homme plein de sève) pour ce qui me concerne, je trouve le comportement des Malfort assez curieux. Beaucoup de choses sont étranges, les explications ne me satisfont pas… Les archives du journal restent fermées ou muettes sur certains points… Qu’en pensez-vous, vous qui avez vécu tout cela sous un autre angle, devrais-je dire… Si j’osais, je vous demanderais un rendez-vous, pour en parler plus longuement…

  Aloïs Guétotrou-Kifumsec est en train de téléphoner sur son portable, et puis il discute brièvement avec Maître Brunières qui hoche la tête (exercice rendu dangereux par l’ampleur de son appendice nasal), se lève et se dirige vers Finette :
- Pardonnez-moi d’interrompre votre conversation, chère amie, mais Aloïs et moi souhaiterions vous parler quelques instants…
Un sourire d’excuse pour Luis, et elle glisse de sa chaise avec un déhanchement ravageur qui l’amène à le frôler :
- Attendez-moi, je reviens…

  Le trio des notaires et d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec est assis de l’autre côté de la table ronde et elle sait qu’en se penchant, elle creusera son décolleté en face du pauvre garçon qui la suit des yeux. Qui la dévore des yeux. Elle est comme ça Finette, peut pas s’empêcher de séduire quand elle a commencé, et là, elle pressent qu’il y a matière à apprendre.

- Ma chère, ce jeune homme se montre très curieux. Il est objectivement allié à nos adversaires, quoiqu’il en laisse entendre, du moins si ce que le Maire m’a rapporté est juste…
- Il me l’a aussi laissé supposer…
- Bien. Nous pensons qu’il peut nous être utile. Vous allez donc l’inciter à vous montrer les locaux du journal auxquels il a accès. Nous savons par Arnaud qu’il utilise les anciens bureaux du Petit Matois Subreptice, dans le bâtiment de la Mairie, et qu’il en possède la clé. Débrouillez-vous. Arnaud vous accompagnera dans votre voiture et nous vous suivrons lorsque vous serez entrés. Allez. Ah… (il lui tend une assiette de tapas emballés) Arrangez-vous pour lui faire manger l’un de ces petits gâteaux… Ils sont excellents et vous pourrez en consommer vous-même sans crainte.

  Finette connaît ce ton sans réplique et sait qu’il est préférable d’obtempérer. Et inutile de questionner. Elle obtiendra en temps voulu les réponses que l’on voudra bien lui donner. Le nombre et la qualité des réponses fournies sera directement proportionnel à sa position hiérarchique au sein de l’Organisation et constituera l’indicateur le plus sûr de cette position. C’est un test significatif. Très excitant. Dangereux, bien sûr… A tout hasard, il faut reprendre une pastille de « Pain de Couleuvre » à la première occasion… Elle en a toujours sur elle…

  Finette se redresse, les yeux brillants et le sourire aux lèvres. Un sourire irrésistible. Qu’elle réfrène : n’en fais pas trop ma fille, on n’écrase pas un moucheron avec un bazooka…

 
Elle se rassied près de Luis d’une souple ondulation des hanches et pose l’assiette devant eux en ouvrant l’un des emballages avant de croquer le petit gâteau moelleux du bout des dents :
- Excellents ces nouveaux tapas, servez-vous…
Elle jette le papier de l’emballage sur la table.
Luis le regarde, observe qu’une phrase y est écrite, lit :
- « Vitae necisque potestas [1]»… Et en latin s’il vous plaît ! Vous le comprenez ?
Finette fait non de la tête : elle a étudié l’économie, pas le latin ! 

  Luis aussi a mangé un tapas. Il lit la devise qu’il recèle :
 « Mysterium tremendum, fascinans, augustum… [2]» Décidément, nous en sommes réduits aux conjectures… Faudra que j’aille demander à un collègue de mon père, qui est prof de latin… A part Mysterium qui doit vouloir dire Mystère !
 
Par jeu, il en ouvre un troisième :
- « Enthousiasme » ! Exactement ce que j’éprouve !!! Et directement en français ! J’ai eu peur qu’ils se mettent au grec !!!

Il rit, décidément ravi, heureux de cette plénitude qui l’envahit. Quelle belle vie, quel beau métier, quelle belle femme… 

  Finette reprend :
- Excusez-moi, mon cher Luis… C’est bien Luis, n’est-ce pas ? J’ai dû aller régler une question technique… L’usine de San Sebastian qui fabrique ces nouveaux tapas doit démarrer demain et mon collègue me rappelle de ne pas prolonger trop longtemps notre participation à la fête… (regards navrés de Luis, très chien battu) Toutefois, (elle s’est un peu rapprochée et il a l’impression que son teint est légèrement plus coloré) ce que vous dites m’intéresse beaucoup et j’aurais aimé prolonger cette discussion dans un lieu plus… adapté. Ici, avec cette musique, ce bruit… Votre bureau devrait être accessible ? Mon ami Arnaud Boufigue, que vous connaissez, bien sûr, m’a dit que vous occupiez des locaux dans la mairie où lui-même a travaillé quelque temps, et il aimerait nous y accompagner… Si vous pensez que c’est possible…
- C’est une excellente idée, (il se lance…) pour commencer…
- Pour commencer, comme vous dites… vous êtes charmant… Mais il est près de minuit et nous devons songer à y aller… Je vais m’excuser auprès de nos hôtesses, si vous le permettez… Pendant ce temps… faites-moi plaisir… si vous le voulez, naturellement… un caprice… j’aime voir la manière dont marchent mes amis… Accepteriez-vous de faire trois fois en marchant le tour de notre table ?
Elle se demandait comment placer cette demande saugrenue d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec qui lui a dit qu’il voulait « vérifier quelque chose » sans préciser quoi…

 
Luis est resté sans voix. Il ne s’attendait pas à cela, pensait en arrivant regrouper quelques indices, prendre quelques contacts, vérifier quelques hypothèses… Et voilà que… si cet Arnaud n’était pas invité aussi, il pourrait même imaginer… Non, t’emballe pas, bonhomme… Il la regarde… Quel cul, quelles hanches, quelle femme décidément… Au fait, pourquoi trois fois le tour de la table ? Cherche pas à comprendre. Si ça peut lui faire plaisir… D’ailleurs, si elle l’avait demandé, il aurait aussi bien fait le tour de la salle à cloche-pied ou sur les mains sans discuter.

  On se lève, on se félicite, on se congratule… Si Ted et Jo le voyaient… Mais ils sont déjà partis au bras de leurs boudins respectifs qu’ils doivent tirer dans le baisodrome à roulettes de Ted… Luis se rengorge en raccompagnant la patronne, la Patronne, la crête haute, coq en rut qui s’apprêterait à couvrir la glousse la plus prestigieuse de la basse-cour. Au moins un Premier Prix au Concours Général du Salon de l’Agriculture !!!

  C’est dans le même état d’esprit qu’il monte dans le somptueux véhicule noir et chromes, à l’habitacle rallongé, au volant duquel un chauffeur attend, impassible. L’arrière comporte deux banquettes en face à face, isolées de la cabine par une vitre fumée et fermée. Arnaud Boufigue, au sourire amical, s’assied dos à la route. Finette lui fait signe de s’asseoir auprès d’elle, dans le sens de la marche. Luis sent la chaleur de sa cuisse contre la sienne…

  Le 4×4 démarre avec un ronflement sourd, suivi de la Mercedes où ont pris place Aloïs Guétotrou-Kifumsec et les notaires (qui ont ramassé soigneusement les tapas restant dans l’assiette)…

  Finette ouvre un petit bar d’où elle extrait trois verres de cristal dans lesquels elle verse de minuscules rasades d’un alcool ambré :
- A l’avenir du journalisme, mon cher Luis….
Son sourire est ravageur, son regard flamboie…

 
Derrière eux, la Rolls démarre souplement, sans un bruit…

  Luis, perdu dans les yeux pervenche de Finette, trempe les lèvres dans son verre. 

  Des yeux sans fond…
 


[1] « Pouvoir de vie et de mort… »
[2] « Terreur sacrée, béatitude, reconnaissance de l’Autorité absolue …» (Rudolf Otto)

 

LUIS EST ÉCORCHÉ VIF / P2C1E16

P2C1E16 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 16)

 
N° 95 / LUIS EST ÉCORCHÉ VIF / P2C1E16

 
C’est l’histoire où Luis est sacrifié alors que Finette est livrée à l’Élu au cours de ce qui semble être un étrange et horrible rituel.

 
Lundi 2 mai
24 heures
Le Matois

 
Un tourbillon descendant… Un vortex qui lui aspire l’âme. Au point de ne pas pouvoir reposer le verre de cette liqueur que dans son enthousiasme initial il a vidé d’un trait. Et il se retrouve ainsi suspendu dans un impossible espace où tout est perçu depuis l’extérieur, « derrière » son esprit instantanément vitrifié, tous gestes abolis, jusqu’à son cœur dont il a cessé de percevoir le rythme, tout entier réduit à une stase infinie, un effondrement intérieur glacé sans remède… Un bloc plein contre lequel viennent battre des sensations, des visions, des contacts, des sons, des odeurs… des marées de sensations, avec des vagues…

 
Il y a la vague de la lumière jaune du plafonnier, la vague du rire d’Arnaud Boufigue dont il perçoit le visage, là, devant lui, derrière ce qui doit être sa propre main dans laquelle se trouve toujours, encore levé, le verre qu’il vient de vider, avec la vague du goût sucré qui s’y rattache, et puis la vague irradiante de la cuisse de Finette contre la sienne, vague rouge et pulsante qui génère des ondes de chaleur jusque dans sa gorge au travers de son ventre et de ses reins, de sa masse à lui, qu’il situe ainsi sans parvenir à la dissocier de la conscience de ce qu’il est, de qui il est, de Luis…
 
Il y a des vagues mouvantes quand on le déplace, quand on lui prend le verre de la main, quand on le fait lever (dans le ronflement silencieux de son bloc intérieur, il perçoit ces mouvements qu’il exécute en suivant la main qui le guide, automate impuissant et docile, qui se sait tel), quand on le fait descendre de la voiture arrêtée, quand on lui dit d’ouvrir la porte, et il sait que la clé concernée se trouve dans telle poche, quand on lui dit d’aller là, entre les piliers de la salle. « Il » y va. « Il » y reste… « Il » respire insensiblement. « Il » « est » froid, regarde le vide mais voit bouger autour de lui, Arnaud Boufigue qui (mais il ne sait pas quand) a descendu un projecteur de l’étage (mais il ne sait pas ce qu’est l’étage), les autres hommes présents il y a peu (il les connaît, les reconnaît plutôt) à la table où il était (« il » était ?) avec Finette qu’« il » voit marcher, qu’« il » sait être devant lui (les vagues de chaleur, sa cuisse, un pendentif de rubis au creux de sa gorge, ses yeux, les vagues bleu pervenche de ses yeux : le centre du vortex). « Il » est froid. « Il » est.

 
L’étrange exaltation de Finette lorsque Arnaud lui a fait signe de ne pas boire, cette exaltation qu’elle suppose induite par les derniers tapas… Finette est habituée à ces pièges des drogues qu’elle-même a appris à manipuler. Mais elle a aussi appris à les maîtriser lorsque le besoin s’en fait sentir. Aidée par le Pain de Couleuvre de sa maman Flora, le plus souvent. Tout en y cédant, comme à l’ivresse d’un alcool précieux, avec le sourire, comme à un plaisir délicat voire même violent, pourquoi pas… Elle n’a pas bu la liqueur, laissant Luis vider son verre d’un trait, exalté par la pression encourageante de sa cuisse contre la sienne, par le sourire débonnaire d’Arnaud. 

 
Elle l’a vu se figer en une catatonie instantanée. 

 
Elle a reposé son verre sans le boire.

 
L’exaltation est toujours là, mais elle a changé de nature : Finette sourit de toutes ses dents en regardant Arnaud, qui a, lui aussi, reposé son verre. Elle sent la crispation tétanique des muscles de Luis contre elle…

Doucement, elle lui prend le verre des mains. Il se laisse guider dans ses gestes, et sa main ouverte qu’elle guide, vient se reposer devant lui sur ses genoux sans que son expression figée et son regard vide aient changé.

 
La voiture arrêtée, il en descend lorsqu’elle le lui demande, sans aucun faux mouvement, puis il ouvre la porte du bureau du Matois, entre, tête droite, regard fixe, se place là où elle le conduit et y reste, sans un geste superflu.

 
Il fait bon dans la vaste salle où six piliers massifs dégagent un large espace central, les bureaux se trouvant disposés dans les travées latérales. Finette n’est jamais entrée ici, et elle apprécie la pierre nue du sol, des murs et des voûtes de l’ancien réfectoire du couvent des Marmoréens où étaient logés les bureaux du Matois. Elle avait bien entendu parler de l’intérêt architectural du lieu, mais n’avait guère eu le loisir de s’y attarder…

 
Aloïs Guétotrou-Kifumsec est entré à son tour, une cape blanche pliée au creux de son bras, suivi des deux notaires toujours aussi sérieux et indifféren