P3C1E19 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 19)
N°164 / ENLEVÉ PAR LE CRABE / P3C1E19
C’est l’histoire où Ôoumloc, le Crabe géant, tue l’Amazone qui se trouve soumise à son jugement et emporte Arthur dans ses abîmes.
Vendredi 10 juin
15 heures 30
Agotchilho
Amaïa a repris la longue pierre sombre et polie sur son siège et revient vers le Crabe.
Tous ses gestes sont lents, fluides, prudents, discrets…
Agenouillée près de la pince droite, elle en frotte l’intérieur, comme pour repasser le fil clair d’une faux, tout en parlant d’une voix sourde, et le silence est tel que l’on entend bruisser les mandibules que le monstre maintient au ras de l’eau…
Elle frotte à petits coups, du dehors au-dedans, un grincement audible qui rythme ses paroles…
- Amaïa lui raconte, explique Nouye à l’oreille de Rébéquée, lui parle d’une femme, « celle qui a tué qui Tu as épargné » ((P2C3E8) et (P2C3E9)), « qui se cache dans la mer » et « qui sort pour tuer ceux qui savent Ton nom », lui dit qu’elle va lui amener pour qu’Il la juge, mais qu’en même temps…
Amaïa change de pince et continue à dialoguer avec le bruissement des mandibules :
- … en même temps, elle va lui montrer un homme, un Goumyôs, « qui L’a déjà servi en luttant contre ceux qui ont brisé la force du Courant de la mer où Il nageait naguère (P1C3E23) et (P1C3E27) ». Celui-là, ce Goumyôs, « cherche à le rétablir, ce Courant de la mer », mais « ses ennemis ont brisé sa mémoire, détournant le savoir qu’ils ont volé aux Goums, comme ils avaient rompu le courant bénéfique qui réchauffait le monde ». Elle va le faire venir, et elle demande l’aide « d’Ôoumloc qui sait soigner le Temps ».
Elle garde à la main la longue pierre polie, s’approche, lentement, de la face bruissante, tend la main vers les yeux immobiles…
Le silence est total, les mandibules du Crabe ont cessé leur éternel frisson…
Amaïa, de sa pierre, frotte très doucement l’œil dressé sur sa tige, qui semble la fixer, l’essuie de la main, en caresse des doigts la surface luisante, et lentement, très lentement, recule, recule vers son trône, où elle se rassied tout en croisant les bras.
Le bruit des mandibules a repris, un souffle continu qui sortirait du Crabe en sifflements tranchants…
Amaïa fait un signe.
Deux Boules, encadrant Arthur, s’avancent, ronds et lourds.
Épuisé, il vacille entre eux, les bras en croix sur leurs épaules, le regard dans le vide, perdu au fond d’un songe lointain…
Ils le mènent tout droit entre les pinces larges, face à la face dure, juste devant les yeux qui bougent sur leur tige.
Ils s’écartent, et partent à reculons, lentement, prudemment, loin de la menace des pinces, laissant Arthur balancer, les jambes fléchissantes, vaciller, se reprendre…
Béatrace regarde, les yeux écarquillés, les mains moites plaquées sur la pierre du siège, tendue…
Amaïa la retient, une main sur la sienne, sans un mot…
Tijules, dérangé, grogne un peu et revient se lover au creux de ses genoux, dérangé dans son somme par le frisson d’angoisse qu’il a senti passer sous la peau de sa mère.
Béatrace se fige…
Arthur reste debout. Il tourne lentement sur lui-même, tourne le dos au Crabe, fait face à Amaïa, et ses lèvres bafouillent des mots incohérents…
De derrière le trône arrive alors, grotesque sous la perruque blonde et la tunique blanche qu’elle a prises à Hélène, une gardienne goum que suit docilement l’Amazone, perdue dans son rêve.
Et puis la gardienne silencieuse se place en retrait, près du trône…
Ravie, heureuse, l’Amazone s’incline dans la direction de celle qui l’a conduite et reste là, entre Arthur et Amaïa.
Puis elle scande, d’une voix légère :
- Je te chante,
L’Élue à la flèche d’argent, tumultueuse, vierge vénérable, farouche, qui transperce les hommes, qui se réjouit de ses flèches,
Toi, la sœur de l’Élu,
L’Élu à la harpe d’or pur, qui, par les montagnes boisées et les sommets battus des vents, se charme par la chasse, et tend son arc en or, lançant des traits mortels.
Les cimes des hautes montagnes tremblent et la forêt sombre résonne de la clameur des bêtes fauves, et la terre frémit, et la mer poissonneuse qu’Il parcourt : Il domine jusque dans ses abîmes, ses flux sombres qu’Il mate,
Tandis que toi, Ô l’Élue au cœur ferme, allant de tous côtés,
Détruis les Inférieurs.
Les flûtes funéraires, tous bas, très doucement, dans l’ombre de la salle…
Derrière elle Arthur grogne, les yeux fermés, tend les mains :
- Tous, distingue-t-on dans son grommellement, tous… Les Goums et les Malfort, les hommes et les femmes, tous, tous… Il faut les tuer tous…
L’Amazone reprend, extatique :
- Tu l’as dit, Tu l’as fait, Élue au cœur de pierre, aux seins de diamant, aux hanches d’améthyste, au ventre d’émeraude et aux jambes d’ivoire,
Toi, au sexe de rubis, Toi, « la vierge qui se réjouit de ses flèches