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LE HAI II A DISPARU / P2C1E13

P2C1E13 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 13)

  N°92 / LE HAI II A DISPARU / P2C1E13

 
C’est l’histoire où Béatrace lange Tijules et apprend la disparition du Hai II 

 
Mardi 3 mai
11 heures 30
Maison Malfort

  - Allo Béatrace ?
Béatrace a décroché le téléphone rouge de la main gauche tout en retenant de la droite un Tijules frénétique, qui cherche à s’échapper de la table à langer où elle tente de le changer. Plaqué sur le dos, il piaule de toutes ses forces en gigotant des pattes comme une tortue dopée au pot belge qu’on aurait renversée dans un virage. Ce qui perturbe la communication et indispose Béatrace :
- Tais-toi loupiot d’enfer ! C’est du sérieux ! C’est toi Rébéquée ?

 
Le téléphone rouge est raccordé directement à l’ancien QG des Numéros, à Agotchilho, dans ce qui fut le bureau du Numéro Un, et il leur sert de lien aussi direct que secret. C’est pour maintenir ce secret qu’il a été branché dans la petite « maison d’artisan » des Malfort où Arthur et Béatrace ont élu domicile. C’est dire l’importance que revêtent les communications qui s’y échangent. Bien sûr, certains jours, Béatrace et Rébéquée l’utilisent longuement pour échanger des recettes (pour ton vin de prunes, tu mets aussi des feuilles ?) ou pour discuter de leurs amours (Arthur me manque… ; ça, c’est Béatrace. Hélène est tellement heureuse d’attendre son bébé… ; ça, c’est Rébéquée. C’est VOTRE bébé… ; ça, c’est Béatrace à Rébéquée. Tu es un amour… ; ça, c’est Rébéquée à Béatrace. Je sais (rire)… ; ça, c’est Béatrace à Rébéquée. Et ça peut durer des heures). Mais comme elles sont (entre autres) préposées à la garde de la ligne qui ne comporte que ces deux postes et aucune autre connexion, ce n’est que tout naturel et sans aucune conséquence que de passer agréablement le temps à papoter entre copines. 

  Il y a aussi les conversations importantes et « officielles » : état des lieux dans telle ou telle ex-base des Écolocroques par l’Itzal de service, cela peut être Mouye par exemple, pour Thulé ou pour Andøya selon l’endroit où elle se trouve ; demande d’intervention de l’un des rares scientifiques habilités auprès de tel ou tel Goum qui tient la mémoire de telle ou telle époque ; demandes relatives aux possibilités de fourniture de tel ou tel approvisionnement pour telle ou telle région… Dans ce cas, « on » utilise parfois les liaisons satellitaires directes de l’ex-réseau des Écolocroques, qui aboutissent au même bureau dit « du Numéro Un », ou plus simplement N°1, mais sans jamais connecter directement au réseau la ligne « rouge » rigoureusement filaire et étroitement surveillée par les Goums tout au long de son parcours dans le tunnel du « métro ». Il faut toujours passer par un opérateur. C’est là la sécurité ultime à laquelle « on » a eu recours, même si cela impose certaines contraintes. 

 
Bref, rien que du très sérieux.

  Et Tijules poursuit sa sérénade. Béatrace connaît les manœuvres d’urgence : elle lui essuie vite fait le popotin (ce qu’il pue l’animal), enfouit la couche sale dans la poubelle ad hoc, ouvre son corsage et plaque le museau de son fils sur son sein qu’il embouche avec la maestria de Josué à Jéricho.

- Oui, allo… excuse-moi, je torchais Tijules…
- C’est Nouye qui parle…
- Oh… Nouye… Je croyais que c’était Rébéquée…
- Rébéquée est occupée à l’usine, mais la nouvelle est urgente et je devais te la faire passer pour que tu la transmettes…

 
Nouye, en bonne Itzal, n’est ni expansive ni émotive. Mais elle est rigoureuse et sa mémoire est sans faille. Elle est capable de répéter mot pour mot un message complexe d’une heure en conservant ses intonations, ou d’en donner un résumé en quelques phrases. L’expérience a même montré qu’elle était capable de répercuter intégralement un message dicté dans une langue qu’elle ne connaît pas. Un véritable enregistreur. Arthur (Tu me manques, pense Béatrace) l’aurait volontiers embauchée comme secrétaire particulière, mais Nouye préfère vivre à poil parmi les siens. Sa fonction de gardienne lui impose d’ailleurs d’y rester pour veiller à la sécurité de tous.

  - Qu’est-ce qui se passe ?
- On a appelé de Thulé : le Hai II a disparu.

  Long silence de part et d’autre…

Et puis Béatrace demande :
- Qu’en pense Rébéquée ?
- On n’a pas réussi à la joindre, elle a quitté la Boulangerie il y a cinq minutes, elle vient ici, à l’usine…
- Dis-lui de m’appeler dès qu’elle sera arrivée, je préviens les autres, mais ils voudront des précisions.
- Je rappelle Thulé par le satellite…

  Béatrace réussit à finir de langer Tijules sans s’en apercevoir, tellement la nouvelle l’a bouleversée. Le loupiot a dû sentir que ce n’est pas le moment de rigoler, parce qu’il se laisse « débrancher » sans protester, même pour la forme, et clic-clac, pile et face essuyé, lavougné au gant humide, emballé avec sa couche propre dans sa grenouillère bleue ptit lapin (avec un gros pompon blanc pour faire la queue) cadeau de tata Clèm, et zouh ! au parc.

  Et puis elle appelle Victor au journal.

Pas là. Clèm non plus. Ni Eusèbe. Sont avec Ravot. Mouchoir, qui a répondu, ne sait pas où ils sont. 

 
Alors elle appelle Jeanne.

Qui lui dit avoir des infos sur l’hybris et reste sans voix à la nouvelle de la disparition du sous-marin… Oui, je passerai le message dès que je pourrai les joindre… 

  Et puis elle s’assied, Béatrace : non, ça ne va pas recommencer… Mon dieu, Arthur, ce que tu es loin…

  Et elle pleure, Béatrace, sous le regard ébahi de Tijules qui décidément se dit que c’est pas de la tarte d’être grand.
 

RAVOT CHEZ LES GOUMS / P2C1E14

P2C1E14 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 14)


 
N° 93 / RAVOT CHEZ LES GOUMS / P1C2E14

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot découvre les Goums et où tout le monde apprend la disparition du Hai II.

  Mardi 3 mai
11 heures 30
Métro

 
En fait, si Nouye n’a pas pu joindre Rébéquée, c’est parce que celle-ci se trouve déjà à l’arrivée du « métro » où Vic l’a prévenue de sa venue, accompagné de Clèm, d’Eusèbe et de Ravot.

Qui avaient quitté le journal sans croiser Mouchoir occupé en salle de rédaction, et donc sans pouvoir le prévenir de leur destination, comme ils le faisaient d’ordinaire lorsqu’ils se rendaient à Agotchilho.
Du journal, ils sont descendus directement par les archives dans la cave de la petite maison (tout cela communique depuis des temps très anciens : Saint Tignous est une très vieille ville), et de là dans le « métro », où attend toujours un locotracteur équipé de quelques sièges. Le confort s’est quelque peu amélioré.

Le feu vert indique que la voie unique est libre jusqu’à Agotchilho.

Vic a démarré en vitesse lente et a rejoint ses compagnons : le système marche tout seul.

  Les quarante minutes du voyage (à cette vitesse, mais en urgence on va deux fois plus vite !) (mais plus on va vite et plus ça secoue) ont été mises à profit par Victor, Clémentine et Eusèbe pour résumer la première partie à l’intention d’un Ravot ébahi qui a tenté de réunir les fils de ce qu’il savait, donc, de la version publique des évènements, et de ce qu’il découvre. Et qui patauge un peu entre les Numéros, les Chochos, les Goums (faut lui expliquer que ce sont les mêmes puisqu’il n’a pas eu le privilège de lire la première partie, lui), dont personne n’a entendu parler, les menaces nucléaires passées, la catastrophe climatique provoquée, la véritable raison de la défaite des Écolocroques, ses modalités, mais surtout, bon sang, qu’est-ce que c’est que ces Goums !

- Vous les connaîtrez bientôt. Rébéquée, qui a conservé, pour des raisons qui lui sont personnelles, des liens très étroits avec Amaïa, la « Mère » des Goums, lui a demandé de vous expliquer directement qui ils sont… Elle l’a prévenue de ce qui se passe et de la raison de votre présence.
 
Le métro est nettement plus confortable maintenant que les Goums ont adapté la voie après l’avoir prolongée jusque dans la cave de la petite maison. Des arrêts (facultatifs) (programmables, si !) sont possibles au bureau des archives secrètes d’Eusèbe, dans l’entrepôt dit des ogives (sous le monument aux morts de Saint Tignous sur Nivette), à l’aiguillage, qui a été remis en état à la bifurcation vers Marinoval (qu’il arrive que l’on utilise pour divers approvisionnements discrets). Le terminus a été rendu plus accueillant, à la base de sous-marins sous les eaux de laquelle gît toujours l’épave de l’U118 que l’on n’a pas pris la peine de renflouer : l’acide qui l’a inondé et les crabes qui l’ont visité, ont dû faire disparaître les restes de son équipage et ceux du Numéro 3 qui s’y trouvaient lorsque Arthur et Béatrace l’ont coulé d’un coup de locotracteur. 

  Un prolongement du tunnel a même été creusé jusque dans l’usine de transformation, où les unités de déshydratation d’algues et de conserve de crabe ont été enrichies par quelques lignes de fabrication de soupes diverses, selon des recettes basées sur celles des Goums. Cela a permis d’introduire « légitimement » un matériel roulant plus moderne et plus confortable (même si Béatrace et Arthur ont voulu, va savoir pourquoi, conserver l’ancien locotracteur survivant de leurs batailles et qui dort dans l’entrepôt des ogives. Il paraît qu’ils lui rendent visite de temps en temps, mais ils s’arrangent toujours pour y aller seuls, main dans la main, en chantant « Une poule sur un mur… »).

  Rébéquée les attend à l’arrêt de la base sous-marine : pour ce dont il sera question, elle préfère s’installer dans le bureau N°1. Pour le travail quotidien de l’usine, elle préfère celui qu’occupait Hector, qui a été agrandi et qui domine le hall d’arrivée des produits de la pêche : elle peut au besoin y recevoir des visiteurs professionnels, fournisseurs pour la plupart, qui n’ont rien à voir avec les secrets de la base. Pour ce qui concerne les clients, ils sont plutôt reçus à la Marée au Grand Port, dans l’ancienne boulangerie Pain d’Algues qui a été adaptée à son nouveau développement, puisqu’elle assume la distribution mondiale des produits d’Agotchilho, mais gère aussi la redistribution des stocks alimentaires des Écolocroques. Hélène semble avoir admis cet usage nouveau des lieux où elle a vécu avec son ami Hector, dont elle a fini par accepter la disparition. Sa tendresse croissante pour Rébéquée a remplacé sa mélancolie et elle retrouve peu à peu son rire. Sa récente grossesse la comble…

  Allez expliquer tout cela en moins d’une heure, vous…

  Rébéquée est seule sur le quai à les attendre, dans sa salopette blanche de travail. Ce n’est pas parce que l’extraterritorialité vous place hors normes qu’il faut saloper le boulot, n’est-ce pas, et devant l’extension prise par leur production, Rébéquée a voulu faire « tout propre » dans « son usine » où même les Goums ont dû s’habiller de blanc. Une vraie révolution pour eux, mais Amaïa a insisté : personne à poil dans les locaux de production…

 
Arrêt impeccable du locotracteur devant Rébéquée souriante.

On s’embrasse, on se congratule.

- Venez, nous serons mieux au bureau N°1.

  Vic met encore à profit le trajet à pied depuis la base jusqu’au bureau pour expliquer, raconter, combler des lacunes du récit, et il y en a : leur arrivée avec Clèm, leur capture, l’exécution atroce d’Hector (il ne l’aurait pas racontée devant Hélène, et il l’explique à Ravot pour prévenir tout impair éventuel de sa part), le fonctionnement de l’usine, avec les premiers Goums entrevus au travers des baies vitrées de la coursive qu’ils ont rejointe, leur enlèvement à bord du Hai II, les menaces, le chantage à l’encontre de Clèm… le retournement décisif d’alliance de la part des Goums…

 
Rébéquée, qui conduit le groupe, soutient discrètement Clèm qui commence à sentir peser son sixième mois de grossesse. Elle lui parle bas, un bras glissé sous le sien. 

  Eusèbe explique à Ravot comment il a pu feindre d’être captif et donc conforter les Numéros dans leur certitude de victoire. Il raconte leur séjour secret dans le bureau N°1, explique comment a pu être montée l’ultime émission, à partir d’éléments enregistrés, et Clèm, qui les entend dire, se joint à eux pour commenter « la tête qu’ils ont faite » quand on a projeté le montage aux « Numéros » capturés, la colère impuissante du Numéro Un, entravé devant l’écran, lorsqu’il a compris qu’ils avaient perdu la partie qu’ils étaient tellement sûrs de gagner, sa frénésie haineuse devant le sourire écrasant de Clèm tendant la clé de ses menottes à Mouye : « ils sont à vous, je crois que c’est ce qui vous a été promis ». Et Mouye qui annonce froidement au même Numéro Un, blême de rage cette fois, que son père a été bouffé par ses crabes préférés, et son fils dissous dans l’acide, avant de les pousser devant elle vers un destin qu’aucun d’eux n’a depuis cherché à connaître. 

 
Même s’ils ne se pressent pas, ils arrivent au bureau N°1 que Rébéquée ouvre en s’effaçant et en remarquant qu’il faudra songer à rechercher les propriétaires des tableaux…

  Nouye se lève à leur entrée et son visage encore plus froid que d’habitude fait taire immédiatement les bavardages et le brouhaha de l’arrivée :

- Le Hai II a disparu…

 

LE DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE / P1C2E6

P1C2E6 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 6)

 
LE DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE  / P1C2E6

 
C’est l’histoire où le Président de la République prononce un discours empreint de diplomatie, et où Eusèbe Malfort émeut Béatrace par sa détermination.


Vendredi 15 avril
20 heures

La Lanterne

 Eusèbe Malfort, s’est assis à la place d’Arthur, à la place qu’il a si longtemps occupée, à côté de M’me Marty. Jules Mouchoir a le carnet de notes à la main, et deux des meilleurs rédacteurs de la Lanterne encadrent Béatrace. L’enregistreur ronronne…

Françaises, Français, chers compatriotes…

 Le regard solennel, le Président, solennellement encadré des deux drapeaux de la France et de l’Europe, assis derrière son bureau de l’Elysée s’adresse à la nation…

 La fonction solennelle que vous m’avez confiée et que j’ai acceptée avec humilité, enthousiasme et détermination est avant tout un honneur : celui de servir la
France, et donc, de vous servir, chères et chers compatriotes.

Après cette solennelle entrée en matière, alourdie d’une pause dramatique et solennelle, l’air grave, le regard assombri par le poids de ses responsabilités et par le maquillage télé, le Président enchaîne, les deux mains appuyées sur le bureau, prêt à se dresser pour affronter l’adversité et lui bourrer la gueule. Il n’est retenu que par la dignité solennelle de sa charge…

Mes chers compatriotes, c’est la première crise grave que nous devons affronter depuis celle de la vache folle.
  Nous l’affronterons ensemble, tout comme nous avons appris ensemble l’existence de cette menace soudain jaillie du néant pour venir frapper nos fils et nos compagnes, notre territoire,  et le monde tout entier.

Comme vous donc, c’est par la presse que j’ai appris, que mes services ont appris, que nous avons appris l’existence de ce groupe qui, semble-t-il, à première vue, se réclame d’objectifs honorables, mais qui dispose de moyens incroyablement puissants et néfastes dont il se déclare prêt à user de manière monstrueuse.

Comme vous, j’ai appris, mes services ont appris, nous avons appris, que l’on a trouvé, dans la sainte ville de Lourdes, un missile nucléaire, (pause dramatique) nu-clé-aire, mes chers compatriotes, et je pèse solennellement mes mots, prêt à exploser et à rayer de la carte la première ville hôtelière de France et le plus prestigieux, le plus sacré de nos saints lieux de pèlerinage. La sainte ville de Lourdes. La ville sainte de Lourdes. Avec tous ses habitants, sa grotte miraculeuse, ses piscines spécialisées, son château historique, sa basilique, même, sa basilique à plusieurs étages sans ascenseur ! Par miracle sans doute, mais aussi grâce à l’efficacité et au courage des services de déminage de l’armée dont je suis le chef, cette menace a pu être écartée.

Comme vous, j’ai appris, mes services ont appris, nous avons appris le drame de Moscou où un malheureux artiste hollandais a, de sa vie, protégé et sauvé, sauvé, mes chers compatriotes, l’existence d’une collaboratrice russe de notre ambassade. Là encore,
la France se trouve placée au cœur du Drame.

  Comme vous, je me trouve dans l’attente, dans l’expectative.
Dans l’attente d’informations complémentaires, de messages de ces mystérieux Écolocroques qui nous présentent ces faits comme des avertissements ou des preuves de leur capacité d’action, sans encore nous informer de qui ils sont, ni de ce qu’ils souhaitent exactement.

  Comme vous, j’aspire à vivre en paix dans un monde paisible et équitable où règnent la paix, la justice, la liberté, l’égalité et la fraternité.

 
Comme vous, j’attends de savoir quelles revendications vont manifester ceux dont nous ne savons pas encore si nous devrons les considérer comme des amis ou comme de dangereux adversaires…

Comme des amis qui, après s’être fait bruyamment connaître et reconnaître, s’étreignent tendrement, nous tendront la main de la collaboration, pour atteindre à ce monde équitable, équitable mes bien chers frères et sœurs, auquel, comme vous, comme moi, comme nous, ils semblent aspirer, comme des amis inconnus, qui, ainsi que le dit le poète, vous naissent tout soudain et se tournent vers vous, comme des amis qui, forts d’une alliance mutuelle, vont de l’avant vers un même horizon lumineux fait d’entente et de joie, d’harmonie et de paix, ainsi nous rejoindrons-nous…


Il se croit dans la chaire du Pensionnat des Oiseaux, ou il nous la joue Coué ? se demande Eusèbe à haute voix…


Parce que, mes chers compatriotes, je ne peux croire qu’un Idéal É-co-lo-gique qui place ”
la Terre au-dessus de tout ” puisse un seul instant envisager la possibilité de la détruire. Car ce serait la détruire que de recourir aux monstrueux moyens évoqués dans un moment d’égarement, soyons-en sûrs, dans ce que d’aucuns pourraient appeler, pardonnez-moi l’expression, une sorte d’abracadabrantesque « pétage de plombs » idéologique… Et donc, mes bien chers compatriotes, frères et sœurs, c’est pour cette raison que je refuserai d’envisager l’autre terme de l’alternative, qui placerait ceux qui se sont manifestés avec une telle … intensité, dans une position d’adversaires de notre République, et du Monde entier. Non, je ne peux envisager une telle possibilité.


Voilà pourquoi ces appréhensions légitimes qui ont pu être un temps les vôtres en apprenant ces événements devront s’effacer au profit d’une confiance sans faille dans l’avenir et dans vos représentants, confiance qui se trouve résumée en ma personne, en moi que vous avez légitimement élu, confiance vigilante certes, mais généreuse, large, ouverte, face aux angoisses de ceux que leur inquiétude seule a pu pousser à ces extrémités, et que nous avons compris, car je les ai compris, vous les avez compris, j’en suis certain, mes chers compatriotes, nous les avons compris, et que nous aiderons, soyez-en convaincus, mes chers compatriotes, mes bien chers frères et sœurs, à sauver la Terre

, que nous aussi, nous plaçons au-dessus de tout !

 Vive la République, vive la France !

 

Pom, pom, pom, pom, de la Marseillaise…

Clic de l’extinction du poste…

Silence…

Eusèbe se relève, hoche la tête :

- Bien sûr, il ne se mouille pas, ménage chèvre et chou. Et après tout je ne vois pas ce qu’il peut faire d’autre pour l’instant que d’enfiler des perles… Alors, compte-rendu et analyses habituelles pour l’édition de demain. La spéciale est déjà en vente (on se l’arrache, interrompt Arthur) et les journaux télé ont très largement relayé l’événement, on n’a plus qu’à laisser courir… Et à enquêter. C’est ça notre boulot, c’est ça ton boulot, Arthur.

- Notre boulot… ajoute Béatrace qui n’en revient pas de son audace. Faut dire qu’elle a enfilé sa petite robe en jean, « aventurière », mi salopette, mi débardeur, et même mi tout court. Celle qui la laisse libre de ses mouvements (celle que son amant secret appelle ” la pousse au crime “), avec des baskets marron assortis à ses moustaches et des chaussettes de Bécassine de toutes les couleurs.

Et elle enchaîne :
- N’oubliez pas que ce sont mes amis qui ont disparu !
- Nos amis, la reprend Arthur, nos amis, Béatrace.
- Nos amis, appuie Eusèbe qui a décidément du mal à cadrer cette fille. Mais le problème auquel nous sommes maintenant confrontés dépasse celui de leur enlèvement ou de leur disparition. Si tout cela n’est pas un canular…
- Tu sais bien que ce n’est pas un canular, les fusées ne sont pas factices et le sous-marin semble bien réel…
- Oui, bien sûr, mais on a vu des intox encore plus énormes, je le sais, j’en ai monté pendant la guerre… On doit faire comme si, tu as raison. De toutes façons, si intox il y avait, elle mettrait en jeu de tels moyens qu’elle révèlerait un plan d’organisation extrêmement dangereux. Bref. L’affaire dépasse notre petite histoire et nos petites personnes. Et il faudra être prudents, ne pas dévoiler nos projets et surtout pas nos actions…

Il réfléchit un moment, à l’unisson de tous, et puis il reprend :
- Mes amis, comme dirait le Président, à partir de maintenant, nous devons convenir de rester absolument discrets sur tout ce que nous pouvons entreprendre et surtout découvrir ! Pas de publication sauvage, pas de mots en l’air, pas de fuites incontrôlées, pas de tuyaux refilés aux copains !!! Ça dépasserait le cadre de l’imprudence, de l’erreur ou de la faute professionnelle : ce serait criminel. Criminel envers nos amis, criminel envers nous-mêmes et envers le monde entier. Nous devons tout craindre, tout suspecter.
Nous entrons en clandestinité. Il faut en prendre conscience.

  Béatrace, les larmes aux yeux, se lève (sans prendre garde au fait qu’elle découvre subrepticement sa petite culotte rouge), tire machinalement (et inutilement) sur sa robe en jean et d’un seul élan vient embrasser Eusèbe sur les deux joues :
- Merci, Monsieur Malfort ! Je vous jure que tous ensemble, tous ensemble nous y arriverons, nous les aurons !!! Tous ensemble, tous ensemble !!! Ouais ! Ouais !

LES ARMES DU HAI II / P1C2E22

P1C2E22 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 22)

  N°48 / LES ARMES DU HAI II / P1C2E22

 
C’est l’histoire où Victor et Clémentine assistent avec stupéfaction à la terrible démontration de force du Hai II qui révèle quelques unes de ses armes.

 
Nuit du mercredi 20 avril
Hai II

 
Minuit. Les heures s’écoulent lentement à bord du Hai II. Victor referme son ordinateur, Clèm repose son livre… Un jour de plus…
- On va se coucher ?
Lassitude de cet enfermement, de l’air « en boîte » comme dit Clèm, de l’attente… Lassitude de l’absurde subi, de l’impuissance surtout, qui les condamne à cette sorte de collaboration imposée…

 
- Venez, le Numéro Un vous invite à prendre l’air !
Vladimir a ouvert la porte à la volée.
- Ouf, six jours enfermés, je commençais à rouiller, sourit Clèm.
- Et c’est en quel honneur ? demande Vic.
- Je n’en sais rien, suivez-moi…

 
Le sous-marin semble pris dans de vigoureux remous… Le bruit des vagues et le balancement de la coque laissent penser que l’on fait surface.
 
De nouveau, les longues enfilades de coursives étroites du « secteur technique », la salle du PC de navigation couverte d’écrans, de voyants, de commandes diverses…  Les marins assis, silencieux, à leur poste… Le petit ascenseur où Vladimir les guide leur est inconnu. Ils débouchent au sommet de la « cathédrale », sur une vaste plate-forme bombée d’acier épais. D’ici, ils dominent la masse énorme du navire, noire, basse, toute en courbes ventrues.

Le Numéro Un est déjà là. Deux officiers prennent des mesures avec des appareils qu’ils ne connaissent pas.

 
Tout autour du Hai II, la mer est sombre, agitée d’une sorte de remous constant qui transmet son frémissement à la lourde coque. Le ciel parcouru de nuages bas éclairés par une lune glacée semble marcher vers un horizon souligné d’une ligne plus claire, comme si l’eau s’y faisait moins dense.
Pas de vagues. Pas de vent. Il fait froid.

 
Deux panneaux de coque sont soulevés et découvrent deux puits obscurs. De l’un d’eux  émerge la grue qu’ils ont déjà vue à l’œuvre et qui a entrepris d’extraire un lourd cylindre métallique du puits voisin. Ce sont les mêmes cylindres qu’ils ont vu décharger au large de Gibraltar. Le cylindre oscille au bout de son câble, mais ici, aucun Chocho n’y est perché pour guider la manœuvre. La grue pivote jusqu’au dessus de l’eau et le cylindre, décroché brusquement, tombe à l’eau dans un grand éclaboussement. Un autre puits s’ouvre et un second cylindre est lancé à l’eau.
- Bon voyage ! s’écrie le Numéro Un manifestement satisfait.

Le Hai II a frémi : il s’est remis en route, lentement. L’eau reste troublée du même remous qui perturbe toute la zone. Le sous-marin glisse au ras de la surface, silencieux, sans laisser de sillage. Le lieu d’immersion des cylindres n’est plus visible, les dernières traces d’écume disparaissent, comme absorbées dans les profondeurs.

La grue est repliée dans son logement et les panneaux se referment.
- Allons, mes amis, redescendons après ce bol d’air… Suivez-moi au PC, je voudrais vous montrer quelque chose…
 
Revenus dans l’atmosphère de silence studieux du PC, ils suivent le Numéro Un qui rejoint un officier devant une console où s’affaire un marin : sur un large écran verdâtre ondulent des irisations qui montent toutes vers le haut de l’écran, à droite, où elles s’intensifient. Ici et là, des spots de formes et de couleurs diverses, accompagnés d’étiquettes où figurent des chiffres…
- Eh bien, Commandant, où en sommes-nous ?
- Nos suiveurs sont  toujours en approche, Monsieur…

Le Numéro Un se tourne vers Clèm et Vic, Vladimir restant en retrait :
- Je vais vous donner quelques explications, mes chers amis… Vous avez dû trouver étrange que je fournisse aussi facilement des indications à ceux que nous souhaitons soumettre, n’est-ce pas ? Après tout, ce ne sont pas des enfants de chœur et ils sont bien armés. Alors vous pouvez être sûrs qu’après nos petites démonstrations, ils ont tout de suite envisagé de nous écraser sous leurs bombes, de nous investir sous leurs troupes d’assaut ou leurs commandos spécialisés… Et cependant, une chose les retient : nous. La dissuasion que représentent nos deux sous-marins lanceurs d’engins. Nous venons de démontrer leur vulnérabilité. Trois de leurs capitales, Moscou, Washington et Lourdes, auraient pu être anéanties ! Deux capitales historico-politiques et, si j’ose dire, une capitale hystérico-idéologique… Deux l’ont été par missiles, la troisième par « infiltration », et ils vont traquer partout des cinquièmes colonnes fantômes. (Il éclate de rire) Grâces soient rendues aux Chochos du coin !!!

Donc, leur priorité actuelle est de nous traquer et de nous détruire, nous les SNLE, comme ils disent, les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins.

Notre priorité aurait donc dû être la discrétion ! Et cependant, nous leur envoyons des photos, nous faisons surface, nous lançons des missiles « à blanc » dont les départs sont bien visibles et les trajectoires peuvent être reconstituées… Toutes opérations éminemment repérables ! Soyez assurés que leurs satellites veillent et regardent !!! Serions-nous aussi bêtement imprudents ? Bien sûr, le Hai I n’est pas repéré et n’est pas prêt de l’être dans l’Antarctique ou dans le Pacifique où il évolue. Et cela les empêche de nous atomiser de manière spectaculaire parce qu’ils connaissent nos capacités de riposte. Mais ils me savent à bord du Hai II, vous leur avez abondamment signalé, et je vous ai, bien sûr, laissé dire…
 
Donc, ils ont choisi de nous traquer autrement, de nous détruire discrètement… Ils ont lâché à nos trousses leurs SNA, leurs sous-marins nucléaires d’attaque… Parce qu’ils sont persuadés de leur supériorité dans ce domaine… Persuadés de disposer du meilleur matériel, des meilleurs équipages, du meilleur armement… Nous, nous ne sommes que des terroristes, n’est-ce pas ? Un peu plus évolués que les kamikazes de tout poil auxquels ils sont confrontés d’ordinaire, mais limités, limités…. Mon cher Capitaine, expliquez-leur le fonctionnement de cet appareil…

 
- Il s’agit d’un télémagnétomètre, un instrument de détection totalement révolutionnaire. Jusqu’ici, les sous-marins utilisaient surtout des sonars passifs, et nous en sommes bien sûr équipés : ce sont des appareils d’écoute qui identifient les bruits sous-marins et bien sûr les navires. Les sous-marins modernes, comme le nôtre, sont très silencieux. Et ceux de la génération suivante le sont encore plus. Par ailleurs, vous avez dû remarquer le revêtement anéchoïque, qui absorbe les sons émis par les sonars actifs des chasseurs de sous-marins, et qui recouvre la coque. Il est donc difficile de nous repérer ainsi, sauf imprudences, ou durant nos séquences de tir… Et pour nous, il est très difficile de repérer nos adversaires, parce que les SNA ne sont, par fonction, jamais imprudents. De plus, les courants influent sur la propagation des sons et nous sommes dans une zone de turbulences marines…
- Mais, ne peut se retenir de demander Victor chez qui le journaliste est toujours présent, et les radars ?
- Les ondes électromagnétiques des radars ne sont pas utilisables dans l’eau, qui les absorbe très vite. Alors que les ondes sonores s’y propagent très bien : on peut entendre un son jusqu’à une distance de 400 kilomètres sous la mer. Le seul moment où un radar est efficace, c’est lorsque nous faisons surface ou lorsque nous sortons le périscope, ce que nous avons fait pour bien leur confirmer notre présence !!
Le Numéro Un éclate de rire à cette franche plaisanterie…

 
- Donc, reprend le Commandant, nous avons mis au point ce système de détection tout nouveau qui fonctionne en liaison avec l’un de nos satellites, le télémagnétomètre. Schématiquement, il mesure les variations du champ magnétique terrestre en fonction des objets qui s’y trouvent disposés : le magnétisme du fond océanique est mesuré en référence avec ses variations naturelles d’origine géologique, et c’est ce magnétisme qui se trouve modifié par la présence de corps métalliques massifs comme les navires… ou les sous-marins. Leur vitesse est mesurée, la profondeur de leur immersion éventuelle, la direction de leur déplacement, bien sûr, mais aussi les caractéristiques de leur environnement marin : les grands courants provoquent ces irisations que vous observez, qui sont la traduction géomagnétique du mouvement des masses d’eau… Ainsi venons-nous de quitter une cheminée où s’enfonce le Gulf Stream au terme de sa course septentrionale et…
- Nous en reparlerons plus tard, l’interrompt le Numéro Un…
- Pardon, je m’égare…
- Ce n’est rien, (le Numéro Un lui tape amicalement sur l’épaule en souriant) notre Commandant est passionné par son sujet… Reprenez…

  - Oui, ainsi pouvez-vous reconnaître notre Hai II dans ce spot blanc en forme de flèche ; les objets que nous venons de larguer et qui sont maintenant sur le fond par 2400 mètres, marqués en vert comme tous les objets immobiles posés au fond ; les flèches bleues, vous voyez ici deux navires de surface, certainement des cargos, qui naviguent vers l’Est et rejoignent sans doute Rotterdam à une vitesse de 8 nœuds ; et ces flèches rouges, qui viennent de l’Ouest, certainement des Etats-Unis, ce sont deux sous-marins qui se dirigent vers nous par 200 mètres d’immersion et à une vitesse proche de celle que nous atteindrions bientôt, soit 30 nœuds, si nous poursuivions notre accélération. Ils ignorent qu’ils sont repérés alors qu’ils se trouvent encore à plus de cent miles, disons à environ 200 km si vous n’êtes pas familier de ces unités de mesure maritimes. Ils nous suivent pour nous détruire mais ne tenteront rien de visible : pas de missiles, pas d’éclaboussures…
- Ils sont sûrs d’eux et de pouvoir nous atteindre. D’ailleurs nous avons ralenti pour les laisser s’approcher… Nos Murènes sont prêtes, Commandant ?
Le Commandant arbore un sourire vorace :
- Nos Murènes sont prêtes, Monsieur !
- Eh bien… faites !
- Des Murènes ? s’inquiète Clèm ?
- Vous devriez connaître ce poisson des trous rocheux qui dévore les curieux qui le dérangent, reprend le Numéro Un fort réjoui. Elle jaillit de son trou comme l’éclair et frappe ! Encore une merveille de notre centre de recherche ! Ces imbéciles d’Alliés ont pensé s’emparer de tous nos savants à la fin de la guerre… Bref… Nous avons su développer et enrichir ce potentiel…

La Murène donc, est une torpille très particulière qui va cueillir nos adversaires à une vitesse telle qu’elle ne leur laisse aucune chance d’échapper. Mieux, elle est pilotée par notre satellite et sa vitesse la met à l’abri des contre-mesures. Aucun leurre ne la trompe puisqu’ils sont destinés à des types de détecteurs pour nous périmés, et sa charge suffit à ouvrir toutes les coques comme des coquilles d’oeufs.
- Mais, objecte Victor, la vitesse…
- Sept cents kilomètres heure…
- C’est impossible…
- C’est ce que l’on appelle l’hypercavitation. Les Russes ont tenté de mettre au point un système de ce genre, qu’ils ont appelé le Shkvall, bien moins perfectionné que notre Murène : l’engin est entouré d’une bulle dans laquelle il glisse sans frottements et sans traînée. Il est propulsé par une fusée sous-marine. Cela produit un sifflement très particulier que l’adversaire lorsqu’il en a le temps, peut observer, mais pas comprendre ! s’esclaffe le Commandant. Et comme il est en plongée et que ses systèmes de transmission restent limités dans cette situation, alors que les nôtres le sont beaucoup moins, il ne peut même pas communiquer ses observations, continue-t-il très satisfait.
- Et puis, boum ! enchaîne le Numéro Un. Allons-y, envoyez, commandant !
- Stoppez les machines ! Arrière toute position de tir !

Clémentine a pris la main de Victor. Très pâles, ils suivent l’avance des deux flèches rouges qui, du coup, semblent s’approcher plus vite. Ils ont à peine ressenti les effets du freinage provoqué par l’inversion de la propulsion, puis du pivotement du sous-marin dont la flèche blanche se tourne vers les deux autres.
- Notez que nous leur faisons face par panache et pour gagner du temps, mais nous pourrions très bien envoyer les Murènes en poursuivant notre route, les engins changeraient eux-mêmes de cap, précise le Numéro Un.

Les marins assis devant leurs consoles se tendent manifestement dans la fièvre de la bataille imminente.
- Murène 1, Tube 1. Programmez cible 1.
Un point rouge s’allume sur l’écran dans l’étiquette d’identification de l’un des sous-marins qui maintenant s’approche nettement.
- Cible 1 à 80 miles… indique le marin chargé de la console.
- Immersion périscopique, ordonne le Numéro Un, je tiens à ce que nos amis assistent à cette première victoire…
- Merci, ce n’est vraiment pas… commence Clèm, mais une pression de la main de Victor la réduit au silence.
- Silence pour identification, ordonne le Commandant.
Tout semble s’arrêter…
- Inutile, Commandant, répond l’un des marins coiffé d’un casque, identification acquise : deux SNA classe Los Angeles en plongée d’attaque.
- Eh bien, dans un quart d’heure,

la Marine américaine va perdre deux sous-marins remarque incidemment le Numéro Un… En tout, cela doit faire 250 hommes à peu de choses près…
Victor serre la main de Clèm dans la sienne…
- Ouvrez Tube 1 ; chargez Murène 2 Tube 2 et programmez sur cible 2, enchaîne le Commandant. Et puis, avec un regard réjoui au Numéro Un : à vous l’honneur, Monsieur.
Le Numéro Un se redresse et commande :
- Feu !!!
Le marin appuie sur un bouton rouge de son pupitre. Un frémissement.

- Regardez cet écran, mes amis, c’est la vision périscopique…
La mer jusqu’à l’horizon, argentée sous la lune sortie des nuages… Et puis une ligne phosphorescente, un sillage lumineux qui s’éloigne à une vitesse folle…
- Donnez-nous le chant de

la Murène, je vous prie, demande le Numéro Un au marin coiffé d’écouteurs qui bascule un interrupteur.
S’élève un sifflement modulé, harmonieux, entre chant et miaulement, qui s’éloigne lentement en s’affaiblissant. Le marin tourne un potentiomètre pour augmenter le volume du son et le suivre malgré son éloignement.
- Tube 2, feu !
Une secousse légère et sur l’écran du périscope, un deuxième trait lumineux dessine le second sillage.

- Plongée 200 mètres, ordonne le Numéro Un. Ils sont trop loin et trop profond et nous ne pourrions rien voir.
Le périscope s’aveugle et les manœuvres se poursuivent en silence, seulement marquées par la succession brève des ordres. Le sifflement se poursuit, modulé comme une plainte par l’interférence des deux sons.
- Ils ont repéré l’attaque, déclare le marin dont les yeux sont restés rivés à l’écran : ils envoient des leurres et ils plongent.
- Ils doivent se demander ce qui leur arrive : aucun des engins qu’ils connaissent ne se déplace à cette vitesse dans l’eau, observe le Numéro Un.

Le temps s’écoule lentement…

- Impact dans cinq minutes… déclare le marin.
Les yeux rivés à l’écran, tous semblent suspendus à ces deux petites flèches rouges qui marquent la trajectoire des Murènes et qui se rapprochent à toute vitesse des flèches rouges des sous-marins, entourés maintenant du flou d’autres flèches plus petites qui marquent la présence des leurres.

- Impact dans trente secondes…
- Les leurres sont inutiles :

la Murène est calée sur le sous-marin qu’elle vise,  remarque à mi-voix le Commandant.
- Impact dans dix secondes…

Victor serre la main de Clèm et la regarde dans les yeux.

- Impact 1!

Le chant de la première torpille disparaît dans un bruit sourd, profond, brutalement creux, sur lequel se superpose un temps le chant restant du second engin lui-même interrompu par le second impact… Et puis, une succession d’explosions, de sons discordants, grinçants, de coques écrasées, arrachées, déchirées, qui sombrent… Et puis après un temps de silence, les flèches rouges se transforment en points verts… Les épaves, les objets posés au fond… Les épaves… Où gisent 250 hommes…

  Trois coups de sirène dans le Hai II célèbrent sa victoire.

Les hommes se lèvent et crient un triple hourra.
  Le Capitaine fait face au Numéro Un :
- Monsieur, autorisation d’hommage sollicitée.
- Autorisation accordée.
Trois nouveaux coups de sirène, l’équipage se fige au garde-à-vous :
- Hommage rendu aux marins morts, crie le Commandant.
- Hommage, hommage, hommage !! scande trois fois l’équipage.
  Le Numéro Un se tourne vers Victor :
- Allez vous reposer, nous en reparlerons à Thulé…

ARNAUD BOUFIGUE CONTINUE DE PARLER / P1C3E15

P1C3E15 (Partie 1 / Chapitre 3 / Episode 15)

  N°63 / ARNAUD BOUFIGUE CONTINUE DE PARLER / P1C3E15

 
C’est l’histoire où Arnaud Boufigue continue de parler et où il annonce l’intervention de Finette de Sainte Fouillouse tandis que Mouchoir fait preuve d’initiative.
 
Jeudi 21 avril
22 heures

La Lanterne

  Bien sûr, Arnaud Boufigue n’a pas fait beaucoup de difficultés pour « se mettre à table ». Pourquoi en aurait-il fait ? Il est plutôt fier de son action, il a rempli son contrat, n’était cette opposition brutale (armée !!! vous vous rendez compte ?) des Malfort, mais il n’avait pas prévu qu’un Arthur resterait en réserve, et là, il n’a pas de consignes et il doit improviser. Or, il n’a pas été « formé » à l’improvisation poussée à ce point, et il propose d’en référer à ses supérieurs, de prendre des instructions pour…
Arthur hausse les épaules et le laisse à la garde de Mouchoir, le temps d’aller téléphoner à la « base Chocho ».

  Alors, Arnaud Boufigue a bien essayé de convaincre Mouchoir de…, mais il s’est attiré une réplique méprisante et acerbe. Écœurant.

  - Un petit travail pour vous, Mouchoir, lui annonce Arthur en a parte à son retour : il va falloir accueillir la « collègue » de notre ami, qui va venir ouvrir son bureau de recrutement. Je n’apparaîtrai nulle part et ce cher Arnaud restera ici avec nous. Il sera « rédacteur en chef » officiel, chargé bien sûr de fermer sa grande bouche sous mon contrôle absolu, et je promets de le découper en rondelles fines s’il ne joue pas le rôle que je lui ai attribué, mais il devra, et j’insiste sur le mot, nous conseiller sur ce qu’il faut dire ou taire pour ne pas attirer excessivement l’attention de ses commanditaires. Et cela jusqu’à ce que nous y voyions clair dans leur jeu.
J’ai communiqué les renseignements qu’il nous a fournis si aimablement à nos amies et à mon père. De leur côté, elles nous transmettront toute information nouvelle qu’elles recueilleront et nous en ferons la synthèse. Il ne semble pas que cela doive durer très longtemps. Les commanditaires de ce monsieur préparent quelque chose et…

  Il est interrompu par le téléphone… s’éclipse, revient en lisant à Arnaud Boufigue les notes qu’il a prises pendant la nouvelle communication de Rébéquée :
- « Deux sous-marins US coulés par Hai II. Lancement fusée opération Alu prévu demain 18 heures Thulé et Chonos. Annonce télé sera faite par Malfort demain 13 heures. Retransmettre  rapport Arnaud Boufigue sur résultats obtenus. » J’attends des explications.

- Je ne peux pas tout expliquer, vous savez, je ne suis qu’un technico-commercial. Chargé d’une mission précise et qui d’ailleurs n’a rien de secret, c’est pour cela que je vous réponds volontiers. Bien sûr, mes actions peuvent paraître sortir de la légalité. Mais de la légalité actuelle. Bientôt, lorsque nous dirigerons le monde, elles apparaîtront comme tout à fait normales. Et vous devriez en tenir compte dans votre comportement à mon égard. Votre père a été écarté pour que sa présence n’interfère pas avec le rôle qui lui est dévolu, mais il n’a subi aucun préjudice physique, il a seulement été endormi. Il avait besoin de repos d’ailleurs, ces tensions opératives ne sont plus de son âge, vous le savez, Arthur, si je peux me permettre cette familiarité…
- Vous ne pouvez pas.
- Excusez-moi… Arnaud Boufigue lui lance son sourire le plus sympathique et le plus professionnellement ouvert.

- J’attends toujours vos explications. Il y a quatre éléments dans le message de votre centre :
Deux sous-marins coulés ? Qu’en savez-vous ?
- J’en ignore tout. En revanche, je suis très étonné : d’où tenez-vous ces informations, et où sont ces amis et votre père, qui …
- Ne nous faites pas perdre de temps : c’est moi qui interroge et vous répondez. Profitez de ce que nous avons encore besoin de vous, mon vieux, collaborez, mais avec nous et surtout pas avec les Écolocroques, ou vous ne connaîtrez jamais la fin de l’histoire. Vous ne m’inspirez aucune compassion et encore moins de sympathie.  Je ne parle même pas de confiance. Vous êtes un opportuniste intéressé qui devrait bien penser que c’est nous qui vaincrons vos… patrons, quoique vous en pensiez. Et nous sommes de toutes façons du bon côté de la mitraillette. Alors, répondez à mes questions, un point c’est tout. Donc vous ignorez tout des sous-marins coulés.
- Absolument tout. Je suis « agent de surface ». C’est la qualification qui m’a été donnée et en tant que tel, je ne connais que les instructions qui me concernent. Bien sûr, je sais que notre force de conviction, qui correspond à votre force de dissuasion, repose sur deux sous-marins nucléaires à bord de l’un desquels se trouvent d’ailleurs deux de vos collègues, mais je n’en sais pas plus que vous. Je vous ai parlé du centre de formation que j’ai fréquenté en Finlande, à Andøya, près de l’une de nos bases que je n’ai jamais vue. Je sais qu’il existe une autre base près d’ici et que la base principale est au Groenland. Mais je n’y suis jamais allé. Et ces bases sont maintenant reconnues internationalement, si j’en crois la déclaration des Nations Unies. A part ce que je connais d’Andøya, qui ressemble à n’importe quelle école finlandaise isolée dans la nature, je n’en sais pas plus que vous. Je peux seulement imaginer que deux sous-marins US sont venus chatouiller l’un des nôtres et qu’ils ont été coulés, mais c’est tout.

- Soit. L’opération « fusée Alu »?
- Jamais entendu parler.

- L’annonce télé de demain 13 heures ?
- Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais je pense qu’une intervention de votre père aura lieu demain. Nous n’avons plus besoin de lui pour le faire parler, vous le savez. Peut-être cela concerne-t-il les deux points précédents ?

- Votre rapport sur les résultats obtenus ?
- Cela me concerne : je dois envoyer un compte-rendu quotidien de mes actions. Cela rejoint l’ouverture de la cellule de recrutement. Ma collègue Finette de Sainte Fouillouse doit arriver demain matin à la première heure et je dois l’accueillir et la présenter au Maire qui met le local à sa disposition. Elle vient dans un fourgon chargé de matériel pédagogique, affiches, livrets de présentation, cartes d’adhérent, ordinateurs, imprimantes, etc.… Si je n’y suis pas…
  Arthur hoche la tête. Il est vrai qu’il y a là un problème : il n’est pas question de laisser filer le bonhomme, mais l’impératif majeur reste de ne pas inquiéter les Écolocroques.

- J’irai l’accueillir de sa part, intervient Mouchoir. Et Arnaud Boufigue sera retenu par son travail ici même. Il pourra téléphoner (sous notre contrôle étroit), à ses complices (Arnaud Boufigue a un geste de protestation devant le mot) : au maire d’abord, et aussi à cette Gertrude et à Varochaix, pour mettre les choses en place, il « écrira » ses articles et ses comptes-rendus qu’il transmettra comme il le voudra (toujours sous notre surveillance, bien sûr), et comme si tout se passait bien pour lui, jusqu’à ce que la situation soit assez clair pour que nous sachions quoi faire…

- Bravo, Jules, c’est LA solution, s’écrie Arthur. C’est bien vu, on fait comme ça. A quelle heure arrive cette jeune personne ?
- Elle devrait être là vers huit heures demain matin devant la mairie et m’appeler au portable, répond Arnaud Boufigue.
- Vous lui direz que vous êtes retenu et que vous lui envoyez un agent recruté sur place. Après tout, ils devraient vous connaître, Jules.
Qui rougit en baissant la tête…
- Votre erreur passée se révèle précieuse, lui souffle Jeanne qui sent bien que la moindre allusion à sa faute le blesse profondément.
- Vous nous êtes indispensable maintenant. Assumez, Jules, nous avons besoin de vous. Il faudra savoir jouer au traître avec assurance.
Jules redresse la tête :
- Vous ne craignez pas qu’avec ma patte folle…
- C’est de votre tête que nous avons besoin. Votre patte suivra, j’en suis sûre, lui dit Jeanne en lui tapant sur l’épaule.

Et Jules rougit cette fois de plaisir en grimaçant un peu : c’est vrai que ce fichu Dragon a de la poigne !
Et il a encore une idée :
- Pourquoi Boufigue ne téléphonerait-il pas au maire pour qu’il prévienne cette personne ? Il va sûrement la rencontrer… Comme ça, je pourrai rester travailler ici…
- Et on a besoin de vous, conclut Arthur. Continuez à trouver des solutions et je vais pouvoir prendre des vacances…
 

TABLE DES MATIÈRES / DEUXIEME PARTIE / CHAPITRE 1

TABLE DES MATIÈRES / DEUXIEME PARTIE / CHAPITRE 1




CHAPITRE 1




N°79 / C’EST LE TITRE / P2C1E0
C’est l’histoire où commencera la Deuxième Partie.

N°80 / LE TAPAS’EMBAL’ / P2C1E1

C’est l’histoire où Begoña-Conception  et sa sœur, Gerañum-Assomption, recherchent des saucisses. On découvre le système Super-Troc.

N°81 / LES DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E2

C’est l’histoire où l’on revient sur feu Déodat de Sainte Fouilleuse et son cousin Hilarion-Jovial et où il est question de Super-Troc et de Grande Distribution.On parle aussi un peu de Finette.