logo

LES OURS BAISAIENT LES CRABES


TONTON RASPOUTINE PROPOSE

    1) UN NOUVEL ÉPISODE DE SON FEUILLETONTON :

N°224 / LES OURS BAISAIENT LES CRABES / P3C2E35
 

C’est l’histoire où, tandis que le foutage exalte les jeunes, la Vieille (qui connaît son Alcofibras) explique l’histoire du clan des Ours.

C’est la suite de :

N°223 / RETROUVAILLES / P3C2E34

 
C’est l’histoire où la fin de 40 000 ans de chasteté forcée se concrétise de manière forcenée.


Qui est la suite de :


N°222 / LA RENCONTRE / P3C2E33

 
C’est l’histoire où Frère Jean des Entonnoirs est conduit à Agotchilho et où il rencontre Amaïa, ce qui lui fait un drôle d’effet.

Humevesne et Suceprout sont présentés ici (lien)

Note consacrée à Frère Jean, en Pages, c’est ICI

Nous découvrons le portrait ému que Tonton Marcel a fait de Frère Jean des Entonnoirs :

clocloorson


Sur Jean Raine, c’est ICI qu’il faut regarder (lien)

Et tant qu’on est dans la peinture, Philippe Jonneskindt, vous connaissez ? (lien)

 
 
Il est bon, par ailleurs, de toujours en revenir aux fondamentaux :


  Une méditation sur la pétologie comparée des sauropodes et des Martiens et leurs conséquences théologiques se trouve ici : 

 
DE LA SOUPE / P3C1E37. 

  Et un rappel de la biographie d’Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, de sa sœur Ordegale-Junie et de leur Méthode à 6000 se trouve sur le
présent lien.

 
On y trouve des liens de rappel pour ceux qui ont pris le train en marche. 

  2) LES DISTRAITS TROUVERONT ICI :

 
LE RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

  Et ici

 
LE RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

  3) RECHERCHEZ ET RETROUVEZ LES AUTRES ÉPISODES PAR
 

LA TABLE DES MATIÈRES

  Si vous avez faim, la Gastronomie, c’est encore ICI :

 
PETIT GOÛT DE NOISETTE (1) / P2C3E15b

  4) ON TROUVE EN « PAGES »

  Le résumé de ce que nous avons à ce jour découvert sur

 
EDVIGE ET LE VIKING DE CHALOSSE,

LES HOMMES POLITIQUES, (là, il y a du nouveau : on s’intéresse aux rapports entre Barbe et Politique !)

 
LE PEUPLE GOUM.

  5) SANS OUBLIER
 

la PRÉSENTATION
de TONTON RASPOUTINE

  et sa GÉNÉALOGIE

 

  Cliquer sur les liens pour les suivre

LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

P3C1E2 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 2)

  N°147 / LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

 
C’est l’histoire où le commissaire prend son petit déjeuner et où nous apprenons des choses sur le passé de Mado. 

  Mercredi 8 Juin
7 heures 30
Chez Mado

  Mado semble morose. Elle n’a pas digéré « de s’être fait enlever deux clients sous le nez ». Ça lui donne des aigreurs d’estomac. Elle déteste les aigreurs d’estomac.

- Vous n’avez rien à vous reprocher, Mado, la réconforte Ravot lorsqu’elle lui fait part de ses rancoeurs en lui apportant un petit café, le temps qu’elle prépare ses tartines (deux tartines saindoux gros sel et une tartine camembert coulant avec un bol de café au lait trois sucres quand il est seul et qu’il a le temps de déguster. C’est son petit déj’ d’avant l’effort. Sinon, deux croissants et expresso).
- Je sais bien commissaire, mais je peux pas empêcher. C’est la conscience professionnelle qui parle : le client qui est entré est un client sacré ! Surtout ces petits jeunes. Je les aimais bien. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu leur faire ces malfaisants de carnaval ?
- Je ne voudrais pas paraître pessimiste Mado, mais j’ai beaucoup de craintes. Beaucoup de craintes… Cela dit entre nous, bien sûr…
- Bien sûr. Mais si je les retrouve ces deux gangsters… Je ne parviens pas à me souvenir vraiment, mais il me semble que je les ai déjà vus quelque part…
- On pense qu’ils sont allés vers Bordeaux, mais… Tenez, je vais vous dire Mado, après tout, vous entendez parfois des choses et je vous fais une confiance absolue : on a retrouvé un camion de chez Lartigo brûlé sur l’aire de Cestas… Je crains qu’on ne les ait…
- Ces camions dont on a parlé aux infos régionales de ce matin ?
- Je ne sais pas, je ne les ai pas écoutées. Je le sais par la gendarmerie…
- C’est vrai que vous devez être informé… On disait qu’il y avait un camion d’essence et un camion frigorifique… Les chauffeurs n’auraient pas eu le temps de sortir parce qu’ils faisaient la sieste, et on les aurait retrouvés carbonisés…
- Et il y avait aussi un vieux J7 entre les deux… Mais… Je ne pense pas qu’il s’agisse des chauffeurs : le camion d’essence avait été volé et le camion frigo déclaré volé lui aussi, et ce matin, par l’usine de Bordeaux où Tapas’Embal’ transfère la ligne de fabrication qu’ils démontaient hier quand on a fait la perquisition : c’était la partie du stock de saucisses que je cherchais. Tout a brûlé, bien sûr…
- Mais alors… les chauffeurs…
- Eh oui, je vois que vous pensez comme moi… Mais je n’ai pas encore de preuve qu’il s’agit de nos amis…

Mado reste là à réfléchir, hoche la tête et se lance :
- Ecoutez, commissaire, je ne parle jamais de ce que je fais quand je ne travaille pas…
- Il est rare que vous ne travailliez pas, et cela ne regarde effectivement personne…
- C’est bien pour ça. Mais je pense que vous en savez peut-être quelque chose…
- J’en ai une vague idée, mais cela ne me regarde pas…

Mado a un petit sourire…
- J’évolue parfois dans un milieu assez… particulier de Bordeaux. Un milieu où l’on aime parfois se travestir…
- C’est ce que je pensais…
- Et j’y ai une certaine réputation…
- Une bonne réputation, Mado, une bonne réputation… Même Lepif ne vous a pas reconnue… Et pourtant, quand on était à Paris… On ne vous appelait pas Mado à l’époque…

Mado se met à rire :
- Et vous ne lui avez rien dit…
- Et je ne lui dirai rien !
- Merci commissaire, je sais que je peux compter sur vous, mais je ne crains rien de Lepif, c’est un brave type… Même si…
- Mais vous lui en avez fait voir !!!
- Rien de méchant, commissaire, des blagues de collégien…
- Il n’a quand même pas oublié le jour où vous l’avez déculotté en plein Bois de Boulogne pour lui passer la bite au cirage bleu parce qu’il vous avait confisqué votre perruque la veille !

Mado éclate de rire :
- On ne confisque pas sa perruque à une dame ! Le lendemain je partais au Brésil pour me faire opérer, en principe, je ne risquais pas de le revoir ! Ça m’a fait tout drôle de vous retrouver ici.
- Et je vous ai reconnue tout de suite, mais, chutt. Cela restera notre secret…
- N’empêche, commissaire, j’ai déjà rencontré les deux nuisibles qui ont fait ça. Ils m’ont donné l’impression d’être déguisés… Et les déguisés, ça me connaît. Surtout ceux de Bordeaux où j’ai quelques habitudes, si vous voyez ce que je veux dire…  Même si ce n’est pas à Bordeaux que je les ai vus… Alors, moi aussi, je vais faire quelques recherches, passer quelques coups de téléphone…
- Soyez prudente, Mado, ils sont très dangereux…
- Vous me prenez pour une Enfant de Marie ? Allez, je vous prépare vos tartines…

Mado en Enfant de Marie, c’est trop pour Ravot que s’étrangle de rire au moment où Lepif pousse la porte.
 
- Déjà en route, Lepif ?
- Oui commissaire. Je vois qu’il y a de l’ambiance ! Moi, cette histoire ne me plaît pas et…
- …et ? Allez, Lepif, dites ce que vous avez sur le cœur !
- Et je ne comprends pas pourquoi vous avez laissé comme ça la bride sur le cou de Pélot ! C’est lui qui nous a doublés chez Lartigo !
- Evidemment. Ou plutôt, qui est allé parler au maire qui a prévenu Daniel Forpris qui a prévenu la Vorme, qui a appelé le maire au secours. Et l’une des employées de la mairie a prévenu Hilarion-Jovial, ce qui fait qu’on a retrouvé tout le monde chez Lartigo avant-hier ! Je pense aussi que c’est lui qui a identifié Jo et Ted quand ils nous ont apporté les implants : il est arrivé alors qu’ils partaient… Et il s’est empressé de dire au maire que ces deux braves garçons devaient espionner pour nous. D’où leur disparition…
- Mais alors … ?
- Mais alors, il doit savoir qu’il est grillé, puisque vous l’avez coincé dans la cahute du gardien, et j’ai eu beau tenter de le rassurer, il va se montrer prudent. A moins qu’il ne continue à nous prendre pour des billes, ce qui serait parfait, mais invraisemblable… Il va donc dire au maire qu’il restera discret pendant quelque temps et le maire expliquera que son indicateur auprès de nos services, l’inspecteur Pélot, va se tenir à carreaux pendant quelque temps. Tout comme Madame de la Vorme Séchée, qui se trouve prise entre deux feux et aurait certainement préféré rester prisonnière entre nos mains plutôt que de nous avoir aidés, comme je me suis grossièrement efforcé de le laisser entendre.
- Et ça va donner ?
- Wait and see, Lepif, wait and see… J’ai donné un coup de pied dans la fourmilière… Mais en attendant, je voudrais vous charger d’un tout petit travail : vous vous souvenez de ce bateau qui a embarqué les voitures, au port de Bayonne le soir de la disparition de Luis…
- Un cargo à destination de

la Côte d’Afrique. Navire chilien sous pavillon de Malte, je m’en souviens. C’est la capitainerie du port qui me l’avait indiqué.
- Voyez avec eux si vous pouvez l’identifier et retrouver ses escales…
- OK boss…

Mado apporte à Ravot son plateau de petit déj’
- Et voilà pour le commissaire : deux tartines saindoux gros sel, une tartine camembert coulant, et un bol de café au lait trois sucres ! Un café inspecteur ?
- Oui, merci, Mado… Mais, commissaire, je ne comprendrai jamais comment vous pouvez avaler ça…
 

RETOURNEMENT DE VESTE

P3C1E5 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 5)

  N°150 / RETOURNEMENT DE VESTE / P3C1E5

 
C’est l’histoire où Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, conseiller en matière d’économie électorale, tente de se concilier les bonnes grâces d’Eusèbe Malfort.

  Mercredi 8 juin
13 heures

La Lanterne

  Le téléphone…

Victor décroche :
- Oui, Toto ? Qui ? Ah bon ! Manque pas d’air !!! D’accord je le préviens. Fais le patienter, je te rappelle… (il repose le combiné) Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse voudrait rencontrer Monsieur Malfort en tête à tête…

Eusèbe commence par hausser les épaules et puis :
- Dis à Toto de l’envoyer dans cinq minutes dans la salle de téléconférence, et toi, Mouchoir, tu enregistres ce qu’il aura à dire et tu le transmets ici sur l’écran…

  La salle de téléconférence a été aménagée dans le petit bureau où quelques lignes « discrètes » étaient reliées à Agotchilho et à divers points chauds, voici deux ans. L’évolution de la situation a renvoyé ces lignes dans le bureau directorial d’Arthur et de Victor, lui-même transformé en salle de conférence permanente. Trois caméras et trois écrans permettent maintenant à six interlocuteurs, trois ici et trois ailleurs, de discuter ensemble depuis tous les points du monde qui se trouvent couverts par un satellite de communication (et, ajoute Jeanne lorsqu’elle doit utiliser le système, lorsqu’il y a du courant et que les lignes locales ne sont pas coupées par le neige) (ce à quoi Eusèbe rétorque qu’elle fait preuve de mauvais esprit et de nostalgie déplacée pour son standard à fiches) (ça se termine le plus souvent en bataille (simulée) (doucement quand même, on n’a plus vingt ans (parce qu’à vingt ans c’était « à quatre pattes d’ici je te la ferai voir ! »), et en rires).

  - Ah ! Monsieur Malfort ! Quel bonheur de vous voir après tous ces évènements… contrariants. Mon dieu, comme j’étais inquiet, si vous saviez…
- Que voulez-vous ?
- Vous avez de beaux écrans… Une belle installation…
- Je vous ai demandé ce que vous vouliez.
- Je voulais … Comment dire… Vous assurer de tout mon soutien, si, si… Je sais que cette période est difficile pour vous, la disparition d’Arthur, cette campagne menée contre vous… Mais je vous assure qu’aussi bien ici que dans mes fonctions de Conseiller, j’ai toujours pris votre défense et souligné votre rôle exemplaire, votre grande probité intellectuelle, votre talent pour créer l’évènement…
- Bref ?
- Je… je m’étonnais de ne vous avoir jamais vu au restaurant du Marengro et je me proposais de vous y inviter, pour un repas en famille, avec mon épouse et mes enfants… qui vous admirent tant… avec ma sœur Ordegale-Junie, de si bon conseil… et même son mari, ce pauvre Lebièvre…Une légende, je leur dis toujours : Monsieur Malfort est une légende…
- Attendez, attendez… Je crois me souvenir de vous avoir rencontré… N’était-ce pas hier ? Ou bien avant-hier ? C’était avant-hier, lors de la première perquisition du commissaire Ravot chez Lartigo, Monsieur de Sainte Fouillouse, et il me semble qu’alors j’incarnais une presse qui ne correspondait pas à l’idée que vous vous en faisiez, le Maire et vous. Vous désiriez tirer au clair cette « vindicte » qui frappait une entreprise exemplaire exposée, voyons si je me souviens…
- Oh, Monsieur Malfort, c’est un malentendu !!!
- … exposée à la collusion d’un groupe de presse et d’intérêt pour le moins louche… Je pense avoir conservé un souvenir très précis de votre indignation d’alors, tout comme je me souviens de ce manche à balai entre vos mains, dont vous frappiez ou tentiez de frapper ces malheureux policiers venus défendre nos locaux…
- C’est un malentendu, je le répète et croyez-le bien, dans les deux cas, j’étais venu en défenseur du droit, m’interposer entre des manifestants inconscients ou manipulés par je ne sais qui, et vous, pour défendre la liberté absolue qui doit être laissée à la presse, dont vous êtes l’honneur même (à propos, avez-vous reçu la Légion d’Honneur ? Je peux…) dont vous êtes l’Honneur même, Monsieur Malfort, je le jure sur la tête de mes gosses et sur celle de ma sainte femme de mère, et sur celle de mon épouse respectée, et pourtant elle n’est pas toujours très rigolote, hein, et aussi de ma sœur, Ordegale-Junie, de si bon conseil, et même de ce pauvre Lebièvre, tenez, mais je n’avais pour objectif que de m’interposer, et chez Lartigo, de m’informer sur ce qui se passait au sein de cette entreprise, si cruellement frappée en ce jour de deuil qui d’ailleurs nous frappe tous, Monsieur Malfort, et cette pauvre Madame de

la Vorme Séchée, la pauvre femme, si bonne, si fraîche… frappée, elle aussi, injustement, oh combien ! Si morte maintenant, mon dieu, quelle horreur, ce que c’est que de nous, alors, demain soir au Marengro ? J’ai prévenu le chef et fait frapper le champagne.
- Dehors !
- Mais Monsieur Malfort !
- Dehors !
- Vous êtes très occupé, je le comprends fort bien, mais soyez assuré de ma haute considération et de mes sentiments respectueux pour la presse, que dis-je,

la Presse, dont, comme le dirait ma sœur, Ordegale-Junie, de si bon conseil,

la Presse dont, donc, tel l’ongle sur le doigt, vous incarnez la part tout à la fois la plus dure et la plus incorruptible, Eliot Ness et Citizen Kane réunis en un seul homme, un seul Homme, que dis-je, la part la plus sensible, la plus juste, la plus émouvante, la plus délicate ; et l’on m’arracherait le cœur plutôt que de me faire dire le contraire…

  Une main plaquée sur le cœur, depuis le moment crucial de son évocation tragique, et l’autre levée vers le ciel, en pleine déclamation, les yeux remplis de larmes, bouleversé par sa péroraison, Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, au comble de l’émotion, s’octroie un silence dramatique, puis tend les deux mains vers Eusèbe muet qui recule d’un pas, stupéfait…

  - Vous serez toujours le bienvenu à la maison, soyons amis, oublions ces malentendus (il traîne sur le « u », flûtant du museau, les paupières mi-closes)…

Mais il va me rouler un patin, ma parole, se dit Eusèbe qui fronce le sourcil en continuant de reculer, et ouvre la porte derrière lui :
- Toto ? 

 
Toto, qui était resté dans le secteur, s’approche :
- Oui Patron ?
- Raccompagne Monsieur. 

  Lorsqu’Eusèbe rejoint le bureau directorial, il est salué par un vaste éclat de rire. Lui-même doit reprendre son souffle :
- Le guignol cherche à bouffer à tous les râteliers, et il doit commencer à voir que celui des saucisses est un peu faisandé… 

  Ravot cependant semble moins réjoui :
- Tout prudent et ficelle qu’il peut vouloir se montrer, il n’en a pas moins cogné du bâton sur des policiers en service, ce qui constitue un délit sérieux, et il le sait… Il y a là quelque chose qui m’échappe. On en revient toujours à cette idée : ils étaient en manque et ils ont agi poussés par le manque ! C’est ce que me disait « cette pauvre Madame de

la Vorme Séchée » avant de succomber.

  Téléphone.

Mouchoir décroche :
- On demande le commissaire, de la part de Martial…
- Oui, Martial ?
- Commissaire, Daniel Forpris n’est nulle part. J’ai fait lancer un avis de recherche. Sa voiture est garée à deux rues d’ici mais il n’est pas rentré à C’est tout naturel. Mieux, il y est remplacé depuis ce matin par un certain  Edgar Maupuis, qui était paraît-il son second depuis un mois, lorsqu’il a lui-même remplacé Arnaud Boufigue.
- Lance un mandat Interpol… Deux directeurs du même magasin en un mois, ça commence à faire beaucoup… Et vois si quelqu’un a remarqué quelque chose à l’endroit où la voiture…
- C’est fait, patron, enquête de voisinage : une mémé qui regardait par la fenêtre l’a vu se garer. Mais ce qui l’a surtout frappée, c’est la fille qui est sortie de l’arrière de la voiture, en petite tunique à jupette avec des espadrilles et un gros tube en bandoulière… Ils se sont précipités tous les deux, la fille et le conducteur, dans une camionnette garée tout près, et ils ont démarré tout de suite… La fille est montée à l’arrière…
- Sans doute pour se changer, observe Ravot…
- C’est ça qui l’a fait remarquer par la mémé : une tenue pour la plage ou le tennis, qu’elle a dit. Mais elle a pu décrire une fille blonde et jolie, bien foutue, grande, l’air sportif…
- Plan Epervier ! Une camionnette avec Forpris et une blonde. Préviens les gendarmes, tiens, appelle directement Buchmol, à Marinoval, de ma part, qu’il lance le bazar de son côté, procure-toi un portrait de Forpris et relève les empreintes de la fille dans la voiture, s’il y en a, parce qu’elle a tiré avec des gants. Au boulot, moi je suis occupé ici…
- Patron, intervient Lepif, j’ai une idée, pour la drogue…
- Oui ? Confisquer toutes celles qui sont en circulation chez les gusses qu’on a identifiés dans la manif, Varochaix et les autres, et demander à Amélie de rechercher s’il y a des différences avec ce qu’elle a déjà analysé. Ils les ont peut-être trafiquées différemment pour les rendre enragés !
- OK. Tu t’en occupes. 

  Rébéquée tapote l’épaule d’Hélène :
- Et si on retournait voir notre amie Birke ? (P2C3E12)
 

L’ÉPOUSE / P3C1E6

P3C1E6 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 6)

  N°151 / L’ÉPOUSE / P3C1E6

 
C’est l’histoire où Arthur retrouve Arnaud Boufigue et Finette de Sainte Fouillouse, devenue l’Épouse de l’Élu, qui, mystérieusement, semble vouloir l’aider.

 
Mercredi 8 juin
Le matin
Harpie

 
Ça recommence, se dit Arthur en sentant la terrible catatonie le saisir de nouveau, comme une onde de glace qui l’investirait d’une seule pulsation…

 
Il a bu le café que le marin-gardien-infirmier-serveur lui a apporté, comme il le fait tous les « matins ».

Il a obtenu que l’éclairage de l’infirmerie où il reste confiné soit modulé selon un rythme nycthéméral artificiel (nictaméral, comme dit Béatrace quand elle s’explique savant avec Amaïa au sujet de la vie souterraine), et c’est le matin. 

 
Mais la dose qu’on lui a fait prendre est sans doute moins forte qu’en Omphalie, puisqu’il a eu le temps de reposer sa tasse avant de se figer.

 
Le marin est ressorti en emportant le plateau du petit déjeuner intact, mis à part le café qu’Arthur a imprudemment avalé (mais il est vrai qu’à moins de mourir de faim et de soif, il est bien obligé de consommer ce qui lui est apporté). 

 
Le mataf devait savoir ce qui allait se passer. Celui-là, se dit Arthur, si je peux retrouver mes forces assez tôt, je te vais me le faire vilain. Il n’aura pas besoin de drogue pour se tenir tranquille quand j’en aurai fini avec lui. 

 
Tiens, c’est comme le Vladimir… Justement, il arrive, bien sûr… J’espère que ça ne va pas recommencer ! On ne sait jamais avec ces gugusses… Des fois qu’ils voudraient jouer encore et encore aux Amazones et à Bitenor… Connards…

 
- Mon cher Arthur, je sais que vous m’entendez et que vous comprenez ce que je vous dis. Il est concevable que vous soyez inquiet, après ce que l’Élue vous a infligé (ricanement). Je vous rassure : je n’ai aucune intention perverse à votre égard (éclat de rire) : Bitenor n’entre ni dans mes plans, ni dans mes ordres, si j’ose dire. Simplement, vous commencez à récupérer un peu de cette santé robuste qui pourrait vous rendre redoutable, et je tiens à ce que votre transfert en Harpie s’effectue sans incidents. Vous resterez donc sous Catatonine (c’est le nom de cette drogue que vous avez absorbée dans votre café) pendant les quelques heures nécessaires à votre arrivée et à votre installation là-bas. J’ignore quel sort vous a réservé l’Élu, mais je doute qu’il vous livre à ses Amazones : il aurait tendance à se les réserver, même après qu’il ait épousé… Mais je ne vais pas vous ennuyer avec ces mondanités. Nous sommes arrivés à destination et le Hai II est arrimé au fond, dans son berceau de stationnement. Nous attendons le raccordement au sas de Harpie d’un instant à l’autre.
 
Le marin qui escorte Vladimir soulève le bras d’Arthur qui se lève mécaniquement, le regard vide. Puis il le conduit devant le lavabo et lui fait signe de se raser et de faire sa toilette. Arthur s’exécute. Il lui donne ensuite le paquet des vêtements qui lui est destiné et Arthur, malgré la rage qui bouillonne en lui, s’habille docilement. Le voici vêtu de blanc, rasé, coiffé, presque remis à neuf, encore que très amaigri. Son œil indifférent reste perdu dans un lointain inerte et ses bras pendent, inutiles, passifs…

 
- Très bien, reprend Vladimir toujours ironique. Vous voilà endimanché comme un premier communiant. Vous allez pouvoir rencontrer les huiles qui ont souhaité faire votre connaissance. Piotr va vous conduire. Je dois rester à mon bord, vous me pardonnerez, mais j’ai du travail : un chargement à effectuer… Présentez mes respects à l’Élu et mon meilleur souvenir à… Mais au fait, vous le connaissez ? Vous serez remis à l’un de vos amis : Arnaud… Arnaud Boufigue… Vous le connaissez, non ?

 
Vladimir sort en éclatant de rire…

 
Un bruit sourd. Des grincements…
 
Piotr pousse Arthur vers la coursive et le guide : à droite, à gauche…

 
Ils entrent dans un sas où des marins apportent des colis en faisant la chaîne, depuis les silos à missiles désaffectés où ils étaient rangés. Réunis sur des palettes entourées de filets, les colis sont repris par le crochet de grue qui les descend par un large orifice, manifestement raccordé à un manchon de transfert. Le marin qui commande la manœuvre presse alors un bouton, et la charge s’élève… Quelques instants plus tard, le croc redescend, supportant cette fois une sorte de cabine grillagée dans laquelle se tient un personnage qui en saute comme un diable de sa boîte :
- Ce cher Arthur !!! Quel plaisir de se retrouver !!!

 
Arnaud Boufigue, leste et enjoué, tourne autour d’Arthur, inerte et passif :
- Et quelle surprise, n’est-ce pas ? Montez donc dans cet ascenseur. Vous en pardonnerez le caractère primitif, mais il s’agit d’un simple monte-charge, certainement indigne de Monsieur le Directeur de

la Lanterne du Fort ! Passez devant, mon cher !

Il le pousse devant lui d’un grand coup de pied au derrière :
- Ah !!! Deux ans que j’attendais cet instant !!!! 

 
Il fait signe au marin qui commande la grue, et la cabine s’élève avec un léger balancement. La montée est lente. On traverse d’abord un espace sombre constitué du large tube rétractable, puis on émerge dans la lumière d’un entrepôt au sol de tôles rivetées et aux parois de pierre noire et brute.

 
Le câble qui porte la cabine, fixé sous un pont roulant la dépose à quelques mètres du puits obscur entouré d’une rambarde grillagée d’où il l’a extraite.

Arthur, bien sûr, reste impassible, le regard toujours perdu…
 
- Ce cher Vladimir m’a dit que vous en aviez pour deux bonnes heures avant de reprendre vos esprits, mais ce n’est pas une raison pour que vous restiez bêtement immobile. Faut vous remuer, mon vieux…

Il ouvre la porte tandis qu’un marin décroche le câble.

- Allez, dehors !

Il le gifle violemment :
- Excusez-moi, mon vieux, mais ce n’est pas grand-chose et ça me fait tellement plaisir…

 
Arthur sort, d’un pas d’automate et s’arrête au bord de la margelle du puits.

 
Le câble armé de son crochet redescend vers le sous-marin.

 
- Ne restez pas aussi près du trou, c’est imprudent. Venez, suivez-moi…

Il se dirige vers le fond du hangar, là où la lumière est la plus vive.

Arthur le suit…

Un chariot élévateur s’approche tandis qu’une nouvelle charge est extraite.
 
On sort du hangar. 

 
Un couloir de circulation. Des rails. Voie étroite. 

 
Cela ressemble à Agotchilho se dit Arthur qui voit, comprend, perçoit, mais reste incapable de réagir.

 
Arnaud Boufigue chantonne en marchant devant lui, ouvre une porte percée dans la paroi du couloir, et pénètre dans une sorte de salon, ou de bureau luxueusement meublé, confortable, chaud, tendu de brocard et de soieries, au sol couvert de tapis d’Orient.
 
Son guide s’arrête et fait face à Arthur qu’il gifle de nouveau avant de lui siffler au visage, entre ses lèvres pincées :
- Si cela n’avait tenu qu’à moi, mon cher, je t’aurais fait subir le même sort qu’à ce petit imbécile de Luis. Mais il paraît qu’on te réserve quelque chose de plus… amusant, et de plus utile. Alors profite du temps qu’il te reste. Profites-en bien. 

 
Et il sort, laissant Arthur planté au milieu du silence ouaté des tentures.

 
Une porte s’est ouverte, quelque part.

 
Une femme est debout devant lui.
 
Le champ de vision d’Arthur est limité par le fait qu’il ne peut bouger la tête… Il ne l’a pas vue entrer.

Elle est devant lui, drapée d’une tunique de soie pourpre ceinturée d’or, coiffée d’un diadème de diamants, en forme de lyre… Le contre-jour dissimule son visage…

 
Elle lui parle :
- Bonjour Arthur Malfort… Je ne sais pas si vous pouvez me reconnaître… vous ne m’avez jamais rencontrée quoique nous nous soyons croisés de très près… Je suis Finette de Sainte Fouillouse. Ici, on m’appelle « l’Épouse ». Je suis chargée d’engendrer le Fils de l’Élu… Mais cela vous importe peu. Cela ne vous concerne pas, en fait. Je ne peux rien faire pour vous, enfin… presque rien. Je dispose de trop peu de temps pour vous expliquer ma démarche auprès de vous… Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai cru aux Écolocroques lorsque j