logo

LES OURS BAISAIENT LES CRABES


TONTON RASPOUTINE PROPOSE

    1) UN NOUVEL ÉPISODE DE SON FEUILLETONTON :

N°224 / LES OURS BAISAIENT LES CRABES / P3C2E35
 

C’est l’histoire où, tandis que le foutage exalte les jeunes, la Vieille (qui connaît son Alcofibras) explique l’histoire du clan des Ours.

C’est la suite de :

N°223 / RETROUVAILLES / P3C2E34

 
C’est l’histoire où la fin de 40 000 ans de chasteté forcée se concrétise de manière forcenée.


Qui est la suite de :


N°222 / LA RENCONTRE / P3C2E33

 
C’est l’histoire où Frère Jean des Entonnoirs est conduit à Agotchilho et où il rencontre Amaïa, ce qui lui fait un drôle d’effet.

Humevesne et Suceprout sont présentés ici (lien)

Note consacrée à Frère Jean, en Pages, c’est ICI

Nous découvrons le portrait ému que Tonton Marcel a fait de Frère Jean des Entonnoirs :

clocloorson


Sur Jean Raine, c’est ICI qu’il faut regarder (lien)

Et tant qu’on est dans la peinture, Philippe Jonneskindt, vous connaissez ? (lien)

 
 
Il est bon, par ailleurs, de toujours en revenir aux fondamentaux :


  Une méditation sur la pétologie comparée des sauropodes et des Martiens et leurs conséquences théologiques se trouve ici : 

 
DE LA SOUPE / P3C1E37. 

  Et un rappel de la biographie d’Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, de sa sœur Ordegale-Junie et de leur Méthode à 6000 se trouve sur le
présent lien.

 
On y trouve des liens de rappel pour ceux qui ont pris le train en marche. 

  2) LES DISTRAITS TROUVERONT ICI :

 
LE RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

  Et ici

 
LE RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

  3) RECHERCHEZ ET RETROUVEZ LES AUTRES ÉPISODES PAR
 

LA TABLE DES MATIÈRES

  Si vous avez faim, la Gastronomie, c’est encore ICI :

 
PETIT GOÛT DE NOISETTE (1) / P2C3E15b

  4) ON TROUVE EN « PAGES »

  Le résumé de ce que nous avons à ce jour découvert sur

 
EDVIGE ET LE VIKING DE CHALOSSE,

LES HOMMES POLITIQUES, (là, il y a du nouveau : on s’intéresse aux rapports entre Barbe et Politique !)

 
LE PEUPLE GOUM.

  5) SANS OUBLIER
 

la PRÉSENTATION
de TONTON RASPOUTINE

  et sa GÉNÉALOGIE

 

  Cliquer sur les liens pour les suivre

LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

P3C1E2 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 2)

  N°147 / LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

 
C’est l’histoire où le commissaire prend son petit déjeuner et où nous apprenons des choses sur le passé de Mado. 

  Mercredi 8 Juin
7 heures 30
Chez Mado

  Mado semble morose. Elle n’a pas digéré « de s’être fait enlever deux clients sous le nez ». Ça lui donne des aigreurs d’estomac. Elle déteste les aigreurs d’estomac.

- Vous n’avez rien à vous reprocher, Mado, la réconforte Ravot lorsqu’elle lui fait part de ses rancoeurs en lui apportant un petit café, le temps qu’elle prépare ses tartines (deux tartines saindoux gros sel et une tartine camembert coulant avec un bol de café au lait trois sucres quand il est seul et qu’il a le temps de déguster. C’est son petit déj’ d’avant l’effort. Sinon, deux croissants et expresso).
- Je sais bien commissaire, mais je peux pas empêcher. C’est la conscience professionnelle qui parle : le client qui est entré est un client sacré ! Surtout ces petits jeunes. Je les aimais bien. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu leur faire ces malfaisants de carnaval ?
- Je ne voudrais pas paraître pessimiste Mado, mais j’ai beaucoup de craintes. Beaucoup de craintes… Cela dit entre nous, bien sûr…
- Bien sûr. Mais si je les retrouve ces deux gangsters… Je ne parviens pas à me souvenir vraiment, mais il me semble que je les ai déjà vus quelque part…
- On pense qu’ils sont allés vers Bordeaux, mais… Tenez, je vais vous dire Mado, après tout, vous entendez parfois des choses et je vous fais une confiance absolue : on a retrouvé un camion de chez Lartigo brûlé sur l’aire de Cestas… Je crains qu’on ne les ait…
- Ces camions dont on a parlé aux infos régionales de ce matin ?
- Je ne sais pas, je ne les ai pas écoutées. Je le sais par la gendarmerie…
- C’est vrai que vous devez être informé… On disait qu’il y avait un camion d’essence et un camion frigorifique… Les chauffeurs n’auraient pas eu le temps de sortir parce qu’ils faisaient la sieste, et on les aurait retrouvés carbonisés…
- Et il y avait aussi un vieux J7 entre les deux… Mais… Je ne pense pas qu’il s’agisse des chauffeurs : le camion d’essence avait été volé et le camion frigo déclaré volé lui aussi, et ce matin, par l’usine de Bordeaux où Tapas’Embal’ transfère la ligne de fabrication qu’ils démontaient hier quand on a fait la perquisition : c’était la partie du stock de saucisses que je cherchais. Tout a brûlé, bien sûr…
- Mais alors… les chauffeurs…
- Eh oui, je vois que vous pensez comme moi… Mais je n’ai pas encore de preuve qu’il s’agit de nos amis…

Mado reste là à réfléchir, hoche la tête et se lance :
- Ecoutez, commissaire, je ne parle jamais de ce que je fais quand je ne travaille pas…
- Il est rare que vous ne travailliez pas, et cela ne regarde effectivement personne…
- C’est bien pour ça. Mais je pense que vous en savez peut-être quelque chose…
- J’en ai une vague idée, mais cela ne me regarde pas…

Mado a un petit sourire…
- J’évolue parfois dans un milieu assez… particulier de Bordeaux. Un milieu où l’on aime parfois se travestir…
- C’est ce que je pensais…
- Et j’y ai une certaine réputation…
- Une bonne réputation, Mado, une bonne réputation… Même Lepif ne vous a pas reconnue… Et pourtant, quand on était à Paris… On ne vous appelait pas Mado à l’époque…

Mado se met à rire :
- Et vous ne lui avez rien dit…
- Et je ne lui dirai rien !
- Merci commissaire, je sais que je peux compter sur vous, mais je ne crains rien de Lepif, c’est un brave type… Même si…
- Mais vous lui en avez fait voir !!!
- Rien de méchant, commissaire, des blagues de collégien…
- Il n’a quand même pas oublié le jour où vous l’avez déculotté en plein Bois de Boulogne pour lui passer la bite au cirage bleu parce qu’il vous avait confisqué votre perruque la veille !

Mado éclate de rire :
- On ne confisque pas sa perruque à une dame ! Le lendemain je partais au Brésil pour me faire opérer, en principe, je ne risquais pas de le revoir ! Ça m’a fait tout drôle de vous retrouver ici.
- Et je vous ai reconnue tout de suite, mais, chutt. Cela restera notre secret…
- N’empêche, commissaire, j’ai déjà rencontré les deux nuisibles qui ont fait ça. Ils m’ont donné l’impression d’être déguisés… Et les déguisés, ça me connaît. Surtout ceux de Bordeaux où j’ai quelques habitudes, si vous voyez ce que je veux dire…  Même si ce n’est pas à Bordeaux que je les ai vus… Alors, moi aussi, je vais faire quelques recherches, passer quelques coups de téléphone…
- Soyez prudente, Mado, ils sont très dangereux…
- Vous me prenez pour une Enfant de Marie ? Allez, je vous prépare vos tartines…

Mado en Enfant de Marie, c’est trop pour Ravot que s’étrangle de rire au moment où Lepif pousse la porte.
 
- Déjà en route, Lepif ?
- Oui commissaire. Je vois qu’il y a de l’ambiance ! Moi, cette histoire ne me plaît pas et…
- …et ? Allez, Lepif, dites ce que vous avez sur le cœur !
- Et je ne comprends pas pourquoi vous avez laissé comme ça la bride sur le cou de Pélot ! C’est lui qui nous a doublés chez Lartigo !
- Evidemment. Ou plutôt, qui est allé parler au maire qui a prévenu Daniel Forpris qui a prévenu la Vorme, qui a appelé le maire au secours. Et l’une des employées de la mairie a prévenu Hilarion-Jovial, ce qui fait qu’on a retrouvé tout le monde chez Lartigo avant-hier ! Je pense aussi que c’est lui qui a identifié Jo et Ted quand ils nous ont apporté les implants : il est arrivé alors qu’ils partaient… Et il s’est empressé de dire au maire que ces deux braves garçons devaient espionner pour nous. D’où leur disparition…
- Mais alors … ?
- Mais alors, il doit savoir qu’il est grillé, puisque vous l’avez coincé dans la cahute du gardien, et j’ai eu beau tenter de le rassurer, il va se montrer prudent. A moins qu’il ne continue à nous prendre pour des billes, ce qui serait parfait, mais invraisemblable… Il va donc dire au maire qu’il restera discret pendant quelque temps et le maire expliquera que son indicateur auprès de nos services, l’inspecteur Pélot, va se tenir à carreaux pendant quelque temps. Tout comme Madame de la Vorme Séchée, qui se trouve prise entre deux feux et aurait certainement préféré rester prisonnière entre nos mains plutôt que de nous avoir aidés, comme je me suis grossièrement efforcé de le laisser entendre.
- Et ça va donner ?
- Wait and see, Lepif, wait and see… J’ai donné un coup de pied dans la fourmilière… Mais en attendant, je voudrais vous charger d’un tout petit travail : vous vous souvenez de ce bateau qui a embarqué les voitures, au port de Bayonne le soir de la disparition de Luis…
- Un cargo à destination de

la Côte d’Afrique. Navire chilien sous pavillon de Malte, je m’en souviens. C’est la capitainerie du port qui me l’avait indiqué.
- Voyez avec eux si vous pouvez l’identifier et retrouver ses escales…
- OK boss…

Mado apporte à Ravot son plateau de petit déj’
- Et voilà pour le commissaire : deux tartines saindoux gros sel, une tartine camembert coulant, et un bol de café au lait trois sucres ! Un café inspecteur ?
- Oui, merci, Mado… Mais, commissaire, je ne comprendrai jamais comment vous pouvez avaler ça…
 

L’ÉMEUTE / P3C1E3

P3C1E3 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 3)

 
N°148 / L’ÉMEUTE / P3C1E3

 
C’est l’histoire où, après l’article dans lequel Eusèbe dénonce la présence de chair humaine dans les saucisses de « C’est tout Naturel  », le journal se trouve assiégé par les sectateurs des Élus, et où Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, est assassinée d’une flèche marquée « Hybris ».

Mercredi 8 juin
9 heures

La Lanterne

  Le soir, et jusque tard dans la nuit, Victor et Eusèbe, redescendus au bureau N°1 ont discuté avec Rébéquée et Amaïa de ce qu’il convenait le mieux de faire pour « s’occuper » du Mélanippé lorsqu’il reviendrait à quai à la Marée au Grand Port. Pour finir par décider… d’attendre : intervenir trop tôt risquerait de mettre Arthur en danger en semant l’alarme parmi les adversaires.

Mais Amaïa a maintenu sa décision de prévenir
Ôoumloc. 

  Elle n’en a pas dit plus.

  Ce n’est qu’à neuf heures du matin, ce mercredi, qu’ils reviennent au journal, dans le bureau directorial où ils rejoignent Mouchoir, et qu’ils relisent l’article qu’Eusèbe a préparé hier. C’est là qu’ils prennent connaissance des premières réactions qu’il a suscitées, et parmi elles, de l’interview de Bricolat Mulot.
 
La réprobation politique semble unanime : comment peut-on s’en prendre à d’innocents électeurs sous prétexte qu’ils bouffent des saucisses, sans preuves, sans autre fait que quelques traçounettes impalpables certainement dues à de maladroites (sinon malveillantes) manipulations policières ?

  Les plus féroces philippiques émanent d’ailleurs du Ministre du Confort qui « promet des sanctions » et, plus localement, du Maire et du Conseiller en matière d’économie électorale, qui parlent de diffamation implicite, de suites judiciaires, de pan pan cucul public et très méchant, bref, de féroceries implacables ! Non mais…

 
Silence présidentiel. Prudent, le vieux renard…

  Et rumeurs à l’extérieur :
- Patron, patron, venez voir ! appelle Mouchoir sans que l’on sache bien s’il s’adresse à Victor ou à Eusèbe (aux deux sans doute), en leur faisant signe du bras.
 

Il regarde au-dehors la petite place qui se trouve devant la grande entrée du hall du journal, et qu’ils dominent depuis leur étage.

  - Filme, Mouchoir, filme ! ordonne Eusèbe. Le secrétaire de rédaction se précipite dans le bureau voisin, où il va chercher une petite caméra haute définition de reportage, tandis qu’Eusèbe entrouvre la fenêtre dont les doubles vitrages empêchaient jusque là d’entendre la rumeur. 

 
Mouchoir revenu, il lui laisse la place pour qu’il puisse passer le museau de sa caméra par l’entrebâillement du châssis.

  - Cadre large, conseille Victor, qui sait que des détails intéressants peuvent provenir des limites du champ…

  Une petite foule s’assemble autour de quelques personnes dans lesquelles Eusèbe reconnaît, après un moment, le maire, le Conseiller en matière d’économie électorale, Madame de la Vorme Séchée…

  - … et Daniel Forpris, ajoute Victor en pointant le doigt sur la silhouette discrète qui serre la main de la patronne de Lartigo et lui glisse quelques mots avant de s’éloigner pour rejoindre sa grosse voiture garée devant le trottoir d’en face. Lui, au moins, semble ne pas vouloir rester là.

  Vingt, trente personnes, peut-être. Mais des groupes de deux ou trois continuent d’arriver, par les petites rues qui débouchent sur la place.
 
- J’appelle Ravot, grogne Eusèbe, on ne sait jamais, avec ces zouaves.
- Il serait prudent de fermer les portes, non ?
- Tu as raison : préviens Toto…

  Près de deux cents personnes piétinent maintenant devant le journal en discutant véhémentement. 

 
La voiture du commissaire vient se garer, suivie du panier à salade.

Ravot suivi de Pélot, de Lepif et de deux agents (dont Pourticol), s’approche des « officiels ».

  - Ah, commissaire ! Vous voyez où mènent vos manœuvres ? l’interpelle Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse…
- J’espère que vous mesurerez votre action et que vous saurez limiter les interventions de vos sbires ! ajoute le Maire en prenant l’air pincé d’une duègne confrontée à la dissolution des mœurs du temps…
- Devrai-je vous arrêter, messieurs, pour vous rappeler à la mesure ? leur souffle discrètement Ravot en les prenant chacun par le coude, comme pour les entraîner dans une confidence…
- Commissaire, je vous en prie, faites quelque chose, lui demande alors Madame de la Vorme Séchée, livide, et qui est jusque-là restée muette en suivant des yeux le départ de Daniel Forpris…

  Des cris éclatent… Quelques uns des participants brandissent des pancartes « Les Cénobites Tranquilles », « C’est tout Naturel », « Libérez nos Saucisses » et déploient une banderole « Libérez nos saucisses ! C’est tout naturel ! », tout en scandant « Libérez nos saucisses ! » avec une ferveur toute soixante-huitarde. 

  La foule grossit, pour une bonne part faite de curieux, mais aussi de personnages passablement agités qui montrent le poing en direction de la porte fermée du journal tout en criant de plus en plus fort…
 

- Faites quelque chose, commissaire, ils sont privés de saucisses depuis deux jours ! reprend Madame de la Vorme Séchée manifestement affolée, ils peuvent devenir dangereux…
- Vous voyez à quoi mène votre incurie ! apostrophe le Conseiller en matière d’économie électorale en se dégageant de la poigne de Ravot d’un geste brusque…
- Libérez nos saucisses ! crie le Maire écumant qui se dégage à son tour…

  Lepif s’efforce de le contenir, mais le petit bonhomme rondinet le harcèle de coups de poing dérisoires, décoiffé et l’écharpe de travers… 

  Pélot reste derrière le Maire sans oser le ceinturer, tente de lui parler à l’oreille, de lui souffler des conseils discrets au milieu de l’agitation frénétique qui semble s’emparer de la foule tandis que les cris se transforment petit à petit en une sorte de chant martelé. 

 
La foule semble prise de folie giratoire, et c’est un vrai tourbillon qui entoure, à distance de bâton, le noyau central composé des policiers en scandant derrière Varochaix, que personne n’a vu venir suivi de ses Naris au grand complet :

  Ô Grand Putois
Grand Putois putassier,
Grand Putois pustuleux,
Grand Putois putréfié…
 
Armés de baguettes de noisetier et des manches à balai qui servaient de bâtons aux pancartes démantibulées, ils cinglent tout ce qui bouge devant eux, c’est-à-dire les cinq policiers qui se sont placés dos à dos pour se protéger. 

  Ils évitent difficilement Madame de la Vorme Séchée qui reste dans le no men’s land à agiter des bras aussi secs qu’affolés. 

  Le Maire et Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse ont rejoint le premier rang de la foule frénétique et crient avec les autres : « Libérez nos saucisses ! C’est tout naturel ! », au milieu des invocations au Grand Putois.

  Des fenêtres du journal, Eusèbe, Victor et Mouchoir regardent cette scène avec effarement :
- Ils vont se faire écharper ! constate Eusèbe.
- Il faut faire quelque chose ! approuve Mouchoir, l’œil collé au viseur…
- J’y vais, crie Victor, appelez Rébéquée et continuez de filmer !

 
La situation des policiers se gâte. Réunis en bloc ils se protègent de leurs bras tendus, les agents brandissant dérisoirement leur bâton. Pélot esquisse le geste de dégainer son arme de service, rappelé à l’ordre par une baffe de Ravot qui le surveille :
- On aurait besoin de renforts ! crie Lepif au milieu du tumulte…

  C’est alors que Victor ouvre la porte du journal, et moustache dardée au vent, suivi de Toto, amorce le mouvement de s’élancer vers la foule.
 

Les cris retombent, remplacés par un grognement unanime. La giration folle s’arrête instantanément. 

  Tous les visages se tournent vers l’entrée du journal, vers la porte entr’ouverte par où Vic et Toto sont sortis. 

 
Les émeutiers semblent rassembler leurs forces, prendre leur élan contre l’Ennemi commun, délaissant instantanément le groupe qu’ils entourent, chacun d’eux se ramassant sur lui-même, se tassant sur lui-même, genoux fléchis et bras lentement tendus, avec un souffle profond, sourd, rythmique…

  Mouchoir voit très nettement la scène depuis son premier étage : le cercle figé de la foule (au moins deux cents personnes maintenant) qui entoure les cinq policiers, laissant un anneau vide de la longueur des bâtons, et dans cet anneau, Edmonde de la Vorme Séchée affolée qui repousse les assaillants des moulinets de ses bras maigres, la foule qui l’ignore, la foule qui concentrait toute son agressivité sur les policiers, mais qui maintenant les ignore à leur tour, retournée d’un seul mouvement vers les nouveaux arrivants, là-haut, sur le perron… 

  La foule presque accroupie dans son élan au sein de laquelle se détachent nettement les cinq silhouettes dressées des policiers, et celle plus malingre d’Edmonde de la Vorme Séchée, affolée qui ouvre la bouche pour crier, pour leur dire de cesser, d’arrêter…

  Tous ont entendu le sifflement bref, tous, les curieux, les manifestants hystériques, les policiers concentrés sur leur défense. Victor et Toto. 

  Tous.
 
Tous ont vu ou perçu le sursaut de la femme maigre, et tous ont tourné la tête vers elle assez vite pour voir la flèche plantée entre ses dents dans sa bouche grande ouverte, et dont la pointe ressort sous son chignon, avant qu’elle ne s’effondre d’un coup.

  Il y a eu un silence, et les manifestants se sont instantanément dispersés, dans un bruissement d’étourneaux qui s’envolent en masse…

 
- Cadre large, filme ! souffle Eusèbe à Mouchoir en serrant son épaule dans sa main droite…

  Par réflexe, Ravot regarde dans la direction d’où la flèche doit être partie, cette façade d’immeuble où un léger mouvement… Une fenêtre qui se referme…
 

- Là !!! Bloquez l’immeuble ! Vite !!!

  Les agents se précipitent vers la porte ouverte, sous la fenêtre que le commissaire désigne, Lepif court à sa voiture pour appeler des renforts, Pélot réconforte le maire tout perdu à côté du cadavre, près d’Hilarion-Jovial qui tortille sa cravate de premier communiant entre ses doigts…

Victor s’approche, repoussé par Ravot :
- Allez vous mettre à l’abri, vous, si vous ne tenez pas à être le prochain !!
- Venez, approuve Toto en le tirant par le bras…

 
Un pimpon sonore annonce l’arrivée de Martial et des cinq agents de réserve, restés en permanence au commissariat. Au petit trot, ils s’empressent de boucler les lieux… 

  Tous les manifestants, le Maire, Hilarion-Jovial et Varochaix ont disparu.

  Les policiers forment une haie autour du cadavre d’Edmonde de la Vorme Séchée.

  Après les premières secondes de flottement, Ravot a envoyé une équipe, dirigée par Lepif, fouiller l’immeuble d’où est partie la flèche mortelle.

  Bien sûr marquée « Hybris ».
 
Ravot est allé téléphoner au Procureur depuis le hall du journal où il a retrouvé Eusèbe et Victor, tandis que Toto raconte l’aventure aux grouillots qui se pressent autour de lui avec de grands yeux ronds débordants d’admiration.

  - Qu’est-ce que vous me racontez ? Le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale ? Et le directeur du machin Super Troc « C’est tout Naturel  » ? Mais vous êtes fou, Ravot ! Vous savez que votre ministre vous a dans son collimateur ?

- Je le sais, mais je sais aussi que de fortes présomptions pèsent sur ces braves gens !
- Ecoutez, mon vieux, dans votre intérêt, interrogez-les, mais ne prononcez de garde à vue que si vous avez des preuves en béton ! En béton, vous m’entendez ! Je répète : c’est dans votre intérêt !
Eusèbe s’est approché de Ravot et lui montre Mouchoir qui est descendu, sa caméra à la main :
- On a tout filmé en haute définition, lui glisse-t-il à l’oreille…

 
Ravot, le combiné du téléphone au bout du bras, en reste comme deux ronds de carotte (dirait Mado), tandis que le Procureur continue de débiter protestations et conseils de prudence, dans un grésillement nasillard de fourmi lilliputienne que personne n’écoute.

Et puis le commissaire réalise :
- Monsieur le Procureur ! J’ai peut-être la meilleure des preuves : tout a été filmé. Je vais regarder le film et je te rappelle !

  Après tout, ce n’est pas pour rien qu’ils ont fait leur Droit ensemble…
 

ON LES TIENT / P3C1E4

P3C1E4 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 4)

  N°149 / ON LES TIENT / P3C1E4

  C’est l’histoire où l’analyse de l’enregistrement du meurtre d’Edmonde de l
a Vorme Séchée révèle qui sont les coupables.

 
Mercredi 8 juin
12 heure 30

La Lanterne

  La fouille du bâtiment qui fait face au journal et d’où la flèche est partie n’a rien donné.

  Alors, « on » s’est retrouvés, face au grand écran que Victor a fait installer dans le bureau directorial pour regarder le film : Ravot, bien sûr, mais aussi Lepif (j’ai confiance en son œil, a dit son chef pour obtenir qu’il soit là), Mouchoir, en grand technicien, est mis « aux manettes », et tous les Malfort, « y compris les dames » qui sont remontées d’Agotchilho avec Rébéquée. 

 
Lepif est le seul à ne pas être initié au secret des Goums. « On fera attention », a dit Béatrace. « Je te surveillerai, bavarde », lui a glissé Clèm à l’oreille, en se casant dans un fauteuil auprès d’elle, alors que Rébéquée s’assied près d’Hélène.

  Ce que le commissaire ignore, c’est qu’une ligne directe transmet les images au bureau N°1 et que Nouye et Amaïa regardent en même temps qu’eux et entendent ce qu’ils disent. Elles peuvent même intervenir sur le défilement des images et répondre directement en se mêlant à la discussion. Par souci de discr