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LES POLITIQUES

Les Politiques

  Je vais parler des Politiques, c’est-à-dire de ceux qui font profession politique. On dit aussi carrière. Ou qui tentent de le faire. Car tous ne parviennent pas à leurs fins : la route est encombrée, la concurrence sévère. Comme le disait feu ma belle-mère, qui était une dame de grand bon sens, la place doit être bonne pour être autant disputée… Ce qui pose une grande question : qu’est-ce qui est aussi appétissant dans « la place » ?

 
Il ne s’agit nullement de faire le procès de ces Politiques (on est prié de me croire), mais de faire le portrait de certains d’entre eux (parce qu’au fond leurs obstinations sont assez comiques), et peut-être de comprendre d’où vient cet appétit.

  Comme tout un chacun j’ai été amené à en rencontrer, et à en observer, de tout poil (du poil de carotte au poil à gratter) et de toute brosse (de l
a Brosse à Reluire à la Brosse à Cabinet), depuis les maires que chacun croise partout, surtout aux périodes électorales, jusqu’aux autres, que l’on rencontre quotidiennement par écrans de télévision interposés.

  J’en ai donc vu de toutes sortes, des meilleurs aux pires, les meilleurs étant le plus souvent situés dans les petites mairies des plus petits villages où ils se défoncent pour d’ingrats administrés.

Mais pas toujours.

Les pires sont les plus drôles (quand on ne se trouve pas dans le champ de tir des catastrophes qu’ils génèrent).

  Et je me suis donc souvent demandé pourquoi ils se trouvaient là. Et ce qu’ils y cherchaient.

  Si vous leur posez la question, ils vous répondront invariablement que c’est par souci de « servir », par dévouement au « bien public », parce qu’ils « savent des choses et qu’ils veulent en faire profiter leurs concitoyens », parce qu’ils croient « détenir des solutions », etc… Bref, parce qu’ils « savent » et qu’ils veulent « servir », comme je l’ai déjà dit. Mais s’ils se répètent lorsqu’ils utilisent ce verbe, aucun ne le pronominalise. Comme s’ils ne pouvaient « réfléchir » ce pauvre et digne vocable. 

Cependant, eux, ils « réfléchissent » beaucoup. Ils analysent. Ils déduisent. Ils débattent. Ils concluent. 
D’ailleurs, ils ont Raison.
Puisqu’ils Savent.
Et s’ils Demandent, nous « demandent », Interrogent, nous « interrogent », c’est bien pour obtenir, contorsions et astuces rhétoriques aidant, la confirmation de ce qu’ils savaient déjà.
 
Même s’ils appliquent la grande Règle selon laquelle « la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui et encore moins celle de demain », comme je l’ai entendu dire dans le cadre de transactions commerciales (où l’on est souvent plus rigoureux) (Parole, parole, parole… chantait l’une) (Words, words, words ! avait dit l’autre).

Aucun ne parle de POUVOIR…

  On trouve en P2C2E10 (lien) une représentation de deux d’entre eux.

Les mêmes en P2C2E14, dans une autre situation.

 
S’agissant d’une satire, le trait est, bien sûr, forcé. 
 
Bien sûr. 

 
Forcé.

Poil au nez.

 
A propos de poil.

  Chacun a pu remarquer que l’homme politique est glabre.

 
Ainsi, affichant une vie simple, sinon saine, ne se trouve-t-il jamais confronté au terrible dilemme haddockien du dessus-dessous, angoissante question qui taraude l’hirsute, ni à l’imprécision et au flou du profil, ni aux coulures opiniâtres de la sauce tomate, ni aux miettes du quatre heures qui restent prises dans le poil jusqu’à l’apéro.

  Lui, il proclame la netteté du Savoir et son profil de médaille, la cravate en bavoir d’Hercule Poirot ou la franchise insolente du jaune d’œuf sur la chemise blanche. Mais l’attaché(e) parlementaire a des changes d’avance.

  Bref, il sait, et en tant que sachant, il échappe à tout ce flou mal maîtrisé qui caractérise la Barbe.

  Non, Mesdames et Messieurs, le Politique ne sera jamais un Barbu, un vrai, un sale ! 

  Ou bien il sera rejeté par la communauté internationale de ses semblables, et même, ô misère, par les peuples réunis, conditionnés depuis Jules César au Rasoir du Responsable.
 
Ainsi à jamais les Poilus resteront-ils dans l’ombre des tranchées, hachis à mitraille, sacs à poux, troubacs sans destin, tandis que les Chefs garderont leur œil limpide fixé sur la ligne bleue des Vosges qu’ils savent vibrer, là, du côté des verduns !

  Eux, tendent le menton, fiers, héroïques, rasés de près. Et chauves si possible, ainsi que l’était Jules.
 
En effet, comment tondre les peuples lorsque l’on est poilu ?

  L’Homme Politique est glabre en soi. Ou bien il se déguise. Il joue au Père Noël jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il ressemble à Landru et qu’il revienne alors au standard de sa caste.
 
Lisse comme un blindage, le visage de l’H.P. n’offre aucune prise. Non, il ne jouera pas à « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette » : L’H.P.[1] est un sérieux, ou bien un transgressif lorsqu’il croit tenir la situation bien en mains et qu’il se laisse aller à livrer sa nature profonde de maquereau du peuple. Et ce n’est qu’un instant. 

  Un maquereau porte des rayures bleues sur le dos. Pas de barbe !
 
Alors il faut choisir : la barbe ou la politique.

  On m’a objecté certains cas célèbres de barbus publics, relevés ici et là dans le monde, depuis les mollahs iraniens ou quelques sikhs indous, jusqu’aux barbudos castristes. Ceux-là relèvent d’un complexe du Prophète plus que de la politique telle que nous l’entendons et arborent ainsi un accessoire identitaire auquel se rallient leurs sectateurs.

C’est un autre type de Pouvoir qui est recherché.
 
Mais bien sûr, il s’agit toujours de Pouvoir, sinon de véritables hommes politiques tels que ceux auxquels nous sommes quotidiennement confrontés.

  Pour mémoire, je rappellerai que les femmes politiques sont des Hommes Politiques comme les autres.
Plus récemment venues sur la scène du Pouvoir, elles y présentent le zèle des novices qui tend à accentuer les stéréotypes que véhiculent leurs modèles, sinon leurs mentors.
Elles sont donc au moins aussi glabres que les hommes.
Avec un certain aspect hargneux qui transparaît très vite dans le ton et le regard sous le sourire de convention.

On trouve encore moins de femmes à barbe en politique que d’hommes. C’est dire.



[1] J’ai tenté d’appeler l’Homme Politique « H.P. » pour économiser des caractères. C’était une erreur et j’en reviendrai à l’expression littérale : outre le fait que ce n’est pas, en l’occurrence, une économie souhaitable (ce que je ne développerai pas, pour, au moins, économiser les incidentes), je crains une confusion avec l’angliciste abréviation du cheval vapeur. Car si l’Homme Politique peut se nimber de vapeurs dilatoires pour éviter certaines réponses à certaines questions, il n’est en aucun cas comparable au cheval, qui, lui, est un noble animal.

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

ALORS, ON PRIE / P3C2E16

P3C2E16 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 16)

 
N°205 / ALORS, ON PRIE / P3C2E16

 
C’est l’histoire où tout va mal. Surtout dans la presse. 

 
Jeudi 16 juin
9 heures
Agotchilho

 
- Notre situation est difficile, reconnaît Eusèbe. Nous ignorons ce qui se passe à l’Elysée, j’attends des nouvelles, mais le Président doit rester prudent, il est cerné de toutes parts et le Ministre du Confort lui jette des regards de vautour, appuyé sur des Amazones qui surveillent les choses de près… J’attends son appel…

  Arthur a récupéré, et il porte un regard aussi clair que possible sur l’état dans lequel ils se trouvent : ils ont dû déclencher la destruction d’Omphalie plus tôt qu’il ne l’aurait voulu. Et les résultats, à cette heure, lui sont inconnus… (il n’a pas lu, lui, P3C2E11, P3C2E12, P3C2E13, P3C2E14)

 
Et puis, pour donner le change, il doit « rendre compte de sa mission » à Maupuis, l’actuel directeur du C’est tout naturel  de Saint Tignous sur Nivette, et cela pour la fin de la semaine… Sa mission de massacreur téléguidé par Pouacre qui l’a conditionné lors de sa captivité… Il se dit que jusque là, ils le laisseront tranquille…

  On ne sait toujours pas où se trouve la Harpie…

  On sait comment contrer l’offensive de la Nouvelle Réna, si elle utilise les mêmes drogues que celles qu’elle a employées jusqu’ici mais on ne dispose pas des quantités de produits nécessaires. Amélie, Catachrèse et son équipe, qui l’ont rejointe, travaillent d’arrache-pied avec Rébéquée et les Goums, mais les matières premières nécessaires n’arriveront pas avant ce soir, si tout va bien…

  Le pire de tout est bien qu’on ne sait pas exactement en quoi consistera cette offensive…

  Varochaix a pris la mairie. Et c’est un allié de Maupuis.
 
Ravot et Lepif n’ont pas donné de nouvelles. D’après Mado, ils sont partis hier à Bordeaux…

  On est très isolés. 

  L’expérience a montré que les retombées des articles que l’on publie dans la Lanterne ou qui sont diffusées sur le site Internet du journal restent faibles : le public, assommé par l’offensive du froid,  se replie sur son avenir immédiat et sera sans doute plus difficile à mobiliser qu’il ne l’a été à l’époque de la crise des Numéros… 

  Il faut reconnaître que le pouvoir médiatique a été conquis par la grande distribution, au travers de Super Troc, et surtout des multiples C’est tout naturel  qui en ont dérivé… 

  La presse écrite est très mal diffusée, toujours avec retard, la radio conserve une certaine audience, mais elle est achetée par la publicité massive de C’est tout naturel, tout comme ce qui subsiste de la télévision qui supporte mal les fréquentes coupures d’électricité dues aux chutes de lignes, et les coupures de liaison satellite dues à l’épaisseur des nuages de neige… 

 
Internet lui-même est largement tributaire de lignes téléphoniques fragiles… 

  La propagande interne de C’est tout naturel reste le seul lieu de rencontre et d’échange pour une très grande majorité de la population, avec les assemblées religieuses qui bénéficient d’un surcroît de fréquentation : on a froid, on a peur, on se trouve perdu. 

 
Alors on prie… 

  Le journal, lorsqu’il paraît, relève cette abondance de l’offre religieuse et même sectaire, comme l’ont raconté Jeanne et Eusèbe à leur retour de Paris. Arthur lui-même n’a-t-il pas constaté dans le bureau de Maupuis que C’est tout naturel fournit les religions en produits de culte ? Sans doute « aménagés » à sa sauce…

  Le climat n’est guère propice à une dénonciation publique d’une menace aussi imprécise que celle d’une tentative d’intoxication de masse dont le but reste mal défini, alors que les autorités censées représenter et défendre la population se trouvent elles-mêmes prises dans la nasse…
Qui croiront-ils, tous ces braves gens qui trouvent la paix dans la saucissette ou dans le biscuit de Petit Jésus ? La Nouvelle Lanterne du Fort, ou bien les 5% de remise sur leurs trocs quotidiens ? L’information écrite ou le curé noyé dans les brumes de l’encens ?

 Bref, si tout va bien, les désintoxicants seront prêts et l’on disposera de moyens pour contrer une offensive qui sera celle que l’on craint, mais dont on espère qu’elle sera telle qu’on l’attend…

Sinon…

L’ENQUÊTE COMMENCE / P2C1E9

P2C1E9 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 9)

  N°88 / L’ENQUÊTE COMMENCE / P2C1E9

 
C’est l’histoire où, après avoir annoncé à ses parents le décès de Luis, le commissaire Ravot entame son enquête.

 
Mardi 3 mai
10 heures 30
Saint Tignous sur Nivette

  - Je dois aller annoncer le décès de ce pauvre garçon à ses parents, grommelle le commissaire Ravot en sortant sur la place, dans les tourbillons de la neige qui tombe maintenant en tempête. C’est le côté affreux de mon métier. Je ne m’y ferai jamais…

Victor et Eusèbe se regardent…

- Nous vous accompagnons, décide Eusèbe. Il travaillait pour nous, après tout, et plus on est nombreux, moins c’est difficile…
- Peut-être pourront-ils nous donner des indications, enchaîne Victor.
- Peut-être, mais je ne vais pas vraiment les interroger tout de suite… conclut le commissaire renfrogné par la perspective de ce qui les attend.

 
Les parents, la cinquantaine bien conservée de ceux qui font du sport pendant les vacances, ont réagi courageusement. Pas de cris, pas d’effondrement. Une sorte d’abattement massif, de silence compact qui serait tombé d’un coup sur leur vie avec tout le poids de l’absurde. Plus d’avenir. Plus d’espoir. La torpeur. Alors, pourquoi se révolter… Peut-être chercher à comprendre… Peut-être… C’est ce qu’a tenté de suggérer le commissaire tandis qu’Eusèbe et Victor disaient, affirmaient, proposaient, offraient, sympathie, soutien, aide au besoin… Peut-être, plus tard, plus tard… 

  Mais ce poids soudain…
 
Ils sont entrés dans le séjour meublé CAMIF avec l’espace de travail et ses deux ordinateurs, chacun le sien, ses étagères de cours, bouquins, dossiers… des copies d’élève que l’on corrige ouvertes sur les deux bureaux… Toujours cette pesanteur. Oui, bien sûr, Monsieur le commissaire, sa chambre…
Cela, c’est Monsieur Ottouadla qui l’a dit, parce que Madame, elle, reste assise sur le bord du divan, le buste droit, avec des larmes qui coulent silencieusement de ses yeux grand ouverts sans rien voir, ouverts sur l’infini du vide, posée là où Monsieur Ottouadla l’a délicatement assise lorsqu’ils sont entrés : attends-moi, je reviens tout de suite, venez, Monsieur le commissaire, et Victor et Eusèbe silencieux, parce qu’il n’y a rien à dire à cette dame qui n’entend plus rien, qui n’attend plus rien de ce vide qui la cerne désormais.

  Ils n’ont rien dit en repartant. Ravot a emmené l’ordinateur portable de Luis, avec l’accord de son père qui était déjà bien loin d’eux lorsqu’ils sont sortis et que la porte s’est lentement refermée derrière eux…

- Terrible, reprend Eusèbe… Ça me rappelle les pires moments de la guerre. Pire que le sang et que le triste spectacle de ce pauvre garçon écorché vif… Pour lui, au moins, c’est fini…
 
Ils sont tous revenus au journal, dans le bureau de la direction qu’occupait Arthur et qui est maintenant celui de Victor, qui y a fait installer une grande table pour que tous puissent s’y réunir au besoin.

Mouchoir est assis devant l’ordinateur portable de Luis et s’efforce d’en percer les secrets, si secrets il y a, mais non, rien de confidentiel, des cours, des brouillons d’articles, des articles archivés, et…

Si, un dossier peut-être, intitulé :

  « Les mystères de Saint Tignous sur Nivette »…

Voyons… 

  « Les Écolocroques, le Matois et la Lanterne… Le dossier secret des Écolocroques… Un hasard bien organisé… La bonne affaire des Écolocroques… A qui profite le Crime ? (« Petit con », remarque Victor)… Les suites d’une « victoire » (« Petit con », remarque Victor derechef)… Que dit la Mairie et que font les autorités ?… L’Oberst Kuhhirt : un allié encombrant… Les de Sainte Fouillouse, une Famille, des Parrains ?… Que se passe-t-il à

La Marée aux Ports ?… Le pain d’algues : un fromage juteux… Tapas’Embal’, ça s’arrose et ça arrose… L’ONU va se rhabiller… »

 - A boire et à manger, remarque Victor, rien de bien important, mais des pistes qui pourraient devenir indiscrètes et importunes pour nos… « amis ».
- Il voulait envoyer un dossier au journaliste américain qui a été à moitié roussi par le missile de Washington, ajoute Jules Mouchoir qui effectue une copie intégrale du disque avant d’en effacer le dossier gênant.
- Vous pourrez le rendre aux parents, mon cher Ravot, annonce Eusèbe au commissaire en lui tendant l’ordinateur que Mouchoir vient de ranger dans sa housse.
- J’en profiterai pour leur demander si « HYBRIS » leur dit quelque chose…

- Hybris ? demande Clèm qui écoutait tout cela depuis le fauteuil où elle trône avec son gros ventre.
- Oui, c’est ce qui était écrit sur le miroir qui se trouvait devant le cadavre.
- Un miroir ?
- On ne t’a pas donné de détails parce qu’on était trop bouleversés par ce qu’on a vu, mais face au cadavre suspendu de Luis se trouvait un miroir. C’est celui que Béatrace avait installé dans le vestiaire, tu sais la glace sur pied, la psyché de sa grand’mère. Et sur le miroir les techniciens de l’identité judiciaire ont trouvé que l’on avait écrit « hybris » avec le doigt. Et Luis portait aussi autour du cou un petit pipeau en bois suspendu par un brin de laine rouge…
- Hybris… Ça me rappelle quelque chose… C’est du grec… il faudrait chercher par là…
- Jeanne est très fière d’avoir fait ses « humanités », reprend Eusèbe. Attends, je vais l’appeler…
- Les enquêteurs le trouveront sans doute, remarque le commissaire, mais pendant que nous en sommes aux détails matériels, ce projecteur était-il à sa place dans vos bureaux ?
- Sûrement pas, mais étant donné les circonstances, je ne l’avais pas noté, avoue Victor…
- Moi je sais d’où il vient, coupe Eusèbe : le studio de télé de

la Mairie se trouve juste au-dessus, j’y suis allé…
- Mais la porte de communication, près de mon bureau, est toujours fermée, objecte Victor…
- On va vérifier, j’appelle les enquêteurs sur place, reprend Ravot en ouvrant son portable.

  De son côté, Eusèbe résume les évènements pour Jeanne qui, habituée à réagir vite, a immédiatement répondu à son appel :
- Oui, c’est une histoire horrible… Suspendu, écorché vif entre les piliers, les paupières découpées, devant un miroir. Et sur le miroir, un mot écrit du bout du doigt : « Hybris ». Est-ce que cela te dit quelque chose ? Ah… oui… Je vois… En traduction, bien sûr, qu’est-ce que tu veux qu’on fasse avec du grec ? Aussi : on lui avait suspendu au cou un petit pipeau en bois… Qu’en penses-tu ? Que tu vas regarder… Ça te dit aussi quelque chose… C’est ça, rappelle-moi…

  Ravot de son côté vient de refermer son portable :
- La porte de communication intérieure avec la mairie est fermée, ils vérifient si le projecteur vient bien de là.
- Ils ont un studio de télévision et je me souviens de projecteurs comme celui-là, confirme Eusèbe. Et Jeanne a une idée au sujet de l’hybris et de la flûte… Elle va nous rappeler.

 
Un silence. On s’assied. On se regarde…

On baisse la tête.

  Pauvre garçon…
 

SUPER TROC ET LES ÉLUS / P2C2E7

P2C2E7 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 7)

  N° 108 / SUPER TROC ET LES ÉLUS / P2C2E7

 
C’est l’histoire où Arnaud Boufigue lance Super Troc et prépare la venue des Élus en instruisant Gertrude de la Nouvelle Réalité Naturelle.

 
Mardi 3 mai
8 heures
Saint Tignous sur Nivette
 

C’est tout naturel


 

Avec son triple « té qui court », le slogan étale le dynamisme cursif de ses « Italiques Rageuses » sur tous les murs de la Salle des Marchés du Super Troc.

  Il le criera dès le lendemain de la voix enthousiaste des mille choristes embauchés pour l’occasion au travers de tous les transistors de la planète sur une ritournelle tirée de la « Petite Musique de Nuit » interprétée  au ralenti et une octave en dessous de la normale (pour lui donner de la gravité) par un pool de guitares électriques tonitruantes sur fond de basse obstinée dont la puissance profonde serait digne d’une batterie de défense côtière. 

  Des clips publicitaires envahiront toutes les chaînes de télé, l’imposant en prime time, accompagné, soutenu des mêmes thèmes, agrémenté de petits zoiseaux et de suavités cosmiques, quoique non dépourvues de cette pointe d’humour qui fait le succès durable des grandes campagnes de pub.

 
Il s’étalera en 3 sur 4 sur tous les panneaux d’affichage de toutes les villes du monde, dans toutes les langues et toutes les écritures, comme il s’affiche déjà sur tous les murs de Saint Tignous sur Nivette où il va jusqu’à se répandre en 7 sur 9 sur d’exceptionnels panneaux montés dans la nuit à toutes les entrées de la ville…

  Fond nu, argent et or, comme des à-plats métalliques, avec variation des deux, caractères noirs ou à l’inverse, ou en mélange de ces trois seules couleurs.

 
Et à côté, ou dessus, en superpositions et transparences partielles ou totales, avec des effets de recouvrement, de chevauchement, d’imbrication variés, tantôt à peine suggérée par une ombre de relief, tantôt lue au travers de la surface d’une eau frémissante, tantôt surgie de la brume, l’image de cet homme très jeune, blond aux yeux bleus accompagné d’une femme aussi jeune que lui et qui lui ressemble étrangement… Leurs regards limpides, parallèles et dominateurs fixent un horizon lointain… Tous deux sont vêtus de tuniques blanches nouées de cordelières d’or, mais leur silhouette, fluide et mince à l’extrême reste vague… Tous les deux sont beaux comme l’Antique…

  Beaux comme l’Antique, ils fixent un Avenir invisible à nos pauvres yeux, mais qu’eux, les Élus, discernent au-delà de toutes les contingences possibles auxquelles se trouvent soumises nos existences fragiles de troqueurs malhabiles… Mépris latent…

 
Et puis la légende : suivez les Élus…
 
Et, comme un logo, le dessin schématisé d’une lyre d’or sur fond de nuit…
 
Ah, aussi, cette autre affiche, plus intime, du visage extatique, aux lèvres entr’ouvertes gonflées de sensualité offerte, d’une femme au front couronné d’une lyre de diamants, renversé sous celui, attentif, concentré de « l’Élu » qui déverse toute la science lumineuse de ses yeux limpides dans le bleu profond de ses regards chavirés…

  Les infographistes et publicitaires de Super Troc ont été convoqués par téléphone dès trois heures du matin : « Campagne mondiale urgente, venir de suite, l’affichage test local est à finaliser, réaliser et mettre en place pour ce matin sept heures au plus tard. Récompenses ou sanctions… »

Ils ne s’y sont pas trompés : récompenses veut dire cinq euros à la fin du mois ; sanction pour retard, la porte…

 
A cinq heures, le plan de campagne était fixé (heureusement, « on » leur avait fourni les slogans et les clichés de base et ils n’avaient eu « qu’à » finaliser).

 
A six heures, grâce aux tables traçantes grand format, les affiches 3 sur 4 et 5 sur 7 étaient imprimées pour les panneaux de la ville et leurs matrices informatiques partaient via Internet vers une imprimerie centrale qui les déclinerait pour le monde entier.
 
Les mêmes documents, adaptés et ajustés, étaient envoyés aux régies publicitaires de tous les journaux et de tous les magasines pour diffusion immédiate en pleine page…

  Par ailleurs, les clips audio et vidéo, préparés on ne sait où arrivaient dans les régies des chaînes de télévision et de radio pour une première diffusion urgente et générale (mais qui donc disposait des fonds et de l’autorité suffisante pour les imposer ainsi ?).

 
A sept heures, l’affichage du magasin (3 sur 4 mais aussi 1,5 sur 2 ou affichettes) et celui de la ville étaient en place.

  A sept heures, Gertrude Pilon s’éveillait, fourbue, auprès de Sri Mardouk Shankara (alias Arnaud Boufigue) qui était rentré excité comme un pou sur le coup de trois heures du matin, était allé la pêcher d’une main ferme au fond du lit où elle rêvait justement de lui, et lui avait expliqué, arguments à l’appui, qu’elle devait désormais mettre toutes ses forces vives au service de l’Élu.
 
Ce qui avait entraîné une certaine confusion, dans la mesure où elle avait cru tout d’abord que c’était lui, l’Élu, vu ce qu’il demandait aux forces vives en question, et que justement elle s’appliquait de toutes lesdites forces à son service et à sa satisfaction. 

  Mais non, il lui avait expliqué qu’il s’agissait d’un personnage sans doute très ancien,  quoique très jeune d’aspect, qui venait de se révéler à l’humanité souffrante pour lui apporter le secours de son aide transcendante, et qu’elle en aurait la révélation sublime au petit matin.
 
Gertrude, qui cependant s’efforçait de satisfaire les exigences immédiates, pressantes, percutantes et obstinées de Sri Mardouk Shankara, ne voyait pas très clair dans cet approfondissement soudain qu’il exigeait de ses chakras et de sa conscience métaphysique : on était en lune rousse et justement, ça tombait bien, la sienne, de lune, était écarlate. Et elle ne voyait pas bien comment elle pourrait faire mieux que ce à quoi elle s’appliquait à l’instant, placée comme elle l’était avec le nez dans l’oreiller et le cul en l’air…

  Bonne fille, elle acquiesçait à tout et au reste, se réservant in petto d’en faire le tri à tête reposée dès la fin de l’assaut. Qui se prolongeait plus que de coutume. Non qu’elle s’en plaignît, bien au contraire, mais qu’elle en fût quelque peu surprise.

 
Bon. Elle s’excusa brièvement auprès de Sri Mardouk Shankara pour le manque momentané d’attention qu’elle portait à ses discours enflammés afin de laisser son in petto s’exprimer librement au travers des hululements qui lui étaient coutumiers en semblable occurrence.

  A huit heures, il lui avait tout réexpliqué trois fois de suite, et tout résumé en quelques points forts à retenir et à appliquer en tout, à savoir :
  Premier point : « C’est tout naturel ». Elle ne doit jamais finir une phrase sans dire « c’est tout naturel », qui constitue le nouveau mantra sur lequel va se fonder la Nouvelle Réalité Naturelle.

 
Deuxième point : « la Nouvelle Réalité Naturelle ». C’est une prise de conscience évoluée du monde qui doit englober toutes les autres et constituer une synthèse harmonieuse du Tout en Un par le Bien Naturel Universel. A savoir par cœur et à servir avant même la demande. Cela se manifeste au cours de réunions. (Genre Tupperware ? demande Gertrude) (Si tu veux, oui, répond Arnaud Boufigue)…

  Troisième point : « les Élus ». Ils sont deux. Un homme et une femme. Jumeaux. Ils incarnent la Nouvelle Réalité Naturelle, en sont les Guides et les Témoins. Ils Savent. Élus de la Nature, ils agissent pour son bien, et donc, pour le Bien Universel. Leur Jugement est de ce fait absolu et sans recours.  Et sans pitié. Leur Force, à la fois simple et infinie, est purement Naturelle. 

  Sa Mission à elle, Gertrude Pilon (Ma Mission !!! Yeah !!), est de relayer cette Parole. Elle devra se charger de la MJC, de Varochaix (aïe), et de Super Troc où elle devrait se trouver dans la matinée pour développer la rumeur selon laquelle tous ceux qui relaieront ce credo en participant aux réunions de la Nouvelle Réalité Naturelle bénéficieront d’une remise de 20 % sur leur compte de commission de troc. Et bien sûr, asséner le credo en question aussi souvent que possible auprès du plus grand nombre de troqueurs possible. Pas de discours, pas de démonstration, mais diffuser des rumeurs. Et des bons de ristourne. Et des invitations à participer aux réunions.

  Elle doit contacter Daniel Forpris, son « bras droit » à Super Troc qui aura reçu le matériel marketing nécessaire et avec qui elle collaborera. Tiens, voici un laissez-passer pour le joindre (un badge argenté décoré d’une lyre noire, au verso duquel il écrit de sa main (mais si !) « Gertrude Pilon »). Ah, tiens, prends ce carnet de bons de ristourne… Compris ?

  Gertrude a compris. Elle n’en peut plus d’amour et de reconnaissance pour Sri Mardouk Shankara, qui, s’il n’est l’Élu, est pour le moins son « bras droit », pense-t-elle du fond de son in petto délicieusement ravagé. 

 
Et quand elle dit son bras droit…

  Ce qui explique le désespoir qui la déchire lorsqu’il lui annonce son « départ en mission » pour quelque temps. Elle ne devra rien dire « à personne, même pas à la police si elle la questionne, et surtout pas aux Malfort même sous la torture » (mon héros, pense son in petto), de ce qu’il lui a fait (ooohhh, rougit  le même…) de ce qu’il lui a dit (croix de bois, croix de fer…), ni de sa Mission à elle (plutôt mourir). Et elle devra soutenir qu’il est rentré à minuit de l’inauguration du Tapas’Embal’. A la limite, elle pourra avouer qu’il a fini la nuit dans son lit, mais sans détailler (évidemment, ce serait trop long, s’enflamme son in petto).  

 
Il conclut par un  « Fais ma valise » sans réplique.

  Puis ce fut un « Allez, c’est l’envoi… », tout ensemble bénisseur et définitif.

 
Et à huit heures et demie, en ce mardi matin qui suivit la mort de Luis, il prit sa valise.

  Et il partit.

  Amen.
 

LES NOTABLES AU COMMISSARIAT / P2C2E14

P2C2E14 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 14)

 
N° 115 / LES NOTABLES AU COMMISSARIAT / P2C2E14

C’est l’histoire où le Chanoine Onésiphore Biroton, le Maire, Félicien Belcoucou, et le Conseiller en matière d’économie électorale Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, se retrouvent au Commissariat de Saint Tignous sur Nivette pour y être interrogés par le Commissaire Ravot.

  Mercredi 4 mai.
Huit heures
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette.

 
Le commissaire Ravot occupe le vieux bureau du premier étage, avec son mobilier années 50 (plancher de sapin usé qui grince, bureau en bois avec taches d’encre et ronds de chopes de bière, piles de papiers, dossiers sur la tablette de la cheminée murée, classeurs à rideaux brunis sous les mains grasses de saucisson-beurre, chaises en hêtre verni, à fond de contre-plaqué, peinture brun vert d’époque sur les murs, lampe de bureau surpuissante du style « Tu vas parler, dis, tu vas parler ? », radiateur en fonte avec tuyaux où accrocher les menottes des suspects)… Sur le côté du bureau principal, un autre, plus petit, années soixante, en tôle laquée grise où trône un ordinateur à la queue de souris aussi annelée que celle d’un raton laveur tellement il est déplacé en ces lieux voués à la muséologie policière (la vieille Remington à touches rondes « tic, tic, tic, tic, drinnn, chtac, tic, tic, tic, tic… », qui ne fonctionnait qu’avec deux doigts fonctionnaires, un original et trois pelures : « tu relis et tu signes ! », a été logée sur une étagère derrière Ravot, à côté d’un encrier Waterman et d’un porte-plume sergent-major, collection de tampons  : ne manquent que la vitrine et l’étiquette). Le petit bureau avec l’ordinateur à écran plat, c’est celui de Lepif qui tient lieu de greffier dans les grandes occasions.
 
On a logé trois chaises à la place du tabouret à suspect ordinaire pour loger les culs des notables qui ont été « invités » fermement à venir témoigner : le Maire, le Conseiller en matière d’économie électorale et le Curé.

 
Un peu pâles, les notables : après quelques protestations indignées restées sans réponses, (vous n’imaginez quand même pas que nous n’avons que cela à faire ?) ils se sont assis en bougonnant sur les sièges que leur a désignés un Ravot toujours imperturbablement silencieux, derrière son bureau.
 
Et c’est Lepif qui s’est levé de derrière la lueur de son écran pour leur tendre une série de photos 21 x 27 en couleur sur papier glacé : Luis tel qu’il a été trouvé…

 
- Qu’est-ce que c’est que cette horreur ? a demandé le chanoine Onésiphore Biroton en serrant entre les doigts de sa main gauche sa belle croix pectorale en argent, comme l’alpiniste qui dévisse se raccroche à la corde de rappel, tandis que sa main droite semble repousser vers l’impossible le cliché qu’elle tient et qui semble animé d’un tremblement autonome…
- Mais c’est Luis ! a reconnu Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse dont l’estomac s’est soudainement noué sur une envie de saucisses spéciales Réna.
- C’est ce jeune journaliste de

la Lanterne… a confirmé le maire qui ne voulait surtout pas l’avoir reconnu le premier (et qui se serait bien fait une petite saucisse spéciale, lui aussi).
  - En effet, Messieurs, c’est, ou plutôt, c’était Luis. Et vous comprenez que nous traitions cette affaire avec autant de vigueur que de discrétion…
 
Les trois notables, qui n’ont retenu que le mot de « discrétion », hochent la tête avec un air d’approbation convaincue…
 
- Mais qui a bien pu… commence le curé…
- Et pourquoi… poursuit le Conseiller en matière d’économie électorale.
- Qu’avons-nous à voir… conclut le Maire…
  - Eh bien Messieurs, il semblerait que vous ayez été parmi les dernières personnes à voir le jeune Luis Ottouadla vivant, n’est-ce pas…
 
- C’est impossible… commence le curé…
- Comment cela ? poursuit le Conseiller en matière d’économie électorale…
- Cette soirée, sans doute… conclut le Maire.
  - Très justement au cours de cette soirée d’inauguration du Tapas’Embal’… Vous y étiez bien, Monsieur le Curé ?
- Chanoine, Monsieur le Commissaire. Chanoine…
- Pardon, Monsieur le Chanoine, je ne connais pas bien la subtilité des grades ecclésiastiques…
- Il n’y a pas de mal mon fils (geste bénisseur), de la part d’un laïc présent depuis peu dans notre communauté, c’est encore admissible…
- Bref, vous y étiez, ou vous n’y étiez pas ?
- Je… Monseigneur Zeeman, qui gère notre patrimoine, m’avait chargé de le représenter, n’est-ce pas, et j’ai dû y faire une apparition rapide… Le bâtiment, voyez-vous, nous appartient, ou plus exactement appartient à
la Congrégation dont Monseigneur Zeeman est l’un des responsables…
- Et vous êtes venu participer à l’inauguration, tout naturellement…
- A la demande de…
- Monseigneur Zeeman, j’ai bien compris… Lepif, vous me convoquerez Monseigneur Zeeman… Est-ce à dire que vous n’auriez pas assisté à cette inauguration de votre propre chef, Monsieur le Chanoine, que vous auriez pu la désapprouver ?
- Oh, non, Monsieur le Commissaire, Begoña-Conception et Gerañum-Assomption, les deux patronnes du lieu sont de mes ouailles et elles participent… matériellement… à la vie de notre communauté religieuse, ainsi que beaucoup des membres de leur personnel d’ailleurs, mais enfin, un lieu de plaisir n’est pas forcément des plus indiqués pour un homme d’Eglise, et… 
- Participent matériellement… Cela signifie ?
- Qu’elles assistent régulièrement aux offices et qu’elles versent leur obole au Denier du Culte. Mais je n’étais pas là pour bénir les lieux. Seulement pour y représenter Monseigneur Zeeman que d’autres obligations retenaient en Espagne. Je vous l’ai dit : je n’étais que le représentant du propriétaire. Je pense d’ailleurs avoir été le premier à quitter la soirée…
- Vous dites que Monseigneur Zeeman était retenu en Espagne ? Mais par quelles obligations ? demande Lepif qui jusque là s’est contenté de taper sur son clavier sans faire de commentaires, tandis que les deux autres convoqués suivent attentivement l’échange entre le Chanoine et le Commissaire, essayant de deviner en quoi consistera leur propre interrogatoire.
- Je crois qu’il participait à un Congrès de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, mais je n’ai aucune certitude à ce sujet…
- Voyons, Monsieur le Chanoine, reprend Ravot, pouvez-vous nous dire si vous avez rencontré des personnes que vous connaissiez déjà parmi les notables présents à cette soirée ?
- Mon Dieu, à part les deux patronnes du lieu, j’y ai croisé plusieurs de mes ouailles, ainsi que je vous l’ai dit, mais pour le reste, je n’ai reconnu que le patron du magasin Super Troc, que j’ai eu l’occasion de rencontrer, sans plus, et je dois avouer que tous les autres m’étaient inconnus, aussi bien cette jeune dame fort élégante, que les trois autres Messieurs qui l’accompagnaient et dont je crains d’avoir oublié les noms… Monsieur le Maire semblait la connaître et l’apprécier, mais il est vrai qu’elle est charmante… Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale devrait pouvoir vous éclairer sur cette dame qui, je m’en souviens maintenant, s’est prévalue d’une certaine parenté avec sa famille…
- Elle serait une vague cousine, intervient Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse…
- Nous verrons cela plus tard, interrompt Ravot. Pour ce qui vous concerne, donc, Monsieur le Chanoine, il n’y a rien d’autre qui vous ait frappé ?
- Non (une hésitation)… Je me souviens de l’empressement juvénile du jeune Luis auprès de cette dame, mais il prenait son métier à cœur et interviewait tout le monde… Moi-même…
- Vous-même… ?
- Moi-même, il m’a questionné… Oh, en gros, il m’a demandé pourquoi j’étais là, et je lui ai dit la même chose qu’à vous. Il semblait content de vivre, comme si cette soirée constituait… comment dire… un évènement qui lui aurait été personnellement favorable, une sorte de… d’aboutissement heureux… Mon Dieu, quelle tragédie… Mais quels monstres ont pu commettre une telle horreur…Je…
- Et vous êtes rentré directement chez vous ? le coupe Ravot impassible.
- Oui, j’ai rejoint la cure et notre petite communauté : nous vivons depuis peu à trois prêtres dans une maison qui nous a été léguée par une sainte femme décédée sans descendance. Je suis responsable de la ville, et mes commensaux sont deux jeunes prêtres chargés, l’un, des paroisses de l’Ouest, et l’autre, des paroisses de l’Est. Nos ministères sont lourds et de nous retrouver à trois nous facilite la vie et limite nos frais. Une dame d’œuvres s’occupe bénévolement de notre ménage dans la journée…
- Et vos confrères pourraient bien sûr témoigner de l’heure de votre retour… Vous n’avez pas fait de détour ?
- Oh non, j’ai quitté la soirée vers vingt heures et je suis rentré directement pour préparer mon homélie du dimanche… Mais je pense que les évènements vont m’amener à en changer le thème…
- Attention, Monsieur le Chanoine, tout ceci est confidentiel : personne ne doit savoir comment est mort Luis ! (le commissaire a lourdement appuyé sur le « comment », en le faisant suivre d’un silence menaçant) Je vous prierai donc de ne pas en parler. Tant que nos investigations ne sont pas achevées, vous devrez respecter le secret le plus absolu. Et vous serez tous trois solidaires, en l’occurrence, et tenus pour responsables des fuites dans la presse… ou des rumeurs qui pourraient circuler dans l’opinion…
- J’espère que ce ne sont pas des menaces ? s’insurge Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse.
- Je ne vous ai pas encore interrogé, Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale… sourit Ravot qui semble se pourlécher les babines à cette perspective… Pour ce qui vous concerne, Monsieur le Chanoine, je n’ai plus de questions à vous poser dans l’immédiat. Je vous demanderai seulement de rester à notre disposition s’il s’avérait que nous ayons besoin d’autres informations qui pourraient se trouver en votre possession, et de nous contacter si vous vous souveniez de quelque évènement, aussi minime soit-il, dont vous penseriez qu’il pourrait nous aider à découvrir les auteurs de cette monstruosité…
- Croyez bien que je n’y manquerai pas et que je soutiendrai vos recherches de mes plus ferventes prières…
- Je vous en remercie, Monsieur le Chanoine. Toutes les aides sont les bienvenues… Pouvez-vous signer votre déposition ? Voilà… Merci, Monsieur le Chanoine, au revoir Monsieur le Chanoine… Lepif, pouvez-vous reconduire Monsieur le Chanoine, je vous prie ?

  Et au retour de Lepif :
- N’oubliez pas de convoquer Monseigneur Zeeman… Ah, voyons, maintenant, Monsieur de Sainte Fouillouse… Ainsi vous seriez apparenté à cette… (il consulte une fiche) Finette ?
- Il paraît. Mais j’avoue ne l’avoir jamais rencontrée avant hier soir. Charmante d’ailleurs, beaucoup de classe, beaucoup de charme…
- Et des antécédents, Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale, des antécédents dont nous parlera tout à l’heure Monsieur le Maire…
- Je… commence le maire
- Tout à l’heure, cher Monsieur, tout à l’heure… Pour l’instant, je m’adresse à Monsieur de Sainte Fouillouse. En fait, je voulais vous poser les mêmes questions que j’ai posées au chanoine, puisque chanoine il y a, et si possible, obtenir des réponses un peu plus complètes…
- Je crains de vous décevoir…

Ravot le regarde de nouveau avec ce sourire de gros chat qui l’avait fait surnommer Chestershire (« Ô, Chester, je vous vois venir »…) par sa défunte épouse Alice (qu’il appelait « Ma Merveille »), et que Lepif adore pour ce qu’il annonce de férocité sournoise (il annonçait tout autre chose pour Alice)…

- Allons, Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale, ne vous sous-estimez pas… Qui connaissiez-vous lors de cette soirée ? A part Monsieur le Maire ici présent et le chanoine, bien sûr…
- Comme je n’étais jamais allé dans cet endroit, en fait, je n’y connaissais personne, à part peut-être Arnaud Boufigue, avec qui j’avais dû traiter quelques affaires lors de la transformation des supermarchés de la ville en Super Troc. Mais il s’agissait de demandes de subventions liées à des mouvements de personnel, de cession de terrains divers dans le lotissement des Six Mille…
- Dont vous êtes le promoteur…
- A titre privé, seulement à titre privé, et c’est pour l’essentiel mon homme d’affaires, Monsieur Le Vacher, qui se charge de ces transactions…
- Sauf lorsqu’il s’agit de reclassifier certaines zones d’urbanisme…
- C’est du ressort de la Mairie…
- Pas seulement… Mais ce n’est pas notre affaire, revenons à cette soirée je vous prie, et à ses participants : cette Finette, donc, vous ne l’aviez jamais rencontrée auparavant ? Même pas lors de la cession des actifs de l’usine Lartigo ?
- Je n’ai pas eu à intervenir sur ce dossier qui a été traité par une autre commission, mais j’ai cru comprendre que l’affaire avait été reprise l’an dernier par une entreprise basée en Espagne et pilotée, cela m’avait frappé à l’époque, par un autre membre lointain de ma famille, mort depuis, un certain Déodat de Sainte Fouillouse. Je me souviens que ma sœur, Ordegale-Junie, avait voulu le rencontrer en Espagne, par curiosité, mais qu’elle avait été assez mal reçue, j’ignore pourquoi. Nous n’avons d’ailleurs plus eu de contacts depuis lors. Et comme j’avais bien d’autres préoccupations à l’époque, avec les problèmes liés à l’implantation de la pisciculture de Marinoval où je tentais de lever l’opposition, économiquement absurde, de la Mairie du lieu, je n’ai pas cherché plus avant…
- Donc vous ne connaissiez strictement personne. Mais Luis…
- Je connaissais Luis, bien sûr. Il amorçait une carrière prometteuse et effectuait un stage très intéressant à

la Lanterne. Ce que disait le chanoine est assez juste : il avait l’air d’être « sur un coup », et c’est auprès de Finette qu’il paraissait rechercher des informations… Mais je suis parti très tôt, moi aussi, en fait, juste après le chanoine…
- Saviez-vous que Finette et Arnaud Boufigue avaient été les délégués des Écolocroques à Saint Tignous sur Nivette ? intervient Lepif…
- Ah… non (hésitation) pas aussi clairement que vous le dites… Je savais qu’Arnaud Boufigue était arrivé à cette époque et qu’il avait eu une activité douteuse, mais…
- Monsieur Le Vacher est bien votre homme d’affaires ? reprend Ravot…
- Oui, pourquoi cela ?
- Vous n’ignorez pas qu’il était en possession du passeport Écolocroque international numéro quatre délivré à Saint Tignous sur Nivette par Finette de Sainte Fouillouse… par l’entremise de Gertrude Pilon que vous devez aussi connaître, et qui héberge toujours Arnaud Boufigue dont elle est également la maîtresse…
- Gertrude est connue pour être la maîtresse de tout le monde, monsieur le Commissaire. Et pour être « connue » de tout le monde, et pas seulement des hommes. Gertrude est largement et généreusement éclectique… (souvenir confus d’hier soir, dans lequel il voit Gertrude danser, nue, et se faire sauter par Daniel Forpris, devant lui, présent mais détaché, lointain, comme dédoublé, dans une sorte de brouillard… Souvenir inquiétant d’un mauvais rêve récurrent…)

  Silence…

  - Vous ignoriez que votre homme d’affaires… enchaîne Ravot
- Je ne connais pas vraiment ce Monsieur Le Vacher, vous savez, sorti des affaires…
- Enfin, Monsieur de Sainte Fouillouse, vous n’allez pas me dire que vous traitez des affaires, que vous accordez votre confiance, que vous déléguez votre signature (et réciproquement qu’il vous donne pouvoir sur certaines opérations, nous le savons), et qu’il vous est inconnu…
- Cela reste très marginal…
- Mais c’est bien ce Monsieur Le Vacher – Lepif, notez de le convoquer dès que possible je vous prie - ce Monsieur Le Vacher, donc, qui est venu me proposer un logement « très avantageux »…
- J’ignorais ce détail…
- Il est vrai que c’était de la part de Monsieur le Maire, mais dans votre lotissement, et certainement avec votre accord…
- Mais… interrompt le Maire
- Plus tard, Monsieur le Maire, plus tard… Monsieur de Sainte Fouillouse, je ne mène pas une enquête financière ni une enquête sur les dérives des adhérents plus ou moins repentis aux thèses des Écolocroques qui ont bénéficié de la mansuétude d’une amnistie tacite, ou d’une amnésie avouée, j’enquête sur un meurtre barbare. Je peux vous promettre que rien de ce qui sera dit ici et qui me permettra de progresser dans l’élucidation de ce meurtre ne sera utilisé contre vous, à moins qu’il ne s’avère que vous n’y soyez directement impliqué (mouvement de protestation indignée d’Hilarion-Jovial, geste d’apaisement de Ravot), ce que pour l’heure je ne crois pas. Je répète donc ma question : saviez-vous qu’il existait un lien entre Arnaud Boufigue et Finette de Sainte Fouillouse, et que ce lien s’appelait les Écolocroques ?
- Eh bien… dans la mesure où je ne connaissais pas Finette de Sainte Fouillouse, je peux vous confirmer que j’ignorais ce lien. Mais, bien sûr, je me doutais qu’Arnaud Boufigue… Toutefois, il me semble que son action économique s’est depuis montrée plutôt favorable au développement de l’économie et de l’emploi dans la circonscription et que…
- Bref. Aviez-vous connaissance de ce sur quoi enquêtait Luis Ottouadla ?
- Non, absolument pas. Il travaillait pour les Malfort avec qui j’ai peu de contacts…
- Et vous êtes donc rentré directement chez vous ?
- Directement. Ma famille peut en témoigner, j’ai travaillé à préparer une intervention pour une réunion de parti…
- Eh bien ce sera tout pour l’instant, Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale, je vous remercie pour cette collaboration et vous prie de nous pardonner d’avoir ainsi disposé de votre temps précieux… Vous devrez comprendre l’importance du secret que nous vous demandons… En homme d’affaires avisé et prudent, vous y êtes habitué… Je ne peux que répéter ce que j’ai dit au chanoine : si un souvenir vous revenait à l’esprit…
- Je vous en ferai part au plus tôt, croyez-le bien, Monsieur le Commissaire, ce meurtre abominable devra être puni comme il le mérite…
- Et il le sera, soyez-en sûr, Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale, il le sera… Lepif, reconduisez Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale…

 
Le sourire de Ravot flotte dans le silence comme un œil graisseux sur le bouillon dans lequel marine le maire…

  - Monsieur le Maire, je vais vous faire une révélation…
 
Le bouillon s’épaissit et le maire s’y enfonce…
  Le retour de Lepif semble apporter une bouffée d’air mais :
- Laissez-nous seuls, Lepif, Monsieur le Maire préfère l’intimité…
 
Lepif s’efface avec un léger sourire.

  Le maire s’enfonce un peu plus. Ce n’est plus un bouillon, ce sont des sables mouvants…

 
Ravot reprend :
- Je préférais faire en votre présence le point des connaissances que les autres notables présents à cette soirée ont pu avoir de ce que faute d’autre terme j’appellerai les « dessous » de l’histoire. Il paraît évident qu’ils n’en savent pas grand-chose (silence, sourire).
Je suis en revanche persuadé que vous, Monsieur le Maire, connaissez bien mieux le… dossier (silence, sourire… le Maire s’agite légèrement sur sa chaise, mais en affectant un air aussi lointain et indifférent que possible).
Et cela pour une bonne raison : vous êtes bien, je ne vous l’apprends pas mais je vous le confirme, le fils biologique de l’Oberst Kuhhirt, qui a fondé les Écolocroques et qui se trouvait être l’amant de votre mère, avec la complaisance de votre… père légitime dirons-nous (geste de protestation indignée du maire qui se soulève de son siège)… Non, ne protestez pas. C’est l’Oberst Kuhhirt lui-même qui l’a déclaré devant témoins avant de mourir. En outre, des prélèvements d’ADN ont été effectués sur votre demi-frère, le Numéro Un des Écolocroques, sur sa fille, votre nièce, donc, et sur vous-même, à votre insu bien sûr, au moment de la… liquidation de cette affaire. Comme vous le savez, et comme je l’ai déjà évoqué devant vous, la brièveté de la crise a permis une amnésie tacite. Il a été estimé à l’époque qu’il serait plus nuisible qu’autre chose de se lancer dans une stérile chasse aux sorcières. L’opinion mondiale était suffisamment informée du caractère nuisible de l’engeance représentée par ceux que l’on a appelés les Numéros pour que leurs émules n’aient qu’une envie, celle de se fondre aussi discrètement que possible dans la masse… 

  Le maire reste figé sur sa chaise, un peu pâle, mais pas très inquiet au fond : cela, il le savait déjà, et il se doutait que Ravot tenait ses informations de Malfort. Lui-même avait appris par Boufigue ses liens de sang avec Kuhhirt et n’y attachait aucune importance :
- En admettant la vérité de ces… allégations, je ne vois pas en quoi je pourrais être tenu pour responsable d’un écart de conduite de ma mère, d’une part, ni d’autre part en quoi cette prétendue relation biologique me rendrait coupable de quoi que ce soit…
Ravot accentue son sourire :
- Sans doute, Monsieur le Maire, sans doute, si nous jugeons des choses selon nos critères. Mais je vais vous communiquer une autre information que vous ignorez très certainement. Moi-même, je n’en ai eu connaissance que très récemment. J’ai d’ailleurs promis de garder le silence, et je ne lèverai qu’un tout petit coin du voile, disons… par sympathie… pour vous…
 
(« Ô, Chester, je vous vois venir »…)

  Silence… Le maire, semble s’incruster dans le dossier de sa chaise…

  - Ce que vous ignorez, Monsieur le Maire, c’est que vos… parents, si vous me pardonnez ce qualificatif, et j’insiste sur le fait que votre parenté biologique est avérée, vos parents donc, ne se sont pas suicidés, contrairement à ce qui a été dit. Vous êtes bien placé pour savoir que des images peuvent être trafiquées, puisque vous avez participé à la manipulation de celles d’Eusèbe Malfort dans votre studio de télévision de la Mairie (mouvement de protestation du maire, Ravot hausse la voix), alors que vous collaboriez avec un certain Arnaud Boufigue ! Ne protestez pas, nous détenons les enregistrements originaux et chacun a pu voir comment ils ont été transformés !
- Mais je ne suis pour rien dans l’usage qui a pu être fait du studio…
- … que les Écolocroques vous ont fourni, nous en possédons la preuve, et où nous savons également que vous avez assisté à ces enregistrements… Ce n’est pas la question.

  Le maire, qui s’était soulevé une fois de plus de son siège, porté par une indignation parfaitement feinte (quarante ans d’entraînement et de stratégie politique), se rassied.

- Les autres membres de votre « famille naturelle », Monsieur le Maire, et eux-mêmes, auraient dit de votre « race », ou de votre « lignée », croyez bien que je déplore cette conception d’un héritage biologique qui tenait tellement à cœur à ces « bons aryens », ces autres membres donc ne se sont pas suicidés, comme on l’a proclamé officiellement. Ils ont été exterminés (il détache les syllabes pour répéter : ex-ter-mi-nés !). Et puisque ceux qui les ont ainsi ex-ter-mi-nés ont retourné co