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LES OURS BAISAIENT LES CRABES


TONTON RASPOUTINE PROPOSE

    1) UN NOUVEL ÉPISODE DE SON FEUILLETONTON :

N°224 / LES OURS BAISAIENT LES CRABES / P3C2E35
 

C’est l’histoire où, tandis que le foutage exalte les jeunes, la Vieille (qui connaît son Alcofibras) explique l’histoire du clan des Ours.

C’est la suite de :

N°223 / RETROUVAILLES / P3C2E34

 
C’est l’histoire où la fin de 40 000 ans de chasteté forcée se concrétise de manière forcenée.


Qui est la suite de :


N°222 / LA RENCONTRE / P3C2E33

 
C’est l’histoire où Frère Jean des Entonnoirs est conduit à Agotchilho et où il rencontre Amaïa, ce qui lui fait un drôle d’effet.

Humevesne et Suceprout sont présentés ici (lien)

Note consacrée à Frère Jean, en Pages, c’est ICI

Nous découvrons le portrait ému que Tonton Marcel a fait de Frère Jean des Entonnoirs :

clocloorson


Sur Jean Raine, c’est ICI qu’il faut regarder (lien)

Et tant qu’on est dans la peinture, Philippe Jonneskindt, vous connaissez ? (lien)

 
 
Il est bon, par ailleurs, de toujours en revenir aux fondamentaux :


  Une méditation sur la pétologie comparée des sauropodes et des Martiens et leurs conséquences théologiques se trouve ici : 

 
DE LA SOUPE / P3C1E37. 

  Et un rappel de la biographie d’Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, de sa sœur Ordegale-Junie et de leur Méthode à 6000 se trouve sur le
présent lien.

 
On y trouve des liens de rappel pour ceux qui ont pris le train en marche. 

  2) LES DISTRAITS TROUVERONT ICI :

 
LE RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

  Et ici

 
LE RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

  3) RECHERCHEZ ET RETROUVEZ LES AUTRES ÉPISODES PAR
 

LA TABLE DES MATIÈRES

  Si vous avez faim, la Gastronomie, c’est encore ICI :

 
PETIT GOÛT DE NOISETTE (1) / P2C3E15b

  4) ON TROUVE EN « PAGES »

  Le résumé de ce que nous avons à ce jour découvert sur

 
EDVIGE ET LE VIKING DE CHALOSSE,

LES HOMMES POLITIQUES, (là, il y a du nouveau : on s’intéresse aux rapports entre Barbe et Politique !)

 
LE PEUPLE GOUM.

  5) SANS OUBLIER
 

la PRÉSENTATION
de TONTON RASPOUTINE

  et sa GÉNÉALOGIE

 

  Cliquer sur les liens pour les suivre

EDVIGE ET LE VIKING



Il est, quelque part au fond de la Chalosse (car
la Chalosse possède un fond, comme tout lieu qui se respecte) (c’est comme les pantalons) (c’est lui qui manque le moins), un survivant des âges lointains. 

  Debout sur sa colline (car ce fond-là est situé sur une colline), il guette, à l’horizon, le retour de ses origines. Le retour de bâton de ses origines…

  Avec angoisse.

  Ce qui implique de douloureuses contorsions. Ça se voit sur la photo.
  

 

Viking



C’est ainsi qu’il a pu discerner, voici peu, les premiers frissons de la Barbarie, dans l’annonce faite aux maris des Pénélopes du Mali, qui en furent, allez, bien marris, d’avoir à prendre cliques et claques pour rejoindre leurs dames en leur lointain foyer. Et de ceux du Bénin, de

la Côte d’Ivoire et autres lieux bronzés sous le soleil d’Afrique. Itou. Idem Mongols, Chinois et Turcs. Et jusqu’à d’égarés Bougres et Syldardures !


Les collines de Chalosse, de Champagne, de Bourgogne, ou de quelque lieu hexagonal que ce soit n’ont plus pour vocation d’accueillir, généreuses, tous les malheurs des ot’s.

 
S’en est-il réjoui, le survivant des âges lointains ? Lui qui guette le retour de ses origines en regardant au fond des oeils le fond des temps du fond de sa Chalosse ?

 
Que nenni, point de réjouissance, c’est bien sûr, pour le renvoi, penauds, des maris marris : lui-même, le lointain descendant des descendus de drakkars ne serait point, ce jour, planté sur sa colline, si, voici quelques siècles, et des gros, ses ancêtres s’étaient faits rejeter de la sorte à la mer d’où ils étaient venus ! Conscience il a d’une lointaine similitude, d’une solidarité atavique, viscérale, de transplanté venu chercher fortune ailleurs. Non mais !

 
Il est vrai que ses vieux à lui n’avaient pas demandé leur avis aux autochtones, mais que, bon gré, mal gré, ils s’étaient plutôt deux fois qu’une, mêlés et emmêlés à la population brune et agile du lieu, eux, les grands blonds aux chausses et hures noires. Noircies surtout après qu’ils eurent incendié moines et monastères (les moniales étaient brunes et ils ne brûlaient que ce qui était inutile).
 

Ce qui inquiète maintenant le survivant des âges lointains, c’est ce qu’en pensera Edvige.

  Il a eu beau lui dire, à Edvige, que son papa, à Edvige, avéré ou putatif, peu importe, lui, le décoloré, le pâlot, l’albinoïde, se trouve probablement être, lui aussi, si, lui, le descendant décoloré de grands blonds de drakkars, il ne s’en trouve pas rassuré pour autant ! 

 
Car, ADN aidant, seront traqués ses ancêtres à lui, le Chalossais, hétérogènes, disparates, hétéroclites, et peut-être même, bigarrés, ce qui serait impardonnable aux yeux de l’exigeant pâlot papa ci-devant évoqué de l’implacable Edvige.

  Car, lui, le Chalossais planté sur sa colline, il n’a pas bénéficié du bain lustral d’une pousse et d’un élevage neuilliso-bancaire ! Lui, il est resté sur le lieu des rapines de son ancêtre, et il n’est que le fruit lointain d’une troussée hâtive (et souvent répétée dans les siècles des siècles) sur le coin de l’autel d’un couvent de Chalosse, lui-même couvent, brûlé dans la foulée de l’enthousiasme, après qu’aient été mises de côté, casse-croûtes pour la route, les meilleures des moniales ainsi consommées ! In saecula saeculorum !

 
L’Hägar Dünor en question, celui qui a donné l’actuel Hägar Düsüd, charmé par les charmes charmants de la doulce et charmeuse moniale vigoureusement vaincue, et même con-vaincue, s’est installé, là-bas, tout bêtement, sur sa colline de Chalosse, d’où moult siècles siécleux et séculants plus tard, son descendant, inquiet, guette à l’horizon lointain la venue des sbires de l’autre Hägar, le Pälo, qui, fort de son Edvige, viendra le rejeter, avec mômes et œuvres, à l’eau d’où a surgi, dans les siècles passés, son ancêtre fécond ! Avec sa Walkyrie pour finir le potage et combler le quota.

  Car il fut imprudent, ce descendant lointain ! Loin de se contenter comme tous ses ancêtres, de labourer profond en son champ familial, les hectares arides de sa terre sableuse pour en sortir, calleux des mains et tordu de l’échine, les maigrichons subsides de sa pauvre famille, et quelques agités moutards, il gueula ! Il protesta ! Il dit, en publiques enceintes, que les maris marris de maliennes épouses étaient de bons voisins qui savaient labourer les friches délaissées et que l’on ferait mieux d’appeler leurs épouses à leur tenir le manche plutôt que les contraindre à quitter le pays pour en appeler d’autres un peu moins colorés quand on aura besoin de nettoyer les ronces. Il dit que le Pälo papa de sa vilaine Edvige avait dû oublier que, sur la terre d’ici, il n’était que bâtards, et même de Hongrie où sévit Attila, ou que dégénérés confits en nationalitude, et qu’il fallait, Mordious ! que vivent les bâtards ! Et même de Hongrie où sévit Attila !

 
Et, suprême imprudence, il se mit à PENSER qu’on pourrait faire mieux ! Et même, l’insolent, il VOTA !

Et même, il VOTA CONTRE !

  Mais est venue Edvige…

  Et, pâli, le survivant viking de ces âges lointains regarde l’horizon…

Aidez-le : http://nonaedvige.ras.eu.org/


16 août 2008 - Aucun commentaire
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FRÈRE JEAN DES ENTONNOIRS / P3C2E2

P3C1E46 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 2)

 
N°191 / FRÈRE JEAN DES ENTONNOIRS / P3C2E2

 
C’est l’histoire où Eusèbe et Jeanne, se rendant à l’Élysée, font la connaisssance de Frère Jean des Entonnoirs et de Cloclo Chatapus, gentille hôtesse.

clocloorson



Mercredi 15 juin
Départ pour Paris

  Les places ont été retenues par l’Elysée. 

  Il y a queue à l’enregistrement.
 
Un moine, devant eux.

Un gros.

Un peu agité peut-être. 

  On discute, et on les traite avec les égards polis que l’on doit aux gens du troisième âge et demi dont les places sont payées par l’Elysée.

 
Le moine, grand gaillard barbu à l’épaisse toison brune sommée d’une large tonsure éburnée[1] entretenue au Miror, porte un grand bâton et refuse de s’en séparer : c’est son bâton pastoral. Sa houlette. Et un moine ne se sépare pas plus de sa houlette qu’une charmante hôtesse de ses houppettes[2] habituelles. 

  Jeanne pense que c’est un franciscain, Eusèbe, que c’est un dominicain. Ils lui demandent. C’est Jeanne qui a gagné : les dominicains sont en noir et blanc, les franciscains en sépia. Il appartient à l’Ordre des Frères Mineurs, vit dans une petite communauté établie dans la montagne, au-dessus de Marinoval, il s’appelle Frère Jean des Entonnoirs de son nom d’Eglise, et il défendra jusqu’au bout son bâton, qu’une douce hôtesse tente de lui enlever avec un sourire tendre et d’une main câline. 

 
Au deuxième sourire, il cède avec un gros soupir, et le bâton rejoint dans la soute les houppettes de l’hôtesse. 

  Privé de son bâton et pour ne point se laisser abattre, le moine offre aux témoins compatissants une gorgée du Chablis qu’il serre précieusement en un jéroboam ventru qu’il vient de déboucher pour en vérifier la qualité sacerdotale, après l’avoir extrait du creux profond de la vache informe qu’il porte à bout de bras. 

 
Ils disent non merci, pour n’avoir point à lever la bombonne quadruple qui doit peser le poids d’un moine mort[3]

  Le moine vif adresse un regard de compassion très chrétien à leurs pauvres bras affaiblis par l’âge et cherche des yeux dans l’environnement désespérément sec et platement utilitaire du hall inoxydable, un gobelet salvateur qui leur permette de partager chrétiennement, comme il sied, ses libations.
 

Mais il n’a pas le temps d’aller au bout de ses investigations. 

  Les passagers sont appelés pour l’embarquement et il leur est demandé de souscrire de bonne grâce à la fouille de leurs bagages à main, chaussures, et tout ça, avec portiques et machines qui regardent dedans sans les ouvrir.

 
Les passagers qui se trouvent devant Eusèbe et Jeanne ne font rien sonner d’alarmant, juste un bandage herniaire renforcé et une armature blindée de soutien-gorge rural, mais révèlent dans les sacs rayonzixés de nombreuses boîtes de saucisses de pyxide, ce qui ne gêne en rien leur passage mais trahit l’importance de la pénétration de l’intoxication chez les aviomobilistes.

  Le moine ne transporte qu’un bréviaire peu usagé, trois paires de chaussettes de laine bleu marine (tricotées par des sœur clarisses), deux slips à poche « Petit Bateau » assortis (mais non point tricotés, c’est la couleur qui est assortie), une boîte d’hosties petit modèle (Ø 28), non consacrées, deux paquets de Biscuits Petit Jésus, et son jéroboam de Chablis de messe. 

 
Sommé d’avoir à s’en débarrasser par le contrôleur qui procède à la fouille de sécurité avant l’embarquement, et qui lui explique que les liquides sont proscrits en cabine, Frère Jean des Entonnoirs refuse fermement de se séparer de son outil de travail et déclare préférer le consommer illico presto, en un sain sacrifice, plutôt que d’admettre un éloignement injuste, profanateur et quelque part (il a dit quelque part mais n’a pas précisé où) arbitraire, des saintes espèces. 

  Et donc, traire pour traire, il se descend le flacon derrière le scapulaire d’un seul trait puissant et sans respirer, rote un peu en disant amen, et fait observer au vétilleux contrôleur que là où il se trouve maintenant, le saint liquide pourra voyager en toute sécurité, nonobstant un éventuel renard de trou d’air dont la compagnie serait alors responsable. 

 
Dont acte.

  On lui explique les sachets de secours, il montre la bombonne, et il devient évident que le secours est tout juste prévu pour une secrétaire anorexique ou un cadre supérieur bien élevé qui soigne sa ligne et son cholestérol.
 
Ou un Anglais.

  On frémit, mais on assume, et le moine est autorisé à embarquer.

 
Embarquement interrompu par la sourde protestation d’une dame valétudinaire et dotée de longues dents jaunes et de longs gants gris, membre d’une association qui a pour raison de vivre la lutte contre les discriminations diverses opérées à l’encontre des minorités forcément malheureuses et opprimées, et qui a relevé un trait aussi raciste qu’homophobe dans la manière que le moine a eue de parler d’arbitraire, puis de traire, ce qui crée une double équivoque en introduisant une césure perfide au sein d’un mot qui n’en demandait pas tant. 

  Les passagers la huent un peu pour presser un mouvement qui tend à s’éterniser à propos de broutilles, peccadilles, vétilles et autres brimborions d’autant plus secondaires que personne ne se sent concerné par la minorité évoquée par la dame, la troupe passagère ne comprenant que cinq Mélano-africains, trois Mélano-mélanésiens, deux Ictéro-chinois et quatre Ictéro-japonais dont un seul comprend notre idiome. 

 
Et un Anglais. 

  Roux. 

 
Outre les caucasiens rosissants ordinairement majoritaires. 

  Mais pas d’arbitres, qui eussent pu se sentir visés.
 

C’est donc sur un flop idéologique que la vertu de la dame se replie sur soi avec d’obscurs grognements de frustration scandalisée, que le moine apaise par l’offrande rédemptrice d’un biscuit de Petit Jésus. 

  La dame  l’accepte malgré tout, par grandeur d’âme, et elle se conforte en outre d’une saucissette discrètement et égoïstement absorbée lorsque le moine lui a tourné le dos.  

 
On monte dans l’avion. 

  C’est un petit, mais il est bien plein. 

 
Il faut dire que la fréquence des vols a diminué depuis que le mauvais temps a imposé des détournements, des ajournements, des retards tels que plus une seule ligne aérienne ne peut se targuer d’être « régulière », surtout l’hiver. 

  Aujourd’hui, ça va, on décolle à l’heure, et l’hôtesse pousse son petit chariot de boissons et de grignoteries entre les rangées de passagers.

Le hasard a placé le moine sur le siège unique situé de l’autre côté de l’allée par rapport à Eusèbe et Jeanne. 

 
Jeanne prend un café et une saucissette, en croisant les doigts pour que la « poudre de protection » qu’Amélie a bricolée avec Amaïa et qu’elle leur a administrée avant le départ se révèle efficace. Eusèbe aussi. En plus, ils se sont gavés de soupe.

  Le moine s’endort et ronfle, nimbé d’une gloire acidulée d’effluves de Chablis. Il déborde un peu de son siège. Surtout sa cuisse droite.

  Eusèbe regarde par le hublot défiler les blanches hauteurs du centre de

la France encore enneigées, sillonnées en fins traits noirs de quelques cours d’eau et de quelques grands axes routiers. 

  Sans rien dire, Jeanne vérifie le « petit matériel » qu’elle a rangé dans le sac qu’elle a ressorti du coffre à bagages placé au-dessus de son siège, « pour prendre un mouchoir ». 

  Apparemment, la poudre d’Amélie est efficace, puisqu’elle ne ressent aucun des effets particuliers qui lui ont été décrits en cas d’intoxication.

Son euphorie présente est juste liée au plaisir du voyage aérien en compagnie d’Eusèbe.

 
Le moine s’éveille, ouvre des yeux globuleux, rote, et se lève d’un coup en se cognant au coffre à bagages. Il retombe, sonné, avec un grognement rageur et un fracas de siège torturé.
 
On le regarde.

  Une hôtesse se précipite : c’est celle qui a réussi à lui prendre son bâton avec un sourire tendre et d’une main câline. 

 
Mais cette fois, le bonhomme semble plus nerveux. 

  Or, malgré les entraves que lui impose son habit flottant, ça n’en est pas moins un sacré morceau de moine, et la mignonne employée de transport aérien se retrouve, sans malice, les quatre fers en l’air au milieu de l’allée, dévoilant la charmante petite culotte blanche brodée de petits coeurs roses que dissimulait sa stricte jupette d’uniforme gris.

Ça crie un peu, et le moine se lève, mu par d’indistinctes intentions.

 
La seconde hôtesse se précipite alors au secours de sa consoeur qui se redresse vite, tant pour reprendre une position plus digne que pour se défendre de ce qu’elle perçoit comme une agression possible encore que surprenante du fait d’un saint homme. 

  La seconde hôtesse brandit un paquet de saucissettes dites de secours : son dernier stage « sécurité » lui a appris qu’elles sont susceptibles de guérir de manière quasi instantanée l’agitation imprévue parfois constatée chez certains passagers qui en sont gros consommateurs.
 
Mais elle s’empêtre dans les quilles encore quelque peu éparses de sa collègue qu’elle renvoie au tapis, pour la plus grande satisfaction d’un passager voisin qui découvre pour la seconde fois les petits coeurs roses brodés sur la petite culotte blanche. 

  Et même un petit frison qui dépasse. Yeah !

 
- Ouille, dit la petite mignonne hôtesse troussée derechef en s’effondrant sur la fesse droite.
- Merde, dit la seconde hôtesse, en lâchant les saucissettes qui se perdent sous les sièges.
- Grrrrr !!! grogne l’ursidé monastique, maintenant debout dans l’allée en fixant d’un œil vorace les  fuseaux soyeux des mignonnes cuissettes que découvre la petite jupe relevée jusqu’aux petits coeurs roses.
- Pschiitt, fait la petite bombe pharmaceutique que Jeanne presse sous les naseaux dilatés de Brun en rut, dont l’habit s’est soudain orné, sous la cordelière nouée, de rien moins qu’une proue de drakkar.
- Flop, fait ladite proue de drakkar en sombrant mollement parmi les plis de la bure, tel, englouti, le vaisseau viking heurtant dans le brouillard un iceberg imprévu au fin fond froid d’un fjord.
- Ouf, fait la seconde hôtesse, comme un vrai diplomate en période de détente.
- Ouf, fait la petite hôtesse en se redressant et en rajustant son pimpant uniforme sur les  fuseaux soyeux de ses mignonnes cuissettes. Mais avec un léger retard et un petit éclat dans l’œil gauche.

Et elle se frotte la fesse droite.

  - Qu’est-ce qui m’arrive ? demande le moine ahuri par cette succession d’évènements.
- Rien du tout, lui explique Jeanne en rangeant sa petite bombe au fond de son sac. Vous avez fait une crise d’asthme, sans aucun doute. J’avais ma Ventoline à la main, je vous en ai envoyé une petite dose…
- Mais je ne suis pas asthmatique, se défend le moine, confus de se trouver ainsi au centre d’un incident.
- Oh, on n’en est pas toujours conscient, vous savez…

 
La petite hôtesse se rapproche, semble-t-il partagée entre la crainte et la petite lueur qui danse toujours dans son œil gauche. 

  Elle pose tendrement une main câline sur le gros bras musculeux du moine confus :
- Vous devriez vous asseoir, Monsieur le Moine, s’il y avait un trou d’air…
- Un trou d’air (il rougit)… Bien sûr… Je… Je suis désolé, Mademoiselle, je ne sais pas ce que j’ai bien pu faire… Je m’étais endormi, et…
- Ce n’est rien, appuie la seconde hôtesse qui s’est rapprochée. Un trou de mémoire consécutif à un trou d’air sans doute. Cette contagion des trous est fréquente dans les transports aériens. D’ordinaire une saucissette en vient à bout. Mais ma maladresse…
- Je suis tellement confus…

 
La mignonne petite hôtesse pose tendrement sa main câline sur l’épaule musclée du moine, qui frémit sous l’âpre bure : 
- Voulez-vous que je vous apporte à boire, Monsieur le Moine ?
- Frère Jean. Appelez-moi Frère Jean… Frère Jean des Entonnoirs, pour vous servir…
- Moi, c’est Cloclo… Cloclo Chatapus…

Elle a un sourire. 

  Il a un soupir.

 
- On arrive, signale la seconde hôtesse…
- Et… mon bâton ? demande le moine histoire de dire quelque chose…
- Il voyage dans la soute, répond la petite hôtesse en rougissant va savoir pourquoi. Avec mes houppettes. Je vous le rapporterai moi-même. Dans l’aérogare. Lorsque nous aurons débarqué. Il est très beau.

  Et on s’est posés.
 


[1] Mais non, il ne s’est pas fait couper les burnes. Z’avez déjà vu des burnes sur une tonsure, vous ? Ça ferait zeuils de crocodile dans un marigot. C’est seulement que ladite tonsure a l’aspect de l’ivoire, enfin, quoi !

[2] Comme disait un F’è’ d’Out’e Me’ qui s’était fait ‘ouler dans la fa’ine pa’ le Pè’ Supé’ieu’… Comme ça, pou’ le plaisi’…

[3] D’un âne. On dit d’un âne mort… Bon, mais avec un moine, c’est plus marrant. Et puis j’aime les ânes.

TU PEUX M’APPELER JEAN / P3C2E19

P3C2E19 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 19)

 
N°208 / TU PEUX M’APPELER JEAN / P3C2E19

 
C’est l’histoire où Frère Jean des Entonnoirs raconte sa vie et dévoile ses origines exotiques. Où se confirme l’importance de l’orthographe…

 
Jeudi 16 juin
11 heures et quelques

La Lanterne