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RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

ON LES TIENT / P3C1E4

P3C1E4 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 4)

  N°149 / ON LES TIENT / P3C1E4

  C’est l’histoire où l’analyse de l’enregistrement du meurtre d’Edmonde de l
a Vorme Séchée révèle qui sont les coupables.

 
Mercredi 8 juin
12 heure 30

La Lanterne

  La fouille du bâtiment qui fait face au journal et d’où la flèche est partie n’a rien donné.

  Alors, « on » s’est retrouvés, face au grand écran que Victor a fait installer dans le bureau directorial pour regarder le film : Ravot, bien sûr, mais aussi Lepif (j’ai confiance en son œil, a dit son chef pour obtenir qu’il soit là), Mouchoir, en grand technicien, est mis « aux manettes », et tous les Malfort, « y compris les dames » qui sont remontées d’Agotchilho avec Rébéquée. 

 
Lepif est le seul à ne pas être initié au secret des Goums. « On fera attention », a dit Béatrace. « Je te surveillerai, bavarde », lui a glissé Clèm à l’oreille, en se casant dans un fauteuil auprès d’elle, alors que Rébéquée s’assied près d’Hélène.

  Ce que le commissaire ignore, c’est qu’une ligne directe transmet les images au bureau N°1 et que Nouye et Amaïa regardent en même temps qu’eux et entendent ce qu’ils disent. Elles peuvent même intervenir sur le défilement des images et répondre directement en se mêlant à la discussion. Par souci de discrétion, on a remplacé l’interphone direct par un retour téléphonique discret. Non pas qu’on le cache à Ravot, mais allez lui expliquer cela devant Lepif !

 
Ce que lui, Lepif, ne comprend pas, c’est pourquoi toutes ces nanas sont là ! Est-ce qu’il emmène sa femme au bureau, lui ? C’est vrai qu’il n’a jamais eu le temps d’en avoir une très longtemps.

  - Le son ne sera pas très bon, précise Mouchoir avant de démarrer. J’ai filmé depuis cette fenêtre (il la montre) que Monsieur Malfort avait entrebâillée, mais si l’image doit être de bonne qualité, le micro ne pourra donner que des bruits d’ensemble…

Et il allume le grand écran plasma récemment installé dans le bureau. Il l’a raccordé au disque dur de la caméra électronique, par l’intermédiaire de l’ordinateur qui lui sert lorsqu’il veut réaliser un montage.

 
A ce moment, un appel de Nouye, pris par Victor, informe que le Mélanippé est annoncé pour demain matin… 

  La petite caméra est branchée. 

 
Images agitées : Mouchoir n’est pas encore calé.

On entend Victor hors champ :
 « - Cadre large… »
Zoom arrière qui découvre toute la place, puis le champ se resserre autour des seuls manifestants, et s’élargit de nouveau pour suivre à distance Daniel Forpris qui s’éloigne et remonte en voiture. La voiture démarre et tourne dans une petite rue, à l’angle du bâtiment d’en face qui reste visible dans le champ stabilisé, tout comme les petites rues qui l’encadrent et par où arrivent de petits groupes de manifestants.

  - Stop, demande Lepif en tendant le bras vers un point de l’écran…
- Oui, Lepif ? demande Ravot, alors que Mouchoir provoque l’arrêt sur image.
- Un peu en arrière… Non, trop… Image par image s’il vous plaît… Voilà…
- Et que voyez-vous inspecteur ? demande Eusèbe…
Lepif a toujours le bras tendu :
- Oui, stop ! Regardez, là, à l’angle de la rue…

En effet, à l’endroit précis où la voiture de Daniel Forpris a tourné apparaît maintenant l’arrière d’un véhicule, un coffre, et même une plaque… 

 
La façade du journal est exposée plein Sud, et bien que la luminosité soit médiocre, par ce temps couvert, la façade d’en face se trouve à contre-jour et il faut l’œil exercé du limier pour remarquer le léger mouvement dans l’ombre de la petite rue encaissée entre deux immeubles.

- Pouvez-vous zoomer sur le détail ? demande Lepif à Mouchoir
- Bien sûr…
L’arrière de la voiture se précise, reste net malgré le grossissement. À peine un léger flou. Mais la plaque est lisible :
- C’est la voiture de Forpris. Ce sera facile à prouver avec l’immatriculation.
- Mais il était parti !
- Pas bien loin ! Et il est revenu en marche arrière… Je serai curieux de voir ce qu’il attend… Reprenez, voulez-vous ?
- Vous voulez imprimer l’image ? demande Mouchoir…
- Et comment ! s’enthousiasme Ravot…

L’imprimante ronronne… La plaque est très lisible sur l’épreuve imprimée… Ravot branche la petite radio qui bourdonne discrètement dans sa poche et la porte à ses lèvres :
- Martial, identifiez ce numéro d’immatriculation, de suite, toutes affaires cessantes…
Il lui dicte ce qu’il lit sur son document.
- Je peux continuer ? demande Mouchoir en revenant au plan général initial.
- Allez-y, confirme Ravot.
  - Attendez, remarque à son tour Rébéquée, pouvez-vous revenir au début et recadrer le dialogue entre Forpris et la Vorme ?
- Voilà… répond Mouchoir ravi.

Le défilement s’inverse, silencieux, jusqu’au moment où Daniel Forpris, tout au début, entre dans le champ dont le cadre, encore changeant, mal défini par Mouchoir, reste limité aux manifestants, s’élargit, revient. On distingue nettement le directeur du C’est tout naturel, souriant face à la caméra, qui serre la main d’Edmonde de la Vorme Séchée, que l’on voit de dos, en lui disant quelques mots. Elle semble protester, tandis que Forpris accentue son sourire, retient manifestement sa main, et articule lentement un mot qui affole totalement son interlocutrice, soudain véhémente…
-  Serrez sur Forpris ! demande Ravot, je pense que nos spécialistes pourront lire ce qu’il dit sur ses lèvres… Revenez…

  Le téléphone spécial sonne. C’est Nouye :
- Victor ? Je crois comprendre ce qu’il dit. Le dernier mot, c’est Hybris… 

  Et elle raccroche, toujours aussi laconique…

 
Vic en reste comme les deux ronds de carotte déjà évoqués, et puis il répète tout haut :
- Hybris… « Elle » m’a dit qu’il a dit « Hybris » !!!
- Repasse encore ! ordonne Eusèbe…
- C’est bien ça, confirme Eusèbe, n’en dites rien à vos experts, laissez-les chercher. Les nôtres, qui suivent « en ligne » (précise-t-il en guise de vague explication devant le regard ahuri de Lepif), annoncent Hybris. Nous verrons s’ils confirment…

Ravot approuve du chef. Il a compris qui sont les « experts » en question et l’idée de la tête que ferait son inspecteur s’il voyait Nouye assise, à poil (elle l’est sans aucun doute) (elle l’est, bien sûr, et Amaïa est debout derrière elle, Tijules couché sur ses seins) devant l’écran du bureau N°1, le fait sourire…

  - Regardez la femme, observe Béatrace à son tour…

L’image se déplace jusqu’à cadrer la directrice de Lartigo qui, vue de trois quarts dos, semble s’être figée, totalement affolée…

- Forpris lui a donné la sentence… constate Clèm en croisant les mains sur son ventre… Mon dieu…
- Elle sait ce qui l’attend ! remarque Béa…
- C’est ce qu’elle craignait lorsque je l’ai libérée… souffle Ravot… Je l’ai tuée… Je ne pensais pas « qu’ils » iraient jusque là.
- Vous saviez ? demande Lepif les yeux ronds…
- Je savais que ses patrons n’accepteraient pas qu’elle soit mise en cause et qu’elle risque de parler… Poursuivez, ajoute-t-il à l’intention de Mouchoir.

 
L’enregistrement repart. 

  On observe l’arrivée de Varochaix et de ses Naris.

Leur groupe est armé des pancartes qu’ils sortent d’une camionnette qui s’est arrêtée au coin le plus éloigné de la place. Ils amorcent un mouvement giratoire autour des policiers en braillant les premiers slogans…

- Ils sont fous ces Naris, remarque Clèm. Varochaix s’est converti, lui aussi ? Avec troupes et bagages apparemment ! Décidément, « ils » ramassent tout ce qui traîne, ces nuisibles !

  Les mouvements se précipitent, les gestes se font plus brusques, agressifs, violents…

- Regardez la Vorme, souligne Jeanne, elle essaie de les calmer, c’est comme si elle prenait conscience du pétrin où elle est enfermée, elle…
- Elle me dit d’essayer de les calmer, enchaîne Ravot. Elle m’a dit textuellement, je m’en souviens très bien : « Faites quelque chose, commissaire, ils sont privés de saucisses depuis deux jours, ils peuvent devenir dangereux »… Comme si le fait d’être privés de saucisses signifiait quelque chose. Elle en parlait et les regardait comme des drogués en manque et capables de tout ! Elle était complètement affolée !
- Regardez le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale, ajoute Victor, ils ne sont pas nets d’habitude, mais là ! On dirait qu’ils se déchaînent ! Le Maire…
- … me file des coups, précise Lepif. J’ai failli lui en coller une, mais il a vite arrêté son cinéma : quand il s’approchait de moi, il prenait les coups de bâton que les autres me destinaient, et il est fragile, le minet !
- Ça s’organise, remarque Rébéquée, ils ont l’air de répéter une danse en chantant les exploits d’un certain Putois… Le son est mauvais, mais on comprend…

  En effet, au milieu des cris, le « Grand Putois putassier » est maintenant scandé par la foule et rythme les coups de bâton qu’elle distribue, creusant l’écart entre le centre défensif constitué des cinq policiers et le cercle tournoyant des agresseurs.
 
Edmonde de la Vorme Séchée, entre les deux, tente manifestement de les séparer, de faire quelque chose, comme elle le dit à Ravot, dérisoirement évitée par les uns et par les autres…

  On entend la voix d’Eusèbe, hors champ :
« - Ils vont se faire écharper !
- Il faut faire quelque chose ! répond Mouchoir…
- J’y vais, crie Victor, appelez Rébéquée et continuez de filmer ! »
  - Stop, arrière ! interrompt de nouveau Lepif…

Mouchoir arrête, revient en arrière lentement…
- Là, indique Lepif, regardez Pélot !
- Il perd la boule, confirme Ravot : il va sortir son arme… Continuez, Mouchoir, lentement… Je l’ai recadré.
On voit la baffe magistrale qui calme le gros inspecteur. A partir de cet instant, il va s’efforcer de se placer au centre des quatre autres policiers, pour échapper aux coups.
- C’est là que je vous ai dit qu’on aurait besoin de renforts, confirme Lepif, qui reconnaît ses propres mouvements à l’écran.
 
Et puis le silence : on devine que Victor, suivi de Toto, vient d’apparaître sur le perron du journal.
- Essayez d’avancer image par image, demande Ravot…

  La foule cesse son mouvement tourbillonnant, et se tourne vers le journal, comme un seul homme.
 

Le poids du silence semble peser sur les épaules des manifestants qui fléchissent les genoux dans un geste d’élan grondant, laissant les policiers les dominer de leur stature. Mais ils les ignorent maintenant, ils vont les contourner, cela se sent dans leurs regards concentrés sur la façade du journal, sur Victor et Toto, invisibles à l’image, puisque le perron est juste sous la fenêtre de l’étage d’où la scène est filmée.

Le geste d’élan est évident, manifeste, palpable…

  Tous, même les policiers, se sont tournés vers les nouveaux arrivants…

  Tous, sauf Edmonde de la Vorme Séchée, dont le bras se tend dans un geste ralenti, vers la façade opposée, sans que l’on puisse voir son visage,

la Vorme, comme on l’appelle, grande femme sèche, dressée entre les policiers debout et la foule aux genoux fléchis, détachée, visible, cible parfaite, dont le cri aigu, à l’analyse des sons maintenant coupés par le ralenti des images, sera nettement audible sur le fond sourd du grognement de gorge des assaillants…

  Edmonde de la Vorme Séchée sur qui Mouchoir zoome de sa propre initiative…

  Edmonde de la Vorme Séchée… 

  Une longue pointe rougie lui perce le cou, sous le chignon, là où l’image précédente ne montrait que quelques cheveux grisonnants…
 
Edmonde de la Vorme Séchée qui tourbillonne, bras levés, en montrant son regard horrifié, encore luisant d’une ombre de vie, tandis que de sa bouche grande ouverte émerge la hampe emplumée de noir de la flèche qui lui a cassé les dents avant de lui transpercer la gorge.  

  Edmonde de la Vorme Séchée, la bouche pleine de sang…

  Et qui tombe.

  Mouchoir arrête l’image sur le petit tas gris que forme le cadavre sur les pavés de la place. 

 
Un silence épais s’est installé dans la pièce…

  Hélène pleure, le visage caché sur l’épaule de Rébéquée. On l’entend lui demander :
- Tu crois qu’on pourra les arrêter ?
- J’en suis sûre, ma chérie, grâce à toi…

Lepif lève le nez sans oser rien dire…
 

- Revenez quelques images en arrière et élargissez le champ au maximum, demande Ravot qui est le premier à reprendre vraiment ses esprits.

  La main tendue de la Vorme désigne la façade d’en face. Une fenêtre ouverte. Mais le léger contre-jour, en effaçant les reflets des vitres, ne permet pas de la distinguer facilement des fenêtres voisines, aussi sombres qu’elle, sauf par l’absence du montant central du châssis, lorsque l’on y prête une attention soutenue…  

  - Vous avez vu la fenêtre ?
- Oui, ça y est… Je zoome…

  La fenêtre qui s’approche… Mouchoir tripote ses réglages : luminosité, contraste… Une silhouette fantomatique là-dedans… Contraste, luminosité, définition… On est en HD, je devrais l’avoir mieux que ça, grommelle Mouchoir en pianotant sur son clavier…

 
La fenêtre est assez haute et étroite. La silhouette se précise…

  - C’est une femme ! s’écrie Lepif…
- Une amazone, confirme Jeanne…
 
Le léger flou du grossissement poussé au maximum laisse deviner dans la pénombre du contre-jour, derrière la ligne courbe d’un arc tendu, un visage sensuel dont les lèvres frôlent la corde tirée par deux doigts couverts d’un gant et qui encadrent le talon d’une flèche encochée, le regard clair d’un œil figé sur sa cible, une épaisse chevelure blonde relevée en chignon… Le retrait de l’épaule, le profil de la position, le bras nu qui tend l’arc, le crispin plus sombre du gant qui protège la main gauche et l’avant-bras du claquement de la corde, la tunique serrée à la taille…

  L’imprimante ronronne…

 
Image suivante : la corde relâchée, l’arc écarté par le geste, qui découvre le visage , souriant, sûr de son fait…

  L’imprimante ronronne…
 

Image suivante : la fille s’avance un peu, dans l’élan de sa satisfaction, livre une silhouette un peu plus claire…

  L’imprimante ronronne…

 
Image suivante : la fenêtre refermée…

  - Elargissez au maximum et laissez filer, demande Ravot…
 
En bas, c’est le désordre, les manifestants s’échappent en courant, comme poursuivis par des diables…

- « Cadre large, filme ! » entend-on dire par Eusèbe…

  On voit aussi Ravot crier des ordres en montrant l’immeuble d’en face, la fenêtre refermée… Lepif courir vers sa voiture, les agents se précipiter vers la porte de l’immeuble… Les pimpons, l’arrivée des renforts, Pélot réconfortant le Maire… Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, ahuri, qui s’éloigne en hochant la tête, comme s’il se demandait ce qu’il peut bien faire là… Ravot qui fait signe à Victor de s’en aller…

 
- Reviens en arrière, reviens !!! crie Béatrace debout, je l’ai vue ! Je l’ai vue !!! Je jure que je l’ai vue !!! Ouais !!! On les tient ! On les tient !!

  L’œil flamboyant, elle court jusqu’à l’écran en faisant des grands signes « en arrière » à Mouchoir qui remonte lentement le temps en tapotant son clavier :
- Stop ! Regardez !
 
Triomphante, elle pose le doigt sur un point de l’écran que Mouchoir agrandit aussitôt.

  - Bravo Béatrace ! Bravo ! s’écrie Ravot enthousiasmé qui se lève et vient lui coller deux gros bécots sur les bouts des moustaches ! Tu as raison : on les tient !

 
Le coin de l’immeuble, la rue où est toujours garée la voiture de Daniel Forpris, que l’on voit mieux que tout à l’heure, dans la lumière qui maintenant se glisse entre les immeubles… 

  Une silhouette blanche en courte tunique, cuisses à demi-nues et espadrilles lacées sur les mollets, l’arc à la main, apparaît furtivement, ouvre la portière arrière et monte dans la grosse berline qui démarre aussitôt…

L’ÉPOUSE / P3C1E6

P3C1E6 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 6)

  N°151 / L’ÉPOUSE / P3C1E6

 
C’est l’histoire où Arthur retrouve Arnaud Boufigue et Finette de Sainte Fouillouse, devenue l’Épouse de l’Élu, qui, mystérieusement, semble vouloir l’aider.

 
Mercredi 8 juin
Le matin
Harpie

 
Ça recommence, se dit Arthur en sentant la terrible catatonie le saisir de nouveau, comme une onde de glace qui l’investirait d’une seule pulsation…

 
Il a bu le café que le marin-gardien-infirmier-serveur lui a apporté, comme il le fait tous les « matins ».

Il a obtenu que l’éclairage de l’infirmerie où il reste confiné soit modulé selon un rythme nycthéméral artificiel (nictaméral, comme dit Béatrace quand elle s’explique savant avec Amaïa au sujet de la vie souterraine), et c’est le matin. 

 
Mais la dose qu’on lui a fait prendre est sans doute moins forte qu’en Omphalie, puisqu’il a eu le temps de reposer sa tasse avant de se figer.

 
Le marin est ressorti en emportant le plateau du petit déjeuner intact, mis à part le café qu’Arthur a imprudemment avalé (mais il est vrai qu’à moins de mourir de faim et de soif, il est bien obligé de consommer ce qui lui est apporté). 

 
Le mataf devait savoir ce qui allait se passer. Celui-là, se dit Arthur, si je peux retrouver mes forces assez tôt, je te vais me le faire vilain. Il n’aura pas besoin de drogue pour se tenir tranquille quand j’en aurai fini avec lui. 

 
Tiens, c’est comme le Vladimir… Justement, il arrive, bien sûr… J’espère que ça ne va pas recommencer ! On ne sait jamais avec ces gugusses… Des fois qu’ils voudraient jouer encore et encore aux Amazones et à Bitenor… Connards…

 
- Mon cher Arthur, je sais que vous m’entendez et que vous comprenez ce que je vous dis. Il est concevable que vous soyez inquiet, après ce que l’Élue vous a infligé (ricanement). Je vous rassure : je n’ai aucune intention perverse à votre égard (éclat de rire) : Bitenor n’entre ni dans mes plans, ni dans mes ordres, si j’ose dire. Simplement, vous commencez à récupérer un peu de cette santé robuste qui pourrait vous rendre redoutable, et je tiens à ce que votre transfert en Harpie s’effectue sans incidents. Vous resterez donc sous Catatonine (c’est le nom de cette drogue que vous avez absorbée dans votre café) pendant les quelques heures nécessaires à votre arrivée et à votre installation là-bas. J’ignore quel sort vous a réservé l’Élu, mais je doute qu’il vous livre à ses Amazones : il aurait tendance à se les réserver, même après qu’il ait épousé… Mais je ne vais pas vous ennuyer avec ces mondanités. Nous sommes arrivés à destination et le Hai II est arrimé au fond, dans son berceau de stationnement. Nous attendons le raccordement au sas de Harpie d’un instant à l’autre.
 
Le marin qui escorte Vladimir soulève le bras d’Arthur qui se lève mécaniquement, le regard vide. Puis il le conduit devant le lavabo et lui fait signe de se raser et de faire sa toilette. Arthur s’exécute. Il lui donne ensuite le paquet des vêtements qui lui est destiné et Arthur, malgré la rage qui bouillonne en lui, s’habille docilement. Le voici vêtu de blanc, rasé, coiffé, presque remis à neuf, encore que très amaigri. Son œil indifférent reste perdu dans un lointain inerte et ses bras pendent, inutiles, passifs…

 
- Très bien, reprend Vladimir toujours ironique. Vous voilà endimanché comme un premier communiant. Vous allez pouvoir rencontrer les huiles qui ont souhaité faire votre connaissance. Piotr va vous conduire. Je dois rester à mon bord, vous me pardonnerez, mais j’ai du travail : un chargement à effectuer… Présentez mes respects à l’Élu et mon meilleur souvenir à… Mais au fait, vous le connaissez ? Vous serez remis à l’un de vos amis : Arnaud… Arnaud Boufigue… Vous le connaissez, non ?

 
Vladimir sort en éclatant de rire…

 
Un bruit sourd. Des grincements…
 
Piotr pousse Arthur vers la coursive et le guide : à droite, à gauche…

 
Ils entrent dans un sas où des marins apportent des colis en faisant la chaîne, depuis les silos à missiles désaffectés où ils étaient rangés. Réunis sur des palettes entourées de filets, les colis sont repris par le crochet de grue qui les descend par un large orifice, manifestement raccordé à un manchon de transfert. Le marin qui commande la manœuvre presse alors un bouton, et la charge s’élève… Quelques instants plus tard, le croc redescend, supportant cette fois une sorte de cabine grillagée dans laquelle se tient un personnage qui en saute comme un diable de sa boîte :
- Ce cher Arthur !!! Quel plaisir de se retrouver !!!

 
Arnaud Boufigue, leste et enjoué, tourne autour d’Arthur, inerte et passif :
- Et quelle surprise, n’est-ce pas ? Montez donc dans cet ascenseur. Vous en pardonnerez le caractère primitif, mais il s’agit d’un simple monte-charge, certainement indigne de Monsieur le Directeur de

la Lanterne du Fort ! Passez devant, mon cher !

Il le pousse devant lui d’un grand coup de pied au derrière :
- Ah !!! Deux ans que j’attendais cet instant !!!! 

 
Il fait signe au marin qui commande la grue, et la cabine s’élève avec un léger balancement. La montée est lente. On traverse d’abord un espace sombre constitué du large tube rétractable, puis on émerge dans la lumière d’un entrepôt au sol de tôles rivetées et aux parois de pierre noire et brute.

 
Le câble qui porte la cabine, fixé sous un pont roulant la dépose à quelques mètres du puits obscur entouré d’une rambarde grillagée d’où il l’a extraite.

Arthur, bien sûr, reste impassible, le regard toujours perdu…
 
- Ce cher Vladimir m’a dit que vous en aviez pour deux bonnes heures avant de reprendre vos esprits, mais ce n’est pas une raison pour que vous restiez bêtement immobile. Faut vous remuer, mon vieux…

Il ouvre la porte tandis qu’un marin décroche le câble.

- Allez, dehors !

Il le gifle violemment :
- Excusez-moi, mon vieux, mais ce n’est pas grand-chose et ça me fait tellement plaisir…

 
Arthur sort, d’un pas d’automate et s’arrête au bord de la margelle du puits.

 
Le câble armé de son crochet redescend vers le sous-marin.

 
- Ne restez pas aussi près du trou, c’est imprudent. Venez, suivez-moi…

Il se dirige vers le fond du hangar, là où la lumière est la plus vive.

Arthur le suit…

Un chariot élévateur s’approche tandis qu’une nouvelle charge est extraite.
 
On sort du hangar. 

 
Un couloir de circulation. Des rails. Voie étroite. 

 
Cela ressemble à Agotchilho se dit Arthur qui voit, comprend, perçoit, mais reste incapable de réagir.

 
Arnaud Boufigue chantonne en marchant devant lui, ouvre une porte percée dans la paroi du couloir, et pénètre dans une sorte de salon, ou de bureau luxueusement meublé, confortable, chaud, tendu de brocard et de soieries, au sol couvert de tapis d’Orient.
 
Son guide s’arrête et fait face à Arthur qu’il gifle de nouveau avant de lui siffler au visage, entre ses lèvres pincées :
- Si cela n’avait tenu qu’à moi, mon cher, je t’aurais fait subir le même sort qu’à ce petit imbécile de Luis. Mais il paraît qu’on te réserve quelque chose de plus… amusant, et de plus utile. Alors profite du temps qu’il te reste. Profites-en bien. 

 
Et il sort, laissant Arthur planté au milieu du silence ouaté des tentures.

 
Une porte s’est ouverte, quelque part.

 
Une femme est debout devant lui.
 
Le champ de vision d’Arthur est limité par le fait qu’il ne peut bouger la tête… Il ne l’a pas vue entrer.

Elle est devant lui, drapée d’une tunique de soie pourpre ceinturée d’or, coiffée d’un diadème de diamants, en forme de lyre… Le contre-jour dissimule son visage…

 
Elle lui parle :
- Bonjour Arthur Malfort… Je ne sais pas si vous pouvez me reconnaître… vous ne m’avez jamais rencontrée quoique nous nous soyons croisés de très près… Je suis Finette de Sainte Fouillouse. Ici, on m’appelle « l’Épouse ». Je suis chargée d’engendrer le Fils de l’Élu… Mais cela vous importe peu. Cela ne vous concerne pas, en fait. Je ne peux rien faire pour vous, enfin… presque rien. Je dispose de trop peu de temps pour vous expliquer ma démarche auprès de vous… Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai cru aux Écolocroques lorsque je les ai servis. Et puis j’ai compris que c’est eux qui se sont servis de moi, comme de tous ceux qui ont naïvement cru en eux. Je ne crois plus à grand-chose, Arthur Malfort, et mon destin, en fin de compte, semble bien devoir s’achever ici. Mais je veux éviter que vous soyez « utilisé » à votre tour, comme je l’ai été. Je ne sais pas quel sort ceux qui décident vraiment vous réservent, mais au travers de tout ce que je vis ici, je conserve le souvenir d’un jeune homme que j’ai malgré moi contribué à martyriser, juste avant que mon destin ne soit scellé et que je devienne sans recours cette « Épouse » que vous voyez… J’aurais dû l’oublier, bien sûr, mais j’ai conservé en moi le regard qu’il m’a lancé en expirant tandis que je… Je n’ai pas pu l’oublier. Et si je ne l’ai pas oublié, c’est grâce à un cadeau que m’a fait ma mère, Flora, avant que je ne parte rejoindre ce destin qui est maintenant le mien (elle glisse deux petites pastilles entre les lèvres d’Arthur, dont elle caresse ensuite doucement la joue du bout des doigts)… Avalez… Bien… Ma mère appelle cela du Pain de Couleuvre et elle le fabrique, dans les Ardennes belges où elle vit encore, avec de l’hellébore (elle a un petit sourire triste)… Les « quatre grains d’hellébore » du lièvre de
La Fontaine… Elle est un peu sorcière, vous savez… Je ne vous reverrai sans doute plus jamais, Arthur Malfort. Je sais que vous m’entendez et que vous me comprenez. Si l’on vous administre d’autres drogues, comme il est probable, du moins conserverez-vous mémoire et conscience de ce qui vous sera alors imposé, même si, malgré vous, vous devrez l’exécuter. C’est tout ce que je peux faire… En souvenir de Luis… Adieu… « Ils » viendront lorsque les effets de

la Catatonine s’effaceront…

 
Elle quitte son champ de vision. 

 
Une porte se referme.

 
Elle est partie…
 

LA MORT DU MAIRE / P3C1E21

P3C1E21 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 21)

  N°166 / LA MORT DE FÉLICIEN BELCOUCOU / P3C1E21

 
C’est l’histoire où le Conseiller tue le Maire au cours d’une cérémonie torride de la Nouvelle Réna. On propose une Épitaphe.

  Vendredi 10 juin
17 heures
C’est tout naturel

  Ils n’étaient que trois ce soir-là dans le narthex, et tous les trois Initiés. Varochaix était de la fête. Entre notables, sinon entre amis. 

 
On leur a offert le cocktail de bienvenue (réservé aux Initiés !), délicieuse boisson légèrement alcoolisée, mais pas plus que ça, juste de quoi leur permettre de s’habiller sans gène dans le narthex des hommes (il y a un narthex des femmes, c’est une innovation qui a été rendue nécessaire par le développement du nombre des adhérents), et d’enfiler leur tunique blanche à lyre noire.

  Première règle : on ne porte que la tunique pour entrer dans la Grande Salle du Putier. Exclusivement. C’est d’ailleurs bien pratique. 

  Et lorsque tous les vêtements sont enfermés dans leurs casiers étanches, commence la Fumigation purificatoire, qui vous envoie au Ciel. 

  C’est à ce moment là qu’on signe la feuille de présence du Protocole des Sages du Fion, avec de l’encre sympathique, faite (on leur a expliqué) avec de l’Esprit de Sel Attique. Ça ne laisse pas de traces et les blagues sous lesquelles on vous demande de signer sont toujours du meilleur goût. C’est réservé aux Initiés, comme les blagues des émissions politiques à la télé.
 
Après seulement, s’ouvrent en grand les portes de la Grande Salle du Putier, et on entre :

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue,   

  Et les filles, qui sont entrées de leur côté, répondent : 

 
C’est-tout na-tu-rel…

  Le tout sous la direction bienveillante du Maître de Cérémonie (à la Lyre rouge), qui, lui, n’a pas du tout l’air vague et ravi des Initiés.

  Logiquement, tout cela dure un petit moment et se termine par des exercices au sol où se mêlent les unes et les autres, à leur satisfaction mutuelle. 

  Tout au moins dans ce groupe des notables, les autres se contentant de Baisers de Paix plus ou moins appuyés selon la tronche des partenaires, et uniquement après le rituel d’exécration du Grand Putois !
 

Mais les Initiés notables bénéficient du privilège de disposer (sans jamais se demander pourquoi ni comment, puisqu’ils s’empressent d’oublier les détails) de partenaires aussi agréables que compétentes périodiquement renouvelées, avec lesquelles ils conversent rarement plus de cinq minutes au cours de la collation de saucisses qui précède le retour au vestiaire. 

  D’ailleurs, hein, elles ont joué leur rôle, non ?

 
Alors, pourquoi cette grande blonde ((magnifique ! se dit le maire), (somptueuse ! se dit Hilarion-Jovial), (canon ! se dit Varochaix)) se dresse-t-elle devant le Putier, juste au moment où les tuniques de ces messieurs se mettent à prendre des airs de tente de bédouin ? 

  Et pourquoi lève-t-elle ainsi les bras, alors que cesse la musique ?

  - Ce soir, amis fidèles, amis consacrés et bénis des Élus, Initiés au Grand Œuvre qui se poursuit ici, Notre Amie Merry, envoyée de l’Élue, nous a rejoints pour enrichir notre Rite de sa Science Sacrée. Révélation majeure, qui fera de vous tous de Profonds Initiés du Second Grade, et à la Lyre Rouge…

  Ayant dit, il se retire dans l’ombre.

  Merry lève les bras (tiens, elle porte une lyre rouge, remarque Hilarion-Jovial) sa tunique remonte sur ses cuisses dorées par la lumière et ses cheveux coulent, or brun épais, dans son dos, dénoués. Puis, elle baisse les bras, détache sa ceinture argentée et la tunique glisse, lente, de ses épaules, jusqu’à la découvrir, nue, superbe, souriante et les yeux éclatants d’un regard dévorant qu’elle promène un temps bref sur ses trois vis-à-vis.
 
En retrait derrière elle, ses compagnes sont nues, ayant elles aussi laissé glisser leur voile, mais la splendeur de Merry les éclipse entièrement.

  La musique a repris, gracile, acide, agaçante ritournelle tissée d’ornements excessifs, de trilles dans l’aigre, guitares et violons, avec des grinceries… Une bouffée légère de fumée aussi douce que celle du narthex se glisse au ras du sol moelleux, remonte presque aux genoux et reste là, comme un nuage épais et lourd qui couvre une vallée un matin de septembre…

 
S’y détache la voix de la fille qui danse, lente, lascive, agaçante, elle aussi, le geste provocant, offerte et refusée, distante et puis livrée, garce et puis fiancée, qui danse et  puis qui chante, susurre, fluette, dure, chaude, balancée dans le nuage qui court au ras du sol et que ses mains recueillent, comme des paquets de mousse dont elle se caresse, les yeux clos et la langue pointée, avec des bruits de gorge, des roulements de hanches, des tremblements des seins qu’elle presse au passage :

  On nourrira le Ventre à partir des deux Voies 
Celle des Vaches froides, montera vers le ciel et puis redescendra pour bientôt disparaître,
Celle des Inférieurs viendra de l’horizon et bientôt sera seule…
 

Le chant s’est précisé et la fille s’approche maintenant de Varochaix, en transes, qui doit cambrer les reins pour supporter sa queue sur le point d’éclater sous sa panse. Et Merry le caresse, de loin, sans le toucher, lui frotte le visage, de loin, sans le toucher, avec ces gros paquets cotonneux qu’elle prend au nuage, lui dénoue la ceinture, fait glisser sa tunique…

  Les carcasses gelées, vidées de leurs viscères, monteront vers le ciel, sous son ample Putier, et s’y réchaufferont, pénétrées par les ondes qui mollissent les chairs pétrifiées par le gel 
Et tomberont alors sous les lames rapides qui éclatent les os et qui tranchent les chairs 
Elles seront réduites en dés d’os et de chair
Un regard sans paupières rejettera les os, les plus gros, les plus durs qui seront digérés dans un ventre d’acide et transformés en peau
Le reste sera pulpe, bouillie rouge et très froide

 
C’est la Voie d’aujourd’hui.

 
La voix s’est faite rauque lorsqu’elle se tourne vers Hilarion-Jovial, délaissant Varochaix qu’elle laisse aussi dur et dressé qu’obélisque en Egypte :

  
 Les âmes inférieures, alors, seront bien nettoyées, lavées par le dehors et purgées du dedans de toutes leurs souillures et de toute amertume. Le temps d’une journée, comme sacs qu’on retourne, sans angoisse ni peur
Puis elles dormiront
Une vapeur très chaude arrachera leur poil, source d’impureté, Grand Putois Putassier, Purulent, Pellagreux
Et tomberont alors sous les lames rapides qui éclatent les os et qui tranchent les chairs
Elles seront réduites en dés d’os et de chair
Un regard sans paupières rejettera les os, les plus gros, les plus durs qui seront digérés dans un ventre d’acide et transformés en peau
Le reste sera pulpe, bouillie rouge encore chaude

 
C’est la Voie de demain.


Hilarion-Jovial, tout nu, bandé comme un ressort, tire une langue baveuse et esquisse le geste de la saisir aux hanches… Elle est déjà partie, s’est tournée vers le maire :

  Le boyau dans lequel ont fusionné leurs os sera leur Peau Sacrée
Et c’est là le Mystère
Il est oint du dedans d’Huile Sainte et Secrète
Elles s’y mouleront avant d’être rangées dans

la Sainte Pyxide, survie de l’Initié, qui connaîtra alors le Bonheur de l’Élu…

  La musique est si forte, rythmée de halètements sourds, que les dernières paroles en sont indiscernables, et le maire empoigne Merry lorsqu’elle se colle à lui, la bouscule, la renverse, disparaît avec elle dans le nuage bas qui recouvre le sol, tandis que se rapprochent les deux autres témoins, frustrés, tremblants des mains, et hochant de la queue comme bergeronnettes affairées sur un tapis de mouches, et que sortent les deux autres filles. 

  Un vent léger dégage les traces opaques du nuage, découvrant le corps renversé de Merry, écartelée, couverte par le maire qui besogne ardemment avec des soupirs rauques, et dont le cul, aux poils noirs et touffus, tressaute vivement au rythme de ses coups.

 
Edgar Maupuis recule alors, comme effrayé, prenant Hilarion-Jovial à témoin :
- Le Grand Putois !!! C’est le Grand Putois Putassier !!!
  Le Conseiller en matière d’économie électorale, pris d’une rage sauvage se saisit en aveugle de la batte de base-ball que lui tend Edgar Maupuis, la lève en écumant et fauche d’un seul coup avec un cri furieux la nuque redressée du maire, au bord de l’explosion. C’est son crâne qui explose, projetant devant lui un mélange confus d’os, de cervelle et de sang.
Et l’édile s’effondre, foudroyé sur le coup.
 

Ainsi mourut
Félicien Belcoucou,
  qui fut Maire
et sombra corps et reins dans

la Merry vorace.

  R.I.P.

  Passant, aies pour lui un regard attendri :
il ne fut que désir d’être un homme établi.

 
Lui qui naquit tout nu,
de sa mère engendré par un coup de passage,
eut soin de sa grandeur plutôt que d’être sage
mais sut être cocu sans en faire un fromage.

 
Il  mourut, nu encore,
au bord de l’épectase,
en ayant tout raté de ce dernier exploit.

 

Et son âme ambiguë a glissé aux Enfers, dans ce cercle curieux où s’entassent pêle-mêle les plus vaillants champions de la pensée bifide, les jésuites en civil, blancs hier, noirs demain, commerciaux avisés, politiques habiles, philosophes versatiles. Et des diables sceptiques leur brûlent le pied droit, et glacent leur pied gauche, générant de la sorte un fort couple électrique qui les secoue de spasmes que l’on prend pour des rires. Et dans la nuit du Styx, leur nez rouge clignote, appel de leur détresse, phare désespéré…
 
Amen.

(Epitaphe improbable pour un élu défunt)


 

LES CADAVRES / P3C1E26

P3C1E26 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 26)

  N°171 / LES CADAVRES / P3C1E26

 
C’est l’histoire où l’on découvre les deux cadavres, du maire et du conseiller en matière d’économie électorale.

  Vendredi 10 juin
Le soir, juste après ce qui a précédé.
Saint Tignous sur Nivette

 
La sonnerie de son portable arrache le commissaire à ses réflexions :
- Ravot, j’écoute ? Oui, Martial ? Qu’est-ce qui vous prend ? J’avais demandé qu’on me fiche la paix ce soir… QUOI ???? J’arrive…

 
Le premier corps est celui d’Hilarion-Jovial, qui semble sortir de la petite cour sur l’un des côtés de laquelle est garée sa voiture. 

 
Couché face contre terre, il venait manifestement de s’engager sur le chemin discret qui passe derrière l’hôtel Marengro et conduit à l’un des quartiers du lotissement des Six Mille qui se trouve là au bout, en impasse.
 
C’est d’ailleurs l’un des habitants de cet endroit qui a découvert le cadavre et alerté la police. 

  Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse a l’air de se diriger vers la route qui passe devant l’hôtel.

  Les bras étendus devant lui, comme s’il était tombé en pleine course, il a été frappé de deux flèches, l’une au creux des reins, tirée par derrière, et l’autre dans la bouche, tirée de face, et qui ressort par la nuque, comme celle qui a tué la Vorme. 

  Il y avait donc deux archers (deux Amazones, pense aussitôt Ravot).

  - Appelez Lepif, Martial, et dites-lui de faire venir Amélie Fouad. Prévenez aussi le Procureur et le légiste, et…
- … et c’est pas tout, Patron, y’en a un autre à l’intérieur…
 
L’air consterné de Martial laisse à penser qu’effectivement, « c’est pas tout, Patron ». 

  La chambre se trouve au bout d’un petit couloir. Assez vaste, elle renferme, outre un vaste lit, deux fauteuils, un ample divan et une table basse qui constituent un coin salon. Le tout dans une atmosphère de bonbonnière tendue de satin rose sur fond de moquette bleue. Un petit nid d’amour. La salle de bains, presque aussi grande que la chambre, résume à elle seule ce qui se fait de mieux en matière d’art balnéosanitaire. Ne manque que la piscine. Mais la baignoire est au moins à six places…
 
Le maire est allongé entre la porte et le lit, tourné vers le lit. Il est nu. Sur son dos est étalée une peau, ou quelque chose qui ressemble à une peau… Tannée ? Curieux aspect… Poil noir dispersé… 

 
Couché la face contre le sol, la tête couverte de sang, il a les bras étendus devant lui et les jambes écartées. Près de lui, l’arme du crime, une batte de base-ball à l’extrémité tachée de sang sur laquelle subsistent quelques cheveux. 

  En s’approchant avec précautions pour ne pas brouiller les traces, Ravot observe que l’occiput a été arraché par un coup donné à la volée, comme le swing d’un golfeur. Quelques débris d’os et de cuir chevelu ont été projetés contre le lit… 

 
Le coup a dû être porté avec une extrême violence.

  Le maire et le Conseiller en matière d’économie électorale… C’est beaucoup le même soir… Sans parler du retour d’Arthur Malfort, qui pour sa part, devra rester discret…

 
Ravot appelle le Procureur Kératine, que Martial a déjà prévenu. Lui expose la situation (sans parler d’Arthur, évidemment : comment pourrait-on expliquer à un magistrat du Parquet que ce Monsieur, délégué officiel à l’ONU, a été enlevé par un Crabe géant, repêché mort, et qu’il a ressuscité entre les bras de son épouse qui l’attendait, à poil au milieu de la famille Malfort au grand complet et dans le même costume, en compagnie d’une tribu néandertalienne secrète cachée depuis cent mille ans dans un temple souterrain dédié audit Crabe géant ? Même si on connaît le magistrat en question depuis trente ans, cela relève de l’impossible). 

  Il lui demande de réquisitionner d’urgence Catachrèse, son équipe et un hélico pour rappliquer vite fait sur les lieux, avec le juge Foutral, s’il te plaît. J’ai deux cadavres de notables sur les bras, le maire et le Conseiller en matière d’économie électorale. Situation équivoque, le maire à poil, et le Conseiller en matière d’économie électorale, tués par flèche comme Edmonde de la Vorme Séchée… D’accord, on boucle le quartier, on ne touche à rien et on attend…

  - Martial, Pélot est au commissariat ?
- Il y est patron, je lui ai laissé les clés.
- Faites-le venir, on a besoin de monde. Qu’il ne laisse qu’un planton. Je crois que Pourticol est de service. Il fait ça très bien.
- Pourticol est à l’hôpital, Patron, il garde Humevesne et Suceprout.
- Alors faites-le remplacer à l’hôpital. Je préfère que Pourticol reste au commissariat, les autres sont assez nuls pour s’entretuer si une porte claque…

  - Commissaire, commissaire !!!
Ravot sursaute. Il s’assoupissait sur le siège de sa voiture. Martial revient en courant, la radio à la main :
- Commissaire… (tiens, il ne m’appelle pas « Patron »…) Pélot est injoignable : une grande fille blonde est passée le demander au commissariat et il est parti avec elle… Et l’hôpital a appelé : Pourticol a été assommé et les deux prisonniers se sont enfuis…

 
Ravot passe une main lasse sur son visage :
- Et merde…
 

LA VISITE DE L’ARCHEVÊQUE / P3C1E29

P3C1E29 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 29)

N°174 / LA VISITE DE L’ARCHEVÊQUE / P3C1E29

  C’est l’histoire où Varochaix,nouveau maire autoproclamé, après une extraction de racine de buyère[1] opérée par la veuve du défunt, reçoit celle de l’archevêque Gerhardt Zeeman.

  Samedi 11 juin
11 heures 30
Mairie de Saint Tignous sur Nivette

 

C’est l’affaire de dix minutes que de réorganiser les services en fonction des vraies compétences et des priorités.

(Pour retrouver le début de ce coup d’état municipal, suivre les liens
P3C1E27 et P3C1E28
)

 
Le seul à parler couramment béarnais, le concierge, se trouve promu Secrétaire de Mairie en charge des relations avec l’Etat français, coiffant de son autorité neuve l’ancien secrétaire tout dévoué à feu Belcoucou et de ce fait va savoir pourquoi, inquiet, qui se trouve ravi de passer en seconde ligne. 

 
L’agent comptable est remplacé par un de ses hommes, qui s’y connaît puisqu’il tient les comptes du Parti, et il est rétrogradé au rang d’aide-comptable. Lui aussi ravi de cette rétrogradation. 

 
Les salaires, on s’en fout, on n’y touche pas. C’est la fonction qui compte. Qui compte ! C’est le cas de le dire. 

 
Et l’impôt révolutionnaire, rebaptisé Contribution à la Culture Régionale est instauré. Il touchera toutes les entreprises colonisatrices. C’est-à-dire toutes celles dont le patron ne parle pas béarnais. Surtout s’il n’est pas d’ici depuis au moins deux générations. Non, trois, autrement on aura plein d’Espagnols de 36. Ça devrait représenter 90% des entreprises, au moins… Sauf les péïzouss, les vrais, pas les néo-ruraux pseudo-écolo-bricolos……

 
Les dossiers récupérés et confisqués sont confiés à un Nari discret pour qu’il les convoie jusqu’au garage Varochaix où il devra les monter dans l’appartement du Patron. Voilà. C’est réglé. Devoir accompli.